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Etats-Unis : le député Jones et des officiers de haut rang contre les guerres présidentielles d’Obama

La rédaction
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Le 21 septembre à Washington DC, le député Walter Jones a tenu une conférence de presse sur sa résolution HCR107 établissant que tout président des Etats-Unis partant en guerre sans l’autorisation du Congrès – comme ce fut le cas en Libye – se verra destitué de ses fonctions. Cette réunion ayant lieu dans l’enceinte du Congrès et modérée par notre collègue du magazine EIR Jeffrey Steinberg, est de la plus haute importance stratégique à l’heure où la diplomatie de Barack Obama pourrait entraîner les Etats-Unis dans une guerre en Syrie et en Iran, créant un risque d’escalade vers un conflit militaire avec la Russie et la Chine.

Le projet de résolution HCR 107, introduit par Walter Jones en mars dernier, a le soutien de 12 autres députés, 9 républicains et 3 démocrates, dont Lynn Woolsey et Dennis Kucinich, du groupe parlementaire des démocrates progressistes. Comme l’ont souligné les divers intervenants lors de la conférence de presse, ce n’est pas une question partisane, mais de sauvegarde des principes de la Constitution américaine.

Les propos de Walter Jones et de Jeffrey Steinberg ont été appuyés à la tribune par quatre intervenants de renom dont trois anciens officiers de haut rang des forces armées américaines :

  • Bruce Fein, constitutionnaliste et expert en droit international, il occupait le poste de Procureur général adjoint sous l’administration Reagan. Connu pour avoir virulemment dénoncé les politiques sécuritaires et guerrières des présidents Bush et Obama, il est l’auteur en 2010 de American Empire : Before the Fall.
  • Le Colonel Lawrence Wilkerson, ancien chef de cabinet du Secrétaire d’Etat Colin Powell. Il quitta ses fonctions en 2005 pour dénoncer les mensonges ayant mené à la guerre d’Irak et demanda la destitution du vice-président Dick Cheney.
  • Le Lieutenant colonel Anthony Shaffer, ancien officier du renseignement militaire et décoré de la Star Bronze Medal. En charge d’opérations de renseignement sur Al Qaida avant le 11 septembre 2001, il a dénoncé par la suite des failles dans la remontée d’informations (affaire Able Danger) ; il est l’auteur de Operation Dark Heart , un livre censuré en 2010 par le département de la Défense.
  • Le général Joseph Hoar (4 étoiles), ancien commandant de l’US Central Command (CENTCOM), dont le message de soutien a été lu par Jeffrey Steinberg suite à un empêchement de dernière minute.

Nous publions ici, sous-titrée en français, l’intégralité de cette conférence de presse passionnante et ô combien stratégique pour les affaires du monde.

Transcription

Jeff Steinberg : Je vous remercie tous d’être venus, malgré l’annonce tardive de cette conférence de presse. Je sais que le Congrès est en plein travail, que plusieurs procédures sont en cours et que le député Jones devra partir rapidement.

Je vous rappelle qu’en mars dernier, le député Walter Jones a introduit le projet de loi HCR107 affirmant que, selon l’article 1, section 8, de la Constitution, seul le Congrès a l’autorité pour déclarer la guerre et que tout Président qui violerait ce principe fondamental peut être soumis à une procédure de destitution, conformément à l’article 2.

Il ne s’agit pas là d’une simple question philosophique, quelle que soit son importance. C’est une question d’actualité, à l’aune des événements qui se déroulent en Afrique, ainsi qu’au Moyen-Orient et ailleurs, qui nous mènent potentiellement vers une guerre ; d’où l’importance du rôle du Congrès qui, dans la tradition de nos Pères fondateurs, est absolument crucial afin d’assurer que nous ne foncions pas tête baissée dans un conflit pouvant dégénérer en guerre totale.

Cet extraordinaire groupe ici réuni est formé de gens ayant clairement exprimé leur préoccupation en ce sens.

Walter Jones : Merci beaucoup, Jeff. Je vais être bref, car nous avons un vote dans dix minutes. Depuis que de faux renseignements nous ont entraînés dans la guerre d’Irak, et à cause des jeunes hommes et femmes tués ou disparus depuis, ma préoccupation a toujours été de ramener le Congrès à son devoir, à savoir qu’aucun homme ou aucune femme ne doit mourir sans déclaration de guerre.

Il faut toutefois admettre qu’il y a des exceptions. Comme le cas du 11 septembre, dans lequel le Président doit pouvoir prendre une décision immédiate. Bien sûr, on peut souhaiter qu’il consulte le Congrès à ce moment-là. En 1999, j’ai fait partie des vingt personnes qui sont allés en justice, avec Tom Campbell, Lorsque le Président Clinton a passé outre le Congrès pour bombarder le Kosovo. Nous sommes allés devant les tribunaux fédéraux, et ils nous ont renvoyé en nous disant : « c’est le Congrès qui vote le budget, donc vous pouvez arrêter la guerre. »

Ensuite, lorsque le président Obama a décidé d’aller bombarder la Libye, j’ai de nouveau pensé : « Voici un gouvernement qui outrepasse le Congrès, » c’est-à-dire la Constitution, et c’est cela le plus grave. Mais la Constitution dit que le Congrès doit donner l’autorisation de déclarer la guerre. Et à ma connaissance, s’il a consulté qui que ce soit à l’époque, ce n’est pas plus de deux ou trois personnes, au niveau des dirigeants républicains et démocrates.

Donc, Bruce Fein et moi avons introduit le projet de loi HCR 107 , que Jeff a évoqué, qui parle d’un Président - pas « le » Président, mais « un » Président. Je voulais que cette démarche ouvre le débat sur les « pouvoirs de guerre ». Malheureusement, malgré nos efforts, nous n’avons pas obtenu d’audition au Congrès en ce qui concerne le rôle du Congrès vis-à-vis de la guerre.

C’est pourquoi, aujourd’hui, je suis fier de faire partie, humblement, de cette initiative. On entend toujours des bruits de bottes au Moyen-Orient, ainsi que dans d’autres parties du monde. Je pense que c’est le Congrès qui devrait respecter la Constitution, avec certaines exceptions, comme je l’ai déjà mentionné.

Colonel Wilkerson : Merci d’être venus. Même si vous n’êtes pas nombreux, comme d’importants événements du passé, il s’agit ici d’un événement important.

Je pense que le point soulevé par Walter Jones, en particulier sa lettre au Président des Etats-Unis, est l’une des questions les plus importantes de notre époque, et je parle au nom de mes 31 années d’expérience, à tous niveaux de responsabilités : dans l’armée des Etats-Unis, et au sein des services interarmés, en particulier avec les Marines et la Navy. Par exemple, j’ai reçu un enseignement en stratégie à l’U.S. Naval War College.

