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Brexit, banques italiennes, Deutsche Bank : c’est minuit qui sonne

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Grèce : des personnes âgées tentent de retirer l’argent de leurs retraites de leur compte en banque...
Crédit : Reuters
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Nouvelle Solidarité N°1/2016 - S’abonner

Lors de sa campagne présidentielle en 2012, Jacques Cheminade n’avait cessé de marteler que sans une réorganisation de fond en comble du système financier transatlantique, une « finance folle » nous conduirait au chaos et à la guerre.

Malheureusement, pourrait-on dire, et les faits le prouvent, c’est lui qui avait raison quand les autres ont eu tort. Cette vérité dramatique souligne une fois de plus que les compromissions de nos « élites » et leur soumission à une véritable occupation financière, en font une partie du problème et non de la solution.

Or aujourd’hui, ce n’est plus une, mais plusieurs « bombes H financières » dont l’explosion simultanée menace tout le système. Car le Brexit, l’état des banques italiennes, suisses et françaises, la faillite non actée de Deutsche Bank, ne sont que les multiples sommets d’un iceberg géant capable de nous envoyer par le fond.

Le 6 juillet, le Wall Street Journal n’a pas hésité à évoquer l’image d’un « bain de sang bancaire mondial » en parlant des grosses banques. Ainsi, constatait-il, depuis début 2016, vingt des banques les plus importantes du monde ont perdu 465 milliards de dollars, c’est-à-dire un quart de leur valeur de marché ! Les plus fortes pertes ? UniCredit, (deux tiers de sa valeur), Royal Bank of Scotland (56 %), puis Crédit Suisse, Deutsche Bank et Barclays (autour de 50 %).

Assouplissement quantitatif, planche à billets, taux d’intérêt négatifs, argent hélicoptère, etc. n’auraient donc servi à rien ? Au contraire, ces liquidités, au lieu d’aider les banques à investir dans l’économie réelle, les ont incitées à spéculer encore davantage, et donc à encourir encore plus de pertes ! Les économistes, stipendiés le plus souvent par les banques, nous juraient qu’il s’agissait d’une simple crise de liquidités, alors qu’il s’agissait d’une crise d’insolvabilité !

Le Brexit fait éclater la bulle immobilière

Premier symptôme de cette équation, le Royaume-Uni, où les incertitudes et le flou entourant la période post-Brexit, provoquent l’implosion de la bulle immobilière. Alors que des centaines d’entreprises envisagent de relocaliser leur siège à Amsterdam ou Paris, comment maintenir la fiction de valeurs immobilières dépassant de 54 % leur valeur déjà record de 2008 ? Ainsi, face à des demandes de désengagement en masse, la moitié des fonds immobiliers britanniques, dans l’impossibilité de rembourser les investisseurs, ont été contraints de geler leurs opérations.

Or l’effondrement de l’immobilier au Royaume-Uni n’affectera pas seulement de grandes banques comme RBS et des investisseurs étrangers, mais tout un pan des classes moyennes britanniques très endettées. Ces dernières, convaincues d’avoir réalisé un placement à l’abri de toute épreuve (en hausse de 10 % par an depuis 2008 !), ont en effet contracté massivement des emprunts immobiliers.

Et avec le profit qu’elles en tiraient, elles ont souscrit à d’autres emprunts pour des achats supplémentaires bien au-delà des moyens que leur permettaient leurs salaires. Leur endettement est ainsi évalué à 130 % de leurs revenus ! Par conséquent, si la chute des valeurs immobilières persiste, des milliers de ménages britanniques seront rapidement contraints de réduire leur train de vie et donc leur consommation. De quoi provoquer un écroulement de la demande intérieure et donc... une récession.

Bail-in contre bail-out

Face à la crise systémique en zone euro, deux approches folles s’affrontent brutalement :

  • De l’autre, un courant plus national (Renzi, etc.) qui, face à la révolte de l’industrie, des PME et des épargnants au bord du suicide, exige, y compris pour des raisons électorales, qu’on injecte une fois de plus de l’argent public (bail-out) pour colmater les brèches afin d’éviter une désintégration en chaîne de tout le système, sans proposer quoi que ce soit pour régler le fond du problème.

Banques italiennes

Pour le premier courant, l’Italie est le « maillon faible ». « Il y a en Italie davantage de banques que de pizzerias », s’indigne le Financial Times. Selon ces ordolibéraux, à cause d’un management incompétent, les 700 banques italiennes petites et moyennes ont dilapidé des fortunes pour satisfaire le clientélisme local, avec comme résultat : 360 milliards d’euros de « créances douteuses », dont 200 milliards jugées irrécupérables. Ils oublient qu’en Italie, la crise a floué une partie des classes moyennes de plus en plus en difficulté avec leurs banquiers.

