Solidarité & progrès est un parti politique qui milite pour la paix par le développement économique mondial, contre le féodalisme financier et les idéologies du sol, du sang et de la race. Les informations que nous diffusons visent à vous faire joindre notre combat en le faisant devenir aussi le vôtre.

La campagne
présidentielle
Cheminade 2017
Flash : 2 décembre - La République se rappelle qu’elle a besoin de savants ! Lire Flash : 2 décembre - Sur le renoncement de François Hollande Lire Flash : 2 décembre - François Fillon veut six fois moins de communes et zéro départements Lire
Accueil Actualité
Interview

Syrie : ce n’est pas une « guerre civile » mais une agression extérieure

La rédaction
visites
3742

Le 29 juillet, Christine Bierre s’est entretenue pour Nouvelle Solidarité avec Bassam El-Hachem, professeur d’université à Beyrouth, cadre dirigeant du Courant patriotique libre (CPL) du général Michel Aoun.


Christine Bierre : Après les combats à Damas et Alep, nous avons l’impression en Europe que désormais, la situation en Syrie tourne à la guerre civile, est-ce bien le cas ?

Bassam El-Hachem : Cette prétendue guerre civile en Syrie ressemble à ce qu’on avait connu au Liban à partir de 1975. On racontait là aussi qu’il s’agissait d’une guerre civile, pour faire croire que seuls les Libanais étaient impliqués, alors qu’à quelques exceptions près, pour l’essentiel, c’était une guerre multinationale qui avait lieu sur le territoire particulièrement exigu du Liban.

Aujourd’hui, en Syrie, le jeu ressemble étrangement à cette situation libanaise d’alors, mais avec une différence importante : en Syrie, le régime s’est maintenu, alors qu’au Liban à l’époque, l’armée avait été neutralisée dès le départ, entraînant une marginalisation de l’Etat qui, à son tour, a laissé les différentes factions dans un face à face conflictuel. Que les puissances occidentales veuillent le reconnaître ou non, il y a d’un côté un Etat, un régime, des autorités légitimes, une armée régulière, des services de sécurité réguliers, soutenus par la majorité de la population syrienne, toutes communautés confondues, alaouites, chrétiens, druzes et, par-dessus tout, une bonne partie des sunnites.

En face d’eux, il y a une opposition civile, pacifique qui s’est toujours exprimée et qui a eu des ambitions de changement au départ mais qui se trouve aujourd’hui marginalisée par ce conflit qui s’est transformé en affrontement armé ; il y a surtout des forces militarisées, financées, armées et entraînées par des puissances étrangères, notamment l’Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis, avec l’appui et l’encadrement des Etats-Unis, d’Israël et de la Turquie.

Il est donc illégitime de qualifier ce qui se passe en Syrie de guerre civile. Il s’agit d’une agression extérieure menée par proxys interposés contre l’Etat et le peuple syriens. Le régime, avec tous les moyens militaires et politiques dont il dispose, réagit au mieux de ses capacités pour sauvegarder la stabilité et l’unité du pays.

Où en est la situation à Damas après les récents combats ?

C’est terminé ! Cette agression a été contenue totalement. S’il reste encore quelques petites poches de résistance ici ou là, dans les villages, dans les hauteurs et les vallées de la province de Damas, ce sont là des phénomènes extrêmement marginaux que les forces de sécurité et de l’armée syrienne finiront par éliminer, mais avec le moins de dégâts possibles pour la population civile.

Thierry Meyssan décrivait, depuis Damas, l’échec du stratagème des Occidentaux qui misaient sur l’attentat contre les quatre hauts responsables syriens pour provoquer la scission du pouvoir et la chute de Bachar el-Assad. Rien de tel ne s’est produit, la population ayant soutenu le pouvoir. 4000 mercenaires auraient été tués et 3700 arrêtés…

Difficile de confirmer le nombre, car il peut bien être supérieur ou inférieur aux chiffres cités. Ce qui est sûr, c’est que la population en présence a soutenu les forces armées syriennes. Ceci s’est produit à Damas et la même chose est en train de se produire aussi à Alep.

C’est particulièrement important, car Damas et Alep sont les principaux centres de ralliement de la communauté sunnite, plus particulièrement de la bourgeoisie sunnite en Syrie. Jusqu’à présent, ces deux villes n’ont pas bougé. Pourquoi ? Parce que la bourgeoisie sunnite soutient le pouvoir, contrairement à ce que prétendent indûment les ennemis du pays. A mesure que les hostilités se sont intensifiées, les gens ont fini par comprendre qu’il s’agissait là d’une guerre extérieure contre la Syrie, affublée des parures d’un mouvement de résistance contre un régime dictatorial et autoritaire. Ils ont compris que ce n’était là qu’une supercherie et que ces chefs de guerre servaient les intérêts de toutes les puissances, hormis la Syrie elle-même.

