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Canal interocéanique du Nicaragua : les travaux sont lancés !

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Le chef du projet Eden Pastora (teeshirt bleu) surveillant des travaux d’aménagement du fleuve Rio San Juan.
Crédit : ticotimes.net

En juillet dernier, la société chinoise HKND et le gouvernement du Nicaragua se sont mis d’accord pour la construction d’un grand canal interocéanique. Reliant l’Atlantique au Pacifique, le nouveau canal de 278 km, aux dimensions élargies et mieux équipé que le Canal de Panama, permettra le passage des grands cargos maritimes.

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Les premiers travaux, qui ont démarré le 22 décembre, consistent à aménager des voies d’accès depuis le port de Britos sur le Pacifique, de manière à ce que les 4000 engins hors gabarit qui doivent se mettre au travail puissent être acheminés sur le chantier, dont des camions d’une capacité de 200 tonnes et des excavatrices d’une capacité de 600 tonnes. Les travaux préparatoires visant à accroître la capacité de traitement des ports aux deux embouchures (côté Caraïbes et côté Pacifique) doivent débuter en 2015.

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Les syndicats nicaraguayens lors d’une rencontre avec les responsables chinois.
Crédit : www.lavozdelsandinismo.com

Rien que les quantités de matériaux que nécessite ce vaste projet donnent une idée de la manière dont la vie des six millions de Nicaraguayens et des habitants des pays voisins sera transformée. Rien qu’en termes de nourriture, on estime qu’il faudra 37,5 tonnes de riz, 25 tonnes de légumes et 12,5 tonnes de viande pour nourrir chaque jour les 50 000 ouvriers impliqués dans le chantier, ainsi que ceux travaillant dans les ports et aéroports adjacents, les aciéries et autres usines.

« Ici nous écrivons une page de l’histoire », a déclaré le patron de HKND, Wang Jing, lors de la cérémonie d’ouverture.

Ce canal profitera au futur de toute l’humanité. Le peuple nicaraguayen contribue au développement de son propre bien-être et à celui de toute l’humanité. Ce canal permettra d’accroître le commerce entre l’est et l’ouest, et les échanges culturels seront enrichis.

Le président nicaraguayen Daniel Ortega a souligné comment le changement en cours dans toute l’Amérique latine et le bassin des Caraïbes a permis de réaliser enfin ce rêve remontant à plusieurs siècles. Il a rappelé que cette région défend le « principe de souveraineté » et de paix.

Comme on pouvait s’y attendre, les intérêts de Londres et de Wall Street se sont mobilisés pour contrer ce projet, qu’ils ont qualifié d’histoire à faire rêver, d’un projet qui ne verrait jamais le jour en raison de l’absence de financement.

Ils ont également activé leurs réseaux écolo-malthusiens dans un mouvement d’opposition frénétique, ainsi que des projets de « révolution de couleur » typiques de ceux associés à Project Democracy, visant à jouer sur les peurs des gens habitant les régions situées le long du futur canal. Le site américain Daily Beast est allé le 30 novembre jusqu’à suggérer qu’une révolution armée pourrait empêcher la construction du canal.

Depuis la Colombie, l’ex-ministre des Affaires étrangères Noemi Sanin, connue pour ses affinités avec les Britanniques, a annoncé le 22 décembre qu’elle allait, de concert avec plusieurs associés, porter plainte auprès de l’UNESCO, prétendant que le canal menace la « Seaflower Biosphere Reserve », un parc naturel d’une superficie de 350000 km² situé dans les Caraïbes et qui est géré conjointement par la Colombie et l’UNESCO. Sanin a demandé au président colombien Juan Manuel Santos de considérer le canal comme une menace à la souveraineté de la Colombie.

Histoire burlesque

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Une caricature de 1895 appelant les Etats-Unis à creuser le canal de Nicaragua.
Crédit : Wikipedia Commons

Lorsque l’on connaît l’historique du projet, tout cela ne peut que faire sourire. A l’origine, dès la colonisation espagnole du continent, on constate l’opportunité géographique et les avantages qu’offrirait un tel canal.

