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Avec l’austérité imposée à la Grèce, les gens meurent faute de soins

La rédaction
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Un tiers de la population grecque est aujourd’hui privée d’assurance maladie et n’a plus d’accès aux soins de santé. Des milliers d’enfants ne sont plus vaccinés. La santé publique est-elle en péril en Grèce ?

Le site Solidaire du Parti du travail de Belgique vient de publier en trois parties un long entretien avec Olga Siantou, infirmière à Athènes, membre du secrétariat du PAME, le Front militant syndical, et membre du conseil général d’ADEDY, la confédération syndicale des travailleurs du secteur public. Extrait.

A la télévision, on a pu voir des images de services d’urgences bondés, de malades qui ne peuvent payer leur traitement, de manque de personnel… Et, entre 2009 et 2012, le budget de la santé a été réduit de 30%. Les mesures d’austérité imposées dans la santé publique sont apparemment lourdes de conséquences…

Olga Siantou : Effectivement, et le budget 2014 prévoit une nouvelle réduction de 12,5% des dépenses sociales et de 19,7% des dépenses publiques de santé. Le financement public de l’Office national des services de santé (EOPYY) est réduit de 30%, et, pour les hôpitaux, de 32%, c’est-à-dire 5 milliards en moins ! Chaque année, les coupes sont plus importantes.

Ces chiffres expliquent les scènes d’horreur dans les hôpitaux mais aussi dans les quartiers populaires et les îles. Le service des urgences de l’hôpital Evangelismos d’Athènes, un des plus grands hôpitaux publics, ressemble à une zone de guerre depuis que le gouvernement de coalition Nouvelle Démocratie (conservateurs) et PASOK (sociaux-démocrates) a fermé plusieurs hôpitaux à Athènes. Il y a des queues interminables devant les guichets, des listes d’attente de 5-6 mois pour une consultation. Des patients qui ont eu un accident vasculaire cérébral (AVC) doivent attendre 8 à 10 heures pour subir un scanner cérébral, d’autres attendent des examens sur des civières aux urgences pendant 24 heures avant d’être transférés dans une chambre. C’est une véritable cruauté. Malgré les efforts du personnel, cette situation coûte des vies humaines. Des lits avec tout l’équipement nécessaire dans des unités de soins intensifs ne sont pas opérationnels à cause du manque de personnel. En même temps, des patients ayant besoin d’une assistance respiratoire sont installés sur des lits d’appoint au lieu d’être aux soins intensifs.

Des patients quittent l’hôpital, livrés à leur sort, parce qu’ils ne peuvent pas payer les examens ni l’hospitalisation. D’autres ne peuvent acheter leurs médicaments. Des gens meurent parce qu’ils n’ont pas eu le traitement nécessaire à temps.

Quatre hôpitaux des caisses d’assurance maladie et huit hôpitaux publics d’Athènes et de Thessalonique ont été fermés. D’autres hôpitaux ont été fusionnés. D’ici 2015, des hôpitaux psychiatriques et d’autres hôpitaux fermeront et le personnel sera mis en disponibilité ou purement licencié. Le nombre de lits d’hôpitaux dans tout le pays comme celui de postes de personnel statutaire a diminué. 10.000 lits ont été supprimés. Le recrutement de personnel statutaire a été arrêté.

Le taux de chômage en Grèce a atteint, en novembre 2013, le record de 28%, soit plus du double de la moyenne européenne (12,1%). Chez les jeunes, il est de 61,4% ! Quand on sait que ces chômeurs sont privés d’allocations et de couverture sociale après un an, la gratuité des soins pourrait être à l’ordre du jour ?

Olga Siantou : Pas du tout ! Au contraire, des mesures sont prises pour renforcer la gestion des hôpitaux comme des entreprises, selon la logique recettes-dépenses. La plus grande partie des dépenses est couverte par les caisses d’assurance et les patients. Les personnes qui ne sont pas assurées doivent payer leurs soins dans certains hôpitaux, tandis que, dans d’autres, elles doivent remplir une « déclaration d’engagement » à payer le coût des soins. Si elles ne payent pas, cette dette sera prélevée par le service des impôts. Les dettes des milliers de chômeurs et de non assurés sont transmises aux impôts. Ces dettes se rajoutent aux nouveaux impôts qui frappent les familles grecques.

