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Einstein, toujours là pour secouer nos esprits !

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À l’occasion du 100e anniversaire de la découverte de la relativité générale d’Albert Einstein, un éditorial paru dans l’édition du 18 août de l’hebdomadaire français Le Point , écrit par le jeune scientifique Idriss Aberkane et intitulé « Einstein, es-tu là ? », attire particulièrement notre attention pour son caractère controversé et non-consensuel sur l’état de la recherche actuelle et la nécessité de repenser fondamentalement la science.

Cet éditorial introduit tout un dossier de plus de 15 pages sur la vie et les découvertes d’Einstein, auquel a notamment participé le scientifique Étienne Klein, très connu en France pour ses écrits sur la question du temps, ainsi que Jean-Pierre Luminet, astrophysicien essayiste, spécialiste de renommée pour ses travaux sur la cosmologie et la gravitation relativiste.

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Idriss Aberkane

Bien que plusieurs articles scientifiques et politiques ont déjà abordé sur bien des angles le génie d’Einstein et insisté sur l’extraordinaire pépinière de nouvelles technologies que ses découvertes ont permise jusqu’à aujourd’hui – tandis que d’autres, bien mesquinement, ont voulu minimiser son génie en insistant sur ses soi-disant erreurs scientifiques et politiques – ce qu’Idriss Aberkane touche ici dans son éditorial est en réalité quelque chose de bien plus profond et fondamental qu’il nous semble primordial de souligner.

Aberkane y affirme en effet que si Einstein a pu découvrir la relativité générale c’est uniquement par le pouvoir créateur de son esprit humain et non par déduction empirique issue directement d’une quelconque observation. Ainsi commence son éditorial :

Einstein est un monument des sciences modernes, en particulier parce que toutes ses théories ne reposent au départ sur aucune expérimentation particulière. Il a spéculé toute sa vie, quelque chose qu’un chercheur d’aujourd’hui n’a absolument plus le droit de faire. Le physicien faisait confiance à son intuition et à son imagination, qu’il déclarait plus importante que la connaissance, et les expérimentations ne sont venues qu’après pour confirmer son travail.

Il ajoute ensuite :

Éliminer l’expérimentation de la science serait une catastrophe, mais éliminer la spéculation le serait tout autant. Or, dans la tendance à industrialiser, normaliser, noter et standardiser à outrance notre recherche scientifique, l’imagination, l’intuition, la spéculation n’ont plus aucune place .

Aberkane, reproche ainsi à la science d’aujourd’hui de délaisser la recherche fondamentale pour une approche plus empirique et « pratique », et en profite alors pour condamner durement le comportement de nombreux experts scientifiques qui s’efforcent de contrôler systématiquement la publication de toute nouvelle recherche originale.

Actuellement, si vous avez une idée potentiellement révolutionnaire, vous êtes prié de la faire tenir dans 3 à 33 pages et de la présenter comme évidente à trois relecteurs bénévoles, plus ou moins réceptifs. C’est la « revue par les pairs », qui relève en psychologie d’un autre phénomène connu pour décourager la créativité et l’innovation, la « pression des pairs.

Il n’hésite pas à qualifier cette « revue des pairs » comme :

Une organisation conçue pour rendre les découvertes plus prévisibles, plus conformes, donc moins révolutionnaires, puisque pour être acceptées elles doivent être acceptables au consensus.

Il pose alors le défi pour la recherche actuelle et à venir de former de nouveaux génies capables de surpasser ceux qui auparavant, tel Einstein, ont propulsé la science vers de nouveaux horizons :

Ce dont la science a besoin, c’est précisément d’esprits transcendants, comme Einstein ou Léonard [De Vinci], d’esprits patients, spéculateurs, rêveurs même, qui ne cèdent pas au sacrifice du "publish or perish"(en anglais dans le texte) et peuvent lever le nez du laboratoire pour opérer un changement de paradigme. Notre recherche a-t-elle encore une place pour cet esprit-là ?

La question d’Aberkane énonce clairement le problème actuel de la science : le génie, qui implique une remise en cause non arbitraire du système existant, une refondation complète des axiomes et des connaissances acquises à un moment donné pour accéder à un niveau supérieur de savoir, n’est plus permis. Sans bien évidemment faire explicitement référence à lui, Aberkane décrit alors de façon très forte ce qu’implique l’influence d’une pensée aussi réductrice et anti créatrice que celle d’un Bertrand Russel :

L’idée même que la pression des pairs améliore la recherche n’a jamais été validée expérimentalement : elle relève de la croyance et se comporte comme une religion, avec son bizutage, ses rites, ses exclusions et ses procès en hérésie. Elle est aussi une pseudoscience, puisqu’elle ne peut être contredite. Si des Einstein existent aujourd’hui, c’est donc en opposition au système actuel de publication, de promotion et d’évaluation de la recherche…

Titulaire de trois doctorats, Idriss Aberkane est actuellement professeur à Centrale-Supélec, chercheur à Polytechnique, chercheur affilié à Stanford (États-Unis) ainsi qu’ambassadeur de l’Unitwin (un réseau d’universités, sous le patronage de l’Unesco). Issu de cette nouvelle génération de scientifiques 3.0 pour qui internet et l’Économie Bleue représente l’avènement d’une nouvelle Renaissance mondiale, ce jeune chercheur de 29 ans féru de neuroscience et concepteur de la théorie de l’ « économie de la connaissance » semble bien vouloir bousculer les habitudes et les pensées bien trop admises de son temps. Einstein es-tu là ?

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