En 1825, ce sont le Président américain John Quincy Adams et son secrétaire d’État, l’économiste protectionniste Henry Clay, soucieux de favoriser l’intégration des États-Unis en multipliant les infrastructures et les échanges entre la côte est et la côte ouest, qui défendent le projet. Seulement, le Congrès s’y oppose.

Lorsque le projet du canal du Nicaragua est finalement ratifié par le Congrès américain peu avant le tournant du siècle, l’ingénieur français Philippe Bunau-Varilla, au service de la « Nouvelle société du Panama » et faute de soutien en France pour construire le canal de Panama, fera en 1898 appel aux services de l’avocat américain William Nelson Cromwell, fondateur de Sullivan & Cromwell, de loin le cabinet d’avocats d’affaires le plus prestigieux de Wall Street. [1]

En 1902, Cromwell, à force de dollars et de persuasion, voit ses efforts récompensés quand le Congrès des États-Unis adopte l’amendement Spooner, faisant du canal de Panama le projet officiel du gouvernement des États-Unis au détriment du projet du Nicaragua. Cromwell touchera 800 000 dollars pour avoir fait annuler le projet de canal du Nicaragua !

John Hay, le secrétaire d’État du président Theodore Roosevelt mène alors de délicates négociations avec la Colombie (dont le Panama est alors un département), qui aboutissent à la signature du traité Hay-Herrán en 1903. La Colombie ayant refusé d’entériner le traité, un groupe d’indépendantistes panaméens, appuyé en sous-main par les États-Unis, décide alors de faire sécession. Philippe Bunau-Varilla prend le parti des insurgés et devient l’un des organisateurs de la révolution qui conduira à « l’indépendance » du Panama.

Philippe Bunau-Varilla obtient alors d’être nommé ministre plénipotentiaire de la république du Panama, et prend en charge la négociation, en novembre 1903 à Washington, du traité Hay-Bunau-Varilla, qui accorde aux États-Unis la concession du Canal de Panama ainsi que d’une zone américaine, en plein centre du nouveau pays, à perpétuité. Ce traité, négocié en quinze jours, permet la protection de la « République » du Panama par l’armée et la marine des États-Unis. Bien que Theodore Roosevelt, devenu Président des Etats-Unis en 1904 suite à l’assassinat du Président McKinley, préfère le canal du Nicaragua, il se fera convaincre, une fois de plus par Cromwell, d’abandonner le projet au profit de canal du Panama que gère la firme S&C. Après dix ans de travaux, le canal de Panama entrera en opération en 1914. [2]

D’où l’ironie de la situation actuelle. Alors que Wall Street et Sullivan & Cromwell, qui représente jusqu’à ce jour l’Autorité du canal de Panama, se sont toujours démenées pour saboter le projet du Nicaragua, c’est aujourd’hui une entreprise chinoise qui se retrousse les manches pour creuser un canal interocéanique que les Américains les plus patriotes estimaient dans leur intérêt et souhaitaient de leurs vœux...


[1L’arrogance impériale de Sullivan & Cromwell a été révélée au monde à cause de l’action criminelle des frères Dulles, deux avocats à leur service. John Foster sera le Secrétaire d’État d’Eisenhower et Allen Dulles sera le premier directeur de la CIA. Violemment anti-communistes, ils organiseront des coups d’États et feront assassiner, avec la bénédiction d’Eisenhower, des chefs d’États étrangers jugés trop indépendants.

[2Lorsqu’en 1917, l’Allemagne envisage de former une alliance avec le Mexique contre les États-Unis, Sullivan & Cromwell déploie un jeune avocat fraîchement embauché au Nicaragua et au Panama pour consolider leur alliance avec les États-Unis. Il s’appelle Allen Dulles, le futur patron de la CIA.

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