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Helga Zepp-LaRouche : Pourquoi vous devez joindre le combat de l’Institut Schiller

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Voici la transcription du discours de clôture d’Helga Zepp-LaRouche, fondatrice et présidente de l’Institut Schiller, lors de la conférence internationale de l’Institut des 13 et 14 juin 2015 à Paris.

Créons une nouvelle Renaissance !

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Helga Zepp-LaRouche, fondatrice et présidente de l’Institut Schiller.
Crédit : Institut Schiller

Avant d’aborder la question de la culture, je suis bien obligée d’aborder celle de la contre-culture. Car les preuves apportées par les orateurs de la dernière séance [1], montrant clairement que le catastrophisme « réchauffiste » n’est qu’une vaste imposture, sont extrêmement choquantes.

Le 18 juin, la nouvelle encyclique papale sur l’écologie sera présentée par le cardinal Peter Turkson, de Justice et Paix, le patriarche de l’église orthodoxe grecque John Zizioulas, de Pergame, et quelqu’un dont nous avons déjà parlé par le passé, le conseiller d’Angela Merkel, le Pr Hans Joachim Schellnhuber de l’Institut de climatologie de Potsdam.

C’est une précision importante, car comme Ben Deniston l’a souligné dans son exposé, derrière la thèse réchauffiste se trouve l’idéologie malthusienne et anti-populationniste, qui est l’ennemi à combattre. En clair, c’est le diable en personne qui va, ou a déjà pris le contrôle de l’Église catholique. Sur ce point, il s’agit sans doute d’une compétition avec l’Église protestante.

C’est une déclaration de guerre car les tenants de cette idéologie ont dit qu’ils avaient l’intention d’influencer deux conférences majeures : la première, c’est le sommet sur le climat organisé à Paris, le COP21.

La deuxième, c’est celle sur le financement du développement qui aura lieu à Addis Abeba, où l’on cherchera à imposer l’utilisation de « technologies appropriées », une escroquerie que nous dénonçons depuis quarante ans.

Ce qui me motive

Personnellement, j’ai rejoint ce mouvement en 1971, après un voyage sur un bateau de marchandises qui a fait escale dans plusieurs ports africains, avant de rejoindre la Chine via la Thaïlande et la Malaisie. Ainsi, j’ai pu passer plusieurs jours dans quelques villes africaines et un peu plus de temps en Chine, en pleine Révolution culturelle. Ce voyage m’a amenée à dire qu’il était impossible de laisser le monde dans un tel état. Car si vous voyagez en cargo, vous avez une vision très différente de celle que donne une croisière de luxe. Ces croisières, réservées à une certaine classe sociale, vous laissent aveugle aux véritables conditions d’existence de l’humanité.

Un jour par exemple, à Dakar, j’ai quitté le bateau à l’aube, vers six heures du matin, et déjà une vingtaine de personnes, des hommes et des femmes magnifiques me dépassant en taille, ont tenté de me vendre des objets artisanaux. Lorsque je leur ai dit que je n’étais qu’une pauvre étudiante et que ce n’était pas la peine d’insister, ils ne m’ont pas crue. Je me suis dit alors que si des adultes devaient courir derrière une pauvre étudiante comme moi, qu’en était-il de la dignité humaine ? J’avais bien du mal à leur expliquer ce que je ressentais.

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Le programme de LaRouche pour l’industrialisation de l’Afrique, publié en 1980.
Crédit : LPAC

Ensuite, je me suis rendue en Thaïlande. A notre arrivée au port, les parents amenaient leurs propres enfants pour les prostituer aux marins. Et je peux vous en raconter encore longtemps comme ça. Quand vous voyez à quoi la pauvreté réduit les gens, vous vous rendez compte qu’elle est la plus grande violation des droits de l’homme qui soit.

