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Cristina Kirchner : dans ce monde de vautours et de faucons, il faut davantage de colombes de la paix !

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Mme Cristina Fernandez de Kirchner, la présidente d’Argentine, lors de son intervention devant l’Assemblée générale des Nations unies le 24 septembre 2014.
Crédit : ONU

Discours prononcé le 24 septembre 2014 par Mme Cristina Fernandez de Kirchner, présidente d’Argentine, devant l’Assemblée générale des Nations unies.

Madame la Présidente, chère compatriote,
Mesdames et Messieurs les chefs des délégations des États membres des Nations unies,

Je voudrais prendre la parole ici à un moment très spécial non seulement pour le monde, mais également pour mon pays. Je voudrais commencer par une réflexion sur ce qu’a dit Monsieur le Secrétaire général Ban Ki-moon en ouvrant cette 69ème session de l’Assemblée générale. Il est revenu sur beaucoup de problèmes, de tragédies, de calamités qui frappent le monde aujourd’hui et il a dit, si je me souviens bien, que ces « turbulences » – car c’est ainsi qu’il les a définies – « qui secouent le monde aujourd’hui, mettent en danger le multilatéralisme ».

Sincèrement, je pense qu’une grande partie des problèmes qui frappent le monde aujourd’hui – problèmes économiques et financiers, problèmes en matière de terrorisme et de sécurité, en matière d’emploi de la force et d’intégrité territoriale, en matière de guerre ou de paix – bon nombre de ces problèmes sont dus précisément à l’absence d’un multilatéralisme efficace, concret et démocratique.

C’est la raison pour laquelle je voudrais commencer ici mon allocution en félicitant et en remerciant cette Assemblée générale de l’adoption de la résolution 68/304 du 9 septembre dernier, à une large majorité de 124 votes positifs, qui a finalement décidé d’engager cette Assemblée dans la voie de la rédaction d’une convention multilatérale donnant un cadre légal aux réglementations applicables à la restructuration des dettes souveraines de tous les pays. [applaudissements]

Il s’agit d’une tâche que nous devons mener à bien. Cela fait depuis 2003 que je participe à cette assemblée, d’abord en tant que sénatrice, puis depuis 2007 en tant que présidente ; et nous avons depuis le début réclamé une refonte des différents organismes, du Conseil de sécurité comme du Fonds monétaire international. Nous nous basons sur notre expérience en république d’Argentine, mon pays. Dans ce contexte international, mondial, mon pays, la république d’Argentine, j’ose le dire, est un triple cas d’école [« leading case » en anglais dans le texte], en matière économique et financière, en matière de terrorisme et de sécurité, et aussi en matière d’emploi de la force et d’intégrité territoriale.

Sur le premier sujet, la crise économique, qui s’est répandue dans le monde à partir de l’année 2008, qui perdure encore aujourd’hui, et qui commence à menacer les économies des pays émergents, (alors qu’ils ont connu jusqu’ici une grande croissance économique) ; je veux dire que mon pays, a vécue cette m crise en 2001 lorsqu’il y a eu défaut [« default » en anglais dans le texte] de la dette souveraine, sans doute le plus grand défaut [« default » en anglais dans le texte] que l’on ait jamais connu. A l’époque, l’Argentine en était arrivée là avec le consentement des organismes multilatéraux… parce que lorsque l’on doit 160 % de son PIB, la faute n’est pas imputable uniquement au débiteur mais également aux créanciers.

Et depuis la dictature du 24 mars 1976 en passant par l’étape du néolibéralisme, pendant laquelle l’Argentine était présentée comme une élève modèle dans l’assemblée du Fonds monétaire international, elle a finalement accumulé une dette sans précédent qui l’a fait imploser en termes économiques mais également en termes politiques. Nous avons eu 5 présidents en une seule semaine. Ici, personne n’a accepté de prendre ses responsabilités pour ce qui était arrivé en Argentine. L’Argentine a dû se débrouiller comme elle le pouvait. Et en 2003, un président arrivé au pouvoir avec seulement 22 % des voix s’est présenté ici, devant cette assemblée, quelques mois seulement après sa prise de fonctions, et a déclaré qu’il était nécessaire de mettre en place un modèle de croissance et de développement pour le pays qui lui permette d’assumer ses dettes. Car il a dit, dans une métaphore plus qu’intéressante, que les morts ne payaient pas leurs dettes. Et que les pays doivent pouvoir vivre, se développer, et croître pour faire face à leurs obligations. Mais il a également dit que ce niveau de dette – je le répète : 160 % du PIB – n’était pas de la seule responsabilité du pays. Nous assumions en tant que pays l’adoption des politiques qui nous avaient été imposées, nous assumions notre responsabilité, mais nous demandions et nous prétendions aussi que les organismes multilatéraux comme le Fonds monétaire international et les créanciers qui avaient consenti des prêts à des taux usuraires (qui pouvaient atteindre jusqu’à 14% en dollars) assument également une part de responsabilité dans cet endettement.