Tout le monde sait qu’en Syrie, une opposition pacifique a bien existé par le passé, que ce soit sous le règne de Bachar el-Assad ou du temps de son père Hafez el-Assad, et que nombreux parmi les symboles historiques de cette opposition ont payé lourdement le prix de leur audace face au régime, en termes d’emprisonnement et de persécutions. Par conséquent, d’après vous, ces gens-là ont-ils cessé d’exister ?

Non, je dis simplement qu’avec le déchaînement du conflit armé en cours, ces gens-là n’ont plus, jusqu’à nouvel ordre, de place où exercer leurs talents. Parce que la véritable opposition sait que le changement éventuel en Syrie ne proviendra jamais des violences en cours, qui mettent plutôt en péril l’unité du peuple, du pays et de l’Etat syriens, mais bien d’une négociation et d’un dialogue entre le pouvoir et l’opposition que tous ceux qui aiment véritablement la Syrie appellent de leurs vœux, il ne lui reste naturellement plus, dans les conditions prévalant aujourd’hui, qu’à faire profil bas, en attendant l’arrivée de jours meilleurs où le dialogue reprendra ses droits.

Il y a quelques jours, le général Aoun déclarait à L’Orient le Jour, de façon un peu provocatrice, que la fin du régime de Bachar el-Assad serait la chute de la démocratie et il s’en prenait particulièrement à un mouvement salafiste, le Hezb el-Tahrir, qui affirme dans sa charte que la charia est contre la démocratie. Pourquoi ces propos ?

Le général Aoun ne dit pas que le régime syrien est un régime démocratique. Il dit que comparé aux autres régimes de la région, celui-ci reste beaucoup plus proche de la démocratie. L’être humain a-t-il plus de droits en Arabie saoudite, dans les Emirats arabes unis ou au Qatar qu’en Syrie ? On a vu récemment l’égorgement d’un jeune Tunisien. Pour avoir eu « l’outrecuidance » de se convertir au christianisme, il a été dépecé publiquement et dans le style rituel par un groupe salafiste qui s’arroge le droit d’exécuter les hommes au nom d’Allah. Qu’est-ce qu’on a vu en Libye ? On nous a promis une démocratie et à quoi assiste-t-on actuellement ? A une destruction de l’unité libyenne, au bénéfice d’un ensemble de bandes, de clans, de tribus armées et en état de guerre larvée entre elles, que le régime dictatorial de Kadhafi avait jadis réussi à contenir. C’est vrai, Kadhafi a été en son temps une horreur, mais ce qui l’a remplacé, c’est l’effroi.

Quelles sont pour le Liban les conséquences de cette guerre qui s’intensifie en Syrie ? On parle ici de 30 000 Syriens qui se seraient réfugiés au Liban ?

Ce ne sont pas les 30 000 Syriens en question qui nous font peur. Ceux qui nous font peur, ce sont des salafistes djihadistes libanais, qui, soutenus financièrement et logistiquement et instrumentalisés par le Qatar et le prince Bandar ben Sultan d’Arabie saoudite, et croyant naïvement à la chute imminente du régime en Syrie face aux islamistes djihadistes de tous bords qui l’affrontent, n’ont cessé ces derniers temps de multiplier leurs provocations dans tous les sens pour impliquer le Liban dans le bourbier syrien.

Mais qui sont ces salafistes ? Ont-ils le soutien de forces politiques au Liban ? Du camp de Saad Hariri ?

Saad Hariri a joué un rôle insidieux dans toute cette affaire. Ainsi son parti a-t-il longtemps jusqu’ici servi de couveuse à ces mouvements fondamentalistes aventuriers. A l’origine, en effet, il a continûment soutenu les salafistes en cachette et les a encouragés à monter au créneau, comme pour effrayer à travers eux, les utilisant ainsi comme un épouvantail inquiétant les autres, fussent-ils chiites ou chrétiens, à l’heure où il se faisait passer (lui et son parti) pour un symbole de modération rassurant pour autrui. A un moment donné, il y a bientôt deux ans, Monsieur Hariri s’est refugié à l’étranger – on ne sait même pas pourquoi. Son mouvement politique est tombé en déconfiture et les salafistes sont sortis, comme le géant de la fable, de la lampe d’Aladin. Et aujourd’hui, il a du mal à les faire rentrer dans la lampe parce qu’ils sont financés et soutenus par des puissances étrangères et ont désormais la possibilité de voler de leurs propres ailes, ou encore d’agir et réagir pour leur propre compte.

