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La Grèce paie chèrement le sauvetage de l’Euro

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Les partenaires européens se félicitent du bon résultat de la Grèce depuis que son surplus primaire a atteint 3,9 % du Produit intérieur brut (PIB) et dépasse même les 3,5 % qui étaient initialement exigés.

Cependant les créanciers, Union européenne (UE) et Fonds monétaire international (FMI) maintiennent la pression sur le gouvernement grec, le contraignant à poursuivre l’austérité budgétaire, condition sine qua non à toute promesse de versement de nouvelle tranche de prêts internationaux ou d’un allègement hypothétique de la dette.

Ce que l’on ne vous dit pas, c’est que derrière ces chiffres les conséquences se comptent en vies brisées et parfois en morts.

Les profits de la dette

D’abord, rappelons-le, la dette grecque n’a rien à voir avec des dépenses sociales exagérées comme le laissent mensongèrement entendre certains. Elle n’est que le produit de la crise bancaire de 2008 que l’UE, le FMI et la BCE ont tenté de colmater avec des fonds publics grecs grâce aux prêts du FMI et des pays européens, afin d’éviter des pertes aux banques françaises et allemandes [1].

Le pillage ne s’arrête pas là. Les récentes déclarations du gouvernement allemand révèle au grand jour les profits engendrés grâce à la dette elle-même. Citons La Tribune du 13 juillet 2017 :

Le ministère des Finances allemand a rendu public les profits engrangés grâce aux intérêts des prêts accordés à la Grèce. Entre les prêts accordés à Athènes et les programmes de rachat de titres de dette, les organismes allemands ont récolté 1,34 milliard d’euros depuis le début de la crise en 2009.

Dans le détail :

La banque de développement allemande KfW a encaissé 393 millions d’euros d’intérêts du prêt de 15,2 milliards d’euros qu’elle a accordé à Athènes en 2010. Entre 2010 et 2012, un programme de rachat de titres de dette d’Etat par les banques centrales de la zone euro à permis à la Bundesbank d’enregistrer un profit de 952 millions d’euros.

Les Etats membres s’étaient pourtant entendus pour reverser les profits des banques centrales à la Grèce. Mais cela a été abandonné en 2015, au moment des tensions entre le nouveau gouvernement Tsipras et la Troïka.

Quelle Europe ! Voilà qui discrédite, une fois de plus, la sinistre politique de Bruxelles qui se cache derrière la soi-disant solidarité européenne. Cette solidarité, c’est celle entre banquiers et non pas entre les peuples.

Du sang et des larmes

Soumis à la pression du chantage sur la dette imposé à Athènes, le parlement grec a été forcé de voter en mai dernier, un nouveau plan de rigueur prévoyant de réaliser 3,6 milliards d’euros d’économies sur les deux prochaines années, ce qui a obligé le gouvernement à revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour 2017 (entre 1,8 % et 2,1 % du PIB au lieu de 2,7 %). Dans ces conditions, le FMI, lui même, reconnaît que le pays aura du mal à dégager une croissance moyenne supérieure à 1% par an, pendant plusieurs décennies.

Pour une partie croissante de la population, le coût social de cette politique de rigueur devient insoutenable. Les plans d’austérités se succèdent au détriment de l’amélioration de leurs moyens d’existence.

Voici quelques exemples :

1 - Une douzième baisse des retraites

En avril dernier, dans l’attente d’un nouvel accord sur la dette entre Athènes et ses créanciers, les retraités, en colère, ont manifesté contre une « douzième » baisse consécutive de leur retraite en sept ans, d’ici 2018.

Les 2,7 millions de retraités que compte la Grèce, sont en première ligne des mesures d’austérité mises en œuvre progressivement depuis 2010, notamment la hausse de l’âge de la retraite, les cotisations et la suppression de certaines aides. Le montant moyen des pensions, qui aujourd’hui s’élève à un peu plus de 800 €, a chuté de 40 % en sept ans. Il en résulte que près de la moitié des retraités grecs vivent déjà sous le seuil de pauvreté (43% des retraités reçoivent moins de 660 euros mensuels).

Avec un taux de chômage élevé, touchant plus de la moitié des jeunes, l’appauvrissement des retraités se répercute sur les autres catégories de la population, car la pension d’un retraité représente souvent l’unique moyen de subsistance pour plusieurs membres de la famille...

2 - Les hôpitaux manquent de tout

Dans les hôpitaux, l’impact des coupures budgétaires se ressent aussi très gravement. Baisse drastiques des salaires, pénuries des traitements dont les coûts deviennent de plus en plus inaccessibles pour les malades... C’est ce que décrit La Croix en reprenant les propos de patients et leur famille, interrogés sur leur expérience de l’hôpital.

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Nouvelle Solidarité N° 4/2015 - Pour vous abonner, cliquez ici.

Les médecins et infirmières, qui font « des miracles pour continuer à soigner les malades », ont subi une chute de 45% de leur salaire, et travaillent en situation permanente de sous-effectif. La réduction du personnel soignant entraîne non seulement une surcharge travail qui leur devient intenable, mais aussi la suppression de lits dans les différents services de l’hôpital. Par exemple, lorsque le budget d’un service de cancérologie est épuisé, les malades nécessitant des chimiothérapies sont renvoyés vers d’autres établissements. Si les malades ou la famille n’ont pas les moyens de faire le déplacement, ils sont obligés de renoncer aux soins.