Nous en sommes au point, dans l’histoire de cet Empire, où je passe la plupart de mon temps libre à étudier afin de livrer mes réflexions à mes étudiants. Nous nous concentrons sur ce que nous avons fini par qualifier de « décision ultime » du Président. Nous définissons cette décision ultime comme celle d’envoyer de jeunes hommes et femmes mourir pour raison d’Etat ; et aussi, ce que nous oublions souvent, en particulier dans ce pays, celle de provoquer la mort d’autrui, pour raison d’Etat. Au cours de la dernière décennie, selon les statistiques prudentes du Pentagone, nous avons tué plus de 300.000 personnes. Voilà qui donne à réfléchir, en particulier en l’absence de réelle menace existentielle pour les Etats-Unis. Il n’y en a pas une seule en vue. Si ce n’est, peut-être, nous-mêmes.

Bruce Fein pourrait vous parler de cela mieux que moi, mais James Madison, que l’on considère souvent comme le père de notre Constitution, disait souvent que donner les pouvoirs de guerre à l’Exécutif équivalait à la tyrannie. C’est précisément ce que nous avons fait, précisément ! Et pourquoi donc l’Exécutif est-il si pressé de se doter des pouvoirs de guerre ? - j’ai moi-même servi au coeur de trois administrations - parce qu’ils peuvent les utiliser. C’est la chose la plus facile à faire dans ce pays.

Il existe de nombreuses façons de contourner les pouvoirs du Congrès sur les forces armées : il suffit de déployer 200.000 sous-traitants privés, accroissant ainsi la force disponible sur le terrain. Nous avons un corps militaire moderne de volontaires, où seul 1% de la population du pays est envoyé au casse-pipe, épargnant les autres. Et quand je demande à mes étudiants : « Combien d’entre vous prendraient la place de ces soldats en Afghanistan, en Irak ou ailleurs, » aucune main ne se lève ! Au moins, ils sont naïfs et honnêtes avec moi. Je leur dit : « ces soldats et ces Marines préfèreraient être assis ici à votre place, plutôt que d’être là où ils sont. »

Mais, encore une fois : le Président a le pouvoir de les envoyer là-bas. Le taux de suicides dans l’Armée et dans le corps des Marines n’est plus publié. Une des raisons en est que nous avons tellement réduit les moyens nécessaires, que nous avons engagé 100.000 soldats ayant systématiquement échoué aux tests psychologiques, pour finalement les affecter à l’Armée ou aux corps des Marines. Mais ce n’est pas la seule raison : il y a aussi les déploiements excessifs, fréquents, sur des champs de batailles réellement traumatisants. D’autres choses y ont également contribué. Et nous autres, en tant qu’Américains, devrions être honteux - et c’est mon cas - d’avoir rendu cela possible.

Tout cela se produit en raison de ce qu’a montré le représentant Jones : la facilité avec laquelle le Président peut mener cette nation amorphe à la guerre et tuer des gens.

Merci.

Bruce Fein : Merci. Je tiens aussi à rendre hommage au député Walter Jones. Il me rappelle une réponse de l’ancien président Andrew Jackson à la question : « Qu’est ce qu’une majorité ? » il répondit : « un homme de courage. » Ainsi, avec Walter Jones, nous espérons possible de faire marche arrière face au précipice.

Je tiens à ajouter mon avis sur ce que le Colonel Wilkerson a dit : ces 300 000 morts doivent êtres qualifiés de meurtre. Car une guerre légalement déclarée permet de tuer de manière légale. Mais si vous êtes entrés en guerre illégalement, ce sont des meurtres. La raison pour laquelle les Pères fondateurs étaient si déterminés à imposer une norme très exigeante pour entrer en guerre, est précisément parce que la guerre est la loi de la jungle. Cicéron avait déclaré il y a 2000 ans, « en temps de guerre, la loi se fait muette. » Même les soi-disant législations de guerre sont régulièrement bafouées en toute impunité. Ainsi, les Pères fondateurs ont puisé dans l’histoire de l’humanité toute entière, qui a montré que le pouvoir exécutif était le plus enclin à entrer en guerre, parce qu’ils obtiennent les fonds, les positions, la gloire, laissent leur trace dans l’histoire : « Je transforme le monde... », si vous regardez l’histoire des sociétés humaines, c’est toujours l’exécutif qui déclenche la guerre. Parfois, c’est par vengeance. On m’a dit que George W. Bush a voulu se venger des efforts de Saddam Hussein pour tuer son père. Une fois Saddam Hussein capturé, il se fichait du reste.

Ce sont exactement les raisons pour lesquelles, chacun des Pères fondateurs avait dit à la Convention constitutionnelle : « Nous ne devons permettre à aucun individu, ou groupe d’individus, de nous entraîner dans la guerre ! ». C’était vrai pour les plus libéraux comme les plus conservateurs, comme Alexander Hamilton, qui était favorable à une Présidence forte. Ils ont tous reconnu que la guerre était incompatible avec la liberté ! Les principes établis pour justifier la guerre, la sécurité nationale, resurgissent jusque dans la sphère intérieure. Et nous l’avons vu récemment, avec la National Defense Authorization Act (NDAA) , qui autorise le Président, à lui seul, d’écrouer tout citoyen américain s’il fournit une aide substantielle à une force associée à un groupe terroriste ! Et lorsqu’au cours d’une procédure de plainte Chris Hedges a demandé la définition d’une ’aide substantielle’, « On ne sait pas ! Qu’est qu’une ’force associée’ ? On ne sait pas, mais on le saura en la voyant. » Cela révèle l’amplitude de l’autorité permise par la NDAA. C’est une extension de l’usurpation du pouvoir de guerre !

L’ironie, c’est qu’au début on nous a dit : « Nous devons nous battre en Afghanistan, en Irak, à 12.000 km d’ici, (…) pour éviter que la guerre ne vienne chez nous ! » Et ce sont ces champions de la NDAA qui nous disent : « La guerre chez nous ! » alors que toute personne capturée ici n’a plus le droit à un avocat. Elle n’a pas droit à une procédure digne de ce nom. Et tous ces Lindsey Graham, Lieberman, John McCain qui leur disent que désormais la guerre est chez nous, pendant que nous nous battons à 12.000km, précisément pour éviter cela ! Cela va même au-delà : le fait que les dernières révélations du New York Times n’aient même pas été réfutées par l’administration Obama - ils en sont fiers ! - montre que le Président exerce volontairement l’autorité pour surveiller tous les individus de la planète ; s’il dit que vous êtes un danger imminent pour les Etats-Unis, vous êtes liquidé : drone prédateur. Un examen juridique ? Non. Un examen du Congrès ? Non. Une divulgation du profil établi par les services de renseignement ayant justifié que vous étiez un terroriste à liquider ? Non. Tout est secret.

