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Crise laitière : si nécessaire, nous durcirons le combat

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Entretien avec Erwin Schöpges, 45 ans, président de l’organisation belge Milch Interessengemeinschaft Gruppe (MIG ou groupe de défense des producteurs de lait) et l’un des fondateurs de l’European Milkboard (EMB)


Nouvelle Solidarité : Vous avez été, avec votre mouvement, l’EMB, à l’origine de la « grève du lait » et d’autres opérations coup de poing visant à tirer la sonnette d’alarme sur la crise qui frappe l’agriculture, et en particulier la production laitière. De quoi s’agit-il ?

Erwin Schöpges : Pour nous, la grève de 2009 suivait celle de 2008. Ce sont les producteurs allemands qui avaient lancé le mouvement, suite à l’effondrement dramatique des prix qui nous obligeait de réagir. Pourquoi les prix baissent-ils ? Parce qu’il y a trop de volume sur le marché.

Le problème c’est qu’en 2008, la France ne participait pas au mouvement. Pourtant, pour emporter une victoire à l’échelle européenne, il fallait que la France et l’Allemagne, qui fournissent à eux seuls 50% de la production européenne, participent. Pas facile à réaliser.

En 2009, la situation était très différente. J’ai organisé beaucoup de réunions en Bretagne, en Normandie et dans presque toute la France pour mobiliser les Français. A la fin, ça a marché et des mouvements comme l’Association des producteurs de lait indépendants (APLI) et l’Organisation des producteurs de lait (OPL) ont vu le jour. Alors, en 2009, ce sont les Français qui ont poussé à la grève. Puisque l’Allemagne, la France, l’Autriche, l’Italie, la Suisse, la Hollande, le Luxembourg et la Belgique ont participé, on peut dire que c’était une vraie grève européenne. En 2008, je m’étais dit que je ne voulais plus participer de cette façon et jeter du lait sans que personne ne le voit, car lors de la première grève du lait, j’étais chez moi à la maison, j’ouvrais le robinet et je pleurais. Alors je me suis dit, cette fois-ci, si je jette du lait, il faut que tout le monde le voit. En réfléchissant, on a eu l’idée de la journée d’action de Ciney qui est devenu le symbole de la grève, où on a jeté 3 millions de litres de lait en une demi-heure, l’équivalent de toute la production journalière de la Wallonie. Vous voyez que c’était un très grand mouvement.

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NS : Est-ce que cela a fait avancer les choses ?

ES : C’était une grande victoire à cause de la solidarité qu’on a montrée entre les différents pays. Je crois que c’est unique de créer un mouvement pareil, qui passe à l’action dans plusieurs pays le même jour. Ensuite, Mme Fischer Boel, qui était commissaire européen à l’Agriculture et qui prônait l’ultralibéralisme, a dû quitter son poste. On a même obtenu qu’une majorité des Etats-membres de l’UE se prononcent pour un retour à la régulation [1]

bien qu’il reste à déterminer laquelle (…) La grève a aussi permis d’obtenir une aide de 280 millions d’euros. De prime abord, cela semble beaucoup. Cependant, on a fait le calcul pour la Belgique : cela fait 0,2 centimes d’euro d’aide par litre… Alors, moi qui gère une exploitation qui vise à produire 500 000 litres de lait, cela me ferait 1000 euros. C’est mieux que rien, mais vous voyez que ce n’est pas une grande somme. Autre succès de la grève, c’est la création du premier « Groupe de haut niveau », composé d’experts de chaque pays qui se réunissent toutes les deux à trois semaines pour définir les contours de la nouvelle politique agricole commune au-delà de 2013, et dont l’EMB est un partenaire officiel pour participer aux discussions. Oui, on y trouve désormais, à part la COPA qui représente les grands syndicats, Via Campesina et l’EMB, qui est écouté en tant que représentant des producteurs laitiers.

NS : Après une baisse de 20% des revenus agricoles en 2008 et de 30% en 2009, avec une baisse des revenus de 50% pour les producteurs laitiers, comment peuvent-ils survivre ?

ES : Pour illustrer mon propos, je peux expliquer comment ça se passe chez moi. D’abord, je trais environ 1000 litres par jour que je vends aux environs de 25 centimes d’euro le litre. Cela fait donc grosso modo 250 euros par jour. Cela me prend en moyenne huit heures de travail. J’estime qu’un indépendant devrait gagner au moins 25 euros brut (pas net) par heure. Si je reçois 250 euros de la laiterie, 200 euros ne font que rémunérer mes heures de travail (8x25). Il me reste donc 50 euros pour le reste ! En réalité, on travaille gratuitement ! L’argent qu’on touche ne permet même pas de maintenir la production. Depuis un an et demi, que ce soit en France ou en Belgique, les producteurs ne survivent qu’en s’endettant et en contractant sans cesse de nouveaux crédits pour rembourser les anciens. On croit toujours qu’un jour meilleur va arriver mais on entre dans une dépendance de plus en plus dangereuse.

