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AirSeaBattle, quand Obama aime jouer avec le feu nucléaire

La rédaction
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Par Jérôme Sinpaseuth

Le 26 juillet, dans un article intitulé « Les deux fausses démocraties menacent la vie sur Terre », l’atypique Paul Craig Roberts, ancien conseiller du secrétaire au Trésor sous l’administration Reagan, dénonce les plans de Washington préparant une guerre contre la Chine.

Faisant référence à un article du sociologue américano-israélien Amitai Etzioni paru le 12 juin dans les colonnes du Yale Journal sous le titre « Qui a autorisé des préparations de guerre contre la Chine ? », Roberts dénonce la doctrine « AirSeaBattle (ASB) », une doctrine qui, contrairement à ce que prétendent ces auteurs, ne trouvera son application que lors d’une frappe préventive contre les armes de l’Armée de libération du peuple (ALP), situées sur le territoire chinois.

Les enjeux

Développée depuis 2011, après la nouvelle orientation stratégique des Etats-Unis dans la région du Pacifique, dite du « pivot » et décidée par Obama, la doctrine ASB prétend réaffirmer l’hégémonie militaire américaine sur les mers.

Tels une nouvelle Perfide Albion, les Etats-Unis, pour défendre leurs intérêts, y sont appelés à dominer militairement les routes commerciales de la mondialisation, dont la remise en cause est perçue comme comportant bien plus de dangers que les impardonnables errements de Wall Street.

Présentée comme une réponse aux « nouveaux défis », la doctrine ASB vise à accroître la coopération entre la marine et l’armée de l’air, tout en intégrant de nouveaux champs de bataille tels que le cyber-espace et l’espace (notamment pour la protection des satellites).

Cette nouvelle doctrine tient pour principale justification que le principal outil de « capacité de projection » des forces armées américaines sont leurs groupes de bataille, constitués de porte-avions et autres destroyers, et qu’une faible mobilité sur mer implique directement une faible capacité d’intervention sur des théâtres d’opérations. La possibilité d’engager des ennemis « n’importe où et n’importe quand », semble remise en question par la prolifération de nouvelles technologies, dites « capacités de déni d’accès et d’interdiction de zone (Anti-Access/Area Denial, A2/AD) ».

Bien que l’amiral Jonathan Greenert et le général Norton Schwartz, principaux concepteurs de cette nouvelle doctrine « pentagonienne », considèrent que c’est un concept général d’une modernisation de l’armée dans le contexte d’une économie mondialisée, et qu’il ne vise pas spécifiquement la Chine, force est de constater que les seuls défis posés à la force de projection américaine à ce jour émanent de la Chine.

En effet, le concept vise à rendre « inter-opérables les forces navales et aériennes afin d’interrompre, détruire et vaincre les capacités ennemies A2/AD ».

Plus concrètement, ces capacités de déni d’accès et d’interdiction de zone menaçant la force de projection américaine sont des missiles capables de viser et détruire des porte-avions et d’autres navires de guerre américains. Ainsi, nul besoin de s’interroger trop longtemps pour comprendre que les acteurs internationaux en possession de tels missiles ne sont probablement pas les Talibans armés de RPG et autres kalachnikovs, mais bien des Etats, voir des super-puissances, comme le précise également le professeur Hugh White de l’Institut national d’Australie.

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L’acquisition par la Chine de missiles anti-navires, de missiles balistiques de moyenne portée, de sous-marins, de cyber-armes et d’armes anti-satellites a fortement remis en question la supériorité technique américaine en Asie-Pacifique et désigne forcément la Chine comme la cible quasi exclusive, hormis l’Iran dans une moindre mesure, de la doctrine ASB.

Selon la doctrine ASB, la bataille hypothétique débute avec une campagne pour rétablir les capacités de projection en lançant des attaques « aveuglantes » contre les installations anti-accès chinoises : les lanceurs sur mers, les plate-formes de communication, les satellites, les armes anti-satellites ainsi que les centres de commandement. Dès lors, les forces américaines seraient en mesure de pénétrer les zones contestées et de conclure le conflit en utilisant le plein potentiel de leurs armements.

Selon certains think-tanks, l’étendue et l’intensité de la position américaine et des frappes contre des cibles situées sur le territoire chinois sont clairement propres à exacerber la situation. En effet, la Chine serait prompte à répondre à une attaque directe sur son sol avec tout son arsenal, celui-ci incluant des armes nucléaires.

