www.solidariteetprogres.org | BP27 92114 Clichy cedex | 01 76 69 14 50

Accueil >Actualité >Santé publique

Rationnement des soins et euthanasie. Non, merci !

816 visites | 1 commentaire

31 janvier 2011 (Nouvelle Solidarité) — Depuis plusieurs mois, l’assurance maladie poursuit le docteur Didier Poupardin, un médecin de quartier de Vitry-sur-Seine, pour avoir fait bénéficier systématiquement ses patients en longue maladie de remboursements à 100%. Ce praticien « désobéissant » souligne que certaines personnes renoncent à la partie du traitement qui n’est pas totalement prise en charge, avec de graves conséquences pour leur santé.

Son indignation active a fini par faire des émules. Le 18 janvier, avec cent-vingt confrères et quelques élus, il vient de lancer une pétition dénonçant « les consignes de restriction » de l’accès aux soins remboursés et la privatisation de la Sécurité sociale. Selon ce manifeste, la fondation de la Sécurité sociale, prévue dans le programme du Conseil national de la Résistance, « reposait sur un principe majeur de solidarité et d’équité : chacun cotise selon ses moyens et chacun reçoit selon ses besoins ». Aujourd’hui, sous la pression de la « finance folle », ce principe « recule et tend à s’inverser : chacun doit payer selon ses besoins (si vous êtes très malade, vous devez payer beaucoup) et chacun reçoit selon ses moyens (si vous êtes riche, vous êtes bien soigné) ».

Pour sa part, la députée communiste Jacqueline Fraysse, elle-même médecin cardiologue, rappelle que « la Fédération hospitalière de France, qui n’est pas une organisation révolutionnaire, demandait pour 2011 une hausse du budget des hôpitaux de 3,4% pour reconduire l’activité à l’identique. Le Parlement a voté une hausse de seulement 2,8%. On a ainsi voté un chiffre qui met les hôpitaux en déséquilibre. »

Euthanasie, non merci !

Alors que le gouvernement envisage de taxer les seniors pour financer la grande dépendance et que les investissements manquent cruellement pour développer les soins palliatifs, certains veulent ouvrir la boîte de Pandore de l’euthanasie volontaire. Chez nos voisins outre-Rhin, où le président de l’Ordre des médecins comptait ouvrir un débat similaire, une vive opposition s’est manifestée. Aux Etats-Unis, Barak Obama, qui veut réduire les dépenses de santé, a dû reculer sur son projet de forcer les personnes âgées à formuler leur « testament biologique ».

En France, le 18 janvier, la commission des affaires sociales du Sénat adopta, chose inédite, un projet de loi visant à légaliser « l’assistance médicalisée à mourir », synthèse de trois propositions présentées par un sénateur socialiste (Jean-Pierre Godefroy), un UMP (Alain Fouché) et les sénateurs communiste et Parti de Gauche (François Autain et Guy Fischer). La présidente de la commission des affaires sociales, la centriste Muguette Dini, a voté le texte. Tous sympathisent de près ou de loin avec l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).

Alors que certains espéraient faire passer ce projet en catimini, se drapant dans un prétendu « humanisme », une forte indignation a empêché son adoption au Sénat le 25 janvier.

Sous le titre « La pitié dangereuse », le député UMP Bernard Debré soulignait sur son blog que ce n’est pas de la dignité des malades qu’il s’agit, mais de notre dignité à nous ! Car c’est nous « qui décrétons » que tel ou tel individu « n’est plus digne et qu’il a assez duré ». De ce point de vue, « cette loi sur l’euthanasie active est indigne du monde dans lequel nous vivons » et ne fait qu’ouvrir « la voie à une méta-humanité matérialiste et desséchée ».

Pour sa part, le Conseil national de l’ordre des médecins, dans un court communiqué de presse, souligna qu’instituer le droit à une injection létale ou un suicide assisté « exposera les personnes les plus vulnérables, malades ou handicapées, à des dérives incontrôlables au moment où la société s’interroge sur le financement de la dépendance ». A part ruiner la confiance entre malades et soignants, la loi exercera « à l’encontre des médecins une pression d’une extrême violence » en leur demandant ou leur imposant « de faire un geste létal contraire à leur éthique sans respecter leur conscience ».

Alors que l’UMP n’avait donné aucune consigne de vote, François Fillon annonça dans Le Monde « qu’à titre personnel », il était hostile à la légalisation d’une aide active à mourir.