C’est pour changer cela que j’ai rejoint ce mouvement, parce que lorsque j’ai rencontré M. LaRouche, il défendait l’idée qu’il fallait développer les pays du Sud. Dès 1976, nous avons publié un livre avec nos plans et projets pour industrialiser l’Afrique. Nous avons même organisé une conférence à Paris pour présenter ce livre dont le contenu reste valable. On a toujours besoin de ports, de chemins de fer et d’infrastructures physiques et humaines, car sans cela, même l’agriculture ne peut pas fonctionner, pour la simple raison qu’on ne peut pas acheminer la production vers ceux qui voudraient la consommer. Tout cela serait facile à résoudre si l’on faisait preuve de volonté politique.

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Helga Zepp-LaRouche avec le Président mexicain Lopez Portillo.
Crédit : Institut Schiller

Les quatre cavaliers de l’Apocalypse

Nous voici des années plus tard. Ce fut un long combat, mené par notre mouvement et des gens partageant notre vision, comme Indira Gandhi ou Lopez Portillo, avec qui nous avions élaboré des plans de développement qu’il a commencé à mettre en œuvre. Si à l’époque, l’Argentine et le Brésil s’y étaient joints, cela aurait pu marcher.

Ensuite, en 1974, j’ai assisté à la conférence des Nations unies sur la population, à Bucarest. Je m’y suis rendue avec un plan de développement, notamment avec l’idée que les pays industrialisés devaient consentir des transferts de technologie à grande échelle vers les pays en voie de développement. Ainsi, il aurait été assez simple de surmonter le sous-développement.

Lors de ce sommet, John D. Rockefeller III a présenté son programme, introduisant pour la première fois les termes de « développement durable » et de « technologie appropriée ». En clair, cela signifie que les Africains ne devraient jamais pouvoir disposer de chemins de fer, mais se contenter de petites pelles et de puits au village afin de faire des choses « appropriées ».

A cette époque, ces idées apparaissaient comme novatrices. L’environnementalisme n’existait pas encore vraiment. Les mouvements de gauche présents à cette conférence de Bucarest, qui n’étaient pas dupes, ironisaient sur la « bombe démographique » en disant qu’il s’agissait d’un « bébé de Rockefeller », car ils savaient bien que c’était un piège de l’oligarchie.

J’ai alors pris la parole pour dire que les conséquences d’une telle politique étaient cent fois pires que celle d’Hitler. Et je n’avais pas tort, car si l’on comptabilise le nombre de morts provoqués par la politique du FMI qui a privé de technologies les pays du tiers monde, cela se chiffre en centaines de millions.

De ce point de vue, le CBE (Commandant de l’Empire britannique) Schellnhuber est un escroc. En langage diplomatique, il s’agit, psychologiquement, d’une personnalité difficile. C’est pourtant lui qui impose sa vision à l’Église catholique en faveur d’une « décarbonisation » de l’économie mondiale.

Nous l’avons d’ailleurs combattu lorsqu’il a présenté cette thèse au gouvernement allemand, car elle impliquerait de bannir les hydrocarbures ainsi que l’énergie nucléaire. La transition énergétique vers des énergies dites renouvelables, l’éolien et le photovoltaïque, impliquerait une réduction de la capacité d’accueil démographique de la Terre à moins d’un milliard d’êtres humains.

Nous avons suivi de près les mouvements prônant la « croissance zéro » au début des années 1970, qui cherchaient comment réduire la population mondiale. Eh bien, il y a ce que la Bible appelle les quatre cavaliers de l’Apocalypse : la guerre, la mort, la famine et les épidémies. Si vous les lâchez sur le monde, alors la démographie s’effondre toute seule.

Par conséquent, s’ils parviennent à imposer (ce dont je doute) cet agenda secret lors du sommet mondial sur le climat (COP21) qui aura lieu à Paris en décembre, cela donnerait à ces institutions une dimension génocidaire. On doit tout faire pour l’empêcher car il s’agit d’une forme de nazisme ou d’« écofascisme » (peu importe le terme).

Cela commence avec l’esprit

Nous devons vraiment nous mobiliser partout dans le monde pour bloquer cette tentative, et nos orateurs nous ont donné d’excellentes munitions pour cela. Nous avons affaire à des imposteurs : cette campagne pour le réchauffement climatique me rappelle l’image du petit chien assis devant le gramophone de son maître, écoutant la voix de celui qui le nourrit !