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Avec la nouvelle doctrine AirSeaBattle (ASB) adoptée par Obama, les Etats-Unis comptent se doter d’une capacité de première frappe contre des cibles situées à l’intérieur du territoire chinois.

Selon, Joshua Rovner, du Collège de guerre navale américain, « des frappes à longue portée sur le territoire chinois pourraient être perçues comme une tentative visant à détruire son armement nucléaire, les obligeant à faire face au dilemme de les utiliser ou de les perdre ». Ce qui signifie que la doctrine ASB peut directement conduire le monde à une guerre nucléaire.

En 2012, l’ancien vice-président du Comité des chefs d’Etat-major interarmées américain, le général James Cartwright, a souligné le fait que « la doctrine ASB diabolise la Chine et ce n’est dans l’intérêt de personne ». En outre, son analyse interne de l’ASB estime que ses conséquences causeraient « d’incalculables destructions économiques et humaines ».

Enfin, le Colonel Gauyue Fan, de l’Armée de libération du peuple, a déclaré que « si les Etats-Unis décident d’utiliser l’ASB, la Chine se verra dans l’obligation de développer des capacités anti-ASB ».

Le fait que cette option stratégique ait été privilégiée par le « Pivot vers le pacifique » décidé par l’administration Obama, comme la seule option militaire (dont l’alternative aurait été la doctrine dite du « contrôle offshore », un blocus naval comprenant la fermeture du détroit de Malacca), montre la folie de la présidence américaine en dépit de son apparent pragmatisme

Pour Paul Roberts, la seule façon pour que cette stratégie fonctionne est d’y inclure une frappe nucléaire soudaine qui vise l’ensemble des installations chinoises sans que celles-ci n’aient le temps de riposter, car dans un tel échange, c’est celui qui frappe le premier qui gagne l’avantage.

C’est un fait qui n’est pas explicitement évoqué mais qui a son importance : si la Chine opère sur son territoire, elle bénéficie d’un avantage stratégique difficile à éroder pour une flotte dépourvue de base arrière, même la plus puissante au monde, ce qui rend l’hypothèse de la frappe nucléaire soudaine crédible dans le scénario de l’ASB.

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Selon le général Schwartz, « les premiers pas pour mettre en place l’ASB sont déjà en cours au Pentagone. Dans notre budget 2012-2013, nous avons augmenté les investissements dans les systèmes et capacités dont nous avons besoin pour neutraliser les menaces ». L’amiral Greenert souligne que les investissements dans le combat anti-sous-marins, la guerre électronique et la défense anti-missiles ont été inclus dans le budget 2012 du président Obama.

Reste donc à déterminer quelle est la rationalité derrière ce choix stratégique vis-à-vis de la Chine. Car pour certains, cette logique vise à maintenir le statu quo et l’équilibre des forces dans la région Pacifique, en utilisant l’argument de la dissuasion. Contrairement à la stratégie du blocus naval, moins directe mais tout autant dévastatrice pour la Chine, l’ASB, dont la dissuasion reste limitée, représente une surenchère agressive et ne permet pas aux différentes parties de se rétracter.

Bien que la Chine ait augmenté ses dépenses militaires, il convient d’affiner l’analyse et de comprendre ses intentions. D’une part, ses dépenses visent à sécuriser ses importations en matières premières vitales pour son économie et sa stabilité intérieure et non à remettre en question le statu quo. D’autre part, l’argumentaire qui consiste à dire que les pays asiatiques veulent une présence américaine dans la région omet le fait que la Chine et sa croissance économique leur bénéficient fortement, et qu’ils ne souhaitent pas un conflit.

En outre, la prééminence des Etats-Unis sur la scène internationale ne peut se maintenir que par un changement d’orientation de sa politique économique et non par une constante fuite en avant vers la recherche de nouveaux ennemis, générés par des peurs auto-réalisatrices. L’ASB contre la Chine est donc bien perdue d’avance pour la vie sur Terre, si elle est poussée à un stade opérationnel et mérite d’être le centre de nos attentions.

En France, pour sa part, Philippe Gros, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, dans la note 17/13 de cette institution, estime que le débat frénétique sur l’ASB « donne lieu à une forte entropie dans la production conceptuelle militaire et dans le débat stratégique américain ». Il note également que l’ASB « représente un concept "a-stratégique" qui ignore le fait que Pékin est une puissance nucléaire et pourrait menacer les partenaires des Américains… »

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