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Nucléaire : quand France 3 pollue gravement la noosphère

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Dans le contexte actuel de la « transition énergétique » affichée par le gouvernement, France 3 a diffusé le 4 octobre dernier une émission largement annoncée dans les médias nationaux, intitulée Nucléaire, exception française . Le but de l’émission est affiché sans ambiguïté : mettre la pression sur les politiques pour organiser la sortie du nucléaire en France. Pour cela, elle refait l’histoire du nucléaire français en le présentant comme l’outil de pouvoir d’une élite technocratique qui contrôle tous les gouvernements successifs. Il découle de cette vision que la défense de la démocratie et la sortie du nucléaire sont un même combat…

En général, entendre des grands médias s’autoproclamer défenseurs de la démocratie prête à sourire ; mais voir ici une chaîne publique affirmer que le nucléaire bénéficie du soutien de « médias complaisants » envers le pouvoir établi, laisse songeur. Ne nous enseignent-ils pas, au contraire, la haine du nucléaire, à longueur de révélations terrifiantes ?

L’émotion sans la raison

France 3 commence par affirmer que le nucléaire français a débuté avec la bombe. Ceci est non seulement réducteur, mais, finalement, ne nous apprend rien sur le nucléaire civil. Il s’agit simplement de ressasser un vieux mythe qui assimile le nucléaire à la violence et l’écologisme au pacifisme. Cet argument, représentatif de l’émission, vise en fait à toucher l’émotion mais pas la raison ou la pensée du public. L’émotion sans la pensée ? Mais ce sont précisément des techniques de propagande de régimes totalitaires…

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Manifestation à Creys-Malville.

Ceci étant posé, nous nous concentrerons sur un exemple particulier : la manière dont France 3 traite la question de Superphénix. En 1977, une manifestation antinucléaire sur le chantier du surgénérateur de Creys-Malville dégénère en affrontement entre manifestants et forces de l’ordre, et un jeune homme de 31 ans, Vital Michalon, est tué par une grenade tirée par la police. Images en gros plan sur les sauveteurs qui s’efforcent en vain de ranimer le militant. Comme l’exprime Dominique Voynet sur France 3 , cette violence commise contre une contestation pacifique accrédita l’idée que l’Etat et le nucléaire étaient « fascistes ».

Contestation pacifique ? La même année, Marcel Boiteux, directeur général d’EDF, échappa à un attentat à l’explosif qui détruisit son domicile. France 3 affirme que cet attentat fut une exception violente, mais « oublie » certains faits.

En préparation de la manifestation qui avait coûté la vie à Vital Michalon, le journal anarchiste La gueule ouverte s’était évertué à chauffer les esprits dans son édition n°153 : «  Il faut pénétrer le site pour y détruire tout ce qu’il est possible de détruire. Il faut être prêt à cogner, à faire mal et pisser le sang, aussi bien qu’à recevoir des coups et risquer sa vie (…) Superphénix, c’est Auschwitz à l’échelle planétaire.  » Un environnement tendu avait ainsi été créé, rendant la violence possible. Les manifestants antinucléaires étaient certainement pacifistes, mais pas ceux qui les manipulaient.

Les « oublis » de France 3 sur l’affaire Superphénix ne s’arrêtent pas là. Quelques années plus tard, Chaïm Nissim, un écologiste suisse, tira cinq roquettes sur le chantier de Superphénix. Il s’était procuré un lance-roquette auprès de la Fraction armée rouge, grâce au terroriste Carlos. Il attendit ensuite vingt ans, le délai de prescription, pour revendiquer son geste. Curieuse notion de pacifisme qui permet de fréquenter et donc de cautionner des réseaux criminels pendant ces « années de plomb ».

En fait, les antinucléaires voulaient à tout prix couler Superphénix car celui-ci permettait d’étudier la transmutation et donc de résoudre le problème des déchets, tout en multipliant par 100 la quantité d’uranium utilisable. Le surgénérateur est donc présenté comme « un ratage complet » sur France 3 . Or, ceci est faux : Superphénix a très bien marché pendant sa dernière année, ce qui est un succès pour un prototype, car le rôle d’un prototype est précisément de résoudre les problèmes, pas de fonctionner comme un objet de série.