Tous les pouvoirs - législatif, exécutif, judiciaire - réunis dans les mains d’un seul homme ! Exactement ce que les Pères fondateurs, dans le Federalist n°47, ont défini comme une tyrannie ! Pensez-y : quelle est la raison d’être de la Déclaration d’Indépendance, et de la guerre de la Révolution américaine ? En finir avec la tyrannie du Roi George III ! C’est exactement ce que nous pratiquons ! Ce contre quoi nous nous sommes révoltés il y a 225 à 230 ans ! Et que fait la branche invertébrée du Congrès, mis à part Walter Jones ? Le plus stupéfiant est qu’il n’est pas nécessaire de lancer des recherches archéologiques pour trouver les preuves des crimes passibles de destitution : ça fait la Une ! C’est ouvertement avoué ! Beaucoup disent : « Oh, mais l’idée de destitution sonne comme un coup d’Etat ! Seules les républiques bananières font cela. » A la Convention constitutionnelle, Ben Franklin avait dit : « Non, la destitution est un substitut à l’assassinat pour se débarrasser d’un tyran. » C’est un substitut à Brutus et Cassius complotant contre Jules César. C’est donc une manière civilisée par laquelle on ne punit pas pour un crime, on l’écarte simplement de son poste : « On ne peut plus te confier les rênes du pouvoir. » C’est pour cela que je pense qu’il est très réducteur de considérer la destitution comme une sorte d’idée révolutionnaire. Non : c’est plutôt la première fois que l’on a civilisé, dompté, le type de convulsion qui arrive systématiquement chaque fois qu’il faut changer de régime, en raison d’abus de pouvoir.

Et le plus étrange avec cette passivité du Congrès sur cette question, c’est que pratiquement la moitié de la Convention constitutionnelle, la moitié des débats sur la ratification, au niveau des Etats, visaient à éviter d’avoir une armée permanente. Nous ne voulons pas d’armée permanente. En réalité, la Constitution fixe à deux ans la limite des crédits alloués au département de la Défense, afin de forcer le Congrès à réétudier la question : « Est-ce qu’on doit maintenir l’armée ? » Et dans le 2e Amendement, il y a une idée liée à cela : le droit de chaque citoyen d’avoir une arme, établissant une milice organisée. L’objectif était de rendre superflue toute idée d’armée permanente ! C’était l’idée ! Et maintenant, nous avons des armées permanentes, des milliers de milliards de dollars de dépenses militaires, sans qu’on ne puisse même savoir si les dépenses se situent dans la limite des deux ans ! Et le Congrès reste là sans rien faire.

La plus récente et la plus extravagante usurpation de pouvoir, dans toute l’histoire des Etats-Unis, est la guerre de Libye. Ouvertement : « On ne veut pas en parler au Congrès, ni lui faire de rapport. » Et ensuite, Harold Koh, qui avait beaucoup critiqué le pouvoir exécutif lorsqu’il était le doyen de l’Université de droit de Yale, se transforme en un genre de Dr. Jekyll et Mr. Hyde - mais qui n’a pas besoin de la potion : le voilà conseiller juridique du Département d’Etat, faisant ces déclarations étranges pour expliquer pourquoi la Libye, les missiles Tomahawk, les bombes, les hostilités,ne rentrent pas dans le cadre du War Powers Act. « Nos pilotes volent à de telles altitudes qu’ils ne risquent rien. » Voilà une analyse intéressante : donc, si nous utilisons des missiles balistiques intercontinentaux équipés de têtes nucléaires, pour détruire tout ce qui bouge et respire en Libye, et qu’on lance les missiles depuis les Etats-Unis, ce n’est pas une guerre ! « Notre population est en danger ? Faisons sauter le monde entier, tuons 1.5 million de Japonais, ce n’est pas une guerre ! » N’est-ce pas orwellien ? Le ministère de la Paix et le ministère de la Guerre inversés. Et au lieu de se sentir insulté, le Congrès accepte.

Avant de conclure, j’aimerais expliquer pourquoi il ne s’agit pas d’idées académiques, car le droit est toujours bafoué, piétiné, si on ne le défend pas scrupuleusement partout dans le monde. Mais le fait de munir le Président de l’autorité unilatérale pour lancer des guerres est un désastre. Car il va partir en guerre sans même savoir comment définir la victoire ! N’est-ce pas véritablement criminel ? Ces hommes et ces femmes, comme le mentionnait le Colonel Wilkerson, vont mourir en Afghanistan, et le Président, M. Holbrooke - avant sa mort - sont incapables de définir la victoire ! « C’est comme l’obscénité : on saura quand on la verra ! » on les envoie mourir pour quelque chose d’aussi évasif, d’aussi insaisissable, d’aussi intangible ? On ne sait même pas pourquoi on se bat. C’est le combat pour le combat. Et quelles sont les conséquences ? En Afghanistan : 350 millions de dollars par jour ? Mais en plus des dépenses exorbitantes, des milliers de morts, de notre côté comme du côté des civils Afghans. On le lit presque tous les jours dans les journaux. Peut-être que cela leur permet de donner un nouveau job aux soldats afghans : d’aller auprès des familles des victimes pour leur présenter des excuses : « Il n’était pas dans notre intention de faire de vous des dommages collatéraux. » Encore et encore. Puis la sincérité commence à fondre, au fur et à mesure que la même chose se répète chaque jour.

Mais peut-être le plus dangereux, avec ces fous errants, est qu’ils provoquent systématiquement ce qu’on appelle des « retours de flamme. » Nous créons nos propres ennemis. Nous armons nos propres ennemis. Comme cela a été expliqué dans la conférence de presse d’hier, concernant l’Afghanistan, où nous avons armé et financé les Moudjahiddines pour combattre les Soviétiques. Vive la guerre de Charlie Wilson ! Le réseau Haqqani a reçu de l’argent ; Hekmatyar a reçu de l’argent et des armes ; Et ensuite, qu’arrive-t-il ? Ils se retournent contre nous. C’est l’histoire de l’apprenti sorcier. Tout cela est inévitable ! Car on ne peut pas contrôler les conséquences politiques qu’a une guerre dans un pays, à moins de l’occuper pour toujours ! Ce n’est donc pas quelque chose de propre à l’Afghanistan. Prenez le Vietnam : les 5 milliards de dollars d’armes que nous avons envoyées au Sud-Vietnam se sont retrouvés au Nord-Vietnam : nos ennemis ! Et les armes que nous avons vendues au Shah d’Iran ? Elles ont fini dans les mains de l’Ayatollah Khomeiny et des Mollahs. Nous avons fourni l’uranium au Shah. Et maintenant on se plaint : « Vous voulez construire la bombe nucléaire ! »

Et si on cherche les bénéfices de ces interventions présidentielles, en les comparant avec les conséquences négatives évidentes, il est très difficile d’en trouver un seul ! On a dit que la Bosnie est un très bon exemple de succès. Aujourd’hui, il y a encore toutes sortes de conflits entre les Serbes, les Croates et les Musulmans. Nous avons encore des troupes en Bosnie ! 17 ans après les accords de Dayton. Les divisions sont toujours présentes et augmentent même ! Est-on censé y rester éternellement ? Qu’avons-nous réellement accompli ? Le Kosovo est un autre cas, supposé exemplaire, mais il y a toujours des oppositions avec une petite enclave Serbe. Certains groupes du Kosovo se trouvent au tribunal international pour crimes de guerre. Avons-nous réellement accompli quelque chose qui soit pertinent du point de vue de la sécurité nationale des Etats-Unis ?