NS : Pour certains c’est le désespoir qui s’installe.

ES : Ce n’est guère étonnant. Les producteurs perdent leur capital, ils travaillent beaucoup et ont du mal à faire face aux échéances. Cela provoque du stress et des tensions dans les familles. On n’a jamais été très riche mais quand même capable de vivre une vie normale sans tout ce tracas. On n’a pas appris à vivre ce genre de situation. Cette situation nouvelle pousse certains à tout abandonner, et même au suicide.

NS : Les terres abandonnées ne sont-elles pas reprises par des cartels ?

ES : C’est une question très spéciale sur un sujet très sensible. Dans le secteur du lait, on constate que les exploitations de 1000 vaches, qui tombent en faillite suite aux difficultés financières, sont discrètement rachetées par des industriels et des banques qui visent à contrôler la production agro-alimentaire en Europe. Le problème, c’est que les producteurs continuent à exploiter ces fermes en tant que gérants, ce qui fait qu’on a peu de connaissance de ce processus qui est pourtant réel en Allemagne et en Belgique. Il y a un intérêt considérable de la part du monde industriel et de ceux qui possèdent des capitaux, à accaparer des terrains et des terres agricoles. L’énergie est déjà sous la houlette de certains intérêts qui aujourd’hui prennent le contrôle de l’agro-alimentaire et qui, petit à petit, comptent aussi posséder d’ici une dizaine d’années les ressources en eau, en Europe et ailleurs. Ce contrôle de ce qui est essentiel pour l’homme par un petit nombre, bien qu’il s’agisse d’un processus souterrain difficile à documenter, représente un danger qu’il ne faut pas sous-estimer. On sait que cela se passe mais cela reste à prouver. Je sais que c’est dangereux de l’évoquer mais je pense qu’il faut en parler. Si cela déplaît à certains, qu’ils me poursuivent ! C’est un danger pour les consommateurs et même pour les peuples de devenir dépendants. Je vous rappelle que la nourriture est une chose essentielle pour la vie de chacun. Chaque jour, matin, midi et soir, vous mettez quelque chose dans votre estomac. Voulons-nous avoir l’assurance, à l’avenir, de disposer d’une nourriture de bonne qualité provenant de nos pays, ou sommes-nous prêts à manger n’importe quoi : du fromage qui n’est plus du fromage, de la viande qui n’est plus de la viande ou encore du pain qui n’est plus du pain ? On constate déjà l’apparition de certaines maladies et de cancers résultant d’une alimentation de moindre qualité. Il y a donc un choix à faire, à savoir si l’on est prêt à investir un peu plus pour une nourriture de qualité.

NS : Comment voyez-vous la nouvelle Politique agricole commune (PAC) qui se prépare ?

ES : Au niveau laitier, l’essentiel, c’est de sortir du système des primes. Pour l’instant, les producteurs survivent grâce aux subventions. Ce dont on a besoin, c’est d’un prix sur le marché qui nous permette de vivre et qui couvre nos coûts de production. Il ne s’agit donc plus de produire pour 20 centimes d’euro le litre de lait, puis de toucher les subventions pour essayer de survivre. Pour arriver à cela, l’EMB a développé un concept que nous avons présenté au Groupe de haut niveau, qui est semblable au système canadien. Nous voulons créer un Office du lait, en quelque sorte un observatoire où les producteurs sont présents pour déterminer un prix juste qui couvre les coûts. On nous rétorque alors qu’il y a trop de différences entre pays. C’est inexact et je suis sûr qu’entre producteurs, nous allons réussir à fixer un prix pour tous car les coûts sont identiques en Hollande, en Allemagne, en Autriche et en France. Les producteurs doivent donc y siéger. Deuxièmement, il faut la présence des responsables politiques pour garantir qu’on puisse créer le cadre permettant que cela se passe correctement. Tertio, il faut la présence des consommateurs, pour faire en sorte que nous ne fixions pas un prix qui leur serait inaccessible. Ces trois composantes sont essentielles. Pour que cela marche, il faut que chaque exploitation dispose non pas d’un quota, mais d’un droit de produire par exploitation. Si les fermes perdent leur droit de produire sur leur exploitation, leur ferme ne vaut plus rien. Si tu as 70 à 80% des terres qui ne t’appartiennent pas et si tu n’as pas le droit de produire, on peut te mettre à la porte et te remplacer par un autre.