Le député UMP Jean-Marc Nesme, dans les pages de l’Humanité, souligne que « ceux qui prônent l’euthanasie avancent également l’argument que cela coûterait beaucoup moins cher à la Sécurité sociale que les soins palliatifs. C’est inadmissible ! Cela voudrait dire que l’acte de tuer un malade deviendrait une variable d’ajustement des dépenses de Sécurité sociale. »

Alors qu’à gauche on caresse l’idée de faire de l’euthanasie un thème de campagne pour 2012, plusieurs spécialistes des soins palliatifs, s’exprimant dans Marianne, rappellent que ce projet de loi « n’est pas compatible avec les valeurs de la gauche ». Ils rappellent d’abord qu’« un des acquis emblématiques de la gauche a été de mettre fin à la barbarie de la peine de mort, au juste motif qu’aucune situation ne peut justifier la mise à mort d’une autre être humain ».

Ils précisent que « l’expérience des pays européens dont la loi permet le suicide assisté ou l’euthanasie montre les limites d’une telle autorisation. L’analyse attentive montre qu’aucun des dispositifs législatifs existant ailleurs n’échappe à des dérives inquiétantes. Ainsi en Suisse, les pratiques déviantes de l’association Dignitas ont fait l’objet de nombreuses investigations : pratique de tarifs prohibitifs, organisation lucrative d’un véritable tourisme de la mort, suicide de personnes non atteintes de pathologies graves et/ou victimes d’une erreur de diagnostic, etc. En Belgique, des publications scientifiques démontrent que la loi n’est en fait pas respectée. Elles révèlent que la moitié des cas d’administration de produits destinés à provoquer la mort ne répondait à aucune demande explicite du patient (surtout pour les personnes âgées). D’autres articles scientifiques avaient également révélé la pratique d’euthanasies de nouveau-nés et même l’organisation de prélèvements d’organes sur des patients ayant subi une euthanasie. Aux Pays-Bas, la pratique des euthanasies vient d’être l’objet d’une sérieuse polémique entre les autorités et les commissions régionales de contrôle, car celles-là n’engagent pas de poursuites même en cas de non-respect des dispositions légales. Par ailleurs, le projet d’ouverture d’une "clinique de l’euthanasie" par les militants du droit au suicide assisté fait polémique ».

Sans ambiguïté, ils pensent que « s’engager dans un droit à la mort provoqué est une impasse » dont ils redoutent les dérives. Ils se disent d’ailleurs assez « surpris que soit mis en avant par des parlementaires appartenant à la gauche un principe aussi fondamentalement ultralibéral que la prééminence absolue de l’autonomie individuelle ».

Alors que pour l’instant, le projet visant à légaliser l’euthanasie restera lettre morte en France, l’ADMD, profitant de la crise financière et du pessimisme ambiant, espère relancer le sujet au plus vite.


Pour creuser :


  • 2525€
  • 5050€
  • 100100€
  • 250250€
  • 500500€
  • 10001000€
  • 20002000€
 
Notre dossier éducation, en vente ici Au Yémen, on assassine les hommes et leur mémoire. La France complice. terrorisme / 11 septembre, les 28 pages qui démasquent... La mer, avenir de l’homme Présidentielle 2017
Le choix de l'auteur
Autres articles
Plus d'articles

Voir le commentaire

Vos commentaires

  • Le 31 janvier 2011 à 16:22
    par petite souris

    Ah, si la plus haute dignité de l’état était la dignité humaine !

    Un visionnaire ?
    ou alors, rien n’a vraiment changé ...
    En ce temps-là, la vieillesse était une dignité ; aujourd’hui, elle est une charge.François René de Chateaubriand

    Force est de constater que ceux qui préconisent l’euthanasie ont manqué d’amour !!!
    La seule force, la seule valeur, la seule dignité de tout ; c’est d’être aimé. Charles Péguy

    Enfin, et pour nous dire ce qu’il faut faire :
    Dès que quelqu’un comprend qu’il est contraire à sa dignité d’homme d’obéir à des lois injustes, aucune tyrannie ne peut l’asservir.Gandhi

    Répondre à ce message

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Notez que votre message n'apparaîtra qu'après avoir été validé par notre équipe.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Vous pouvez utiliser les boutons pour enjoliver votre texte. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Déplier les commentaires||Replier les commentaires

« Le parti a pour objet de combattre, en France et dans le monde, pour la paix par le développement économique et l'égalité des chances et contre l'usure financière et les idéologies du sol, du sang et de la race. Il défend pour chacun et entre les peuples le progrès matériel, intellectuel et moral. A cet effet, il participe à la vie politique de notre pays, notamment lors des échéances électorales. Il peut apporter son soutien politique et financier à des partis et associations dont l'objet concorde avec celui-ci. »

Extraits des statuts - Article 2 - Objet