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Jean-Marc Ayrault inflige une thérapie de choc à la française

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C’est sous le choc que la gauche de la gauche, au sein du Parti socialiste et ailleurs, le monde syndical, mais aussi tous les mouvements républicains, ont appris la teneur du « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française » élaboré par Louis Gallois et présenté le 5 novembre dernier.

En effet, on avait cru ce Pacte d’inspiration ultralibérale mort-né et enterré, et le voilà non seulement présenté au pays à grand renfort publicitaire, mais presqu’entièrement avalisé par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui, dans la foulée, a présenté 35 propositions allant généralement dans le même sens.

Si Louis Gallois et Jean-Marc Ayrault ont tous deux tenté de présenter ce projet sous des dehors alléchants, celui de la ré-industrialisation urgente de la France, de ces nouvelles Trente Glorieuses qui lui permettront de retrouver son rang dans le monde, grâce à une forte poussée de la Recherche et du Développement et à l’application de cette recherche dans la création des technologies et des industries du futur, la réalité est bien plus terre à terre.

Ponction sur la nation pour financer les entreprises

La mesure phare du dispositif de Jean-Marc Ayrault est un crédit-impôt pour les entreprises de 20 milliards d’euros par an. 10 milliards de ces baisses seront effectives en 2013 ; le reste - deux tranches de 5 milliards - en 2014 et 2015. Louis Gallois avait proposé des baisses de charges de 30 milliards, mais le gouvernement a préféré cette formule.

Ce crédit impôt sera calculé selon la masse salariale brute des entreprises et concernera les salaires compris entre 1 et 2,5 SMIC. Selon Jean-Marc Ayrault, cette mesure permettrait de réduire de 6 % le coût du travail sur ces emplois et de générer quelque 300 à 400 000 emplois d’ici 2017, grâce à un gain de 0,5 point de croissance.

D’où viendront les fonds pour financer ces baisses d’impôts aux entreprises, qui représentent la moitié des rentrées au titre de l’impôt sur les sociétés ? D’une hausse ciblée de la TVA qui passerait des 19,6 % actuels à 20 %, et d’une hausse à 10 % du taux de 7 % accordé au logement et à la restauration. Par contre, une légère baisse pour les produits de première nécessité tels que l’alimentation, dont la TVA passe de 5,5 % à 5 %. Ces augmentations, effectives à partir de 2014, plus une taxe écologique qui sera adoptée en 2016, permettront au gouvernement de lever 10 milliards d’euros. Les autres 10 milliards viendront de réductions des dépenses de l’Etat.

Il s’agit donc bel et bien d’une ponction sur la population via une hausse de la TVA et des ponctions sur l’action publique, pour orienter une masse d’argent considérable sur les entreprises.

Une réindustrialisation sans dirigisme !

Qu’est-ce qui ne va pas du tout avec ces mesures ? C’est le fait de prétendre que ce plan va réindustrialiser la France, alors qu’il n’y a pas une seule contrepartie exigée des entreprises à l’utilisation de cet argent ! Selon Jean-Marc Ayrault, en axant ces mesures sur les salaires entre 1 et 2,5 SMIC, ces fonds seront automatiquement orientés vers 25 % des industries françaises. C’est aléatoire, et c’est peu.

Mais quand bien même cette mesure suffirait à orienter cet argent vers les industries et les services à l’industrie, plutôt que vers des activités non-industrielles, à l’heure qu’il est, rien n’oblige ces entreprises à investir cet argent. Elles peuvent, si elles le souhaitent, se refaire une trésorerie ou spéculer avec !

En plus, bien que le rapport Gallois et les mesures de Jean-Marc Ayrault évoquent la nécessité d’orienter cet argent vers certains secteurs de pointe, afin de créer les conditions d’une montée en gamme de l’industrie française, sans des mesures contraignantes, sans un dirigisme indicatif, rien n’oblige ces entreprises à aller dans cette direction plutôt que dans d’autres. Pourquoi se lancer dans l’industrie de pointe, beaucoup plus risquée et dont les bénéfices sont à long terme, plutôt que d’investir dans une économie de bazar dont on peut espérer recueillir les bénéfices à court terme ? Certes, suite à l’annonce des mesures, la contestation parmi les socialistes a abouti à la création de commissions parlementaires chargées de réfléchir aux contreparties que le gouvernement pourrait exiger des entreprises. Mais seront-ils entendus ?

Le rapport Gallois a au moins le mérite d’identifier clairement certains secteurs, dont le numérique et micro-électronique, photonique, nanotechnologies, biotechnologies, matériaux, systèmes, santé et économie du vivant. Il a aussi le mérite de souligner à quel point l’énergie nucléaire, bon marché, est un atout pour la France. Le fait qu’il n’évoque même pas le nucléaire de 4ème génération illustre cependant l’étroitesse de vues du projet et son manque d’audace. Tout comme il ne dit rien sur l’exploration spatiale et ses retombées civiles, ni sur la recherche sur les énergies dirigées, où la France excelle, et leurs applications dans les domaines militaire et civil.