Comme on le sait, la véritable raison de son démantèlement ne fut pas d’ordre technique mais politique : sceller l’accord électoral de 1997 entre le PS et les Verts.

La raison sans l’émotion

France 3 nous raconte que de De Gaulle à Hollande, le nucléaire a toujours été l’outil lucratif d’une minorité de technocrates froids sortis essentiellement du corps des Mines, qui exercent le véritable pouvoir et méprisent la population. Dominique Voynet affirme ainsi que lorsqu’elle est devenue ministre de l’Environnement, un certain nombre d’entre eux lui ont été imposés dans son cabinet. Ces gens-là dirigent aussi les grandes entreprises comme EDF, Framatome, Cogema devenue ensuite Areva, etc.

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Anne Lauvergeon interviewée par France 3... Rien de tel qu’un bon nucléocrate pour vous éveiller la curiosité du citoyen sur la physique nucléaire ;)

Et ce « lobby nucléaire » impose ses vues à l’opinion publique… malgré les accidents du nucléaire diront les antinucléaires : Tchernobyl en 1986 ? Les nucléocrates prétendent que ce n’est pas un accident nucléaire, mais un accident soviétique ! Fukushima en 2011 ? Anne Lauvergeon prétend que ce n’est pas une catastrophe nucléaire, mais une catastrophe naturelle !

Il y a du vrai dans ce tableau d’une élite technocratique, mais c’est utilisé ici de manière fallacieuse. Formellement, ce que dit Anne Lauvergeon sur Fukushima est vrai : aucune personne n’y est morte à cause du nucléaire ; et pourtant les médias ont réussi à associer dans les esprits le nucléaire civil avec des milliers de morts, à coup d’images-choc. Il est facile d’isoler une phrase de l’ancienne patronne d’Areva et de la faire passer pour plus froide que ce qu’elle n’est et France 3 ne s’en prive pas.

Cependant, il faut reconnaître que les défenseurs sincères du nucléaire donnent un peu trop souvent le bâton pour se faire battre : ils ne comprennent pas que pour défendre le nucléaire, les arguments chiffrés assénés avec autorité ne suffisent pas, tout aussi nécessaires soient-ils. En fait, on touche ici un problème fondamental dans lequel ils rejoignent les antinucléaires : ni les uns, ni les autres ne s’intéressent réellement à l’éducation du citoyen qui consiste à lui donner les moyens de penser par lui-même.

La raison avec l’émotion

Il m’arrive de défendre le nucléaire face à des antinucléaires. Si j’ai affaire à une personne qui s’interroge honnêtement sur l’avenir que notre société lègue à ses enfants, une discussion est toujours possible.

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Les découvreurs comme les Joliot-Curie, ont donné leur vie pour que l’humanité dispose d’une énergie abondante lui permettant de sortir de la misère. Ici, Irène et Frédéric Joliot-Curie, dans leur laboratoire de l’Institut du radium, en 1934.
Crédit : Albert Harlingue / Roger-Viollet

Je tente alors de donner une histoire du nucléaire très différente de celle de France 3 . Je montre comment les découvreurs comme les Joliot-Curie, ont donné leur vie pour que l’humanité dispose d’une énergie abondante lui permettant de sortir de la misère. Ici, tout le monde convient que Marie Curie n’aimerait pas les gestionnaires actuels de ses découvertes…

Je montre aussi que parmi les dizaines de technologies de fission conçues dès les années 1950, on en a privilégié une, laissant les autres de côté. Il est facile de vérifier ici que l’innovation a été bloquée, entre autres pour des raisons de gain financier à court terme : le choix de l’EPR, par exemple, relève de l’idée qu’on préfère améliorer à l’extrême une technique déjà maîtrisée dans laquelle on espère garder un avantage compétitif, plutôt que de risquer un véritable saut de technologie qui serait pourtant avantageux sur le long terme.

Le comble est que cette recherche du profit à court terme finit par rendre le nucléaire dangereux et donner raison aux écologistes : en particulier, il faut souligner que l’utilisation de la sous-traitance pour réduire les coûts de la main-d’œuvre dans les centrales nucléaires en remplacement d’un personnel permanent, se fait nécessairement au détriment de la culture de sécurité.