C’est de la même façon qu’on essaya de détruire l’influence de Leibniz à l’Académie de Berlin. On organisa des concours bidon pour promouvoir les scientifiques les plus corrompus. Des savants comme Kaestner et Lessing ont dû guerroyer contre ces manigances. Ce sont les vieilles ruses de l’oligarchie. Aujourd’hui, la plupart de ces scientifiques s’ennuient mortellement car ils ne font cela que pour obtenir des subventions. Même quelques scientifiques plus sérieux se voient contraints d’employer la terminologie verte afin d’obtenir un meilleur financement. Une fois les fonds obtenus, ils en profitent pour mener un projet de recherche de leur choix, tout en lui donnant un nom « vert » pour toucher les subventions !

La corruption des esprits est incroyable. Pourquoi croyez-vous que ça marche ? Pourquoi sommes-nous à deux doigts d’une guerre ? Parce que les gens sont trop stupides pour imaginer les conséquences de leurs pensées et de leurs actes. Ils appartiennent à un cercle, pro-britannique ou pro-américain, et ils pensent comme ce cercle. Ils n’imaginent même pas qu’on puisse penser différemment.

Je ne peux que vous mettre au défi. Si vous avez le moindre doute sur ce qui a été dit ici – à savoir que nous sommes au bord d’une troisième guerre mondiale – et si vous avez un minimum de respect pour vous-même, rentrez chez vous et faites vos devoirs.

Car si vous n’avez pas réellement étudié la situation, c’est que vous êtes intellectuellement paresseux. Moi j’ai lu tous les documents écrits par des experts militaires américains, anglais, allemands, français, italiens, russes, chinois, et il n’y a pas le moindre doute : si vous regardez l’évolution des doctrines militaires, la doctrine de première frappe et les réactions russes et chinoises par rapport à cette doctrine, et que vous n’en tirez pas la conclusion qu’on est au bord du gouffre, c’est que vous êtes intellectuellement paresseux, ou pire.

Mais si vous êtes sérieux, vous arrivez à cette conclusion. Et alors, il va falloir vous lever et faire quelque chose pour la survie de la civilisation. Je pense que la corruption de l’esprit vient de là : nous ne défendons aucune cause.

Des cadeaux pour l’avenir

Je suis convaincue que nous sommes la seule organisation à prendre l’avenir en compte, c’est-à-dire les mille ans qui viennent. Et même les quelques milliards d’années, serais-je tentée de dire, car je souhaite que l’espèce humaine soit immortelle. Je fréquente des géophysiciens qui me disent que l’humanité va disparaître à la seconde après minuit. C’est une idée qu’on ne peut accepter !

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, il y a quelques mois, lorsque la sonde Voyager quitta notre système solaire, on avait placé à son bord des enregistrements de la Neuvième symphonie de Beethoven par Wilhelm Furtwängler. Cette idée m’intrigue : imaginons qu’un peuple intelligent, quelque part dans ce vaste univers, se mette à écouter un jour ces enregistrements !

L’idée que toutes les batailles de l’humanité aient été menées pour rien m’est inacceptable. Le peuple indien, Mahatma Gandhi et d’autres, se libérant de l’impérialisme britannique ; les Chinois mettant fin aux guerres de l’opium ; la Résistance allemande, qui a tenté de nous débarrasser d’Hitler et qui fut écrasée… Tous ces gens courageux, tous les beaux accomplissements de l’humanité qui nous ont conduits là où nous sommes aujourd’hui, tout cela pour rien ? C’est une idée totalement inacceptable !

Dans l’esprit de Schiller lorsqu’il écrivait « Pourquoi doit-on étudier l’histoire universelle ? », nous devons nous montrer reconnaissants envers les générations précédentes pour tous ces précieux dons et organiser notre vie de façon à en léguer de plus riches encore aux générations futures.