Et j’aimerais terminer avec l’exemple de la Libye. Il y a tous ces articles sur la tragédie de la mort de notre ambassadeur, ces derniers jours. On nous dit qu’Al Qaida, ou quelque force aveugle, est intervenu pour interrompre le processus démocratique parfait que nous espérions tous voir fleurir à la suite du renversement de Kadhafi. Mais ce n’est pas vrai ! La cause de sa mort est précisément liée à notre intervention. Nous avons préparé le terrain pour plonger ce pays dans une semi-anarchie, comme en Somalie. Nous avons détruit l’ensemble de la structure socio-culturelle, qui était plus ou moins solide sous Kadhafi. Nous y sommes allés et avons tout détruit, et maintenant nous nous étonnons de ne pas voir émerger un nouveau pays adorant nos Etats-Unis, avec des George Washington et des James Madison de partout ! C’est véritablement hallucinatoire. Quelle naïveté de croire que l’on peut agir ainsi avec des cultures primitives, des cultures ethniques tribales ! Il n’est pas nécessaire que l’on se moque d’eux ou qu’on les dégrade, mais il est hors de notre portée d’en faire des démocraties, même si notre mission mondiale devait être de créer des clones des Etats-Unis de partout, ce qui n’est pas le cas. Et le résultat est ce retour de flamme, qui frappe les Etats-Unis. Et le plus ahurissant, c’est qu’il n’y a aucune audition au Congrès, aucune déclaration sur la nature de l’opération. Comment se fait-il, 17 ans après Dayton, qu’aucune audition du Congrès ne pose la question : « Cela valait-il la peine ? Qu’avons-nous accompli ? Où en sommes-nous au Kosovo ? » Rien !

C’est maintenant que John Kerry devrait tenir des auditions sur le Vietnam. Pourquoi faut-il que nous défendions le Vietnam contre la Chine, en mer de Chine méridionale ? Nous nous sommes battus, nous avons un mémorial de la guerre du Vietnam. C’était notre ennemi. Devrions-nous considérer comme erroné, suspicieux, ce que l’exécutif nous présente comme impératif pour notre sécurité nationale ? Il est presque obscène qu’un Président décrète qu’il peut partir en guerre sans consulter le Congrès, sans son autorisation, s’il en parle avec le Conseil de sécurité de l’ONU, à la Ligue arabe, à M. Netanyahou et à l’AIPAC ! Aucune de ces institutions n’a de compte à rendre au peuple américain, et ce sont elles que nous consultons ?

Dans cette histoire, le Congrès est un extra, dans une extravagance de Cecil B. DeMille.

Colonel Shaffers : Bonjour, j’aimerais ajouter... Je ne sais que dire, si ce n’est apporter tout mon soutien et ma reconnaissance au leadership du représentant Walter Jones sur cette question. Il intervient à un moment extrêmement critique pour notre pays, et je ne crois pas que les gens saisissent pleinement l’ampleur du défi ni la passivité de ses collègues du Congrès. Je fais partie de ces officiers du renseignement à la retraite qui considèrent que leur engagement ne s’arrête pas à leur retraite. Et, en tant que citoyen informé, je souhaiterais ajouter ma voix à tout ce que mes collègues viennent de dire.

Tout d’abord, un peu d’histoire : je pense qu’on oublie souvent les leçons de l’histoire. Trajan fut l’un des cinq meilleurs empereurs de l’Empire romain, je pense que c’était un bon gars, qu’il a fait de bonnes choses pour l’Empire, notamment en étendant ses frontières au point le plus reculé jamais atteint. Malgré tous les grands projets qu’il réalisa, il est mort de maladie suite à sa dernière conquête. Si cela est bien, alors je ne veux pas connaître le mal ! Nous nous comportons aujourd’hui de manière similaire. Nous nous sommes débarrassés de l’impérialisme britannique ; nous étions la première colonie à rompre les rangs, et à de nombreux égards, nous sommes devenus ce que nous avions combattu, et je crois que nous devrions y réfléchir par rapport à tout ce que nous faisons.

A propos du Roi George et des Britanniques : il existait au Moyen-âge la « Chambre étoilée. » Il s’agissait d’une Cour secrète ; les faits importaient peu : c’était au bon plaisir du souverain. Ne serait-ce pas super si l’on pouvait faire comme on le sent ? C’est là où nous en sommes : un système d’assassinat, où l’on permet au souverain de faire comme bon lui semble ; nos juristes font attention, ne vous inquiétez pas ! « Cela devrait vous rassurer. » , «  Ne vous inquiétez pas : mes meilleurs juristes m’assurent qu’il n’y a pas de problème !  » Nous en sommes là.

Et en agissant ainsi, nous créons notre prochaine génération d’ennemis. Le programme « drones » est un prétexte pour employer la force militaire sans aucun égard pour les conséquences. J’en ai parlé avec des collègues et des journalistes pakistanais ; l’un d’entre eux me disait l’autre soir : ne voyez-vous pas que vous êtes en train de créer la prochaine génération de terroristes ? Apparemment non. Parce qu’on ne comprend pas que l’usage aveugle de la force militaire puisse avoir des effets secondaires au détriment de l’objectif initial. D’après moi, c’est de cela dont il s’agit : une véritable remise en question de notre utilisation de la force militaire ! C’est pour cela que je suis un fervent défenseur de la HCR107 .

Bien sûr, le Président doit maintenir les capacités qui répondent à une menace immédiate. Tout le monde s’accorde sur ce point. Mais on ne peut pas utiliser infiniment la force militaire, à notre gré. Il n’y a eu aucun débat sur l’autorisation de l’usage de la force militaire, depuis que nous l’avons accordé en 2001. Je pense qu’Al Qaida, notre grand adversaire, est aujourd’hui moins fort.

Est-ce fini ? Non, loin de là ! Il semble bien qu’Al Qaida soit derrière l’assassinat de notre ambassadeur Stevens, la semaine dernière. Ainsi, nous avons créé les circonstances de sa mort ! En réalité, nous avons déstabilisé la Libye. On pouvait ne pas aimer Kadhafi, mais comme un genre de Tito, il assurait une certaine cohésion. Et malgré sa volonté de se libérer, je ne crois pas que le peuple libyen était prêt. En réalité, on a assisté à une régression vers le tribalisme et le chaos. Je ne nie pas que certaines personnes au département d’Etat et dans l’Exécutif n’aient eu de bonnes intentions, sans avoir idée de ce qu’ils faisaient. Il est donc impératif qu’il y ait un débat au Congrès chaque fois que nous nous apprêtons à mener une guerre non nécessaire. Je le dis clairement : la guerre en Libye ne représentait pas une nécessité pour notre nation.

Le Congrès doit donc maintenir actif son rôle. Il contrôle les cordons de la bourse, comme l’a dit Walter Jones. Il doit donc prendre la responsabilité des actions du gouvernement ; et non pas seulement de la branche exécutive. A chaque dollar dépensé, du sang est versé. Vous avez signé ?