Urgence de revenir aux méthodes du New Deal et des Trente Glorieuses

Pourtant, comme l’illustrent les statistiques (voir ci-contre), le constat sur l’état de l’industrie française établi par le rapport Gallois est accablant. La France n’est pas la Suède, lançait de Gaulle, fier d’avoir pu refaire de la France une nation prospère. Mais aujourd’hui, elle doit s’incliner devant la quasi-totalité des membres de la zone euro ! Son industrie ne représente plus que 12,5 % du PIB et elle est le pays à avoir le plus désindustrialisé, au point de n’occuper aujourd’hui que la 15ème place parmi les 17 pays de la zone euro, loin derrière l’Italie, la Suède et l’Allemagne.

Faute d’investissements suffisants, ses marges se sont effondrées, tout comme son autofinancement. Et si sa productivité horaire est encore l’une des plus fortes, elle a cessé de croître dans la dernière décennie, pour cause de retards importants dans les machines outils, le numérique et la robotique. L’Italie et l’Allemagne comptent respectivement deux et cinq fois plus de robots industriels que la France. Dans le secteur de la santé, avec un nombre d’IRM (imagerie et résonance médicale) plus bas que l’Espagne, la France est là aussi en retard.

Quelles sont donc les conditions nécessaires à cette réindustrialisation ?

D’abord, que nous cessions de renflouer les cadavres du passé et prenions à bras le corps la réforme financière que nous préconisons (voir page suivante). Le cadavre du Crédit Lyonnais et celui, pas encore tout à fait refroidi, de Dexia, viennent encore de ressurgir comme d’horribles fantômes pour réclamer encore des milliards et des milliards pour renflouer les titres toxiques (voir encadré).

Ensuite, il faut rétablir le crédit productif public, l’une des clés, avec les révolutions scientifiques et technologiques, du développement fulgurant des Trente Glorieuses. On ne peut prétendre, comme le font Jean-Marc Ayrault et Louis Gallois, qu’on y arrivera, tout en portant les titres toxiques, épongeant la dette et le déficit, et en ponctionnant les populations ! Il faut purger la dette et apporter du capital neuf sous forme de crédit productif public.

Mais où est donc passé notre Colbert d’antan ?

Nous avons trahi Jean-Baptiste Colbert, et aujourd’hui nous devons reprendre l’ouvrage presque à zéro. Après près de trente ans d’abandon de l’industrie, en préférant orienter notre économie vers les services notamment commerciaux et bancaires, nous nous réveillons aujourd’hui devant un pays réellement menacé de disparaître du peloton de tête des pays industrialisés, où Charles de Gaulle avait été si fier de porter la France, il y a soixante ans à peine !

Pourquoi ce choix ? Commerce et finances représentent tous deux des profits à très court terme, amassés grâce à l’exploitation des producteurs et des salariés. Investis en bourse et sur les marchés financiers, ils produisent des gains mirobolants sans presqu’aucun travail. Face à cela, l’industrie, ce sont les bénéfices à long terme de toute une société qui accroît sa puissance de transformation de la nature. C’est l’investissement dans la recherche, l’éducation d’une force de travail qualifiée, la fabrication de machines et des procédés nous permettant de créer une richesse qui autrement n’existerait pas.

Résultat de ces choix, la France est prise en étau entre les pays émergents qui montent rapidement en gamme, et les pays plus développés – l’Allemagne et d’autres – qui ont mieux maintenu leurs investissements industriels.

Conséquence de ces choix, ces quelques statistiques du rapport Gallois qui parlent d’elles-mêmes :

• Part de l’industrie (hors construction) dans la valeur ajoutée totale en France : 18 % en 2000, 12,5 % en 2011. La France est aujourd’hui à la 15ème place parmi les 17 pays de la zone euro, bien loin de l’Italie (18,6 %), de la Suède (21,2 %) ou de l’Allemagne (26,2 %).

• Part de l’emploi industriel (hors construction) : 5,1 millions de salariés en 1980 (26 % de l’emploi salarié total) ; 3,1 millions en 2011 (12,6 %). La France a perdu 2 millions d’emplois industriels en 30 ans.

• Pertes de parts de marché en Europe : le solde de la balance commerciale est passé d’un excédent de 3,5 milliards d’euros en 2002 à un déficit de 70 milliards en 2011.

• Chute des marges et autofinancement : entre 2000 et 2011, les marges passent de 30 à 21 % ; l’autofinancement, de 85 % en 2000, passe à 64 % en 2012, alors qu’il est partout en Europe de 100 %.

• Chute de la productivité par manque d’investissements. L’équipement numérique des entreprises et la robotisation est clairement en retard : 34 500 robots industriels en France, avec une moyenne d’âge élevée, contre 62 000 en Italie et 150 000 en Allemagne. Sauf industrie du luxe, aéronautique, nucléaire, pharmacie, agroalimentaire, l’industrie française n’arrive pas à monter en gamme.

• Trop peu de Recherche et Développement privée : si la R & D publique reste assez forte avec 2,24 %, la privée n’est qu’à 1,4 %, comparé à l’Allemagne, la Finlande ou la Suède qui sont respectivement à 1,9 %, 2,7 % et 2,3%.

• Des crédits publics mieux ciblés vers l’industrie ailleurs : 5,4 % des entreprises industrielles allemandes en ont bénéficié en 2008, contre 1,4 % en France. Résultat, seulement 1300 ETI, entreprises à taille moyenne en France.

• Trop d’argent à la finance : les sociétés d’assurance ont constitué fin 2010 un pool de 1680 milliards d’euros. Mais seuls 110 milliards, à peine plus de 15 %, sont investis dans les sociétés françaises non financières !

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