Passant ensuite à la fusion, je montre que celle-ci permettra de construire la torche à fusion, par laquelle toute matière pourra être dissociée en ses éléments chimiques constituants, faisant ainsi de ce qui est aujourd’hui considéré comme un déchet une source de matière première.

Conclusion

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Le projet Transaqua.

Au moment où j’écris ces lignes, deux embarcations chargées d’Africains chassés par la misère ont fait naufrage près de l’île de Lampedusa, tuant des centaines de personnes. Le projet Transaqua, par lequel une partie des excédents d’eau du Congo serait transférée vers le lac Tchad qui disparaît avec la désertification du nord de l’Afrique, donnerait une solution à ce problème. Un tel projet, qui nécessite de grandes quantités d’énergie, n’est possible qu’avec le nucléaire. Cependant, la Commission européenne vient de refuser de soutenir Transaqua, qui poserait, selon elle, des « risques environnementaux majeurs »…

Je repense alors à tous ces personnages que j’ai vus se succéder dans l’émission de France 3  : approuveraient-ils les conclusions de la Commission ou dénonceraient-ils cette fraude criminelle ?

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Non à la COP21, le sommet de la dépopulation !

Si le monde est réduit aux seules énergies renouvelables, qui par leur faible densité et leur caractère intermittent permettent de produire beaucoup moins que les combustibles fossiles et le nucléaire, la capacité d’accueil de la Terre se réduira brutalement à un milliard d’êtres humains !

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Vos commentaires

  • Le 9 janvier 2014 à 17:04
    par alain MICHEL

    Je trouve votre article tout-à-fait remarquable et j’espère qu’il sera lu par de nombreuses personnes qui n’arrivent pas à se faire une opinion sur ce sujet. En particulier, je vous suis sur le malheureux abandon des multiples options sur lesquelles nous avons travaillé jusque dans les années 70 ...
    Quant au poids des émotions, c’est le sujet de mes recherches depuis 10 ans dont vous trouverez la synthèse si cela vous intéresse sur http://dragon-nucleaire.e-monsite.com

    Répondre à ce message

  • Le 19 octobre 2013 à 11:49
    par alain marcade

    Angle d’attaque très intéressant et pertinent, avec deux remarques amicales à l’auteur de l’article, de la part d’un ingénieur qui a consacré sa carrière au nucléaire :
    1- la sous-traitance de la maintenance n’est pas un choix économique, mais une nécessité, l’essentiel de cette maintenance se réalisant à l’occasion des "arrêts de tranches" soit sur 10% de la durée d’exploitation. Si EDF avait choisi d’embaucher les intervenants, ceux-ci n’auraient eu rien à faire pendant 90% de l’année. D’autre part, une bonne part des sous-traitants sont les constructeurs des matériels, ce qui assure une compétence maximale et un retour d’expérience de l’exploitation vers la conception.
    2- Si l’inconséquence du gouvernement Jospin/Voynet n’avait pas tué Superphénix dans l’œuf, on n’aurait pas construit des EPR mais directement une série de RNR. Ce n’est donc pas un choix prudent d’EDF qui a conduit à améliorer à l’extrême les réacteurs REP existants, mais la stupidité ou le calcul électoraliste d’une équipe qui a d’ailleurs sombré lamentablement... en laissant des émules dans l’actuelle.

    • Le 24 octobre 2013 à 00:11
      par Nikopol

      Bien mais quelques excès péremptoires à déplorer ?

      • "Elite technocratique" ? On refait l’Histoire. Le nucléaire se démocratise comme la société.
      • "le choix de l’EPR, par exemple, relève de l’idée qu’on préfère améliorer à l’extrême une technique déjà maîtrisé"  ? Les surgénérateurs n’étaient pas murs et l’EPR semble une bonne solution d’attente. Et le thorium n’est absolument pas en mesure d’etre compétitif.

    Répondre à ce message

  • Le 17 octobre 2013 à 22:09
    par petite souris

    la manipulation de la réalité est la seule chose qui reste aux politichiens/marionnettes qui disent nous gouverner ...............
    j’en suis presque à les plaindre d’avoir un cerveau aussi peu structuré et si vite manipulé ...................

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