Et bien, vous en paierez le prix ! Et nous allons devoir payer pour la mort de 300.000 personnes. Pensez-y ! Cela représente le quart de la population de Dayton, dans l’Ohio ! Et aucun débat ?

Aujourd’hui, c’est la fin de la contre-offensive en Afghanistan. Wow ! Qui l’eut cru ? Ceci a permis à l’Administration de donner l’illusion que nous faisions un progrès. "Envoyons des troupes là-bas, on va gagner ! Et puis, on se retirera..." Tout stratégiste le sait : on ne dit jamais à l’adversaire quand on va attaquer, et quand on va se retirer. Mais c’est ce qu’on a fait. Plus grave : beaucoup de ceux qui ont critiqué l’Administration en s’appuyant sur des faits ont été virés. J’avais dit à la télé en 2009 : employez les grands moyens ou rentrez chez vous. Faire de la contre-insurrection ? 500.000 soldats pendant dix ans ! C’est tout ! C’est le seul moyen d’y arriver. Vous vous retirez en 2011 ? Attendez-vous à retrouver la situation d’avant, car on ne change pas 2000 ans d’histoire comme ça. Nous n’avons pas pris le temps de comprendre les causes car nous avons voulu trouver une solution militaire, comme l’a dit Bruce Fein, à des enjeux culturels remontant jusqu’à 3000 ans dans le passé. On ne change pas cela par la force militaire. Pourquoi donc n’y a-t-il pas de débat ? Pourquoi ne pas nous demander si c’est vraiment dans l’intérêt des Etats-Unis ? Pourquoi ne pas essayer de comprendre les causes du conflit, si on veut y faire quelque chose ? Mes collègues et moi-même sommes d’accord sur ce point : je ne dis pas qu’on devrait rester sans rien faire ; je suis même partisan des opérations spéciales.

Nous n’aurions pas dû envahir l’Irak ; une autre approche aurait été possible. Tout cela était inutile et coûteux ; nous devrions faire plus simple et opérer sous contrôle. Par ailleurs, on nous dit : « l’Exécutif ne doit pas dire au Congrès ce qu’il fait ». Arrêtons ces pratiques ! J’ai moi-même dirigé des opérations - toujours secrètes aujourd’hui - sous l’administration Clinton, et le Congrès était briefé, conformément à la loi. Il est donc faux de dire qu’on ne peut pas en parler pour éviter les fuites. Parfois on laisse sortir des choses, intentionnellement, afin de voir comment réagit le peuple américain ; mais sinon, tout est en place pour maintenir le secret. Donc, cet argument ne tient pas, et c’est pour cela qu’il faut un débat au Congrès.

Et en quittant la pièce, en retournant à notre quotidien, il faut avoir à l’esprit l’importance de la HCR107 , pas seulement du point de vue d’une éventuelle destitution d’Obama, mais surtout pour saisir l’occasion d’un retour à la raison, et comprendre la nécessité d’un débat, la nécessité de réconcilier l’action de notre pays avec l’intention qui animait nos Pères fondateurs, car il y a un immense fossé entre ce que nous sommes aujourd’hui et ce que nos Pères fondateurs voulaient que nous soyons. Merci.

Jeff Steinberg : Je voudrais ajouter deux choses avant d’ouvrir la discussion.

Premièrement, il devait y avoir un autre intervenant ce matin, mais malheureusement il a du retourner sur la côte ouest pour une affaire urgente. Il m’a transmis une brève déclaration à lire.

Il s’agit du général quatre étoiles Joseph P. Hoar, des Marines, maintenant à la retraite, ancien commandant en chef du Commandement central.

Voici ce qu’il dit :

« Dans leur grande sagesse, nos Pères fondateurs, réunis à Philadelphie pour écrire une nouvelle Constitution, ont donné au seul Congrès l’autorité de déclarer la guerre. Après avoir mené une révolution victorieuse pour se libérer de la Monarchie britannique, ils comprenaient l’importance d’assurer une forme représentative de République souveraine, en donnant les pouvoirs de guerre au Congrès, et non à l’Exécutif. Ils se sont engagés à empêcher toute forme de monarchie ou de dictature. Rien ne s’est produit entre-temps justifiant une quelconque modification. Sous notre Constitution, seul le Congrès a le droit de déclarer la guerre, et cela doit rester un principe fondamental. Au cours des dernières décennies, nous avons vu une érosion de ce principe constitutionnel, et je me joins à vous pour dire que cette érosion doit être arrêtée et inversée. »

La dernière chose que je voulais ajouter, même si tout a déjà été dit, y compris le fait que la destitution ne doit pas être considérée comme un gros mot, mais que c’était une question cruciale chez nos fondateurs, qui l’ont conçue comme un moyen de faire face à un exécutif tyrannique et incontrôlable.

Je veux aussi souligner un autre problème : on a tendance à être sourd, ici à Washington. Tous les intervenants d’aujourd’hui ont montré que la guerre en Libye est une action illégale qui a causé d’énormes retours de flamme. La guerre en Libye a aussi été perçue comme un tournant stratégique par la Russie et la Chine. Nous l’avons vu avec le veto des Russes et des Chinois contre toute action engagée au Conseil de sécurité de l’ONU, qui laissait penser que les Etats-Unis allaient rejouer le scénario libyen en Syrie. En particulier, les hauts responsables militaires russes et chinois ont averti que nous ne risquions pas seulement l’érosion de notre Constitution, ou une guerre régionale, mais que si cette situation continuait dans la même direction, nous pourrions très bien déraper dans une situation de guerre généralisée impliquant des pays qui suivent encore la doctrine de la « destruction mutuelle assurée » et qui possèdent encore un arsenal thermonucléaire. En réalité, au mois de février, M. Medvedev, qui était sur le point d’être remplacé en tant que Président russe, est intervenu lors d’une conférence à Saint-Pétersbourg - M. Holder, notre ministre de la Justice, était assis sur l’estrade juste derrière lui. Il a explicitement averti que toute tentative de changement de régime en dehors du cadre de l’ONU, serait interprétée comme une tentative de renverser complètement le système qui a permis au monde d’empêcher une guerre générale depuis la Deuxième Guerre mondiale. Il a dit : « Dieu nous en garde, nous pourrions faire face à une guerre thermonucléaire et une extinction. »

Nous sommes confrontés au danger imminent d’une guerre au Moyen-Orient, qui pourrait aller bien au delà de ce que quiconque souhaite et nous pourrions bien nous retrouver face à une menace de guerre générale. Beaucoup d’événements actuellement en cours rappellent terriblement les négociations, les accords conclus en coulisses et les alliances ayant précédé la Première Guerre mondiale. La principale différence est que lors de la Première Guerre mondiale, il n’y avait pas encore d’armes nucléaires.