En dehors du système politique libanais…

Exactement. Il y a des groupes de ce genre qui portent déjà des armes dans le nord du pays. Mais à Saïda, dans le sud, il y a un mouvement salafiste, qui s’est affiché jusqu’ici comme pacifique, rassemblé sous la houlette de cheikh Ahmad Al-Assir. Aussi ce pacifisme affiché ne le rend-il pas moins dangereux pour autant. C’est qu’en se livrant continuellement à la provocation confessionnelle contre les chiites, il dégage un ferment de ressentiment dont nul ne saurait sous-estimer les périls sur les relations interconfessionnelles, en particulier sunnites-chiites. Il organise un sit-in dans la ville sudiste de Saïda contre l’armement de la résistance islamique au Liban.

Mais qui sont ses adversaires ? Plus seulement nous et le Hezbollah, mais aussi le courant du Futur et l’ensemble des parties sunnites. A Saïda, on voit la sœur de Saad Hariri elle-même mener la résistance à ces groupes. A Tripoli, il y a un mois et demi, ce sont des sunnites qui ont fait barrage aux menées des islamistes. À Beyrouth aussi : M. Chaker Bourjawi a été attaqué dans la région ouest de Beyrouth. C’est un sunnite qui a été attaqué par des sunnites proches de Saad Hariri et son parti. Ce sont donc des sunnites qui sont, entre autres, en train de contrer les menées des salafistes. C’est pourquoi je dis que c’est une minorité qui court à l’aventure et tente de démoraliser l’armée et de l’exclure du nord du pays.

Comment avez-vous perçu la nomination du prince Bandar ben Sultan à la tête des services de renseignements d’Arabie saoudite le 22 juillet dernier ?

La nomination de Bandar ressemble à la dernière tentative du clan occidental pour s’assurer enfin la mainmise sur la Syrie. Jusqu’ici les puissances tutélaires n’ont atteint aucun de leurs objectifs. Cette nomination est donc la stratégie de la dernière chance. Considéré comme tellement proche de l’oligarchie anglo-américaine, le fait de lui donner le commandement des opérations dans la région même, est comme d’installer les Etats-Unis directement aux commandes des opérations. Les gens regardent son arrivée à la tête des renseignements saoudiens avec beaucoup d’appréhension.

Au-delà, ce qui menace aussi est que suite à un échec éventuel en Syrie, la stratégie du prince Bandar pourrait être à l’origine d’une sorte de fuite en avant dont l’objectif serait de faire basculer la région tout entière dans la guerre. C’est cette perspective qui fait peser la plus sérieuse menace sur le Liban, mais aussi sur l’ensemble des pays limitrophes de la Syrie (soit, en plus du Liban, la Turquie, l’Irak et la Jordanie). Parce qu’on croit savoir, et ce sont des informations qui ont été divulguées pas plus tard qu’hier, que le prince Bandar se tient derrière des tentatives au Liban visant à déstabiliser, et à terme à renverser le gouvernement en place, pour le remplacer par un gouvernement présidé par un certain Mohammad Chatah, qui est, à échelle réduite, l’agent numéro un des services de renseignement américains au Liban. Il serait au Liban ce que Bandar ben Sultan représente en Arabie saoudite.

Le but final serait une tentative d’imposer la paix israélienne dans la région : la fin de l’Etat palestinien indépendant, son remplacement tout au plus par une espèce d’autonomie s’exerçant sur un territoire encore plus exigu que celui contrôlé par les autorités palestiniennes. Avec tout ce que cela menace d’entraîner comme guerre confessionnelle dans la région : en Irak, en Arabie saoudite, en Turquie.

Est-ce que le prince Bandar a pu être à l’origine de cet attentat contre les quatre proches collaborateurs de Bachar el-Assad ?

Toutes les sources informées pointent leur doigt en direction de Bandar ben Sultan. Parce que cela suppose entraînement, encadrement, financement, gros sous, etc., et qui a les capacités de cela ? C’est lui ! C’est l’argent des pétrodollars, de la drogue, HSBC, etc.

Contactez-nous !