Cet homme, ce président, qui est arrivé au pouvoir avec 22 % des voix, s’est retrouvé face à 25 % de chômage, 54% de pauvreté et 27% d’indigents, sans écoles, sans santé, sans sécurité. Cet homme, avec un modèle de développement et de croissance, est parvenu à créer non seulement des millions d’emplois, des millions de retraités et de pensionnés qui ont pu être couverts par les systèmes sociaux, mais de surcroît à générer une participation de 6 points du PIB destinés à l’éducation, et à destiner des sommes importantes à l’infrastructure du pays. Nous avons pu bâtir des routes, des centrales nucléaires et hydroélectriques ; des réseaux d’eau, de gaz et d’électricité, qui aujourd’hui s’étendent dans tout le pays, dans un processus d’inclusion sociale sans précédent pour réduire la pauvreté, pour réduire l’indigence à un pourcentage à un seul chiffre aujourd’hui, et le FMI lui-même reconnaît que la croissance économique de l’Argentine entre 2004 et 2011 a été la 3ème croissance la plus importante au niveau mondial. En termes de qualité de croissance, nous ne sommes dépassés que par la Bulgarie et la Chine. En Amérique latine, nous affichons la meilleure prévision de croissance et le meilleur niveau de pouvoir d’achat des travailleurs.

Tout cela, nous y sommes parvenus en supportant la dette qui avait été générée par d’autres. Il est bon de rappeler que nos gouvernements n’ont pas été ceux qui ont déclaré le défaut sur la dette. Ce ne sont pas non plus nos gouvernements qui ont été responsables de la dette, mais nous avons dû l’assumer. C’était notre devoir et depuis 2003 jusqu’à aujourd’hui, nous avons payé plus de 190 milliards de dollars, je répète le nombre, plus de 190 milliards de dollars. Parce que nous avons restructuré la dette avec 92,4 % des créanciers pour deux volets de dette. Il y a eu tout d’abord ce qui a été accompli en 2005 par le président Kirchner et ensuite ce que j’ai fait en 2010. La vérité c’est que nous sommes parvenus à ce que 92,4 % des créanciers de l’Argentine régularisent leur situation et de là, nous avons commencé à rembourser régulièrement cette dette. Nous avons également remboursé en totalité notre dette envers le Fonds monétaire international, qui se soutenait en permanence avec des bicyclettes financières, à travers ce que l’on appelle des standby [NDT : en anglais dans le texte]. Nous avons donc également totalement annulé cette dette que nous avions à l’égard du Fonds monétaire international.

Il y a quelques mois nous avons mené à bien une négociation concernant une dette que nous traînions depuis 1956 avec le club de Paris. Figurez-vous que la présidente qui vous parle avait 3 ans quand cette dette a été contractée, et le ministre de l’économie de mon pays, qui discutait de la restructuration avec le club de Paris, n’était même pas né en 1956. Mais malgré cela, nous sommes parvenus à un accord avec 19 ministres de l’économie de l’Union européenne pour enfin restructurer cette dette, et nous avons déjà remboursé la première tranche de 642 millions de dollars. Et ça ne s’arrête pas là. Nous sommes parvenus à régulariser la situation des jugements du CIADI de la Banque mondiale, des jugements qui avaient commencé non par des actes ou des actions commises au cours de nos gouvernements, mais par des actions de gouvernements antérieurs qui ont fini par amener des procès devant la Banque mondiale. Cela aussi, nous l’avons résolu. Nous sommes aussi arrivés à un arrangement avec Repsol, lorsque nous avons décidé de reprendre le contrôle de nos ressources énergétiques et que nous avons exproprié 51 % des actionnaires de cette entreprise pétrolière. Nous avons aussi restructuré cette dette et nous sommes parvenus à un accord.