Je voulais donc surtout souligner ce que tous mes collègues ont dit ici, à savoir qu’il s’agit d’une grave crise qui ne saurait être sous-estimée. Je pense qu’il faut à nouveau remercier le député Jones pour son initiative. Il faut pousser la question de la guerre et de la destitution, cette dernière devant être vue comme un principe universel pour restaurer notre Constitution et pour, je l’espère, empêcher une guerre générale qui pourrait devenir complètement incontrôlable.

Vous pouvez poser vos questions.

Bruce Fein : J’aimerais faire quelques remarques.

A propos du secret : le Congrès avait été prévenu du projet Manhattan, et aucune fuite n’est parvenue à Hitler ou à qui que ce soit d’autre. Il y a quelques années, le directeur de la CIA George Tenet avait affirmé devant la Commission du renseignement du Sénat qu’il y avait beaucoup plus de fuites provenant de l’Exécutif que du Congrès. Donc, si l’on veut se protéger des fuites, c’est l’Exécutif que l’on devrait comportementaliser, non pas le Congrès des Etats-Unis.

Mais j’aimerais insister sur cette question des pouvoirs de guerre, en plus de ce que nous venons d’entendre à propos de l’Iran et de la Syrie. Vous avez raison : tous les empires cèdent à la tentation irrésistible de dominer le monde sans limite, si l’occasion se présente. Alors, on fait la guerre pour la guerre. Les Britanniques l’ont compris à l’apogée de leur impérialisme, en menant la guerre des Boers, les deux guerres afghanes, la guerre en Birmanie, et ailleurs dans le monde ; et les arguments pour justifier la guerre contre la Révolution américaine étaient : « Notre prestige est en jeu ! Si on perd l’Amérique, tout le reste va nous échapper... » C’est comme un réflexe macho où, face à quelqu’un qui vous défie en toute impunité, vous avez peur de perdre l’extase liée au sentiment de dominer le monde entier.

Et il me semble, le colonel Wilkerson pourra me corriger, que depuis l’une des officines du Committee on the Present Danger, dans les années 1990, suite à l’élection de Bill Clinton, Paul Wolfowitz et Rumsfeld ont déclaré que la politique étrangère des Etats-Unis était d’empêcher tout pays de faire quoi que ce soit que l’on ne puisse écraser immédiatement, selon notre bon vouloir. C’est l’état d’esprit de cette mentalité impériale, et du pouvoir au sein de l’exécutif. Ce n’est pas qu’une question de personnalité : qu’il s’agisse d’un Trajan, d’un Adrien, d’un Caligula ou un Clausius ; c’est l’institution elle-même qui oriente l’exécutif vers l’intervention extérieure. Parce qu’on se dit : « Hé ! Que puis-je faire avec cette présidence ? Je n’ai rien fait pour le salaire minimum, et il faut que je laisse un héritage, comme mon portrait sur le Mont Rushmore. Comment le faire sans guerre ? » Le résultat est vraiment macabre : 300.000 morts, on ne se rend même pas compte. Cela rappelle Staline, où un mort est une tragédie, un million une statistique. Et ça n’est pas vraiment un compliment pour notre peuple.

[Question :] Combien d’élus du Congrès ont signé la HCR107  ?

[Fein :] Je pense qu’il y en a 10 ou 11, la plupart sont républicains, pas démocrates. La raison en est une fois de plus l’esprit partisan. « On ne peut rien faire sous Obama », comme à l’époque de Bush, de l’autre côté.

[Question :] Ma seconde question : Si vous pensez qu’entrer en guerre sans l’aval du Congrès est passible de destitution, pourquoi personne n’a introduit de résolution de destitution contre le Président ?

[Fein :] Je ne sais pas. J’en ai produit une pour la guerre en Libye, publiée dans Politico, mais pas encore dans les minutes du Congrès. Et, même s’il s’agit de manoeuvres politiciennes, peut-être devrait-on le faire dès la transition parlementaire car cela établirait un précédent pour ce qui pourrait arriver en Syrie ou en Iran, qui représente le potentiel de guerre présidentielle le plus imminent. Mais il s’agit d’une question générale : pourquoi ne pas engager une procédure de destitution ? Le problème vient des séquelles de la procédure contre Clinton, où on a voulu le destituer pour une question sexuelle, avec des gens comme Gingrich dans la commission de destitution, et leurs indiscrétions plus ou moins utiles... Ils n’ont pas laissé une impression très positive. Pour cette raison, l’idée de destitution a été à tort déconsidérée. En conséquence, on n’ose plus en parler, on a peur d’être marginalisé, de passer pour un révolutionnaire ; tous ces préjugés idiots sont faits pour éviter que l’exécutif soit confronté à la réalité qu’implique la destitution.

Premièrement, compte tenu des conceptions défendues par les Pères fondateurs, et même en regardant les écrits des anti-fédéralistes, nos Pères fondateurs seraient stupéfaits de voir qu’on a laissé en place un salaud à chaque génération, ils seraient également stupéfaits de constater à quel point l’article 2 de la Constitution - sur la destitution - est devenu inutile. Qu’on considère les cas d’Andrew Johnson ou de Clinton...

Le deuxième point est plus important : la question n’est pas le président Obama. Il se trouve qu’il occupe ce poste en ce moment. Considérez la période de 1947 à 2012 : il s’agit d’une évolution naturelle du pouvoir ! Cela devait arriver, à partir de ce 26 juillet 1947, quand Truman a signé la National Security Act. George Marshall a regardé le Président - Marshall est probablement une des plus grandes icônes américaines, après G. Washington, l’organisateur de notre victoire lors de la Deuxième Guerre mondiale. Il lui a dit : « M. le Président, je crains que nous ayons militarisé notre appareil politique. » C’est précisément ce que nous avons fait ! Aujourd’hui, notre politique étrangère correspond à notre politique militaire. Ce sont nos chefs militaires qui font notre politique étrangère à travers le monde. L’amiral quatre étoiles qui se trouve à Hawaï, a plus d’importance, à Tokyo ou à Pékin, que n’importe quel diplomate, et dans certains cas, plus d’importance que certains responsables de la Maison-Blanche ! A l’exception du Président lui-même. Car, quand il rend visite au Premier ministre du Japon, il a avec lui des groupes aéronavals, une force aérienne, des groupes amphibies, des divisions entières... Le porte-documents du secrétaire d’Etat adjoint aux affaires régionales, pour l’Asie orientale ou pour le

Pacifique est vide, si toutefois il en a un... Il s’agit de votre pays, aujourd’hui !

Récemment, à West Point, un député de New York déclarait, je cite : « L’Amérique devrait donner au monde des soldats qui, bla bla bla... » C’est donc tout ce que l’Amérique peut offrir au monde ? Des soldats ? C’est ce que l’on fait. Et si vous lisez les informations dans le monde, si vous lisez la presse à Téhéran, à Damas, à Beyrouth, au Caire, à Tripoli, le reste du monde, ce qui représente 6 milliards d’êtres humains, le réalise. Toute personne ayant quelques connaissances sur les relations internationales en général, et sur le pouvoir en général, sait que le reste du monde finira par unir ses forces pour nous combattre. C’est aussi simple ! C’est comme ça que fonctionne le monde !

