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Hospices civils de Lyon : Le pillage financier au quotidien

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L’Hôtel-Dieu, le plus grand bâtiment de Lyon et l’établissement hospitalier le plus emblématique de la ville par son histoire, sera transformé en hôtel de luxe.

Vous demeurez au centre-ville de Lyon et cherchez un hôpital public proche de chez vous pour une simple opération de la cataracte. C’est un véritable casse-tête qui vous attend. D’abord, vous ne trouverez plus d’hôpital public à proximité : vous devrez vous rendre dans un établissement situé en périphérie ou carrément à l’extérieur de la ville, sachant que l’accessibilité en transports en commun y est assez limitée. Le plus simple est donc de se déplacer en voiture (déconseillé si vous avez une cataracte). Disons que vous avez franchi cette première étape et vous vous trouvez à présent dans un hôpital qui, n’ayant pas connu d’investissements de rénovation depuis des années [1], est peu accueillant car vieilli et à la limite de la vétusté. Vous êtes pris en charge par un personnel soignant stressé, qui passe un minimum de temps avec vous pour pouvoir rapidement s’occuper d’un autre patient. De plus, comme vous avez été placé dans l’une des nouvelles unités de chirurgie ambulatoire, votre chambre n’est équipée que d’un fauteuil, et vous êtes poussé vers la sortie dès que vous pouvez à nouveau marcher [2]. Votre esprit étant encore embrumé par l’anesthésie, c’est un de vos proches qui passera vous récupérer sur le parking payant de l’hôpital, en déboursant une somme suffisamment élevée pour que concurrence ne soit pas faite avec le parking Vinci le plus proche [3].

Bref, les patients ont la vie dure au sein du service public hospitalier lyonnais. Mais attendez... Notre ville n’était-elle pas un grand pôle d’excellence médicale ?

Que s’est-il passé ?

Historiquement, Lyon a vu nombre de ses chirurgiens se forger une renommée nationale, voire internationale. Ces médecins se sont tous appuyés sur la structure que leur fournissaient les Hospices civils de Lyon (HCL). Aujourd’hui, regroupant quatorze hôpitaux, 20 000 salariés et 5500 lits sur l’ensemble de l’agglomération lyonnaise, les HCL sont le deuxième Centre hospitalier universitaire (CHU) de France.

Malheureusement, depuis quelques décennies et comme la plupart des CHU, les HCL sont en faillite. Mais l’Etat, contrairement à ce qu’il fait pour les grandes banques d’affaires, a décidé de ne pas les renflouer. Pire, il a nettement diminué ses dotations. L’Agence régionale de santé (ARS) et le ministère de la Santé leur ont donc demandé d’engager une politique de restriction budgétaire drastique pour limiter les « gaspillages ». Et pour couronner le tout, les banques sont de plus en plus réticentes à prêter aux CHU, ce qui entraîne le report permanent des investissements et la dégradation de la note des hôpitaux par les agences de notation. La finance folle s’est ainsi peu à peu imposée dans les politiques de la santé publique.

La « maîtrise de la masse salariale »

Le plan 2009-2013 de retour à l’équilibre budgétaire [4], supervisé par l’ARS, a abouti à la suppression de 1000 postes sur l’ensemble des établissements HCL. Entre 2001 et 2008, 1200 postes avaient déjà disparu.

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Le personnel hospitalier lyonnais manifeste devant le siège des HCL, ici en septembre 2012.
Crédit : Steven Belfils - lyoncapitale.fr

Géré à flux tendu, le personnel finit par pratiquer les soins à la chaîne. Infirmiers et aides-soignants en repos sont souvent appelés en urgence pour combler l’absence d’un collègue. Sans pause suffisante ni réelle période de repos, les employés, éreintés, finissent par quitter leur emploi. Ainsi, la durée de professionnalisation moyenne d’une infirmière dans la santé publique est de seulement treize ans.

La grande braderie

La dégradation des HCL touche aussi les locaux. En trois ans, cinq des dix-neuf sites hospitaliers de Lyon ont été fermés ! Avec, à la clé, trois scandales majeurs :

  • La vente de l’hôpital de l’Antiquaille, implanté sur la colline de Fourvière. Cet ancien couvent, devenu hôpital en 1803, s’est fait transformer en hôtel de luxe à 200 ou 500 € la chambre avec vue imprenable sur Lyon, restaurant étoilé et logements de luxe à environ 5000 € le m².
  • Sur un autre versant de Fourvière, l’hôpital pédiatrique Debrousse a fermé. Ce très beau bâtiment datant de 1908 a été racheté par Vinci, qui s’est lancé dans un projet de reconversion en... hôtel de luxe, avec vue imprenable sur Lyon, spa et centre d’affaires. Des logements de luxe vont également voir le jour sur le domaine. Désormais, qui veut avoir accès aux services pédiatriques (y compris les urgences) doit se rendre à Bron, à l’autre bout de la ville.
  • Enfin, le scandale bien connu de l’Hôtel-Dieu en plein centre-ville, l’établissement le plus emblématique de la ville par son histoire et l’un des plus prestigieux par son architecture. Eiffage a signé le Partenariat public-privé pour la réalisation d’un hôtel de classe internationale et de commerces de luxe. Gérard Collomb mise sur le projet pour accentuer « le rayonnement international de la métropole lyonnaise ».
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L’hôpital pédiatrique Debrousse et son parc transformés en résidence friquée.