C’est vraiment une chose que j’aimerais enraciner dans vos cœurs et vos esprits. Ne pensez pas de façon étroite, car c’est cette étroitesse d’esprit qui nous a amené deux guerres mondiales. Nous devons réellement partir du principe qu’on doit dépasser la pensée géopolitique, car au XXe siècle, la géopolitique nous a conduits par deux fois à une guerre mondiale. Le danger aujourd’hui est que si l’on ne sort pas de la géopolitique, nous risquons de nous exterminer nous-mêmes.

Pourquoi ai-je mentionné hier la différence entre « ratio » et intellect ? Je veux vraiment vous faire réfléchir à cela parce que la plupart des gens se disent, « j’ai du bon sens, je connais tout. Je suis un érudit. J’ai fait des études et j’ai des titres divers ».

Cependant, il leur manque la conscience de soi – c’est ce qui arrive lorsqu’on ne pense qu’au niveau du « ratio », c’est-à-dire le niveau où se posent toutes les contradictions, où mon intérêt s’oppose à celui de l’autre. Quelle est la différence entre ce niveau de pensée et celui que le Cusain [2] appelle l’intellect ?

C’est que ce dernier est celui de la « coïncidence des opposés », qui vous élève à un niveau où ces contradictions n’existent plus. Dans la tradition philosophique humaniste platonicienne de l’Europe, c’est l’idée que le « un » est d’un ordre plus élevé, et d’une puissance plus grande, que le « multiple ».

C’est de cette façon que l’on doit raisonner, car tant qu’on reste au niveau des contradictions, on est incapable de résoudre le moindre problème. Ce fut la grande percée du Traité de Westphalie de 1648, car après 150 ans de guerres de Religion, les belligérants ont fini par reconnaître que si l’on continuait comme ça, il ne resterait plus grand-monde en Europe.

Dans certaines régions, les deux tiers de la population avaient déjà disparu. Ils en sont donc venus à la conclusion qu’il fallait trouver un principe supérieur : celui de « l’avantage d’autrui », selon lequel une paix durable ne peut se construire que sur l’idée de l’intérêt de l’autre.

La beauté est légitime

Cette méthode de penser peut s’appliquer dans tous les domaines. Vous ne ferez aucune découverte en science si vous n’êtes pas capable de concevoir une hypothèse, c’est-à-dire d’effectuer le pas nécessaire dans l’inconnu. La découverte scientifique n’est pas l’histoire d’un quidam qui a un jour une idée géniale et qui découvre un « truc ».

Non, il s’agit d’abord d’une accumulation de connaissances, de « masses-pensées » (Geistesmassen), qui entrent en résonance. De là vient le pas nécessaire vers la découverte.

La fusion thermonucléaire contrôlée représente le prochain pas nécessaire, car elle conduira à la maitrise de flux énergétiques d’une densité supérieure, condition pour garantir l’existence future de l’humanité.

De la même manière, on ne peut pas composer un morceau de musique classique en jetant à la poubelle toutes les lois de la composition classique, sous peine de se retrouver avec de la musique atonale ou dodécaphonique et, finalement, avec de la laideur.

Il faut écouter et travailler les derniers quatuors de Beethoven, les belles symphonies, travailler Brahms, Schubert, ses magnifiques lieder et tous les sommets de la musique classique, avant d’être en mesure de définir ce qui sera le prochain pas dans la composition musicale. Il faut respecter les règles tout en envisageant leur dépassement légitime.

L’humanité en est à un stade proche du chaos, et l’on ne pourra pas s’en sortir autrement. Si vous ne pensez pas qu’il s’agit d’un effondrement civilisationnel, il est temps de vous réveiller !

Évidemment, il existe des pays où la population est majoritairement jeune. Le Premier ministre indien Narandra Modi dit que l’avenir de l’Inde sera radieux car le pays a beaucoup de jeunes et que s’ils reçoivent une éducation de qualité, ils seront un atout considérable.