Tous les empires de l’histoire humaine ont disparu, qu’il s’agisse de l’Empire des Khans, ou du Reich "millénaire" d’Adolf Hitler, ils ont disparu ! Il n’est écrit nulle part que l’Empire américain soit une exception et qu’il durera pour l’éternité ! Je veux dire qu’il serait bien que nous soyons toujours là la semaine prochaine. Nous sommes réellement une force positive dans le monde, non pas en envoyant nos forces militaires partout, ou en fournissant des baïonnettes aux démocraties, mais parce que lorsque nous sommes dignes de nos valeurs et qu’elles sont partagées, elles apportent un réel changement dans le monde ! Qu’il s’agisse des droits de l’homme, de la dignité humaine, des droits de la femme, ou de tout ce que nous prétendons défendre, mais que nous pervertissons le plus souvent par nos actes. C’est pour cela qu’il est important que nous restions là encore un certain temps. Le chaos, l’anarchie sont l’alternative et nous faisons actuellement de notre mieux pour créer ce chaos et cette anarchie.

[Question :] J’ai deux questions pour le Colonel Wilkerson. La première concerne la récente déclaration de Poutine selon laquelle on pourrait ouvrir les portes de Guantanamo et laisser chacun aller combattre en Syrie, car il s’agit des mêmes personnes, ce sont les mêmes personnes que les Etats-Unis et l’OTAN combattent en Afghanistan. Et s’il s’agit des mêmes personnes impliquées dans l’assassinat de l’ambassadeur à Benghazi, n’est-ce pas pour le moins incohérent ? Les Etats-Unis combattent des personnes qui sont leurs alliés dans d’autres pays...

Ma deuxième question est la suivante : en Europe, tout le monde pense qu’une attaque militaire d’Israël contre l’Iran ou de n’importe quel autre pays contre l’Iran, mènera fatalement à une troisième Guerre mondiale et je pense que nous faisons face à ce danger à très court terme. Et cette fois-ci ce ne sera pas une simple guerre « régionale, » mais le risque est que cela se transforme en guerre thermonucléaire, ce qui mènerait à l’extinction de la civilisation...

Colonel Wilkerson : Je suis d’accord sur le premier point : je ne peux que dire « oui ». Sur le second point, l’ambassadeur Pickering, l’ancien conseiller à la sécurité nationale Brzezinski, Brent Scowcroft, les anciens commandants du Central Command comme l’amiral Fallon, le Général Anthony Zinni et d’autres, ont publié un rapport. Je vous le recommande à tous. Il en a été question dans le Wall Street Journal , le New York Times et d’autres. Et Franck Wisner, l’ancien ambassadeur en Inde, et Bill Luers, ainsi que Tom Pickering, sont actuellement sur la côte Ouest, pour des conférences de presse. Ce rapport est bipartisan et constitue une analyse précise des conséquences d’une attaque contre l’Iran. C’est très inquiétant et très déconcertant. Car si vous posez les questions élémentaires : « Pourquoi utiliserions-nous la force militaire ? » les réponses ne sont pas réjouissantes. Et quand je dis « nous, » je veux dire Israël seul, les Etats-Unis seuls, ou les deux ensembles, peu importe. Les réponses ne sont pas réjouissantes.

Ce que je dirais, en tant que militaire ayant étudié l’Iran, pendant presque huit ans, avec comme objectif d’arrêter les Soviétiques qui, depuis l’Afghanistan, cherchaient des ports en eau chaude à Chabahar et Bandar Abbas, une sorte de mythe dans les milieux militaires à l’époque de la guerre Iran-Irak. Je connais la chaîne montagneuse de Zagros, je connais le lieu en Iran où Alexandre et ses compagnons ont failli perdre la vie. Quiconque a étudié ce territoire, quiconque sait à quoi cela ressemblerait de combattre plus de 70 millions d’Iraniens, dont 51% sont des perses, à quoi cela ressemblerait d’occuper ce pays, car c’est le seul moyen - l’invasion et l’occupation - pour obtenir ce que les Graham, McCain et Lieberman veulent : un changement de régime. Et donc l’arrêt des armes nucléaires. 10 ans de guerre, 500.000 soldats et 3000 milliards de dollars. Voilà le diagnostic.

La grande majorité du peuple américain, 70 %, 76 %, 67 % dans mon propre parti, le parti Républicain, ne veut pas de guerre, ne veut pas d’une guerre contre l’Iran. Et pourtant, nous y allons, le Président dit que « toutes les options sont sur la table. » Et nous savons que la diplomatie va échouer, ou qu’elle a 99 % de chances d’échouer, parce qu’en fait, personne ne souhaite que ça fonctionne ! Et je ne suis pas certain que le Président lui-même le veuille... Alors que faire quand toutes les options ont échoué ? Vous sortez des rangs et vous dites : « Non, on ne fera pas la guerre. » J’en suis très inquiet.

Est-ce que la situation peut dégénérer ? Et comment ! La Turquie a l’armée la plus puissante de l’OTAN, et elle joue gros dans cette histoire. L’Iran joue gros également. Je viens de rencontrer l’ambassadeur d’Iran à l’ONU, Mohammad Khazaee, à New York, et nous avons parlé de cette situation. J’ai été rassuré de comprendre qu’en coulisses, des développements positifs ont lieu. L’un d’entre eux, et pas des moindres, est l’établissement d’un dialogue, malgré l’absence d’accord maritime, entre nos forces navales respectives, afin d’éviter tout incident dans le Golfe persique, où se trouvent des navires américains, iraniens, etc., et où un incident peut arriver à tout moment. Cela ne tient pas compte de l’International Risk Governance Council (IRGC) , qui est l’élément militaire le plus instable en Iran. Ils peuvent déclencher un incident demain matin, sans même le feu vert de Téhéran, du Conseil des gardiens de la Constitution, de l’Ayatollah ou du Président -un commandant dévoyé de l’IRGC pourrait le déclencher - en particulier s’il craint que des négociations puissent aboutir. C’est une situation excessivement instable.

La Russie et la Chine seraient-elles impliquées ? Bien sûr ! Si on créait une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie, je ne serais pas surpris de voir les Russes, probablement en secret, mais peut-être même publiquement, se mettre à vendre des missiles de défense antiaérienne sophistiqués à la Syrie. Puis ils commenceraient à abattre des avions de l’OTAN, pas un ou deux, mais des quantités d’avions, hum... c’est problématique, vous ne trouvez pas ? En tant qu’officier militaire, je peux vous tracer les grandes lignes d’un scénario : l’établissement par l’OTAN d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie ; un an ou deux plus tard, une guerre régionale générale ; puis, après un an ou deux à nouveau, les puissances de premier plan se faisant la guerre, d’abord de manière indirecte, puis dans une confrontation directe. Voilà un scénario intéressant à considérer. Mais nous ne devons pas l’accepter.