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L’avenir des banques françaises dépend plus de celui des italiennes que des allemandes. L’exposition des banques françaises aux banques italiennes représente 12,4 % du PIB français, alors que l’Allemagne n’en est qu’à 3,8 %. C’est sans doute pour cela que l’Italie est un bon acquéreur de bons du Trésor français.

Or ce qui arrive en Italie a de quoi faire peur. Depuis le 1er janvier, les actions de Monte Paschi di Siena (MPS) ont perdu 78 % de leur valeur (et 97 % de leur valeur en un an !) Avec 5 millions de clients, il s’agit de la plus vieille banque au monde et de la 3e d’Italie. Alors que sa capitalisation dépassait 15 milliards d’euros avant 2008, la banque toscane pèse aujourd’hui… moins de 800 millions.

Seulement, comme le souligne l’eurodéputé Marco Zanni, la part des créances italiennes liée à l’économie réelle par rapport à la partie spéculative, atteint souvent 80 %, alors qu’elle est parfois inverse chez les grandes banques allemandes et françaises, champions des produits dérivés et du trading à haute fréquence…

Deutsche Bankroute

Alors que Merkel et Schäuble affirment que Deutsche Bank est une banque robuste, sa valeur continue à chuter. Or, avec 52 000 milliards d’euros (chiffre DB 2014) de produits financiers dérivés dans son bilan en décembre 2014, la banque est une caricature de la « finance folle ». Au premier trimestre de 2016, la banque affichait un ratio de fonds propres (l’argent mis au pot par les actionnaires) sur engagements (toutes les lignes de crédit accordées et les positions de marché) de 36,2. Cela veut dire qu’elle a un levier de 36,2, alors que celui de Lehman Brothers n’était « que » de 23,3 avant sa chute... Et cela signifie que si ces « actifs » baissent de seulement 2,76 %, Deutsche Bank se retrouve techniquement en faillite. Pourtant ses engagements pèsent 1902 milliards d’euros, c’est-à-dire presque la moitié de toute l’économie allemande…

C’est une note du Fonds monétaire international (FMI) qui a tiré la sonnette d’alarme fin juin sur Deutsche Bank, la première banque privée allemande (et une des premières de la planète, par la taille de son bilan). Selon l’institution, ses liens avec les plus grandes banques mondiales en font le principal facteur de risque pour le système financier dans son ensemble. « Deutsche Bank apparaît comme le plus important contributeur net en termes de risques systémiques, suivi par HSBC et Crédit suisse », précise le FMI, qui appelle à mettre en place rapidement des mesures pour assurer la liquidation des banques en difficulté.

Selon David Folkerts-Landau, l’économiste en chef de la Deutsche Bank, les banques européennes ont besoin en urgence de quelque 150 milliards d’euros afin d’éteindre l’incendie.

Bien que Schäuble et Merkel s’y opposent virulemment, Deutsche Bank en appelle à l’UE pour exiger un renflouement de tout le secteur bancaire européen avec l’argent public. Ce que l’Italie menace de faire au niveau national en injectant 40 milliards d’euros dans ses banques, la Deutsche Bank le propose au niveau européen. Avis partagé par l’économiste italien Lorenzo Bini Smaghi, président de la Société générale en France, pour qui le secteur bancaire européen « est gravement malade et doit s’attaquer à ses problèmes très rapidement, sinon on court à la catastrophe. Je ne suis pas un prophète de malheur, je suis juste réaliste. »

Début juillet, Deutsche Bank, dans sa note Focus Europe, propose son propre plan en six points pour sauver les banques européennes : injection de 28 milliards d’euros dans les banques italiennes ; suspension des règles du bail-in et du bail-out si nécessaire, permettant des renflouements avec l’argent public lorsqu’on est face à « une perturbation économique sérieuse » comme celle d’aujourd’hui ; admettre des recapitalisations bancaires, tant par des institutions européennes qu’au niveau national lorsque des « contraintes légales et politiques » se posent ; mise en œuvre accélérée d’une Union bancaire, en particulier la création d’un fonds de garantie européen des dépôts ; renoncement de la BCE à durcir la régulation et enfin, cesser de réduire les taux d’intérêt de base qui sont déjà en dessous de zéro et finissent par ruiner les banques en réduisant leurs marges de profit…

La fin de l’euro ?

