Solidarité & progrès est un parti politique qui milite pour la paix par le développement économique mondial, contre le féodalisme financier et les idéologies du sol, du sang et de la race. Les informations que nous diffusons visent à vous faire joindre notre combat en le faisant devenir aussi le vôtre.

La campagne
présidentielle
Cheminade 2017
Flash : 2 décembre - La République se rappelle qu’elle a besoin de savants ! Lire Flash : 2 décembre - Sur le renoncement de François Hollande Lire Flash : 2 décembre - François Fillon veut six fois moins de communes et zéro départements Lire
Accueil Actualité
Brèves

Oui, les Britanniques ont créé l’euro !

visites
1965

Dans les salles de classe où l’on planche sur les sciences politiques, il est de bon ton de présenter l’euro comme l’expression légitime d’une volonté des puissances d’Europe continentale – les Anglais, contaminés par un « euroscepticisme » à toute épreuve, restant très éloignés de cet élan. En réalité, rien n’est plus faux quand on examine de près la genèse de la monnaie unique européenne.

Une personne rarement mentionnée mais essentielle dans ce processus, est le baron Francis Arthur Cockfield (1916-2007). Après une carrière de ministre d’Etat au Trésor britannique sous Margaret Thatcher, entre 1979 et 1982, ce tory britannique, membre du Conseil privé de la Reine, devient, sous la présidence de Jacques Delors, l’un des vice-présidents de la Commission européenne en charge du marché intérieur, de la fiscalité et des douanes.

Dans cette position charnière, le baron Cockfield, au grand étonnement de ceux qui s’attendaient à le voir se cramponner à l’euroscepticisme de Thatcher, se révéla soudain une formidable force motrice pour poser les fondations du marché unique européen et de tous les traités européens, de Maastricht à Lisbonne, qui en furent la prolongation.

Ainsi, ce que l’on présente généralement comme les grandes contributions de Jacques Delors à la construction européenne ne sont souvent, en substance, que des lapins sortis du chapeau melon du baron Cockfield.

Parmi ceux-là, mentionnons :

  • le Livre blanc du 14 juin 1985 intitulé « Objectif 1992 » fixant un calendrier précis pour établir un marché unique.
  • l’Acte unique européen (AUE), une première révision du Traité de Rome de 1957 qui fixe la date du 31 décembre 1992 pour établir le marché unique. L’AUE, que Delors considère comme sa contribution majeure, est signé en février 1986 et entre en vigueur en juillet 1987 sous la Commission Delors.
  • le rapport Delors de 1989. Jacques Delors avait suggéré que le comité spécial sur l’Union monétaire soit composé, non pas des ministres des Finances, qui forment le Conseil économique et financier de la Communauté (Ecofin) et dont certains étaient hostiles au projet, mais des gouverneurs des banques centrales, plus ou moins indépendants des gouvernements… Après de vives discussions, le président de la Bundesbank se rallie au projet, à condition toutefois que la future Banque centrale européenne (BCE) soit indépendante. Le rapport Delors, approuvé par la Commission, est présenté le 12 avril 1989. Il reprend la définition de l’Union économique et monétaire (UEM) déjà exprimée par le rapport Werner en 1970. Trois conditions doivent être remplies : convertibilité totale et irréversible des monnaies, complète libération des mouvements de capitaux, fixation de parités fixes entre les monnaies européennes et, finalement, adoption d’une monnaie unique ;
  • le Traité de Maastricht, signé le 7 janvier 1992.

Si officiellement, c’est à Jacques Delors qu’on en attribue la gloire, avec le temps, et pas seulement en Angleterre, Cockfield est désormais reconnu comme le vrai « père de Maastricht ». On pourrait y rajouter le traité d’Amsterdam, si l’on intègre l’action de Michel Petite, un haut fonctionnaire français chargé, au sein du cabinet de Cockfield, du Marché intérieur en vue de supprimer les frontières internes entre les Etats membres de l’Union, et par la suite, après un passage au cabinet de Delors, directeur de l’équipe de négociation du Traité d’Amsterdam.

