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JP Morgan, Greenspan et l’abrogation de Glass-Steagall

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L’empire financier de la famille bancaire anglo-américaine des Morgan tient souvent le haut du pavé. Comme nous l’avons documenté par ailleurs, la banque new-yorkaise J.P. Morgan & Cie ne rate jamais une occasion d’étendre sa sphère d’influence : qu’il s’agisse des ventes d’armes lors de la première Guerre mondiale, des réparations de guerre fixées à Versailles ou des plans de renflouement Dawes et Young, Morgan est en première ligne. Pour gérer la stabilité de son empire mondial, c’est encore elle, avec ses hommes en Angleterre, en France et en Allemagne, qui fut à l’origine de la tristement célèbre Banque des règlements internationaux (BRI) de Bâle, dont le Conseil de stabilité financière (CSF) est à l’œuvre aujourd’hui.

Hier comme aujourd’hui, la banque J.P. Morgan attire du beau monde. Depuis quelques années, elle paie grassement les conseils précieux de l’ancien Premier ministre anglais Tony Blair, un menteur patenté, toujours au premier rang quand il s’agit, grâce à des « preuves » fabriquées de toute pièce, de convaincre les Etats-Unis et ceux qui sont à leur remorque, de se lancer corps et âme dans des guerres destructrices contre des dictateurs, lesquels sont assez souvent d’anciens clients de la banque (Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, l’épouse de Bachar el-Assad, etc.).

La petite sœur de JP Morgan, Morgan Stanley, toute aussi spéculative, a offert 250 000 euros à Nicolas Sarkozy pour animer une conférence, une démarche sans doute salutaire pour l’avancement de la démocratie.

Il n’est donc pas surprenant que JP Morgan ait été l’ennemi historique de Roosevelt. Avant de la couper en deux en imposant la loi Glass-Steagall en 1933, Roosevelt lui lança le procureur Ferdinand Pecora aux trousses.

JP Morgan pardonne tout mais n’oublie rien. Dans The History of JP Morgan Chase & Co, une brochure relatant l’historique de la firme, la banque avoue que ce n’est que suite à la mort d’Alexander Hamilton, tué lors d’un duel avec Aron Burr, qu’elle a pris son envol. « Plus récemment, annonce la brochure avec une fierté non-dissimulée, c’est grâce à l’abolition de Glass-Steagall » qu’elle a pu réellement prospérer :

Un autre élément fondamental de Glass-Steagall – le mur érigé entre banque commerciale et banque d’affaires – s’est effondré face à la mutation du marché, et les entreprises issues de JP Morgan Chase étaient au centre de l’action. En 1987, la Chase Manhattan Corp. devenait la première institution bancaire commerciale à obtenir l’autorisation de la Réserve fédérale pour émettre du papier commercial [1] (de la dette corporate non sécurisée à court terme). Une autre banque new-yorkaise avait auparavant été autorisée à vendre du papier commercial en tant qu’agent, mais Chase était la première à pouvoir faire des émissions à partir de son propre compte. La Fed a rapidement étendu cette autorisation délivrée à la Chase en autorisant trois grandes holding bancaires, y compris J.P. Morgan & Cie Inc., à non seulement émettre du papier commercial mais aussi des obligations adossées à des hypothèques, des actions et des obligations municipales (…) La Fed a encore élargi sa législation en autorisant JP Morgan en 1989 à émettre de la dette corporate, faisant d’elle la première banque commerciale émettrice depuis la promulgation de la loi Glass-Steagall en 1933.

Un an plus tard, la Fed a répondu par la positive à la demande de JP Morgan de pouvoir émettre des actions. Suite à cette percée, Morgan a massivement accru sa partie banque d’affaires pour devenir en 1997 le plus grand émetteur d’obligations du monde. Confronté à la réalité du démantèlement des barrières de la loi Glass-Steagall par les régulateurs, le Congrès a adopté la loi Gramm-Leach-Bliley qui a fait totalement tomber les dernières barrières, permettant aux sociétés financières de participer pleinement au-delà des compartiments de la banque.