Aujourd’hui, le manque de personnel et de moyens à l’hôpital est devenu si important que les familles doivent rester au chevet de leur parent malade. Lorsqu’elles en ont les moyens, elle louent les services d’une personne pour s’occuper des soins quotidiens nécessaires au malade : veiller au chevet du malade, prévenir l’infirmière lorsque la perfusion arrive à sa fin, le laver, le faire manger, le masser, etc. Et lorsque malheureusement leur parent décède, elles doivent rapporter les médicaments à l’hôpital.

Pire encore, une logique malthusienne de tri des malades se met en place, laissant mourir les plus âgés et les plus atteints par la maladie, pour pouvoir soigner les autres patients...

Alors pour les plus démunis, ceux qui ne peuvent plus compter sur l’hôpital pour être soigné, il n’y a plus d’autre solution, dernier rempart avant la mort, que de se rendre dans l’un des quarante dispensaires populaires créés depuis 2011, fonctionnant grâce à la solidarité nationale et internationale.

3 - Ventes immobilières : « Sors d’ici, corbeau ! »

L’effondrement de l’économie grecque et l’appauvrissement de la population provoqués par la succession de tous les plans d’austérité depuis presque une décénnie, se manifestent jusque dans l’activité des ventes immobilières aux enchères. Alors que les saisies des biens des entreprises et des particuliers se multiplient, des groupes de citoyens « anti-saisies » viennent interrompre les ventes aux enchères des biens saisis. Voici quelques extraits de l’article intitulé « En Grèce, les saisies immobilières passent en ligne pour garantir le calme. » publié dans Le Point qui désigne bien ceux à qui profite le crime :

« Sors d’ici, corbeau ! » : en Grèce, les notaires en charge des enchères judiciaires sont confrontés à des publics souvent très remontés. Pour y parer, les ventes se feront bientôt sur internet, avec la bénédiction des créanciers du pays. (...)

Ces derniers mois, les notaires ont dû jouer au chat et à la souris avec les activistes anti-saisies, qui se mobilisent à chaque vente (...) Ils interviennent en interrompant les ventes, avant d’escorter les notaires à l’extérieur du tribunal. (...)

« Ce sera un peu comme eBay », peste un avocat qui soutient les personnes endettées pour l’association de consommateurs Ekpizo. « Tout est fait pour faciliter les saisies... Tout est fait pour les banques », ajoute-t-il.

La future plateforme électronique, conçue avec des experts de l’UE et du FMI, « profitera surtout aux fonds et aux investisseurs étrangers, étant donné qu’il n’y a pas de liquidités en Grèce. »

Pas de fatalité, mais un grand potentiel

Alors, comment la Grèce peut-elle sortir de cette spirale infernale du chantage des faux-monnayeurs et des maîtres-chanteurs européens ? Comment redonner un avenir au peuple grec ?

Déjà, au moment de l’éclatement de la crise bancaire en Europe, S&P avait proposé un plan pour sauver l’économie, les services publics, les entreprises et les gens : 1) rétablir le Glass-Steagall pour fermer le robinet de la fausse-monnaie qui alimente la bulle financière et la spéculation sur les dettes ; 2) rétablir la banque nationale et sa fonction d’émettrice de crédit pour 3) diriger le crédit public dans la reconstruction économique du pays.

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A l’Observatoire astronomique national d’Athènes : le télescope Doridis, qui fut utilisé pour la première fois en 1905.
L’observatoire grec permet aujourd’hui de suivre en continu l’activité sismique de l’espace grec, les prévisions météorologiques, la mesures en continu des variables de l’atmosphère et de l’ionosphère, la poursuite des observations climatiques historiques, l’exploitation de l’un des plus grands télescopes d’Europe, etc.
Crédit : Observatoire astronomique national d’Athènes

La Grèce, contrairement au cliché qui réduit son activité économique à la production d’huile d’olive et au tourisme, a un énorme potentiel de développement économique et humain.

Par sa situation géographique dans le bassin méditerranéen elle est au carrefour de grandes voies commerciales traversant l’Eurasie et l’axe nord/sud. Elle est aussi une grande puissance maritime marchande. Ce qui l’octroie non seulement d’un atout pour son activité économique, mais aussi d’un grand réservoir de main d’œuvre qualifiée dans les secteurs industriels, maritimes et de la machine-outil, avec la capacité pour la construction navale de se réorienter vers des tâches plus complexes. Comme par exemple la construction de vaisseaux spatiaux. L’industrie navale a déjà été sollicitée, par le programme spatial grec, pour la production d’un vaisseau spécialisé.

Dans cette orientation, S&P a élaboré et publié en 2012, un projet pour la reconstruction de tout le bassin Méditerranéen, une sorte de Plan Marshall, intégrant la renaissance de l’économie grecque.

Il n’est pas étonnant que la Grèce se tourne de plus en plus vers les BRICS et en particulier la Chine qui lui propose d’intégrer son initiative de co-développement, la Nouvelle Route de la Soie, avec un vaste projet de construction de grands réseaux d’infrastructures traversant l’Eurasie et connectés aux autres continents.

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[1Billet de CADTM « Quelques vérités sur les banques, les retraites et la dette grecque » publié le 8 décembre sur MEDIAPART – https://blogs.mediapart.fr/cadtm/blog/081216/quelques-verites-sur-les-banques-les-retraites-et-la-dette-grecque.

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