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La mort de Christophe de Margerie hantée par le spectre d’Enrico Mattei

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Ce vendredi 28 juillet s’est ouvert à Moscou le procès de quatre employés de l’aéroport de Vnoukovo pour leur responsabilité dans le crash de l’avion de l’ancien PDG de la société pétrolière française Total, Christophe de Margerie. C’était le 20 octobre 2014 que ce dernier avait trouvé brutalement la mort lorsque son avion privé percuta violemment une déneigeuse sur le tarmac de l’aéroport Vnoukovo de Moscou.

Si après le drame, Paris et Moscou ont rapidement conclu à « l’accident », les zones d’ombres de l’affaire sont si immenses qu’elles permettent toutes les hypothèses.

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Cependant, souligne France24, « Loin des théories complotistes qui fleurissent sur des sites sulfureux, une journaliste enquête. Durant 18 mois, Muriel Boselli, freelance spécialisée dans le secteur de l’énergie, met le doigt sur des faits troublants survenus dans la nuit du 20 au 21 octobre qu’elle décrit par le menu dans son ouvrage "L’Énigme Margerie" (Robert Laffont). "Mon intention n’a jamais été de prouver qu’il s’agissait d’un attentat, soutient-elle à France 24. Je pointe juste les zones d’ombre, car je trouve injuste vis-à-vis des proches des victimes de ne pas connaître les causes de leur mort" ».

Et les incohérences sont nombreuses, poursuit l’article de France24, qui cite longuement les observations de la journaliste à propos du comportement improbable du chauffeur de la déneigeuse et du fait que trois déneigeuses furent mobilisées sans qu’il y ait de la neige sur les pistes ! Certes, des examens ont révélé que l’homme avait 0,6 grammes d’alcool par litre de sang, l’équivalent d’une consommation de deux verres de vin. Pas suffisant, affirme la journaliste pour que l’homme perde totalement ses moyens au point de laisser sa déneigeuse, pile dans l’axe de la piste de décollage…

Autre circonstance troublante relevée par France24 : ni Total, ni la famille de Christophe de Margerie ne se sont constituées partie civile. Certaines sources affirment que les proches du patron du CAC 40 ont subi des pressions de l’Élysée et de Total pour ne pas porter plainte. « Ce cas de figure rarissime [le fait de ne pas porter plainte] dans ce genre d’affaire enlève un poids considérable à l’enquête », constate Muriel Boselli.

Si certains se plaignent de l’enquête de Moscou, Paris ne fait guère mieux. « Le B-A BA n’a pas été fait dans l’enquête française, observe la journaliste. Il n’y a pas eu de perquisition, les proches de Margerie n’ont pas été interrogés, on n’a pas non plus consulté les documents présents dans son ordinateur, ni dans ses effets personnels. La France n’a même pas envoyé d‘experts judiciaires sur place ».

Par ailleurs, les quatre tomes de rédaction de l’enquête envoyés par la justice russe à la France n’ont, aux dernières nouvelles, toujours pas été traduits. Le juge d’instruction, Aline Batoz, a, pour sa part, tout simplement refusé à Patrick Vervelle, le mari de l’hôtesse de l’air tuée dans le crash, qui s’est constitué partie civile, d’accéder au dossier de l’enquête. « Pourquoi l’enquête française n’enquête pas vraiment ? » s’interroge Muriel Boselli. « C’est l’omerta qui domine autour de ce dossier sulfureux. »

France24 pose ensuite la question qui fâche :

Dans l’hypothèse d’un attentat, quel intérêt y avait-il à faire disparaître Christophe de Margerie ? Sans porter d’accusation, Muriel Boselli soulève un point intéressant : l’homme à la moustache, patron la quatrième plus grosse entreprise pétrolière du monde, entretenait des rapports compliqués avec les États-Unis. Lors de l’embargo imposé par Washington contre l’Iran en 1996 lors de "l’Iran sanction Act", Christophe de Margerie, imperturbable, contourne l’interdiction et poursuit son business avec la République islamique. Un coup de maître commercial qui n’a pas du tout été du goût des Américains. Plus récemment, Christophe de Margerie est le seul patron occidental du monde à se positionner publiquement contre les sanctions occidentales prises contre la Russie lors de la crise ukrainienne et de l’annexion de la Crimée.

Dans son livre, Muriel Boselli rappelle à quel point le sort de Wall Street et de la City, c’est-à-dire ceux qui gèrent une devise mondialisée et hors-sol, dépend de leur mainmise sur le pétrole : « L’indexation du pétrole au dollar américain (…) résulte de l’accord historique de 1973 entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, selon lequel Washington protégerait militairement le royaume, lui vendrait n’importe quelle arme dont elle aurait besoin et maintiendrait la famille royale au pouvoir, en échange de quoi, l’Arabie saoudite réaliserait ses ventes de pétrole exclusivement en dollars américains ».

