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Avec la « régulation » de Le Maire, le prix du lait sera fixé à Londres

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6 octobre 2009 (Nouvelle Solidarité) — A Bruxelles lundi, plusieurs milliers de producteurs de lait venus de toute l’Europe ont bloqué le quartier Berlaymont de la capitale belge où les ministres de l’Agriculture se rencontraient lors d’un « déjeuner informel » sur la crise du lait.

L’ultra-libérale commissaire danoise à l’agriculture Mariann Fischer Boel, en acceptant que cette réunion ministérielle pour « analyser la situation »ait lieu, a surtout tenté de « réguler » non pas les prix, mais la colère des agriculteurs en grève depuis le 10 septembre. D’ailleurs, elle précisa d’avance qu’aucune décision ne serait prise avant le rendez-vous officiel du 19 octobre.

Ensuite, à la fin de la rencontre, avec un mépris indescriptible, Mme Fischer Boel, soutenue par les champions du libre échange qui sont la Grande Bretagne, le Danemark, la Suède, les Pays-bas et l’Estonie, déclara que le secteur va devoir « s’ajuster à un monde sans quotas ». Pour elle, pas question d’y revenir.

En ce qui concerne d’éventuelles aides supplémentaires aux producteurs de lait, dont les revenus ont connu des baisses de 30 à 50% depuis la chute vertigineuse des prix, Mme Fischer Boel, en cherchant à diviser le monde agricole, annonça que « au vu du budget 2010 de la Politique agricole commune (PAC), nous disposons de marges de manœuvre extrêmement limitées. Et pour dégager de nouvelles ressources, il faudrait demander aux Etats membres de payer plus, ce que les ministres des Finances refuseraient immédiatement, ou de réduire les subventions à d’autres secteurs que le lait ».

Digne du libre échangiste fanatique Peter Mandelson pour qui c’est la PAC qui affame la planète et non le libre échange, Mme Fischer Boel a eu le toupet de déplorer « l’image désastreuse » donnée par les producteurs lorsqu’ils déversent leur lait dans les champs. « Ces images ont détruit la réputation de l’Europe dans les pays en voie de développement en laissant penser que les agriculteurs détruisent de la nourriture à grande échelle uniquement pour recevoir plus de subventions », a-t-elle affirmé.

Les syndicats agricoles n’ont pas tardé à dénoncer cette attitude qui détruit bien plus la réputation de l’Europe que leur combat pour la survie et la sécurité alimentaire mondiale. Pascal Massol, le président de l’APLI (Association des producteurs de lait indépendants) avoue qu’il attendait « plus de résultats concrets de cette réunion ». L’APLI en appelle « désormais aux chefs d’Etat et de gouvernement européens pour qu’ils tapent du poing sur la table ». Pour sa part, la Coordination rurale estime que « Les ministres et la Commission prennent la responsabilité d’une situation quasi insurrectionnelle dans les campagnes, avec une colère qui devrait unir l’ensemble des agriculteurs, laitiers ou non, de l’Europe entière pour faire changer la PAC qui les fait disparaître ».

Il ne reste que notre ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, pour crier « victoire ». Mme Fischer Boel, non seulement accepte la proposition franco-allemande, soutenue par 18 autres pays membres de l’UE, de créer un « groupe de réflexion » pour imaginer une « nouvelle régulation agricole » fondée sur la « contractualisation », mais elle accepte qu’on y examine une idée géniale avancée par Le Maire : la création d’un marché à terme pour le lait en poudre et le beurre !

Le quotidien économique Les Echos du lundi 5 octobre révèle que l’action de Le Maire, qui co-signait une lettre avec sa contrepartie allemande, Ilse Aigner, affirmant que de nouvelles formes de régulation étaient nécessaires « pour que le secteur laitier ne dépende pas uniquement des seules règles du marché », est parfaitement en phase avec les projets de la bourse néo-zélandaise et le New York Stock Exchange (NYSE) Euronext. D’ailleurs, « l’entreprise de marché transatlantique compte lancer au premier semestre 2010 des produits financiers dérivés sur le lait écrémé en poudre et du beurre sur le Liffe [London International Financial Futures and Options Exchange], sa place londonienne de négociation des contrats à terme ». « Ces contrats sont prévus pour donner lieu, le cas échéant, à une livraison physique », précise Les Echos.

Aux Etats-Unis, le beurre et le lait sont parmi les premiers produits pour lesquels des contrats à terme ont été cotés, dès la fin du XIXe siècle. La Bourse de commerce de Chicago, le Butter and Egg Board, qui a vu le jour en 1898, s’en est chargé dès ses débuts. Au fil des décennies, cette bourse est devenu le Chicago Board of Trade. Cette dernière vient de fusionner avec le Chicago Mercantile Exchange en 2007 pour devenir le CME Group. En mettant la main sur le New York Mercantile Exchange (NYMEX) en 2008, la société est désormais la plus grande Bourse du commerce du monde et le beurre et le lait y sont toujours cotés.

Le Maire annonce d’ailleurs qu’il se rend à la mi-octobre aux Etats-Unis pour y étudier la filière laitière. Même les Echos pensent qu’il « n’est pas certain qu’il parvienne à des conclusions définitives quant à la capacité des produits dérivés de lisser les prix de long terme. Emporté, à l’instar des autres matières premières, par la crise globale du crédit, entre la mi-août et le début janvier 2009, le prix du contrat sur le lait pour le fromage a en effet dévissé de 35%. La situation s’est tellement aggravée pour les producteurs que, à la fin du mois de juillet, le département américain de l’Agriculture s’est dit prêt à acheter des contrats pour en soutenir les cours. Au même moment, l’administration Obama a décidé de consentir une hausse temporaire de 15% du prix payé pour le lait en poudre et de 16% de celui pour la fabrication de fromages. Signe que les marchés des dérivés ne constituent pas une panacée, surtout quand la spéculation financière s’empare d’eux. »

En clair, si le prix du lait ne sera fixé, ni à Bruxelles, ni à Chicago, grâce à Bruno Le Maire, il le sera à Londres, car c’est là que les marchés à terme opèrent ! Livrer notre sécurité alimentaire et les conditions d’existence de nos agriculteurs aux corbeaux spéculateurs de la tour de Londres, voilà ce qu’on appelle désormais « faire l’Europe ».

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