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La Nouvelle Route de la soie s’invite à Paris !

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Un sommet sino-européen exceptionnel a eu lieu à Paris le vendredi 15 septembre, sur le projet « Une ceinture, une route » de la Chine, connu aussi sous le nom des Nouvelles Routes de la soie (NRS).

En effet, les travaux de ce sommet,co-organisé par le Forum BOAO pour l’Asie (le Davos asiatique) et la Fondation prospective et innovation présidée par l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, ont été entièrement consacrés à l’explication de ce grand projet chinois, aux quelques 300 acteurs de premier plan qui ont participé à cette rencontre.

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A la fin de l’évènement, M. Raffarin a conduit une délégation à l’Elysée pour une rencontre avec le Président Macron.

Un travail de pédagogie extrêmement utile, car, dans une France et une Europe en pleine crise, la frilosité est de mise, et le projet, de par sa dimension énorme et son aspect totalement novateur, suscite interrogations, doutes, inquiétudes.

Notons tout d’abord que cette rencontre a été organisée dans la suite du Forum « Une ceinture, une route » des 14-15 mai derniers, qui avait rassemblé à Beijing les chefs d’état et de gouvernement de plus de 28 Etats, et qu’elle a le soutien des autorités des deux pays ce qui lui confère un caractère quasi-officiel.

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Les mots introductifs ont été prononcés par M. Peiyan Zeng, ancien vice-premier ministre de la République populaire de Chine et vice-président du forum BOAO pour l’Asie et, du côté français, par Jean Pierre Raffarin et par Gérard Larcher, président du Sénat.

Jean-Pierre Raffarin a mis l’accent sur les convergences qui émergent entre France, Europe et Chine : un protocole d’accord signé par le Fonds de la Route de la soie (FRS) et le Fonds européen d’investissement (FEI) pour investir, dans le cadre du Plan Junker, 500 millions d’euros dans du capital-investment à destination exclusive des PME en Europe ; la volonté aussi de la Chine de contribuer à la paix et à la stabilité notamment dans la péninsule coréenne, ainsi que de déployer des soldats dans des opérations de maintien de la paix. La question clé est, a-t-il souligné, est l’attachement de la France et de la Chine au multilatéralisme.

Si le cœur y est, chez ces deux personnalités françaises qui travaillent depuis longtemps avec la Chine, on sent bien derrière les discours, que l’heure des négociations pragmatiques entre la Chine et l’Europe, est arrivée.

Dans un entretien donné à Xinhua le jour même, Jean-Pierre Raffarin, appelle l’Europe a « prendre au sérieux ce projet historique (...) et à ne pas avoir peur de la discussion ».

Il plaide aussi pour la confiance : « Dans le monde incertain où nous sommes, les relations de confiance sont très importantes (...) la Chine s’ouvre, participe aux institutions internationales, propose des partenariats. Saisissons la main qui nous est tendue et défendons nos intérêts et je fais confiance à nos partenaires asiatiques pour que nous ayons une vision « gagnante-gagnante ». Il insiste aussi pour que « nous soyons dedans ».

Conscient que la crise avance chez nous, il appelle à

« défendre cette idée à l’intérieur du processus et non à la discuter à l’extérieur car nous perdrions beaucoup de temps. La France et les autres pays ont besoin de croissance rapide, c’est pour cela que je suis favorable à un engagement franc, rapide à l’intérieur du processus pour discuter. »

De son côté, Gérard Larcher appelle à des « approches concertées » où l’UE « s’approprierait » le projet, « trouverait les synergies et la logique gagnant-gagnant », ferait des « contre-propositions ».

Il propose des méthodes nouvelles, pour clarifier les conditions d’investissement, l’ouverture des marchés, la qualité de la production, l’éthique de co-développement et les conditions du respect mutuel.« La Chine et l’Union européenne, notamment la France, disposent d’instruments puissants en faveur du co-développement qui peuvent accompagner des stratégies d’investissements » a-t-il déclaré à Xinhua.