Dans The Colder War de Marin Katusa, rappelle Buselli, cet investisseur canadien « estime que l’une des motivations, parmi d’autres, qui auraient poussé les États-Unis à renverser les régimes de Saddam Hussein et de Mouamar Kadhafi, aurait été la disposition de ces derniers à se débarrasser de la devise américaine ». D’un coup, l’on comprend mieux pourquoi l’Iran et le Venezuela irritent tant Washington.

Or, trois mois avant sa disparition, De Margerie, également administrateur d’une BNP, à l’époque laminée par une amende américaine pour avoir effectué à Genève des opérations en dollar, un pays sous embargo américain, l’Iran, avait lancé aux rencontres économiques d’Aix-en-Provence qu’il « n’y a pas de raison de payer le pétrole en dollars ». Une fois de plus, Washington a dû grincer des dents.

Sans prétendre disposer de preuves formelles et tangibles que De Margerie soit effectivement liquidé par des intérêts anglo-américains, la journaliste pose les bonnes question en consacrant un chapitre entier à l’affaire Mattei, le patron de la firme pétrolière italienne ENI mort dans un crash d’avion en 1962, pour démontrer que cette hypothèse n’a rien d’absurde :

Les deux hommes se ressemblent dans leurs personnalités et leurs visions. Ils sont sûrs de leur bon droit de faire des affaires où bon leur semble, en n’hésitant pas, si nécessaire, à marcher sur les plates bandes des États-Unis, comme au Moyen-Orient, et à critiquer ouvertement la politique étrangère de la superpuissance. Ils sont tous deux dotés d’une assurance hors du commun avec un goût prononcé pour le risque. Si l’Italien est d’origine sociale modeste et le Français issu de la haute société, les deux iconoclastes sont animés par la revanche. Leur moteur n’est pas l’argent. Mattei est porté par le désir de favoriser l’indépendance énergétique de son pays et Margerie par son dévouement à toute épreuve pour Total. Enrico Mattei n’hésitait pas à négocier des contrats avec l’URSS en pleine guerre froide. Christophe de Margerie, de son coté, luttait publiquement contre les sanctions économiques imposées par l’Occident à la Russie en pleine crise ukrainienne, se faisant de nombreux ennemis au passage.

Officiellement, le crash de l’avion de Mattei est attribué au mauvais temps. Mais trente-cinq ans après l’accident, des repentis de la mafia sicilienne, ont avoué avoir placé une bombe dans l’avion à la demande de la pègre américaine, elle-même aux ordres de la CIA et du FBI. À ce jour, les commanditaires de l’attentat ne sont toujours pas connus.

Et Muriel Boselli de conclure : « Christophe de Margerie, qui a eu droit à des funérailles fastueuses, a aussi le droit à une enquête digne de ce qu’il fut ».

Enrico Mattei, l’homme à abattre

Extrait du livre « L’énigme Margerie, Enquête sur la vie et la mort d’un magnat du pétrole français » de Muriel Boselli, Robert Laffont, 2016, Paris.

La toile de fond de cette histoire (la mort de Mattei), aussi noire que le pétrole, est le cartel des sept grandes compagnies pétrolières anglo-saxonnes – surnommées avec mépris par Mattei « les sept sœurs » - British Petroleum, Gulf, Texaco, Royal Dutch Shell, Chevron, Exxon et Mobil. Celles-ci tenaient d’une main de fer les ressources énergétiques au Moyen-Orient.

Or, Enrico Mattei, fondateur charismatique de la firme pétrolière italienne ENI, est convaincu que l’avenir de l’Italie de l’après-Seconde guerre mondiale réside dans une industrialisation fondée sur une énergie bon marché. Si les réserves pétrolières de l’Italie sont limitées, Mattei est persuadé qu’il est possible d’aller chercher le pétrole hors de ses frontières à condition de nouer avec les pays producteurs des relations débarrassées de tout relent colonialiste.

(…) Plutôt que de se heurter de manière frontale aux dirigeants nationalistes de ces pays, il se proposait d’accompagner leur essor économique et les associant, par un transfert progressif de technologie, à la mise en valeur de leurs sources d’énergie. « L’ENI c’est Mattei, et Mattei c’est l’ENI. Ses ambitions semblent illimitées », s’inquiétait Clare Booth Luce, ambassadrice des États-Unis à Rome [1], dans une note confidentielle de 1955.

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Enrico Mattei, ici discutant exploration pétrolière avec le Président Nasser.

L’ENI (…) signe en 1957 un accord historique avec l’Iran, laissant pour la première fois trois quarts des profits au pays producteur et rompant avec le traditionnel fifty-fifty des « sept sœurs ». Dans le monde de l’énergie et des relations internationales, cet accord fait l’effet d’une bombe. Fort de son succès, l’Italien amène ce modèle de contrat dans d’autres pays, dont le Nigeria et l’Égypte.