Tout cela, nous l’avons fait, de plus, grâce à nos ressources propres, sans avoir accès au marché des capitaux. Car l’Argentine, étant donné le défaut de 2001, était interdite d’accès au marché des capitaux. Rendez-vous compte, un processus d’inclusion sociale sans précédent – et je dis sans précédent sciemment, alors que je sais que d’aucuns, dans mon pays, diront peut-être qu’au cours des années 50, il y avait des processus d’inclusion similaires. Vous savez quelle est la différence ? Que nous, ce processus d’inclusion, nous l’avons démarré en partant d’une banqueroute totale. Totale et absolue. Au beau milieu du défaut de paiement, nous avons réussi à surmonter le défaut [« default » en anglais dans le texte], nous sommes parvenus à travailler avec les Argentins et à obtenir des acquis sociaux pour eux, nous avons réussi à nous désendetter. Aujourd’hui, nous avons un taux de dettes parmi les plus faibles du monde.

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Il y a l’autre cas d’école dont je voulais parler, à savoir l’apparition de ce que l’on appelle les fonds vautours. Il ne s’agit pas des dirigeants populistes sud-américains qui utilisent ce terme de fonds vautours, ni des dirigeants des pays d’Afrique, puisque les pays d’Afrique ont également été victimes de ces fonds vautours. Un des premiers dirigeants à utiliser cette expression l’a fait ici en 2002, et la version de son discours a été déposée et enregistrée aux greffes, c’est le Premier Ministre Gordon Brown, Premier Ministre britannique qui a mentionné ces fonds vautours en disant que moralement il était indigne que ces fonds minent les efforts des pays qui visent à réduire la pauvreté de la population, et qui visent à faire davantage en matière d’éducation et de santé. Aujourd’hui, l’Argentine, avec la complicité du système judiciaire de ce pays, est harcelée par ces fonds vautours.

De qui s’agit-il ? Il s’agit en fait de 1 % de ceux qui n’ont pas participé à la restructuration que nous avons négocié en 2005. Ils ne pouvaient pas participer, parce qu’ils avaient acheté des valeurs en 2008. Vous le savez, ce sont des fonds spécialisés, comme leur nom l’indique, dans l’achat de valeurs ou de titres de pays qui sont en défaut de paiement ou vont l’être sous peu. Leur objectif n’est pas de les réclamer au pays, mais de les poursuivre en justice, dans diverses juridictions, afin d’obtenir des gains exorbitants.

Je ne parlerai même pas de « gains » dans ce cas, parce que ce 1 % à la suite d’un procès ici, dans la juridiction de New York, a obtenu un taux de 1608 % sur 5 ans, en dollars. Dites-moi un peu si vous connaissez une compagnie, une entreprise, un investisseur qui parvient à avoir une rentabilité de plus de 1600 % en à peine 5 ans ? C’est pour cela qu’on les appelle les fonds vautours. Aujourd’hui ces fonds empêchent ceux qui ont fait confiance à l’Argentine (les 92,4 % des créanciers), empêchent ces 92,4 % d’obtenir ces remboursements. C’est pourquoi je suis très heureuse que l’Assemblée générale ait pris le taureau par les cornes et j’espère que cette année et l’année prochaine, avant l’Assemblée générale de 2015, nous aurons pu construire – parce qu’il s’agit de cela, il s’agit d’un exercice multilatéral actif et constructif – j’espère que nous aurons été capable de mettre en place un cadre réglementaire pour les restructurations des dettes souveraines afin qu’aucun autre pays ne se retrouve dans la situation où se trouve l’Argentine aujourd’hui : un pays qui a des capacités de paiement et qui veut payer et qui va rembourser ses dettes malgré le harcèlement de ces fonds vautours.
[applaudissements]

Des fonds vautours qui menacent d’entreprendre des actions à l’encontre de l’économie de notre pays. Des fonds qui diffusent des rumeurs, des infamies et des calomnies sur les personnes, sur l’économie et sur la finance. Ils agissent comme des agents déstabilisateurs, c’est une sorte de terrorisme économique et financier.

Car ceux qui mettent des bombes sont peut-être des terroristes mais il y a aussi des terroristes économiques, ceux qui déstabilisent les pays et qui sont responsables de la pauvreté et de la faim, à partir du péché de la spéculation. Il faut le dire en toutes lettres. C’est pourquoi nous plaidons pour que cet accord multilatéral démarre rapidement, avec diligence. Pas pour l’Argentine, mais pour tous les pays du monde. Parce qu’en outre, nous pensons qu’un équilibre économique et financier qui attaque les inégalités économiques et sociales est nécessaire – entre les pays, et à l’intérieur des différentes sociétés – sera aussi un antidote puissant contre ceux qui recrutent des jeunes qui n’ont aucun espoir, des jeunes qui n’ont aucun avenir, des jeunes qui sont enrôlés dans des croisades insensées que nous déplorons tous. Nous ne pouvons pas nous limiter à une lecture superficielle des événements, nous devons aussi aller en profondeur et lutter contre les causes de ces problèmes.