En revanche, d’autres pays, notamment l’Allemagne ou l’Italie, connaissent un recul démographique. Sans les Indiens, ces pays disparaîtront car ils ont cessé de procréer. Je n’ai pas les chiffres en tête, mais il y a tellement de mariages sans procréation que tôt ou tard, nos pays cesseront d’exister. Heureusement, les Indiens vont aider les Allemands à survivre... Pour M. Modi, éduquer ces jeunes donnera un potentiel pour l’avenir. C’est vraiment comme cela qu’on doit penser.

Une crise civilisationnelle ne se limite pas à une situation où l’on est à deux doigts d’une guerre mondiale, elle se traduit aussi par des tragédies à vous briser le cœur, comme les naufrages de réfugiés. Ces photos de la Méditerranée illustrent la faillite de l’UE, car c’est le pire des comportements possibles. Au lieu de développer l’Afrique, on va couler les navires ? L’UE se voit comment dans cette affaire ?

Mais il y a plus. Deux milliards de gens souffrent de malnutrition. Un milliard est au bord de la mort et l’autre est touché par l’insécurité alimentaire immédiate. Et ceci sans aucune raison.

Sans parler de la drogue. Combien sont accros à la drogue ? Rien qu’en Russie, 40 000 personnes en meurent chaque année et selon le gouvernement, il s’agit du plus gros problème de sécurité qu’il doit confronter. Parmi les jeunes qui fréquentent les discothèques, 85 % prennent de la drogue !

Quant à la pornographie, il n’y a plus aucune limite car tout peut être visionné à la télévision publique. Chaque fois que j’allume la télévision, ce qui m’arrive de temps en temps, je suis absolument choquée. Je ne vais pas vous décrire chaque détail, mais à chaque fois je me dis : ce n’est pas possible ! Chaque fois que je crois avoir vu le summum de la perversité, de la pornographie et de la violence, on trouve quelque chose allant au-delà.

Regardez ce qu’on fourre dans la tête des adolescents. A huit, neuf, dix ans, filles et garçons sont au fait de l’homosexualité, de toutes les pratiques sexuelles, de la violence et des films branchés.

Regardez du côté de la Couronne britannique et du vaste scandale de pédophilie qui fait trembler la Grande-Bretagne et ses « élites », notamment [l’ancien commissaire européen] Sir Leon Brittan, que j’ai eu la malchance de croiser lors d’une conférence à Beijing en 1996, où il déclara : « La Route de la soie, ça ne marchera jamais car on aurait du terrorisme et des déstabilisations dans toute l’Asie centrale. » C’était évident que le « grand jeu » britannique désapprouvait cette initiative.

Aujourd’hui, Brittan est mort, mais il était impliqué au plus haut niveau dans l’industrie de la pédophilie, organisant des partouzes, etc. C’est un scandale qui touche des milliers d’individus au sein des élites britanniques. Ce sont des dégénérés !

Faites-vous une idée d’ensemble de la culture des jeunes aux États-Unis et en Europe. Aux États-Unis, mieux vaut éviter de faire du shopping, car si vous vous rendez dans un centre commercial, le risque est grand de vous faire tirer dessus par quelqu’un qui passe en voiture. Regardez le taux de mortalité dans les grandes villes des États-Unis. Regardez la violence policière. Pourquoi croyez-vous qu’il y ait toutes ces émeutes dans les villes, à Ferguson ou à Baltimore ? Parce que la police américaine a été militarisée. Ils reçoivent de l’Armée des armes lourdes pour les utiliser contre leur propre population.

Et si le système financier s’effondre, les États-Unis sombreront probablement dans une guerre civile, car il y a des armes partout et le facteur de violence envahit la culture. Aujourd’hui, on voit un mouvement de pasteurs se dresser contre cela, qui s’unissent pour agir ensemble.

Un saut qualitatif

Je pourrais continuer pendant longtemps. Mais si vous n’êtes pas aveugle, vous vous rendez compte que nous ne sommes pas seulement face à un danger de guerre, mais que nous devons affronter une crise civilisationnelle, un peu comme le système de castes en Inde. Certains pensent que les classes inférieures se composent de gens inférieurs. J’ai beaucoup d’amis en Inde et pour l’un d’eux, j’ai observé un jour comment il se comportait envers un porteur de bagages dans un hôtel. C’est une pensée oligarchique, ni plus ni moins que celle de la Reine d’Angleterre organisant le trafic de drogue. (On nous a accusés d’avoir dit cela et on l’a prouvé.)