Si la nouvelle PAC s’oriente vers ce système, on peut envisager de mettre fin à une agriculture qui ne survit que grâce aux subventions. Nous ne voulons plus produire ici en Europe des produits bon marché qui ruinent les petits producteurs africains, comme cela se passe actuellement. Par contre, pour les gens qui produisent dans des régions défavorisées, qu’ils reçoivent des soutiens, c’est légitime, ils en ont besoin.

NS ; En attendant cette nouvelle régulation, je crois que vous venez de lancer en Belgique une initiative originale.

ES : Le moment est venu d’aller à la rencontre des consommateurs. C’en est terminé de l’époque où nous, les producteurs, nous restions sur nos exploitations et où, après la traite, on versait le lait dans des citernes sans s’occuper du reste. En Belgique, nous venons de mettre sur pied Fairecoop, une coopérative de producteurs qui, sous son propre label « Fairebel », va lancer du lait équitable. Il sera vendu dans presque toutes les grandes surfaces de Belgique. Ce label implique également que chaque producteur doit faire la promotion du produit en rentrant directement en contact avec les consommateurs. Ce dernier doit comprendre que s’il achète son lait à 50 ou 60 centimes le litre, il ruine tous les producteurs d’Europe. Le coût de revient s’élève en effet à 35 centimes le litre, sans le coût de la main d’oeuvre. Donc, si le consommateur achète du lait au magasin à 50 ou 60 centimes, c’est impossible que les producteurs puissent survivre. Avec chaque litre de lait équitable qui sera vendu, 10 centimes seront versés sur un compte et cet argent sera redistribué à la fin de la campagne à tous ceux qui ont investi dans la coopérative. Il s’agit de créer une nouvelle solidarité entre les producteurs et les consommateurs, ce qui est un sacré défi. On verra comment les gens vont réagir. Accepteront-ils d’acheter un lait à 90 centimes au lieu de 60 ?

NS : Est-ce que vous planifiez de nouvelles opérations de sensibilisation ?

ES : Pour l’instant, on observe la situation. Si le prix s’améliore, cela ne sera pas immédiatement nécessaire. Si le prix s’effondre de nouveau et qu’il n’y a pas de changement, des nouvelles actions spectaculaires seront rapidement lancées.

Cependant, j’ai pu m’entretenir pendant deux heures avec le nouveau commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Ciolos, et j’ai constaté un changement de philosophie. Mme Fischer Boel venait du Danemark, un pays ultra-libéral. Ciolos vient de Roumanie et a des contacts en France. Évidemment, il ne peut pas tout changer d’un coup, mais on reste en contact avec lui. On fait tout pour le convaincre que le chemin pris par Fischer Boel allait contre l’agriculture familiale. Cependant, s’il n’y a rien qui suit, croyez-moi qu’après avoir mené deux grèves du lait, de nouvelles actions ne me font pas peur.

Propos recueillis par Karel Vereycken, le 25 mars 2010


Articles :


[1En décembre 2009, à l’initiative de la France, vingt-deux pays se sont mis d’accord sur des mesures visant à assurer la pérennité de la PAC. A l’opposé, les Pays-Bas, la Suède et surtout le Royaume-Uni souhaitent son démantèlement pur et simple.

Voir les 3 commentaires

  • petite souris • 04/04/2010 - 13:34

    Les informations contenues dans cet excellent article me laissent sans voix !

    Je retourne vite dans mon trou pour surveiller mon dernier morceau de fromage...........

    Répondre à ce message

  • Michele • 03/04/2010 - 19:48

    Pour information, 800 agriculteurs se sont suicidés en 2009 en France suite à une politique honteuse et qui méprise tout citoyen. Les médias sont aussi coupables que ceux qui mettent en place de telles horreurs. Ce monde est à vomir, premiers responsables, l’Europe, les USA. Nous vivons face à une bande de tueurs et chacun attend son tour sans broncher, les dirigeants rongés par la corruption et n’ont même plus d’amour propre ni de respect d’eux même, ils ne se rendent même pas compte à quel point ils sont minables.L’occident est la pourriture du monde et je vis dans cette puanteur.

    Répondre à ce message

  • xavier • 03/04/2010 - 22:09

    on est en train de crever et ni les politiques ni nos responsables ne font quelque chose j’ai honte nous ne savons pas quoi faire

    Répondre à ce message

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