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« Jeux de pouvoirs », quand Arte épouse le lobby bancaire

La rédaction
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Le documentaire « Jeux de pouvoirs » diffusé le 24 septembre sur Arte et prétendant enquêter sur la régulation bancaire, est l’exemple même d’un enfumage talentueux et pervers. Il vise ceux qui s’intéressent honnêtement et sincèrement à la question pour leur vendre l’illusion qu’avec les institutions et les femmes et hommes de pouvoir actuels, on peut espérer un changement. Point par point :

  1. Karine Berger, présentée comme une sorte de contre-pouvoir vis à vis de Bercy et du lobby bancaire, n’a été en fait qu’une entremetteuse. L’amendement qu’elle a finalement fait passer et qui est présenté comme une victoire ne fait qu’accorder à l’arbitraire du ministre les fameux ciseaux qui lui permettraient d’ajouter quelques pourcentages au 1% des activités spéculatives filialisées, tout en laissant les trous ouverts dans le fromage. Inutile d’ajouter que le ministre est aujourd’hui Moscovici, défenseur avoué et attitré du lobby bancaire et du CAC 40, et que demain ce pourrait être un ministre de droite moins hypocrite mais sans doute encore pire. On voit entre quelles mains la morale se trouve placée...
  2. Plus grave encore, pas un mot n’est dit sur le « bail-in » – le « mécanisme de résolution bancaire » permettant de mettre les déposants à contribution pour renflouer les pertes spéculatives des banques. C’est pourtant aujourd’hui le vrai sujet de débat en Europe et dans le monde, après le pillage des dépôts chypriotes. Ce mécanisme est en effet au coeur de la réforme Moscovici en France, et de la réforme Barnier sur l’union bancaire au niveau européen.
    Rien non plus sur les 1000 milliards d’euros mis à la disposition des banques, à 1% et sur trois ans, par la Banque centrale européenne en décembre 2011 et février 2012 (le fameux LTRO), qu’elles seront bien en peine de rembourser tout en n’ayant presque rien retransmis à l’économie réelle. Déjà, Mario Draghi « n’exclut pas » d’offrir un nouveau LTRO aux banques européennes, pendant que Ben Bernanke continue à arroser au rythme de 85 milliards de dollars par mois la planète financière. Pourtant, le documentaire nous explique que la grande avancée européenne est de confier la régulation des banques de la zone euro à cette même BCE...
  3. Quant aux paradis fiscaux, les deux exigences de transparence obtenues par le député vert Eric Alauzet ne touchent que la surface des choses. Par contre, Arte n’a pas jugé bon de mentionner que le député Alauzet s’est battu (en vain) pour une séparation totale des banques et qu’il a ensuite adressé une lettre aux parlementaires américains les incitant à plus de courage que nos députés et sénateurs en faisant adopter un vrai Glass-Steagall.
  4. Qu’on laisse s’exprimer un François Pérol comme une référence intellectuelle et morale, alors qu’il a trempé jusqu’au cou dans l’affaire Tapie et qu’il a organisé la privatisation et l’union de la BPCE depuis le poste qu’il occupait auprès de Nicolas Sarkozy, pour ensuite en devenir le président en ayant « chauffé son nid », est proprement scandaleux.
  5. Seuls, chacun à leur manière, Pascal Canfin, Thierry Philipponnat, Eric Alauzet et le député européen belge Philippe Lamberts sauvent l’honneur. Cependant, leurs propos sont habilement englués dans le reste, sur fond de musique sirupeuse et de célébration d’une « grande avancée » qui n’est qu’une escroquerie, du moins intellectuelle et morale.

Cette émission est donc le témoignage de la manière dont les médias sont contrôlés avec un certain... « arte », mais aux dépens du conflit d’intérêts permanent qui, hélas, est devenu un marqueur de l’état des choses dans notre pays.

Ce ne sont ni les multiples apparitions opportunément organisées de François Hollande ni les yeux bleus de Michel Barnier, le commissaire européen en charge de la régulation, qui nous convaincrons du contraire.

Ne restez donc pas spectateurs des (non)événements et soutenez notre proposition de loi pour couper les banques en deux !

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Vos commentaires

  • Le 28 août 2014 à 09:38
    par Patrice

    Vous faites il me semble un contresens total.
    Pour moi ce documentaire montre très bien comment un travail certain (Karine Berger) n’a qu’un résultat négligeable du fait de l’action du lobby bancaire, et un résultat nul au final du fait du veto de Moscovici => CQFD !
    Evidemment ce n’est pas "Noire Finance" mais le message en est d’autant plus clair. Votre critique semble tenir aux faiblesses du documentaire (absence de matériel) mais cela confirme encore son propos (aux dépends de la qualité du docu.).
    La séquence finale (coup de pied au cul du lobby bancaire par Lamberts) est pour moi la conclusion, et pas un "sauve l’honneur". Bref un documentaire pour ceux qui croyaient encore en une action possible de l’état, mais pas pour les adhérents du NPA.

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