Regardez les Anglo-Saoudiens organisant le terrorisme, ce qui est le sujet des fameuses « 28 pages » [du rapport parlementaire sur le 11 septembre]. Vous avez entendu Walter Jones dire qu’il existe un mouvement de plus en plus fort aux États-Unis pour faire toute la vérité sur cette affaire.

Nous sommes face à une crise civilisationnelle qui englobe tout. Nous avons atteint un point, dans l’histoire de l’humanité, où soit nous faisons un saut qualitatif vers un paradigme entièrement nouveau, soit tout est perdu. L’histoire nous offre des exemples de ce type à étudier.

Au milieu du XIVe siècle, l’Italie et le reste de l’Europe ont été décimées par la peste noire. Il y a eu les flagellants et on brûlait ceux qu’on accusait de sorcellerie. Les structures élémentaires de la société se sont effondrées avec le système financier. Si vous regardez les tableaux de Jérôme Bosch et de Brueghel, on y voit les trognes de certains individus de l’époque, un œil regardant vers le ciel et l’autre plongeant vers le sol. Ce que ces peintres ont capté, c’est l’effondrement moral d’une société dans un « âge des ténèbres ».

Ensuite, il faut regarder comment l’humanité a su se relever pour entrer dans un « âge d’or », celui de la Renaissance italienne. Cela s’est fait progressivement. D’abord avec Dante Alighieri, Pétrarque et tout un mouvement d’humanistes, qui ont commencé à rassembler des manuscrits de grands penseurs du passé.

Ensuite, il y a eu la bataille courageuse de Jeanne d’Arc qui, avec Louis XI par la suite, a transformé la France. C’est ainsi que le niveau de vie des Français a doublé en vingt ans sous le règne de Louis XI.

Ensuite, il y a eu en particulier Nicolas de Cues et tous ceux qu’il a influencés. Cues s’en est pris aux scolastiques, ces aristotéliciens qui dominaient à l’époque les universités européennes. Il a développé une nouvelle façon de penser qui servit de fondement aussi bien à l’émergence de l’Etat-nation qu’à la science moderne.

Kepler n’aurait jamais pu faire ce qu’il a fait sans l’apport de Nicolas de Cues, qu’il surnomma le « divin » Cusain. Quant au savant Vladimir Vernadski(bien mieux connu en Russie qu’en Europe), il considérait « Cusansky » comme le tremplin vers la science moderne.

Le monde a donc besoin d’une rupture de ce type, d’une pensée entièrement nouvelle qui ne soit pas définie par les conflits ethniques ou géographiques, mais qui voit l’humanité comme un « un » et lui offre une vision d’avenir. Si vous commencez à voir l’ensemble des choses de ce point de vue, alors oui, tous les conflits trouveront une solution.

On l’a dit et répété : nous n’avons pas seulement besoin d’un nouvel ordre économique mondial, tel qu’on vient de l’esquisser avec le projet de « Pont terrestre mondial », mais aussi d’une Renaissance culturelle. On doit faire disparaître cette culture décadente.

Confucius et Lessing ont parfaitement raison de dire qu’on peut devenir un homme de bien, pourvu qu’on le veuille. Si vous décidez de devenir une personne aimante, vous commencerez à aimer. C’est une question morale. En êtes-vous capable ?

Redonner vie à l’idéal classique

De la même façon, en rompant avec la culture ambiante, chaque culture pourra retrouver le meilleur d’elle-même. Les Allemands devraient évidemment faire revivre la tradition musicale portée par Bach, Mozart, Haydn, Schubert, Schumann, Beethoven, Brahms, et même certains lieder d’Hugo Wolf. Et, évidemment, il faut retrouver Schiller et les autres grands poètes.