Sur son blog, Jacques Attali, bien qu’en désaccord sur tel ou tel point, va globalement dans le même sens. En premier lieu, comme le milliardaire américain George Soros, il constate que son bébé, l’euro, est en danger de mort. Pour Attali, c’est précisément le clash entre les deux approches évoquées au début de cet article, qui risque de signer l’arrêt de mort de l’euro :

Aujourd’hui, il faudrait ponctionner une bonne part des économies des épargnants populaires italiens, qui ont placé leur argent en obligations de leurs banques [bail-in]. On voit très bien alors le scénario du pire : pour éviter que les Italiens ne retirent en masse leur argent de leurs comptes (bank run), le gouvernement, en violation des règles européennes, empruntera 40 milliards d’euros à la Banque centrale européenne pour financer ses propres banques [bail-out]. L’Allemagne n’acceptera pas cette folie financière, l’Union bancaire explosera à peine créée et l’euro n’y résistera pas.

Ce scénario « pourrait se déclencher au mois d’août, quand on connaîtra les résultats des tests effectués sur les banques italiennes. »

Retour aux principes

Tant qu’on persiste à chercher des solutions à l’intérieur des paramètres définis par le système lui-même, aucune solution ne sera possible. Il faut donc non seulement « penser hors de la boîte » (out of the box thinking) mais revenir aux principes mêmes de l’économie et de la monnaie :

  1. L’argent, la monnaie et le crédit n’ont aucune valeur en soi ;
  2. La seule légitimité d’une devise, c’est l’engagement de l’Etat émetteur, c’est-à-dire son engagement dans le temps donnant de la substance à la valeur nominale des créances ;
  3. La valeur de l’argent résulte de l’activité pour laquelle elle est émise. Un argent dépourvu de projet est sans valeur ;
  4. En mobilisant sa main d’œuvre qualifiée et sa technologie, un Etat peut transformer sa monnaie en richesse réelle ;
  5. L’euro n’est pas la monnaie d’un Etat-nation souverain. Or, comme l’a reconnu Jacques Attali en 2011, « une monnaie sans Etat, cela n’existe pas » ;
  6. Le statut de la BCE stipule qu’elle n’est pas le « prêteur de dernier ressort ». En cas de crise systémique, elle ne sert donc à rien.

Vu ces principes, on peut dire que la première « mesure », lors d’une crise bancaire aussi grave que celle qui éclate, c’est de rétablir la légitimité et la confiance, c’est-à-dire la souveraineté des États.

Aussi bien l’Italie, l’Allemagne que tout autre pays cherchant à remettre sur pied un système bancaire viable, ne peut pas procéder autrement : cela veut dire, sortir de l’euro, de l’UE et de l’OTAN, non plus pour des raisons politiques, mais pour des raisons de réorganisation bancaire et monétaire.

Une fois rétablie cette autorité crédible, incarnée par une « Banque de la nation », chaque Etat pourra, dans le cadre de nationalisations sélectives et temporaires, « nettoyer les écuries d’Augias », c’est-à-dire faire le tri entre d’un côté des dettes légitimes à honorer, en les échelonnant dans la durée, et de l’autre, des dettes purement spéculatives, à passer par pertes et profits.

Si en Italie, bon nombre de crédits jugés un peu abusivement comme « non performants » garderont leur intérêt, l’immense majorité des produits financiers dérivés, purement spéculatifs, de la Deutsche Bank et autres banques européennes de ce type, prendront la direction de la morgue financière.

Appuyant ce processus, une séparation stricte (Glass-Steagall Act européen) entre la partie banque commerciale (dépôts, crédits) et la partie banque d’affaires, s’avèrera indispensable pour rétablir un minimum de confiance et éviter des retraits impromptus de liquidités (bank run).

Avec le nord de l’Italie, le Benelux et la Suisse, l’Allemagne reste le cœur de l’Europe des grandes PME et PMI industrielles. Faire battre ce cœur européen productif pour arroser de « crédit productif » toute l’Europe et au-delà est le défi le plus urgent à relever. Si la finance veut renaître, c’est en retournant à cette mission.

Voir également :
Déclaration de Jacques Cheminade : Il faut proclamer l’état d’urgence financier en Europe

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Vos commentaires

  • Le 18 juillet à 05:12
    par Fred

    La simple économie.
    1. L’argent n’a pas la valeur d’un train sec.
    2. Autant faire des trains.
    3. Multiplier les banques par 2.
    4. Voter Robin Hood.

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