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Comment empêcher une guerre nucléaire ?

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Pour écarter la menace d’une guerre nucléaire, militaires russes et américains soulignent l’extrême urgence de rétablir des canaux de communication directs, rompus depuis la crise ukrainienne. Ici le général américain le général James E. Cartwright, ancien commandant de l’US Strategic Command.
Crédit : U.S. Dept. of Defense

La question que pose ce titre, immergés que nous sommes dans la banalité et la dérision superficielle de notre culture ambiante, risque de faire ricaner certains.

Pourtant, il s’agit bien du titre de la tribune publié le 19 avril 2015 dans les pages du New York Times, cosignée par deux militaires de très haut niveau : du coté américain, le général James E. Cartwright, ancien commandant de l’US Strategic Command et ancien vice-président du Comité des chefs d’état-major interarmées, et du coté russe, le major-général à la retraite Vladimir Dvorkin, ancien négociateur des traités de désarmement et haut responsable de la défense.

Pour ces deux experts, avec la crise ukrainienne, c’est tout l’environnement stratégique qui se dégrade et menace la stabilité des relations Est-Ouest. La preuve ? Lors du bras de fer en 2014 sur la Crimée, les plus hautes autorités de la défense russe ont conseillé au Président Poutine de mettre l’arsenal nucléaire russe en état d’alerte. Une réalité qui permit sans doute à Paris et Berlin de prendre conscience que la paix mondiale s’y jouait.

Cependant, nous disent ces militaires, les efforts diplomatiques ne suffiront jamais pour calmer les tensions.

Premier danger, constatent-ils, le fait que la doctrine militaire de la Destruction mutuelle assurée (MAD), adoptée lors de la guerre froide, reste de mise. Or cette doctrine prévoit trois scénarios conduisant un État à déclencher le feu nucléaire : la première frappe (First Strike), le « lancement-sur-alerte » (Launch On Warning, LOW) et la deuxième frappe, c’est-à-dire la riposte nucléaire post-attaque.

Lors de la deuxième option, celle du lancement-sur-alerte, la décision de lancer ses propres missiles doit se prendre dans un temps record, c’est-à-dire avant que les missiles intercontinentaux de l’adversaire achèvent leur propre trajet de 15 à 30 minutes et pénètrent votre sanctuaire. Cette décision s’effectuera sur la base d’informations provenant de vos satellites de veille ou de vos radars au sol.

Pour les auteurs, cette option représente des dangers de plus en plus énormes, puisque des provocations ou des erreurs peuvent conduire le monde à la catastrophe.

Rappelons que chaque protagoniste dispose de plus de 2 000 ogives nucléaires prêtes à être lancées avant l’arrivée des fusées adverses, soit suffisamment pour détruire plusieurs fois l’ensemble des États-Unis ou de la Russie. Une fois lancées, ces ogives ne peuvent pas être rappelées ou neutralisées. Le lancement-sur-alerte expose le monde, depuis au moins 30 ans, au risque d’une guerre nucléaire qui pourrait être causée par une simple coïncidence d’un radar ou d’un détecteur à bord d’un satellite, ou encore par un pépin informatique, et par le manque de vivacité d’un esprit humain pour se rendre compte que le message indiquant une attaque est erroné.

Bien sûr, affirment les auteurs, en théorie, « aucun chef d’État sain d’esprit » ne lancerait une attaque nucléaire complète sur l’adversaire en apprenant qu’un seul, ou un petit nombre de missiles étaient lancés par l’adversaire, car il pensera qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une attaque intentionnelle.

Cependant, la doctrine du lancement-sur-alerte reste aujourd’hui de mise, aussi bien en Russie qu’aux États-Unis, et fait perdurer le risque, aussi petit qu’il puisse être, d’une erreur cataclysmique. Et ce risque devrait inciter les présidents russe et américain à éliminer conjointement ce concept de leurs doctrines.

À la place, des pourparlers directs entre militaires des deux cotés devraient permettre de lever toute ambiguïté. Seulement… depuis la crise ukrainienne, les militaires américains et russes ont rompu tout contact.

Il est grand temps de le rétablir. Et pour marquer la volonté de réduire les tensions inutiles, les États-Unis et la Russie devraient renoncer à toute manœuvre de lancement de missile mettant à l’épreuve les systèmes d’alertes précoces.

Voilà ce qui pourrait être une contribution significative à la stabilité stratégique menacée. Et ultérieurement, l’abandon du concept de lancement-sur-alerte pourrait formellement venir s’inscrire dans un nouveau traité de réduction des armements START.

Conclusion des auteurs :

Dans des périodes de tensions plus grandes et de temps de décision plus réduits, l’éventualité d’une erreur humaine et technique dans les systèmes de contrôle augmente. Le "lancement-sur-alerte" est une relique de la Guerre froide dont le risque dépasse de loin la valeur. Nos dirigeants doivent se parler d’urgence et, nous l’espérons, bannir ce protocole obsolète avant qu’une erreur dévastatrice ait lieu.

Plus que jamais, l’Europe doit renoncer au bellicisme géopolitique et s’engager avec les BRICS dans une politique de paix par le développement mutuel : signez l’appel de l’Institut Schiller

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