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L’Argentine se prépare à protéger sa population pour le 30 juillet

La rédaction
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Crédit : semanario.info

A quelques heures de la date limite fixée par le juge américain Thomas Griesa pour forcer l’Argentine à payer 1,33 milliards de dollars aux fonds vautours, le gouvernement argentin a annoncé avoir pris les mesures nécessaires pour protéger sa population et l’économie réelle, en cas où il n’arriverait pas à trouver un accord d’ici le 30 juillet.

Comme l’a déclaré hier le chef de cabinet argentin Jorge Capitanich, « la vie économique de l’Argentine est complètement indépendante du conflit avec les vautours », étant donné que la disponibilité de réserves monétaires internationales auprès de la Banque centrale est « assurée », tant par le surplus commercial et l’afflux d’investissements directs étrangers dans le pays, que par les ententes qui viennent d’être signées avec la Chine. Ces dernières comprennent non seulement un arrangement de 11 milliards de dollars pour des transferts croisés (swaps) de devises entre l’Argentine et la Chine, mais aussi des accords pour des investissements chinois dans de grands projets d’infrastructure en Argentine.

D’autres mesures ont été préparées pour faire face à un défaut de paiement technique, à supposer bien entendu que les fonds vautours décident de pousser les procédures jusqu’au bout provoquant une cessation de paiement de fait de l’Argentine. [1] Le gouvernement est prêt à protéger le marché intérieure et la consommation en mobilisant plusieurs programmes d’investissement public dans l’infrastructure et la création d’emplois.

Une autre mesure discutée est de déterminer si l’Argentine ne pourrait pas profiter de la cessation de paiement pour organiser un transfert immédiat sur son propre territoire du service de sa dette (avec les créditeurs ayant accepté la réorganisation de la dette il y a plusieurs années), en dehors de la juridiction américaine. Selon un rapport rédigé pour le compte de l’Argentine par la firme new-yorkaise Cleary, Gottlieb, Steen and Hamilton, la meilleure option serait de permettre à la Cour d’imposer la cessation de paiements pour restructurer du même coup les obligations de manière à ce qu’elles soient soustraites au pouvoir de la Cour américaine. Une autre option, discutée par plusieurs économistes, impliquerait selon le quotidien argentin Pagina 12 des paiements de la part de pays tiers « ayant fait preuve de solidarité avec l’Argentine », tels que les membres de l’Unasur (Union of South American Nations) ou les BRICS.

Le quotidien américain The New York Times publiait de son côté un article de Floyd Norris le 25 juillet, dénonçant l’incompétence du juge Griesa et le manque de responsabilité dont a fait preuve la Cour Suprême des Etats-Unis. Norris fait remarquer que Griesa (âgé de 84 ans) a été juge fédéral depuis 42 ans et même s’il a eu affaire avec la question de la cessation de paiement de l’Argentine depuis une décennie, il n’a pas pris en compte la « complexité de la situation ». « Les auditions de cette semaine montrent clairement qu’il n’a pas compris les transactions sur les obligations sur lesquelles il a été amené à se prononcer depuis plusieurs années. » Norris se réfère au fait que Griesa a traité sur le même plan les obligations libellées en dollars et celles libellées en pesos ou en yen – et placées sous des juridictions différentes – et que sa décision peut provoquer une énorme confusion sur les marchés, surtout dans une situation de cessation de paiement.

Une autre journaliste, Silvina Sterin Pensel, écrivait le 26 juillet dans Todo Noticias que le juge lui avait donné l’impression de ne rien comprendre à la situation, et « qu’il n’est pas dans un état pour faire face au niveau de discussion ayant lieu dans sa propre cour ». Elle rapporte qu’elle a assisté pendant deux heures et quart à la manière dont il « posait encore et encore les mêmes questions » et que d’autres « collègues présents partageaient le même sentiment ». Elle ajoute que le juge semblait de plus biaisé du côté des plaignants, accordant plus de temps à leurs avocats qu’à ceux représentant l’Argentine, sans pour autant comprendre leurs arguments.


[1Rappelons que la décision du juge Griesa oblige toute institution financière américaine à saisir l’argent destiné au service normal de la dette par le gouvernement argentin, c’est-à-dire au bénéfice des détenteurs qui avaient accepté une réorganisation de la dette, pour le verser directement aux fonds vautours, provoquant ainsi une cessation de paiement au sens technique du terme.

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