J’ai dit que mon pays était un cas d’école à trois égards [« leading case » en anglais dans le texte]. Je parlais du terrorisme et de la sécurité. Mon pays est le seul pays, avec les États-Unis, qui a été victime d’attentats terroristes sur le continent américain. Deux attentats terroristes : un en 1992, lorsqu’on a attaqué l’ambassade d’Israël et en 1994, contre le siège de l’AMIA. Cela fait 20 ans qu’il y a eu cette attaque contre l’AMIA.

Et j’ose dire ici devant cette assemblée et en présence des familles de victimes qui nous ont accompagnées, que le gouvernement du président Kirchner est celui qui a le plus œuvré pour démasquer les véritables responsables. Pas seulement parce qu’il a ouvert l’ensemble des archives des renseignements de mon pays, pas seulement non plus parce qu’il a créé une unité spéciale d’enquête, mais aussi parce qu’en 2006 face à la justice de mon pays, il a accusé certains citoyens iraniens d’être impliqués dans l’attentat contre l’AMIA. Et il a été le seul président, avec moi, à oser proposer, à oser demander à la république islamique d’Iran de collaborer, de coopérer avec l’enquête.

Cette demande est intervenue de manière régulière, en 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, et finalement la république islamique d’Iran a donné suite à cette requête. Avant, la question ne pouvait même pas être mentionnée. Mais l’Iran a ensuite accepté une réunion bilatérale. Il y a eu un protocole d’accord entre l’Iran et l’Argentine en matière de coopération judiciaire. Pourquoi ? Afin de garantir que les citoyens iraniens qui étaient impliqués et qui vivaient à Téhéran, en République islamique d’Iran, puissent passer devant le juge.

Que s’est-il passé lorsque nous avons signé ce protocole d’accord ? Apparemment, on avait ouvert une boîte de Pandore, à l’intérieur et à l’étranger.

Les institutions d’origine juive qui étaient à nos côtés depuis toutes ces années, et qui nous avaient toujours accompagnés ici pour exiger cette coopération, se sont retournées soudain contre nous. Lorsque la coopération a été décidée, ces institutions nous ont accusées de complicité avec l’Iran. Même chose ici dans ce pays : lorsque les fonds vautours ont fait pression sur le Congrès américain, ils nous ont accusés d’être des partenaires de « l’État terroriste d’Iran » – à l’époque, certains ne disaient pas état islamique d’Iran comme aujourd’hui, mais « l’Etat terroriste d’Iran ».

Ces fonds vautour ont fait du lobbying même sur leur sites Web, en mettant ma photo aux côtés du Président Ahmadinejad, comme si nous étions partenaires.

Cette semaine nous avons appris qu’un hôtel emblématique de cette ville, le Waldorf Astoria, accueille la rencontre entre le chef du département d’Etat des Etats-Unis et de son homologue iranien. Nous n’y sommes pas opposés. Au contraire, nous sommes toujours favorables à tout dialogue, à toutes les discussions.

Mais ce que nous voudrions demander, c’est la chose suivante. Ceux qui accusaient l’Iran d’être un pays de terroristes l’année dernière – je ne parle pas d’il y a un siècle, je parle de l’année dernière – que disent-ils aujourd’hui ? Que disent ceux qui, l’année dernière, parlaient de « combattants de la liberté » luttant en Syrie contre le gouvernement d’Al Assad, alors que les mêmes font partie de l’EIIL maintenant ? Que disent-ils aujourd’hui ?

Cela rejoint l’autre problème que nous avons face à l’insécurité, face au terrorisme. Les grandes puissances échangent bien trop facilement les concepts d’ennemis et d’amis, de terroriste ou non-terroriste. Et le problème est que nous devons définir, une fois pour toutes, que nous ne pouvons continuer à utiliser la politique internationale ou les situations géopolitiques, pour obtenir des positions de pouvoir.