La France doit faire renaître la tradition de l’Ecole polytechnique à ses origines. Nous devons recréer une société « tractée » par un vecteur scientifique, comme l’envisageait Charles de Gaulle lorsqu’il parlait de la mission de la France dans le monde.

L’Italie a une tradition riche de scientifiques et d’artistes : Verdi, Dante, Léonard de Vinci, etc.

L’Inde est un pays qui a 5000 ans d’histoire. On doit redécouvrir les écrits védiques et le théâtre de la période Gupta. La Renaissance indienne de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe, avec de magnifiques penseurs et poètes comme Tagore et Shri Aurobindo, Vivekananda et bien d’autres. En Chine, la Renaissance confucéenne est en cours.

Aux Etats-Unis, le pays tente de retrouver la meilleure part de son histoire. Il ne s’agit pas d’un monstre monolithique ou d’une superpuissance à laquelle on est obligé de se soumettre, ou que l’on doit aimer aveuglément parce qu’ils sont les plus forts. Non, les Etats-Unis ont deux traditions fondamentalement différentes. Nous venons de tenir une conférence le week-end dernier à New York, où l’on évoqua la thèse, basée sur des recherches historiques, selon laquelle le défi de surmonter l’esclavagisme était au cœur du processus de formation historique des Etats-Unis d’Amérique.

Cet enjeu se posa dès le début, lorsqu’il s’agit de déterminer qui, des Pères fondateurs, exerceraient une influence prépondérante : ceux qui s’opposaient à l’esclavage ou les partisans du compromis, qui voulaient rester sous l’influence de l’Empire britannique ?

L’Empire britannique, de son côté, n’a jamais accepté d’avoir perdu ce qu’il considérait comme sa plus importante colonie. Et à défaut de la récupérer, il a choisi de la pervertir.

D’abord par la guerre. Les Britanniques étaient alliés aux Sudistes confédérés, qui étaient financés par les grands propriétaires de plantations. Lorsqu’ils se sont rendu compte qu’ils ne pouvaient pas l’emporter militairement, ils firent appel à d’autres moyens, comme le cercle de la Table ronde, animé par Lord Milner et consorts. L’idée était de convaincre les élites américaines qu’il fallait gérer le monde comme un Empire, en prenant pour modèle l’Empire britannique. C’est encore le problème des Bush et des Obama, car c’est leur philosophie actuelle.

Mais il existe une autre Amérique, celle des Benjamin Franklin, Alexander Hamilton ou John Quincy Adams. Ou encore celle de Lincoln, de McKinley, de Franklin Roosevelt ou des frères Kennedy. Nous sommes très engagés actuellement à faire renaître cette Amérique-là. J’ai la plus profonde conviction que sans cela, il n’y aura pas de solution durable aux problèmes du monde.

Aux Etats-Unis, un vent de révolte souffle dans le camp des démocrates, et jusque chez certains républicains, comme Walter Jones, qui est un homme intègre entièrement dévoué à sa base.

L’Amérique doit redevenir une République. Elle doit retrouver une politique étrangère comme celle de John Quincy Adams, qui prônait une alliance entre Républiques parfaitement souveraines. C’est ce qui rendrait tout le monde heureux.

Je pourrais sans doute identifier dans l’histoire de chaque pays sa période glorieuse. Mais ça, vous le savez aussi bien que moi. C’est en partant des meilleurs moments de l’histoire de chaque nation et de chaque culture que l’on créera une nouvelle Renaissance. Comme pour les autres renaissances, il nous faut redonner vie à ce que l’on a connu de magnifique dans le passé, afin de créer et nourrir quelque chose d’encore plus beau pour l’avenir.

Voilà ce que je conçois comme la tâche qui nous attend dans l’immédiat. Je souhaite que vous nous rejoigniez tous pour l’accomplir, car il s’agit peut-être de la mission la plus noble de votre existence. Et parce que c’est nécessaire.


[1Il s’agit du physicien, le Pr François Gervais, de l’Université de Tours, et de l’ancien président de l’Agence nationale de métrologie d’Allemagne, le Pr Carl-Otto Weiss.

[2Nicolas de Cues, (1401-1464)

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