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Fermer le réacteur Osiris pour faire plaisir à qui ?

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Le réacteur expérimental Osiris du CEA à Saclay sert à de multiples expérimentations et à la production de radio-isotopes essentiels à la médecine nucléaire.
Crédit : P.Stroppa/CEA

Dans un courrier adressé lundi 4 août au CEA, le gouvernement confirme l’arrêt du réacteur Osiris, un réacteur nucléaire de recherche dont nous avons déjà évoqué l’importance. Pourtant, syndicats, direction, médecins et politiques ont alerté le gouvernement sur les conséquences désastreuses d’un tel arrêt en 2015, c’est-à-dire plusieurs années avant que le réacteur Jules Horowitz à Cadérache soit en mesure de prendre le relais.

Géré par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et initialement voué principalement à la recherche, Osiris avait considérablement élargi sa production d’isotopes médicaux (notamment le technétium-99m) au lendemain de la pénurie de l’automne 2008. Il assure ainsi près de 10 % de l’approvisionnement des hôpitaux réalisant des scintigraphies dans le monde.

Cependant, Osiris n’est pas seulement un producteur de radio-isotopes essentiels à une santé publique de haut niveau, mais, en tant que source de neutrons, un outil performant permettant de tester des nouveaux matériaux, notamment pour des réacteurs de fission ou de fusion du futur.

A part la perte directe d’emplois chez les sous-traitants et la dispersion des équipes dont le savoir-faire est précieux pour former celles de Cadarache, la fermeture d’Osiris déconstruit et donc fragilise la santé publique.

Pour disposer d’une médecine nucléaire performante, le circuit de production du technétium-99 est maintenu délibérément en surproduction (140 %) afin d’autoriser une marge de manœuvre en cas de maintenance imprévue sur les premiers maillons de cette chaîne que sont les réacteurs nucléaires. Ce qui fait dire au Ministère de la Santé, visiblement sous l’emprise de la vision comptable, que même si la production mondiale chutait à 30 % du niveau actuel, mathématiquement cela ne poserait aucun problème !

C’est le point de vue de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) qui estime que l’activité d’Osiris n’aurait qu’un faible poids pour éviter une pénurie de technétium-99m. A l’opposé, les spécialistes de médecine nucléaire ont accueilli la décision avec déception et inquiétude. Ils ne peuvent en effet que critiquer les préconisations de l’IGAS concernant les techniques de substitution à employer. Il s’agit de la tomoscintigraphie par émission de positron (TEP), développée par General Electric dont nous possédons un faible nombre.

Karine Robert, secrétaire de la CGT Saclay, voit dans la décision la main « de lobbies qui tentent de convaincre le gouvernement qu’il est possible de faire autre chose. Ce qui est vrai en théorie, mais financièrement impossible. Il faudrait une enveloppe de 600 millions d’euros contre 50 millions pour maintenir Osiris ».

En plus, dans un avis publié en février, l’Académie de médecine a souligné que toute substitution est impossible dans six indications majeures : la détection du ganglion sentinelle lors du traitement chirurgical du cancer du sein, la recherche d’embolie pulmonaire chez la femme enceinte, les contre-indications aux produits de contraste radiologique, la détection de l’origine d’une hyperparathyroïdie, la plupart des scintigraphies de l’enfant et la scintigraphie rénale.

Pour le professeur André Aurengo, Chef du service de médecine nucléaire de la Pitié-Salpêtrière et membre de l’Académie nationale de médecine, il est en tout cas certain que cette décision dont le gouvernement devra porter la « lourde responsabilité » entraînera de « véritables pertes de chances » pour les patients.

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