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Euro 2016 : ils s’en footent plein les poches !

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Le stade Allianz Riviera à Nice.
Crédit : Var Matin

« A qui rapporte l’Euro 2016 ? » C’est à cette question qu’ont voulu répondre quelques journalistes dans un dossier remarquable et bien documenté publié dans l’édition de juin 2016 d’Alternatives Économiques, en collaboration avec la rédaction du site Basta !

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A qui profite l’Euro 2016, numéro de juin 2016 d’Alternatives Economiques

Amoureux du ballon rond, François Hollande n’a cessé de souligner à quel point l’Euro 2016 « est une chance pour la France, pour nos clubs, pour nos territoires ». Il est permis d’en douter. Car si l’on ne sait pas combien rapportera l’Euro, on sait en revanche que la note sera salée.

Côté profits, c’est la puissante Fédération européenne des ligues de football (UEFA) qui s’arroge l’essentiel des bénéfices directs, totalement exonérés d’impôts…

Si elle assure l’organisation du tournoi pour un montant estimé à 650 millions d’euros (location des stades, gestion des billets, etc.), le reste (infrastructures, sécurité, fan-zones) reste à la charge de l’Etat et des villes hôtes.

Occupation financière oblige, les bénéfices iront au privé, les dépenses au contribuable…

Défiscalisé

Droits de retransmission télévisée, sponsoring et billetterie, l’UEFA compte empocher 1,9 milliard d’euros grâce à l’Euro 2016. Ce record s’explique par l’élargissement du nombre d’équipes participantes : 24, contre 16 pour les éditions précédentes.

Étonnamment, ce profit échappe à l’impôt. Et pas besoin d’installer son siège au Panama ! Accordée sous la présidence Sarkozy, c’est en 2014 qu’un petit article inséré dans le projet de loi de finances rectificative est adopté par la majorité socialiste.

Renonçant d’avance à 150 à 200 millions d’euros de recettes fiscales, l’Assemblée nationale exempte alors la société commerciale « Euro 2016 SAS », qui appartient à l’UEFA et à la Fédération française de football (FFF), d’impôt sur le revenu, d’impôt sur les sociétés, de taxe sur les salaires, taxe d’apprentissage, etc.

Et ce n’est qu’un début, car le gouvernement a étendu en juillet 2014 cette exonération à tous les autres grands événements sportifs organisés dans l’Hexagone. Sans doute pour convaincre nos citoyens que « la France va mieux » !

On ne pouvait pas faire autrement, nous dit-on. Car c’est avec seulement une voix d’avance sur la Turquie que la France a obtenu le droit d’accueillir la coupe. En clair, sans ce cadeau fiscal, adieu le ballon !

La dictature du profit

A cela s’ajoute que l’UEFA, qui a vendu des « droits d’exclusivité » aux grands sponsors, a tenté d’imposer un cahier de charges excessivement exigeant, dont une taxe de 600 euros aux petits commerces autour des stades et une redevance de plus de 1000 euros aux collectivités locales voulant retransmettre les matchs sur grand écran dans les quartiers populaires…

Ensuite, les primes qui seront versées par la FFF aux joueurs de l’équipe de France (à partir de 150 000 euros par joueur dès l’éventuelle qualification pour les quarts) ne profiteront pas au football amateur ni aux licenciés…

La dictature de la cupidité ne se limite pas au foot, une discipline qui ne fait que révéler la financiarisation à outrance du sport en général. « Les fédérations internationales de sport se sont professionnalisées depuis vingt ans. Désormais, elles organisent beaucoup de choses seules et imposent leurs conditions », explique un expert. Mais la situation a empiré depuis, estime Pascal Bolo, vice-président de Nantes Métropole, en charge des finances et du sport de haut niveau :

On a accueilli la Coupe du monde de football 1998 à Nantes parce qu’on avait le sentiment qu’on pouvait en faire une fête populaire. Vu les demandes de l’UEFA pour l’Euro 2016, on a estimé que la balance globale des coûts et des bénéfices était trop déséquilibrée. Nous avons retiré notre candidature.

L’arnaque des stades en PPP

Mais le scandale ne s’arrête pas là. Il prend une dimension plus grave lorsque l’on sait que la France a dépensé plus de 2 milliards d’argent public uniquement pour rénover ou construire les dix stades qui accueilleront la compétition.

Certes, ils sont grands, ils sont beaux, ils sont neufs, et l’espace de quelques matchs, ils seront pleins et colorés. Construits ou rénovés pour l’Euro à partir de mai 2010 dans le cadre de partenariats public-privé (PPP), ils seront théoriquement réinvestis par les clubs après la coupe. En réalité, ils retrouveront leur visage habituel : des enceintes surdimensionnées aux gradins clairsemés, laissant une grosse ardoise à de nombreuses villes françaises.

Les PPP permettront aux villes, après de longues années, d’être propriétaires des stades, tout en investissant peu à court terme, car une part importante de l’investissement initial est prise en charge par un acteur privé. En échange, la ville devra lui verser un loyer annuel convenu à l’avance. Sur le papier, les collectivités apparaissent donc comme « moins endettées » bien qu’en réalité, elles payent le prix fort.

Parmi les effets des PPP, l’engagement de long terme pris par les municipalités ressemble à une bombe à retardement : au Mans par exemple, depuis la liquidation du club professionnel suite à de mauvais résultats, la ville paie 3,2 millions par an à Vinci pour un stade qui n’accueille plus de rencontres régulières et dont elle ne sera effectivement propriétaire qu’en… 2044. A cela s’ajoute le syndrome des « cathédrales vides » : « Jusque-là, on a créé plus de sièges vides qu’on n’a occupé de sièges supplémentaires », ironise le journaliste sportif Jérôme Latta.