Selon une notice nécrologique publiée en 2007 par le quotidien britannique The Independant, « lorsqu’il s’est agi, au moment de la création de la Commission Delors, d’attribuer les domaines de responsabilité des commissaires, Cockfield persuada Delors de lui attribuer – en plus du marché intérieur – les institutions financières et la fiscalité commerciale, l’union douanière et les impôts indirects. Cockfield repoussa également toute obligation d’établir un lien explicite entre son programme et les initiatives des autres commissaires. C’est ce remarquable accaparement des fonctions qui permit à Cockfield de marquer de son sceau le projet du marché unique. Il fut l’influence déterminante dans le choix de la date du 31 décembre 1992 et c’est encore lui qui persuada Delors de présenter ce projet comme un tout, au lieu de le faire émerger bout par bout. Comme le soulignait Cockfield, il était crucial de disposer d’un programme structuré couvrant l’ensemble des éléments vitaux du marché intérieur. Cela ne servait à rien de continuer comme les commissions précédentes, qui ne sélectionnaient que des sujets attractifs pour certains Etats membres. C’était tout le paquet qu’il fallait présenter d’un coup.

« Entre le Conseil européen de Bruxelles, en mars 1985, et celui de Milan, en juin de la même année, Cockfield et Delors avaient réussi à produire un programme détaillé, extensif et élégant, de pas moins de 283 mesures qu’ils jugeaient nécessaires à la création d’une Europe "sans frontières". L’introduction en esquissait la philosophie sous-jacente et, en face de chaque mesure spécifique, on présentait le calendrier de son application. Bien conscient qu’en hâtant les choses, il pouvait marquer de manière décisive la façon dont d’autres envisageaient le projet, Cockfield avoua que "c’est la vitesse avec laquelle j’ai produit le Livre blanc qui permit de prendre tout le monde de court". En le publiant deux semaines avant le Conseil européen, il espérait "donner le temps qu’il faut aux chefs d’Etats pour parcourir le document et apprécier l’immense occasion qui se présente", sans "laisser assez de temps aux hauts fonctionnaires pour le mettre en pièces". La préparation du Livre blanc et sa sortie lors de la conférence de presse réussirent à façonner l’agenda politique, tout en obligeant les gouvernements à envisager quelque chose de définitif. Sans doute, la proposition clef qui assura le succès de tout le projet fut la proposition d’adopter désormais, par un vote à la majorité qualifiée, toutes les mesures envisagées par l’Acte unique européen. Presque trois cents mesures furent envisagées et en 1992, 90% d’entre elles furent incorporées à la législation européenne. »

Plusieurs journalistes d’investigation et historiens ont documenté le fait que le Livre blanc de Cockfield, compilé en un temps record, n’était en réalité qu’une copie légèrement modifiée de l’initiative « Europe 90 : un agenda pour l’action », du European Round Tables of Industrialists (ERT), un think-tank regroupant les quarante-cinq PDG les plus importants d’Europe. Ce document avait été présenté quelques mois plus tôt à Bruxelles par son président Wisse Decker, grand patron du géant néerlandais de l’électronique Phillips.

En 1991, évoquant le désintérêt des gouvernements, Jacques Delors lui-même, lors de l’émission « La Marche du siècle » sur FR3 n’a pas caché ce fantastique coup de main : « Lorsque j’ai lancé, en 1984-1985, le projet de grand marché, la Table ronde des industriels a soutenu ce projet. Et aujourd’hui, les industriels invitent les gouvernements à aller plus vite encore, et ce n’est pas moi qui leur dirais le contraire : nous avons bien besoin de cette poussée salutaire, sinon nous aurions tendance à ne pas aller au rythme où les évènements vont. »

L’ERT fut créée à l’initiative du vicomte Etienne Davignon, un ami de Delors, et de Pehr Gyllenhammer, PDG de Volvo. Sur invitation de ce dernier, dix-sept hommes d’affaires se rencontrèrent en 1983 au siège parisien de Volvo afin d’élaborer une stratégie pour renforcer la compétitivité européenne. Parmi les participants, deux membres de la Commission européenne : François-Xavier Ortoli et Etienne Davignon.

Après avoir acté le « tournant de la rigueur » et abrogé, par la loi bancaire 84-46 du 24 janvier 1984 (dite de « modernisation »), la loi du 2 décembre 1945, qui imposait jusque-là une stricte séparation entre les activités des banques de dépôts et des banques d’affaires (Glass-Steagall français), Jacques Delors était leur homme de confiance. Est-il encore le vôtre ?


Articles :


Contactez-nous !