Et je parle en tant que militante contre le terrorisme international. Pour vous donner un exemple amusant, la justice argentine enquête en ce moment sur une menace qui m’a été adressée par l’EIIL, pour deux raisons. Tout d’abord, parce que je suis proche de sa Sainteté, le pape François. Et deuxièmement, parce que j’ai dit qu’il était nécessaire qu’Israël et la Palestine soient deux États qui cohabitent – et au passage, je réitère ma demande devant cette assemblée, de la reconnaissance définitive de la Palestine comme nouvel Etat membre de plein droit. [applaudissements]

J’en profite pour le répéter. Il faut commencer à dénouer les nœuds gordiens. Il n’y en a pas qu’un, mais plusieurs. Il faut commencer à dénouer les nœuds gordiens du Moyen-Orient.

La reconnaissance de l’Etat palestinien ; le droit d’Israël à vivre dans le cadre de ses frontières ; le droit pour la Palestine de ne pas voir la force utilisée de manière disproportionnée comme on l’a vu récemment dans ce qui a provoqué la mort de centaines d’enfants et de femmes, ce que nous condamnons comme nous condamnons ceux qui lancent des missiles contre Israël.

Fondamentalement, nous croyons que dans ce monde de vautours économiques et de faucons de guerre, nous avons besoin de davantage de colombes de la paix pour construire un monde plus sûr. Nous avons besoin de plus de respect du droit international. Il faut davantage d’égalité de traitement entre tous ceux qui sont assis ici.

J’ai entendu, ici, à cette tribune ce matin, parler de l’utilisation de la force pour attenter à l’intégrité territoriale d’un pays, ou pour ne pas respecter cette intégrité territoriale. Là encore, la République argentine est un cas d’école. Car cela fait plus de 100 ans que nous avons un litige de souveraineté avec le Royaume-Uni. Nous réclamons que le Royaume-Uni négocie avec l’Argentine sur la question de la souveraineté des îles Malouines, et nous réclamons que l’Assemblée générale demande au Royaume-Uni de le faire. Personne ne s’inquiète de ce cas, il n’y a pas de véto du Conseil de sécurité.

Parce que l’Argentine ne fait pas partie du Conseil de sécurité ou des nations qui décident de la marche du monde. Et tant que ce sera le cas, tant que le vote des cinq membres permanents assis au Conseil de sécurité pèsera plus lourd que le vote de la Côte-d’Ivoire, du Ghana, du Kenya, de l’Égypte, de l’Ouganda, de l’Argentine, du Bahreïn ou des Émirats arabes unis, on ne réglera rien. Il n’y aura que des discours ! Et nous nous réunirons tous les ans, ici, sans parvenir à la moindre solution. [applaudissements]

Nous devons lutter. Cette Assemblée doit reprendre les rênes du pouvoir qu’elle a délégué. Des pouvoirs qu’elle a délégués à un Conseil de telle sorte que, c’est un paradoxe, l’Assemblée doive demander la permission au Conseil en cas d’adhésion d’un nouveau membre. Nous devons rappeler que c’est cette Assemblée, l’Assemblée souveraine des Nations-Unies, où chacun de nous vaut un vote, qui représente la véritable démocratie mondiale.

Quand cette démocratie mondiale sera concrétisée, je ne dis pas qu’on réglera tous les problèmes, mais je crois que nous aurons un début de solution.

Moi, je ne suis ni pessimiste, ni optimiste, je veux être réaliste. En tout cas, entre pessimisme et optimisme, si je dois choisir, je choisis toujours l’optimisme, mais un optimisme réaliste parce que l’optimisme sans réalisme est soit de la naïveté, soit du cynisme et je ne veux être ni naïve, ni cynique face à vous tous.

Je voulais simplement vous dire ce qu’on pense dans mon pays. En Argentine, nous réclamons depuis très longtemps la réforme du Conseil de sécurité, et la réforme du Fonds monétaire international.

Figurez-vous qu’en 2003, il semblait quasi indispensable de réformer le FMI. Mais presque personne aujourd’hui ne réclame cette réforme, parce qu’il a perdu du poids dans toutes les décisions. De plus, le Fonds monétaire international lui-même, sa directrice et une ancienne directrice, Anne Kruger, demande une réglementation des restructurations des dettes souveraines.

Parce que tant qu’il n’y aura pas un traité international adopté par cette Assemblée générale avec des dispositions applicables aux restructurations – tant que nous n’aurons pas ça – il y aura toujours un juge, quelque part sur la planète, comme ce Griesa, qui décidera que les accords ne valent rien et qu’il faut appliquer à un pauvre pays des taux usuraires pour le saigner à blanc.