Dans ces trois cas, les services médicaux occupaient un hôpital à taille humaine à « l’ambiance familiale » et situé dans des locaux exceptionnels, historiquement dédiés à la médecine. Ces services sont désormais affectés à de grosses structures situées en périphérie. Le glas des hôpitaux publics de centre-ville, proches de l’ensemble de la population et faciles d’accès, a finalement sonné sous l’ère des mandats de Gérard Collomb.

« En l’espace d’une décennie, on aura réussi à reconquérir nos grands sites hospitaliers », se targue d’ailleurs sans gêne ce dernier, par ailleurs président du Conseil de surveillance des HCL. « Petit à petit, on rouvre aux Lyonnais un certain nombre d’anciens sites hospitaliers qui se transforment. Aujourd’hui l’Antiquaille, demain Debrousse et l’Hôtel-Dieu. Il y a toujours une prévention sur le thème ‘ils vont tout nous saccager !’, mais regardez : ces quartiers sont d’une superbe beauté ! » Certes, ces projets peuvent faire rêver certaines personnes au portefeuille bien fourni. En attendant, mieux vaut ne plus tomber malade dans cette partie de la ville, à moins d’avoir de quoi s’offrir un séjour en clinique privée. Où est passé le Gérard Collomb qui disait : « Une ville, ce n’est pas fait pour devenir un immense musée dont les habitants seraient vidés » ? A moins que l’idée de transformer la ville en un immense zoo de luxe soit complètement différente...

La santé, une bataille à l’échelle nationale

Si les élus locaux ont clairement leur mot à dire en termes de santé publique, il faut admettre que les décisions sont prises à une échelle plus large. Ainsi, c’est l’ARS qui gère les enveloppes des CHU et vérifie que les établissements ont bien suivi les recommandations de son Projet régional de santé (PRS), document rédigé de façon suffisamment imbuvable pour qu’un minimum de gens s’aperçoive du problème posé par ces directives. Avec à la clé, des sanctions financières pour les mauvais élèves.

Dans ces circonstances, le maire de Lyon, en tant que président du Conseil de surveillance des HCL, joue un rôle déterminant dans la politique de santé publique lyonnaise. Sa décision de s’adapter au contexte général de rigueur budgétaire le relègue au simple rang de gestionnaire d’une situation de pénurie.

Récemment, la Fédération hospitalière de France, chargée de porter la parole des hôpitaux publics, a demandé un moratoire sur les PRS, estimant qu’ils remettaient en cause « l’égal accès aux soins ». En réalité, ARS et PRS ont été imposés par la loi Bachelot de 2009, qui a instauré un système de concurrence entre hôpitaux pour les rendre plus « compétitifs » et pouvoir ainsi baisser le budget de l’Etat dédié à la Santé.

La dégradation des soins tient donc à la politique menée par les HCL, qui elle-même provient des recommandations de l’ARS Rhône-Alpes. Cette dernière, soumise aux ordres du ministère de la Santé, emprunte naturellement la voie de l’austérité sociale qu’impose au gouvernement français un système financier aux abois. Ainsi, que vous habitiez le 5ème arrondissement de Lyon ou une ville comme Décines, seule une bataille contre la finance folle pourra sauver votre hôpital de proximité et empêchera le démantèlement de notre système de santé dans son ensemble... Alors, à vous de vous forger les armes pour couper les banques en deux (le crédit et le dépôt d’un côté, la spéculation de l’autre) et rétablir un véritable système de santé [5]. Nous vous attendons dans la bataille...


[1Par exemple, le grand plan de rénovation de l’hôpital Edouard-Herriot n’a cessé d’être repoussé depuis vingt ans en raison des difficultés financières... La nécessité est telle que Marisol Touraine vient de classer le projet comme prioritaire.

[2Une unité de chirurgie ambulatoire a été ouverte l’an dernier à Edouard-Herriot : certains patients admis le matin ressortent le soir même. Cette pratique permet d’éviter une nuit d’hôpital facturée environ 1400 €.

[3Le parking payant de l’hôpital de la Croix-Rousse permet d’« éviter le stationnement sauvage », indique le site internet de l’établissement. Les hôpitaux Lyon-Sud et Edouard-Herriot envisagent également de suivre cette voie.

[4Dette des HCL en 2012 : 891 millions d’euros.

[5voir aussi le projet présidentiel de Jacques Cheminade sur la santé : Non à la privatisation de la santé publique, être malade ne doit pas devenir un luxe

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  • petite souris • 29/05/2013 - 00:58

    Le peuple ne peut plus se soigner donc il va mourir et ne pourra pas servir les riches qui vont venir dans ces endroits luxueux ........
    ch’comprends pas bien leur raisonnements !!!!!

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