Certes, certains d’entre eux ont été conçus pour accueillir des concerts ou des événements d’entreprise. Mais cela ne suffira sans doute pas, notamment parce que « les nouvelles enceintes sont loin des centres-ville, mal desservies, regrette James Rophe, président de l’Association nationale des supporters. Globalement, nous n’avons pas été associés à leur conception ».

Comme le précise le journaliste Vincent Grimault, d’Alternatives Economiques qui a examiné à la loupe les dix stades où se déroulera l’Euro 2016 :

Les villes auraient pu choisir de laisser les grands clubs financer eux-mêmes leur stade, comme cela se pratique au Royaume-Uni ou en Espagne, mais en France, les maires préfèrent que les stades appartiennent à la ville, parce qu’ils tiennent à être chez eux dans leur stade (…) D’où les centaines de millions d’euros de dépenses publiques engagées pour des stades qui hébergent surtout des clubs et des compétitions privées. Les villes de Nice, Bordeaux, Lille ou encore Marseille ont signé des partenariats de ce type. Six ans après, le bilan alterne entre mauvais et catastrophique.

Surestimation des retombées

Comment a-t-on vendu l’Euro aux Français ? Comme toujours, on a évoqué les retombées économiques. Un million de visiteurs étrangers doivent venir en France pour suivre la compétition.

Selon une étude du Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges, cela entraînera 1,3 milliard d’euros de dépenses supplémentaires, de quoi occuper l’équivalent de 26 000 emplois à temps plein (pour le BTP) et apporter 180 millions d’euros de rentrées fiscales additionnelles (via leur consommation). Bien que le CDES soit un organisme respecté, les économistes se montrent de plus en plus sceptiques sur l’intérêt de tels évènements.

« Ces études se penchent toujours sur les retombées positives, mais rarement sur les négatives », explique Wladimir Andreff, professeur d’économie. Ainsi, beaucoup de touristes éviteront la France cette année, précisément… en raison de l’Euro !

Vampires boulimiques

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Les vrais vainqueurs des matchs, ce sont les sponsors, c’est-à-dire ces équipementiers sportifs que l’on espérait réconciliés avec la responsabilité sociale. Rien que Nike, Adidas et Puma pèsent ensemble plus de 70 % du marché mondial de chaussures et vêtements de sport.

Prenons un exemple qui en dit long. Ce qui unit la star du foot Cristiano Ronaldo et un ouvrier vietnamien du textile, c’est une marque : Nike. Ronaldo bénéficie d’un contrat de sponsoring avoisinant les 25 millions d’euros annuels pour arborer chaussures et maillots estampillés du célèbre logo. L’ouvrier vietnamien les confectionne pour un salaire mensuel d’environ 170 € par mois, un revenu très en dessous de ce qu’on estime le « salaire vital », c’est-à-dire permettant de satisfaire les besoins fondamentaux – logement, énergie, eau potable, alimentation, habillement, santé, éducation – d’une famille vietnamienne.

En clair, le contrat conclu par Nike avec Ronaldo pourrait permettre à 19 500 ouvriers vietnamiens travaillant dans les usines sous-traitantes de Nike d’être rémunérés pendant un an au salaire vital… Quel fairplay !

Le Collectif Ethique sur l’étiquette, qui œuvre en faveur des droits humains au travail, a réalisé une estimation : sur 100 € déboursés par un consommateur pour une paire de chaussures Nike, seulement 2,4 € reviennent à l’ouvrier qui l’a confectionnée ! La part consacrée aux salaires des ouvriers sous-traitants est même inférieure à celle dédiée au budget de sponsoring et de marketing, entre 3 et 4 € par produit.

Conclusion

En une décennie, les dividendes versés aux actionnaires de Nike ont bondi de 135 %, approchant les trois milliards d’euros en 2015. Ceux d’Adidas ont grimpé de 66 % à plus de 600 millions d’euros l’an dernier.

Comme les dividendes, les budgets du sponsoring ont eux aussi explosés. Le sponsoring au profit des dix principaux clubs européens de football (Manchester, Barcelone ou Milan pour Nike, Real, Bayern ou Chelsea pour Adidas) représentait à lui seul 400 millions d’euros en 2015, en hausse d’un tiers depuis 2013.

« Ces chiffres choquants illustrent le modèle des grands équipementiers sportifs : une surenchère dans la communication marketing et dans la recherche de rentabilité pour les actionnaires, sans que les travailleurs qui contribuent à leur croissance en bénéficient réellement », commente Nayla Ajaltouni, du Collectif éthique sur l’étiquette.

Cependant, comme le révèle une nouvelle étude du Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne (BASIC), les grandes marques quittent aujourd’hui la Chine pour s’installer en Indonésie et au Vietnam.

Dans un document interne dont le BASIC a eu connaissance, Adidas s’inquiète de « la fin de la Chine à bas coût ». Tandis que chez Nike, une étude interne estime que l’augmentation des salaires en Chine constitue « une menace » pour la « durabilité de la valeur ajoutée ». Adidas, qui ne fait que calquer son business plan sur l’industrie automobile, revient, lui, en Allemagne pour y faire produire moins cher qu’en Asie grâce à une production entièrement robotisée.

Le dossier « A qui profite l’Euro » d’Alternatives Economiques est donc à lire et à mettre entre toutes les mains !

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