C’est ce qui est en train de se passer. Parce qu’en définitive, il me semble que ce qu’on veut mettre à bas est la restructuration de la dette souveraine qui a coûté tant de travail au peuple argentin.

Avant de venir ici, je me suis rendue à Rome. Et j’y ai rencontré un compatriote qui occupe aujourd’hui une position très importante, une position non seulement religieuse, mais aussi morale et exemplaire. Je voudrais ici relayer le message de paix, de construction de la paix.

Si nous voulons vraiment lutter contre le terrorisme, nous devons œuvrer à la paix. On ne combat pas le terrorisme en faisant résonner les tambours de guerre ! Au contraire, c’est justement ce que veulent les terroristes, une réaction symétrique pour que la roue tourne et qu’il y ait toujours un crédit de sang à réclamer.

Réfléchissons en profondeur à ces questions. Si cette Assemblée, les Nations-unies redeviennent chef de file, si cette assemblée récupère son mandat, face à certains pays qui reconnaissent le droit international pour les autres mais ne se l’appliquent pas à eux-mêmes, je suis sure que nous aurons contribué de manière importante à la construction de la paix et à la lutte contre le terrorisme, dans laquelle personne ne sera absent de la lutte pour laisser à nos enfants un monde meilleur que celui que nous connaissons aujourd’hui.

Et enfin je voudrais rappeler que, l’année passée, les problèmes étaient différents. L’année dernière, nous parlions d’autres thématiques, d’autres dangers, en matière de sécurité.

Aujourd’hui, les choses ont changé. Les mauvais d’hier ne semblent plus aussi mauvais. Ceux qui hier devaient être envahis et rayés de la carte semblent désormais collaborer pour faire disparaître l’EIIL.

Hier, c’était Al Qaïda. Moi, je me demande : Al Qaïda, les talibans, comment sont-ils apparus ? D’où sortent-ils leurs armes ? D’où tirent-ils leurs ressources ? Mon pays ne produit pas d’armes. Qui leur vend des armes ?

Et puis il y a eu ce qui devait être le printemps arabe, qui a viré à l’automne, voire même à l’hiver et dont les combattants de la liberté sont devenus des gens qui méritaient ensuite d’être poursuivis, parfois même emprisonnés.

Aujourd’hui, c’est l’EIIL, cette nouvelle engeance, qui décapite des gens à la télévision lors de vraies mises en scène dont on se demande comment ? d’où ?… Parce que, pardonnez-moi, mais je suis devenue extrêmement méfiante après avoir vu tout ce qui s’est passé. Les séries de télévision qui nous divertissent tant sont de toutes petites fictions à côté des réalités que nous vivons dans le monde actuel.

C’est pour ça qu’il est bon de nous demander comment ces choses vont crescendo, comment il se fait que des problèmes surgissent de plus en plus rapidement, et sont de pires en pires.

Des choses qui font dire au Pape que nous sommes quasiment dans une Troisième guerre mondiale, une guerre qui n’est plus certes la guerre conventionnelle que nous avons connue au XXème siècle, mais des guerres focalisées dont les seules vraies victimes sont les populations civiles.

C’est pourquoi, dans quelques instants, dans ce Conseil de sécurité dont nous faisons temporairement partie, nous allons soulever quelques-uns de ces problèmes, quelques questions.

Nous n’avons pas de certitude, nous ne détenons pas de vérité absolue mais nous avons beaucoup de questions et nous voulons les adresser à ceux qui disposent de bien plus d’informations que nous, de bien plus de données que nous, qui ont des réseaux de renseignement bien plus établis que ceux de mon pays.

C’est incroyable qu’avec tant de d’informations, tant de données, on en sache tant mais qu’on en comprenne si peu en réalité. Et il faut comprendre ce qui se passe pour pouvoir construire une solution définitive.

Je salue une fois de plus la volonté politique des 124 pays qui ont voté pour la résolution 68/304. Je sais, nous le savons tous, il y a eu des pressions pour qu’on n’atteigne pas ce chiffre ou pour qu’il n’y ait pas de vote, mais je crois que l’exercice de multilatéralisme pratique, réel et démocratique de cette résolution démontre que tout n’est pas perdu. Au contraire, il nous incombe – à chacun de nous et de nos pays – de trouver des solutions réelles, efficaces, aux problèmes du monde.

Je vous remercie et je vous souhaite à tous et à toutes une excellente fin de journée.

[applaudissements].

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