Alors que les contributions pour la sécurité sociale, les impôts et les taxes sur les produits de consommation populaire augmentent, des acquis du passé sont retirés. Une grande partie des examens médicaux étaient gratuits pour les assurés. Aujourd’hui, certains examens sont facturés aux assurés, entièrement ou partiellement, et certains remboursements ont été plafonnés. Un plafond a par exemple été imposé au remboursement des tigettes de taux de sucre et d’autre matériel nécessaire aux diabétiques. Les assurés doivent désormais payer de leur poche les mammographies et les examens prénataux, y compris les échographies. De nos jours, le suivi prénatal devrait être gratuit et obligatoire, à charge de l’Etat, pourtant il coûte extrêmement cher. Cela a conduit à la naissance d’enfants atteints de malformations incurables qu’on aurait pu prévenir.

Les campagnes publicitaires publiques essaient de nous convaincre que se faire vacciner contre telle ou telle maladie est une responsabilité personnelle, à l’instar des messages comme « fumer nuit gravement à la santé ».

L’allocation d’accouchement a été supprimée pour les femmes qui accouchent dans un hôpital public, ensuite pour celles qui accouchent dans une clinique privée. Le manque de matériel dans les laboratoires du secteur public a obligé les assurés à s’adresser au secteur privé et à payer 15% des frais.

Les hôpitaux publics subissent la pression des monopoles des médicaments, du matériel sanitaire, de la gestion des déchets, de la restauration, de l’informatique (Intracom par exemple), des services de sécurité et de propreté, des banques et compagnies d’assurance, etc.

En même temps, le gouvernement veut baisser le coût du fonctionnement des hôpitaux avec le démantèlement des droits des travailleurs. De plus en plus de travailleurs travaillent dans plusieurs programmes que le gouvernement met en place avec des fonds de l’UE au nom de la lutte contre le chômage.

Par ailleurs, des mesures sont prises pour « libéraliser » les métiers de la santé et réduire le taux de profit des pharmaciens au bénéfice des monopoles des médicaments.

La bonne volonté du personnel ne suffit pas pour traiter des milliers de patients tous les jours quand l’État ne fournit pas les moyens nécessaires en infrastructure, personnel, équipement, matériel sanitaire etc.

L’hôpital Métaxa, spécialisé dans le traitement du cancer, ne dispose que 50% du personnel nécessaire. Presque toutes les équipes n’atteignent pas le personnel minimum prévu par le seuil de sécurité. Dans le même hôpital, la liste d’attente d’un patient atteint du cancer pour une radiothérapie varie entre 2 et 4 mois. Or le cancer n’attend évidemment pas !

Quelles en sont les conséquences des mesures d’austérité pour les patients et le personnel de santé ?

Olga Siantou : Presque toutes les mesures d’austérité ont un impact sur la santé du peuple. Citons les diminutions de salaires, l’augmentation des formes flexibles de travail, la suppression des conventions collectives, l’augmentation des heures de travail et de l’âge de départ à la retraite, la libéralisation des licenciements, la plus large marchandisation de la santé et de la sécurité sociale, l’augmentation du coût des médicaments pour les patients, les coupes dans les services publics de santé et de sécurité sociale, l’augmentation du prix de l’électricité et du mazout de chauffage…

Les coupes dans le secteur de la santé conduisent à une détérioration du niveau des services offerts et à leur marchandisation accrue.

La prévention du premier niveau est cédée à des monopoles, ainsi que de nombreux autres services des hôpitaux publics (nettoyage, repas pour les patients, etc.). Le gouvernement se prépare à céder les laboratoires d’analyses à des monopoles et à vendre des hôpitaux entiers.

Les cliniques privées ont été longtemps soutenues par les lacunes du système de santé publique. Les médecins étaient obligés (et le sont toujours) de rediriger des patients vers le privé, même malgré eux. Par exemple, quand le scanner d’un hôpital public est en panne, le patient est envoyé vers le privé, où il doit bien sûr payer. Une petite partie du personnel scientifique a aussi contribué au renforcement du système clientéliste du secteur public vers le privé.

De façon plus générale, la coexistence des secteurs public et privé de santé a conduit à la situation misérable d’aujourd’hui et au renforcement des monopoles. Résultat : des travailleurs épuisés, des patients qui ne sont pas soignés même s’ils payent une fortune. D’ailleurs, même le système public est celui du capitaliste collectif, de l’État. C’est le peuple qui trinque, tant pour le secteur privé que pour l’État. Un cadre du gouvernement a récemment déclaré : « L’État gardera tout ce dont le secteur privé ne veut pas. »

Il faut aussi noter que, en matière de prévention et de soins de première ligne, les bénéfices sont plus importants, parce que les personnes en bonne santé ou qui n’ont pas de problème grave y vont aussi. Ce n’est pas un hasard si, dans notre pays, les marchands d’armes investissent dans le secteur de la santé et dans les centres de diagnostic.

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