Bruce Fein : Je voudrais faire une remarque à propos de l’idée d’attaquer l’Iran, sur le fait de développer un potentiel nucléaire, ou d’acquérir des armes nucléaires. Cela met en lumière la ruine totale du Droit international, que les Etats-Unis évoquent à tout bout de champ. Cela entraîne un deux poids deux mesures, créant le ressentiment dont parlait le Colonel Wilkerson. Et le reste du monde ne peut que constater l’incroyable hypocrisie des Etats-Unis. Cela faisait la Une du Washington Post l’autre jour. Il y avait un article sur la modernisation des 5100 têtes nucléaires des Etats-Unis. Il n’y était pas écrit : « Le fait de posséder autant d’armes nucléaires constitue un acte de guerre, et n’importe quel pays peut nous attaquer. » Car nous pourrions les utiliser comme pour Hiroshima et Nagasaki. L’article ne faisait qu’évoquer les raisons défensives de ces armes, en cas de destruction mutuelle assurée. Puis il y avait un article sur Netannyahou définissant la ligne rouge à ne pas franchir, Romney ne sachant plus s’il s’agit de capacité ou d’armes effectives...

Dans ces discussions, en Israël ou aux Etats-Unis, on suppose que le simple fait d’acquérir des capacités nucléaires, par exemple l’Iran, est un acte belliqueux nous donnant le droit de nous défendre et d’attaquer. Qu’est-ce qui ne va pas ? Qu’en serait-il si ce principe était valable pour tout le monde ? C’est incroyable ! Evidemment, s’ils ont la bombe, tout le monde dira qu’il faut attaquer ! Je me suis rappelé le précédent « pittoresque » de Nuremberg, où les dirigeants nazis avaient été condamnés pour des guerres d’agression. On en a fait des crimes de guerre. Une guerre d’agression implique que ce n’est pas la légitime défense qui l’a déterminée. Et rappelez-vous : l’idée d’une attaque contre l’Iran n’est justifiée par aucune menace directe. Ce n’est pas qu’ils soient prêts à utiliser l’arme nucléaire, c’est le fait d’acquérir l’arme en tant que tel qui est considéré comme un acte de guerre ! Comment pourrait-on en faire une loi internationale, gouvernant l’ensemble des relations entre les pays ?

J’aimerais également ajouter quelque chose à ce que disait le colonel Wilkerson, à propos de la question de l’Iran et du potentiel de conflit s’étendant au niveau global. Je pense que même si le problème iranien n’existait pas, notre propre état d’esprit est déjà préparé à un conflit global. Rappelez-vous que lors de la guerre en Géorgie, en Ossétie du Sud, le sénateur McCain avait dit que nous étions tous des Géorgiens, et que nous devrions tous êtres prêts à entrer en guerre contre la Russie, pour cette question de l’Ossétie du Sud ! Et nous assistons déjà à notre soutien implicite au Japon, dans cette querelle autour de quelques îles inhabitées dans la Mer de Chine orientale. Pour la première fois de son histoire, le Japon envisage de modifier l’article 9 de sa Constitution, la clause de non-agression signée avec le général MacArthur, à la fin de la deuxième Guerre mondiale. Nous sommes totalement solidaires du Japon, prêts à nous battre pour leur souveraineté, dans des conflits où ils seraient impliqués.

Considérez le pivot du Moyen-Orient jusqu’en Asie : nous avons des Marines en Australie, prétendument pour défendre le Vietnam contre la Chine, en mer de Chine méridionale... On peut voir cette expansion inévitable, de partout, pour contrôler tout ce qui bouge. On va bientôt voir le robot sur Mars être intégré à la cyber-sécurité, ou à la sécurité nationale, d’une manière ou d’une autre, car pour tout financement, il faut s’adresser au département de la Défense... Il doit même y avoir des programmes d’agro-carburants pour la Navy, achetant 7 dollars le litre d’essence pour soutenir l’industrie des agro-carburants.

Je suis complètement d’accord avec le Colonel Wilkerson : nous avons changé, nous avons perdu l’âme de notre pays. C’est là le défi qui se posait à John Quincy Adams, tandis qu’il écrivait son discours pour la fête de l’Indépendance, en 1821. A l’époque, les Etats-Unis n’étaient pas une puissance mondiale, ils étaient plutôt ridicules. Qu’avez-vous fait pour le monde ? Où sont vos pyramides ? Où est votre Grande muraille de Chine ? Pourquoi n’aurions-nous pas de grands monuments à offrir à l’humanité ? Mais Adams disait : « Non, la gloire de notre République américaine est la liberté. La gloire d’un empire est la domination et le contrôle. Nous pourrions être les maîtres du monde, mais ce n’est pas ce que nous voulons. Car nous substituerions une politique de coercition à notre politique de liberté. » Et on l’avait applaudi ! Personne ne s’était levé pour dire : « Oh, vous êtes un faible ! Comment se fait-il que vous ne vouliez pas contrôler le monde ? C’est aberrant ! » Et Adams disait : « la marche des Etats-Unis est celle de la sagesse. La marche des Empires est le roulement du tambour. » Il rejetait, les Etats-Unis rejetaient cette idée.

Cette approche s’est exprimée longtemps auparavant : quand toute l’Amérique latine et centrale se soulevait contre les empires portugais et espagnols, personne n’a dit : « nous devons intervenir ! Nous devons répandre la démocratie partout dans le monde, nous sommes les plus forts ! » Nous restions neutres. Et c’est ce que nous devrions faire, à l’égard de l’usage de la force. Cela ne signifie pas que nous soyons neutres à l’égard des valeurs, Notre propre pratique de la liberté doit représenter un exemple. Et cela peut être très puissant. Rappelez-vous la construction du mur de la démocratie à Pékin, au Square Tienanmen, où les gens se passaient des copies de la déclaration d’Indépendance. Nous sommes des êtres humains et nous avons des valeurs en lesquelles nous croyons. Mais nous savons qu’elles seraient détruites, dès lors que nous chercherions à les exporter par la force des baïonnettes.

Jeff Steinberg : S’il n’y a plus de questions, j’aimerais remercier une fois de plus le représentant Walter Jones, le Colonel Wilkerson, Bruce Fein et le Colonel Shaffer, et encourager tout le monde à prendre vraiment à coeur tout ce qui a été dit aujourd’hui, car la survie du pays, et peut-être même de l’espèce humaine est en jeu. Merci d’être venus.

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Vos commentaires

  • Le 30 septembre 2012 à 12:32
    par AYIN BEOTHY

    Certains sous-titres restent le temps de les lire 3 fois, d’autres sautent si vite qu’ils échappent à toute lecture.
    La vidéo s’est interrompue à mi-parcours, sans motif affiché.
    C’était quand même très intéressant, merci.
    Et quand j’ai voulu envoyer les lignes ci-dessus :
    "Impossible" ! il faudra que je recommence.
    Problèmes de site ?

    Répondre à ce message

  • Le 28 septembre 2012 à 10:45
    par petite souris

    American Empire : Before the Fall

    Prémonitoire ???

    Répondre à ce message

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