En vérité, JP Morgan a fait campagne contre Glass-Steagall dès son adoption en 1933. Dans The House of Morgan, l’historien Ron Chernow rappelle que « la loi Glass-Steagall signifiait la mort de la maison des Morgan. Après tout, c’était bien la banque qui avait fusionné de façon spectaculaire les deux types d’activités [banque commerciale et banque de marché]. »

Selon Chernow, JP Morgan « était brisée en morceaux par le Glass-Steagall Act de 1933, qui érigeait un mur élevé entre la banque commerciale (faire des crédits et collecter des dépôts) et la banque d’affaires (émission d’actions, obligations et titres) ».

Pour faire semblant d’être conforme à la loi Glass-Steagall, JP Morgan optait pour le statut de banque commerciale tout en créant Morgan Stanley comme une banque d’affaires séparée. JP Morgan a été accusée d’appliquer Glass-Steagall à la lettre tout en violant l’esprit de la loi, à cause des liens intimes qu’elle a gardé avec Morgan Stanley. La plupart des actions et obligations sécurisées étaient aux mains de cadres de JP Morgan. Un avocat travaillant pour le gendarme de la bourse américaine (SEC) accusa JP Morgan de créer avec Morgan Stanley une « fiction légale » dans le seul but de perpétuer son business de banque d’affaires.

Chernow poursuit : « Dans les années 1980, JP Morgan était le fer de lance d’une tentative d’abroger la loi Glass-Steagall, qui échoua cependant à convaincre le patron de la Réserve fédérale Paul Volcker. Ce dernier ne voyait pas d’un bon œil que les banques s’engagent dans des activités à haut risque, courant le danger que l’Etat serait obligé de les renflouer par la suite. (...) La maison des Morgan était à la tête du combat pour l’abrogation. Comme de nombreuses autres banques, elle multipliait tellement les activités de marché que tôt ou tard le Congrès serait bien obligé de reconnaître la réalité du marché. » »

Charles Geist, professeur de finance au Manhattan College, rappelle que « lorsque Greenspan était l’un des directeurs de JP Morgan & Cie, celle-ci publiait en 1984 un pamphlet appelé Rethinking Glass-Steagall auquel il avait contribué (…) Il s’agissait de se débarrasser de la loi Glass-Steagall et de la séparation entre banques commerciales et banques d’affaires afin de permettre aux banques commerciales d’émettre des titres d’entreprise, comme elles l’avaient fait avant 1933 ».

En tant que patron de la Fed à partir de 1987, Alan Greenspan a su trouver des entourloupes dans la législation permettant aux banques commerciales telles que JP Morgan de gagner un pourcentage de leur revenu avec des activités de banque d’affaires.

Pour le professeur Geist : « C’est la Fed, toute seule, qui a liquidé la loi Glass-Steagall sur une période de six à sept ans, précédant l’abrogation légale en 1999. » JP Morgan, « libérée » du fardeau de Glass-Steagall, a pu immédiatement étendre ses activités spéculatives de banque d’affaires, dont les profits, au premier trimestre de 2010, représentaient les trois quarts de ses revenus.

En 2002, Alan Greenspan, pour ses bons services, a été honoré du titre de Chevalier Commandeur de l’Empire britannique...


[1Le papier commercial est l’équivalent du billet de trésorerie. C’est en fait une obligation à court terme, son échéance dépassant rarement une année. Il est émis par l’entreprise et lui permet d’emprunter en évitant les lourdeurs d’un emprunt bancaire. En contrepartie de la somme reçu, l’entreprise donne le papier commercial à l’investisseur qui sera remboursé avec des intérêts selon les modalités convenus par les deux parties. Ces investisseurs sont pour la majorité des entreprises car le montant minimum du prêt est généralement de 150 000 euros, ce qui les rend difficile d’accès pour les particuliers. Pour l’entreprise émettrice du papier commercial, c’est un moyen de diversifier son financement et de rendre plus flexible le remboursement de sa dette. De plus, cela peut être un moyen de contourner le système bancaire qui lui est fermé. Ainsi, certaines entreprises en difficultés financière, auront accès au crédit et pourront financer leur besoin de trésorerie.

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