Les contrats innovent sur un point essentiel : désormais le pays producteur n’est plus un simple rentier de ses richesses mais devient un acteur industriel associé à la mise en valeur des hydrocarbures extraits de son sol. En permettant aux pays producteurs de se transformer en industriels, Mattei s’attaque aux racines économiques du néocolonialisme. Cela lui vaut d’établir des relations de confiance avec les dirigeants des pays arabes. Il apporte aussi son soutien durant la guerre d’Algérie au FLN. La France et les États-Unis ne lui pardonneront pas ces multiples affronts. Le « révolutionnaire » Mattei devient l’homme à abattre.

(…) Enorgueilli par ses victoires et armé de la conviction que les États-Unis doivent cesser de dicter leur loi aux autres pays, il franchit la ligne rouge : le rideau de fer séparant les blocs de l’Ouest et de l’Est. En 1960, il négocie avec le ministre soviétique des affaires étrangères, Andreï Gromyko, un accord selon lequel l’URSS fournira 12 millions de tonnes de pétrole à un prix inférieur de 40 % à celui pratiqué par les entreprises internationales. En échange, l’ENI s’engage à fournir des équipements, notamment des tuyaux pour ses oléoducs. Même si ce n’est pas le premier accord du genre, celui-ci fait scandale.

Le 27 octobre 1962, Mattei doit se rendre à Milan depuis la Sicile, où l’attend un vol pour Washington. Le président John Fitzgerald Kennedy et les dirigeants d’Exxon ont un accord à lui proposer. La proposition est simple : en échange de l’engagement de Mattei de ne plus traiter avec les Soviétiques, la compagnie américaine fournira à l’Italie tout le pétrole souhaité à un prix concurrentiel. L’offre paraît trop alléchante pour être sincère.

Juste avant 19 heures, le pilote du biréacteur, qui transporte Enrico Mattei et un journaliste du magazine américain Life, annonce qu’il va atterrir dans la minute. Ce sera son dernier contact avec la tour de contrôle de Milan. Quelques secondes plus tard, l’avion s’écrase dans un bois de la commune de Bascape en Lombardie. L’enquête est confiée au ministère de la Défense. La commission, présidée par le général Guiseppe Casero et le procureur de la République de Pavie, conclut qu’il s’agit d’un simple accident, même si les causes n’en sont pas très claires.

(…) Ce n’est que 35 ans plus tard que la vérité éclate. Le 20 novembre 1997, le parquet de Pavie en Lombardie annonce officiellement qu’une bombe a bien été placée dans le bimoteur Morane-Saulnier qui, en provenance de la Sicile, a explosé en vol entre Milan et Pavie. Ce sont les propos de repentis de la mafia qui en 1994 ont forcé la réouverture de l’enquête. Les nouveaux examens pratiqués sur le corps d’Enrico Mattei et les expertises ont permis de conclure à l’attentat.

C’est Tommaso Buscetta, le plus célèbre des repentis de la mafia sicilienne, qui donna un témoignage décisif dans l’affaire Mattei : la mafia américaine aurait demandé à la « maison mère » sicilienne de faire disparaître ce grand patron qui dérangeait les intérêts des majors américaines. Gzaetano Ianni, un autre repenti, a déclaré qu’un accord spécial avait été conclu entre la Cosa Nostra et « certains étrangers » pour l’élimination de Mattei organisée par le mafioso Giuseppe Di Cristina. Ces déclarations ont déclenché de nouvelles enquêtes.

Si la mafia est identifiée pour l’exécution de l’attentat, l’identité des mandataires reste jusqu’à ce jour inconnue. Dans tous les cas, beaucoup avaient intérêt à voir Enrico Mattei disparaître, à commencer par les sept sœurs car l’arrivée d’ENI sur le marché les forçait à revoir leurs contrats, avec des pertes colossales à la clef. La CIA avait aussi un intérêt à se débarrasser de celui qui avait cassé l’embargo politique avec l’URSS en pleine guerre froide, faisant craindre que l’Italie ne bascule dans le bloc communiste. Une autre piste est celle de l’OAS [2] en représailles au soutien apporté par Mattei au FLN.


[1Ancienne maîtresse d’Allen Dulles qui se maria ensuite avec le grand magnat de presse américaine (Life, Time, etc.) Henry Luce, admirateur de Mussolini et ennemi juré de Franklin Roosevelt.

[2L’Organisation armée secrète était un groupe politico-militaire français, créé pour la défense de la présence française en Algérie, y compris le terrorisme. Elle a été impliqué, avec l’aide des services américains, notamment Allen Dulles, dans les attentats contre Charles De Gaulle, et selon certaines sources, dans l’attentat contre le président Kennedy.

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