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Blanchiment : Antonio Costa s’en prend aux criminels en col-blanc

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Lors de son intervention au Parlement européen le 12 novembre, Antonio Maria Costa, ancien directeur de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), a renouvelé son appel aux gouvernements d’agir contre le blanchiment massif de l’argent de la drogue par le système bancaire. Malgré les attaques récentes contre lui par le chef de l’autorité financière britannique, Lord Turner, et le chef du renseignement financier de la police criminelle allemande, Michael Dewald, Costa a réitéré ses déclarations de 2009 lorsqu’il était en poste à l’UNODC, affirmant que les banques américaines et européennes avaient été renflouées par l’argent de la drogue.

Voici un extrait de son discours devant la Commission spéciale du Parlement européen sur le crime organisé, la corruption et le blanchiment :

La pénurie de liquidités dans l’après 2008 a été une occasion formidable pour les mafias, fortement dotées en cash, de pénétrer le secteur bancaire – dépôt de coupures, acquisition d’actions et entrée dans les conseils d’administration. La supervision bancaire a échoué (délibérément selon moi) à sanctionner ces comportements illicites : souvenez-vous par exemple du cas spectaculaire de la banque new-yorkaise Wachovia prise sur le fait en 2009-2010 de recycler plusieurs centaines de milliards de dollars en provenance des cartels mexicains (438 milliards selon le département de la Justice américain) ; ce crime n’a abouti à aucune sanction pour les dirigeants impliqués et qui ont été embauchés par d’autres banques américaines. Ce cas Wachovia est un nouvel exemple d’un établissement financier sauvé par de l’argent sale après la crise de 2008.

Plus récemment, un autre géant bancaire, HSBC, a également été accusé d’avoir blanchi des milliards – tout comme d’autres banques des deux côtés de l’Atlantique parmi lesquelles Citibank, puis UBS et Standard chartered, etc. En réalité, je ne vois pas une seule banque internationale qui n’ait pas été contaminée. La capacité des autorités publiques à entraver le crime organisé dépend fondamentalement de la volonté des gouvernements à éliminer chirurgicalement la métastase cancéreuse de la mafia dans la banque et la finance. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas : comme l’a dit récemment le plus haut responsable anticriminel italien, « ce n’est pas la mafia qui cherche des banques pour recycler son argent, ce sont les banquiers qui cherchent l’argent de la mafia ! »

Il est clair qu’au bout du compte, les opérations de police ciblant les trafiquants ne servent à rien si elles ne sont pas appuyées par une volonté politique de « mettre un terme au comportement sans scrupule des professionnels en col-blanc et des institutions légitimes qui en blanchissent l’argent ». Costa le sait bien puisqu’il est à l’origine de la création du GAFI, organisme intergouvernemental de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, qui a lui-même abouti à la création de Tracfin, l’organisme du ministère des Finances français chargé de la lutte contre le blanchiment, et de l’Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) de la Direction centrale de la Police judiciaire. L’Etat a donc tous les moyens, y compris avec les juges du pôle financier, pour frapper là où ça fait mal.

Pour enrayer la délinquance financière et rétablir l’activité légitime de crédit massif à l’économie productive, tout commence par couper les banques en deux...

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