Une plateforme de coopération, pas un outil de domination

Les propos introductifs de M. Peiyan Zeng, ancien vice-premier ministre de la République populaire de Chine sont venus à point nommé clarifier un certain nombre de questions clés. Les Nouvelles routes de la soie, c’est pour le progrès de toute l’humanité, a-t-il expliqué. Car plus il y a des communications, plus il y a de prospérité.

« Si tu veux t’enrichir, construis une route », dit le dicton chinois. « ‘La ceinture et la route’ contribue non seulement à la prospérité économique durable du continent eurasiatique, mais aide aussi à répondre aux risques géopolitiques comme la crise des réfugiés et le terrorisme et à promouvoir la paix et la stabilité sur le continent tout entier ». Cette initiative est eurasiatique, mais aussi eurafricaine.

M. Zeng a tenu à rappeler également que la Ceinture et la Route a été lancée par le Président Xi Jinping dans la période post-crise financière internationale, afin « d’explorer de nouveaux moteurs de croissance de l’économie mondiale, d’assurer un développement équilibré et inclusif et de réduire l’écart entre riches et pauvres. (…) Elle n’est pas un outil géopolitique ni un plan d’aide, mais une plateforme de coopération pragmatique et une initiative pour un développement interconnecté, qui vise à créer de nouvelles opportunités pour la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies », a-t-il poursuivi.

Quant aux craintes de dumping, M.Zeng s’est voulu rassurant, affirmant que le projet de la Route et la Ceinture

ne consiste pas à vendre des surcapacités (...) Les mesures adoptées par la Chine pour faire face à la crise financière internationale de 2008 ont apporté une grande contribution à la reprise de l’économie mondiale, mais elles ont aussi conduit en quelque sorte à l’expansion des capacités de production. Pour résoudre ce problème, la Chine a décidé de réduire de 150 millions de tonnes ses capacités de production d’acier et de charbon durant les trois à cinq ans à venir.

Comment ça marche ?

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Nouvelle Solidarité N°2/2017 - s’abonner.

Les objectifs du projet ont été ensuite traités par de très hauts responsables chinois directement impliqués dans le projet qui ont fait le déplacement.

Des Français et des Européens représentant des institutions financières officielles, des entreprises et des gérants de fonds, ont aussi décliné, aux côtés des acteurs chinois, leurs propositions, leurs perceptions et leurs expériences de la coopération avec la Chine.

Trois tables rondes se sont déroulées dans la journée, la première consacrée aux infrastructures, la deuxième aux échanges et aux investissements, la troisième aux modes de financement innovants qui permettront de financer les très grands projets de « La Ceinture et laRoute ».

Parmi les orateurs de la première table ronde sur les infrastructures, M. Sun Ziyu, vice-président de la China Communication Construction Company (CCCC), première compagnie d’infrastructure de transport chinoise agissant aussi à l’internationale et M. Wang An, Président et dirigeant du Parti, de la China International Engineering Consulting Corporation (CIECC), l’homme qui donne le feu vert à tous les projets d’infrastructures engagés par la Chine à l’international.

A pris la parole aussi dans ce panel Stéphane Aver, PDG d’AAqius, société suisse agissant dans le domaine de la transition énergétique, notamment dans la fourniture de capsules d’hydrogène stockées sans pression pour alimenter des petits véhicules électriques (scooters, vélos, triporteurs, etc.).

AAqius a même signé jeudi, en marge du sommet, un important contrat avec le distributeur de carburants chinois Censtar, visant à lancer 100 000 véhicules électriques dans la zone économique de Jiangbei avant son extension à l’échelle nationale.

Dans la deuxième table ronde, sur les échanges et les investissements, participaient le président du géant chinois China Investment Corporation (CIC), ainsi que Jusuf Wanadi, co-fondateur du Centre stratégique pour les études internationales.

La dernière table ronde, et pas la moins importante, celle sur la recherche des financements innovants pour financer les projets de « La Ceinture et la Route », a montré que cette recherche n’en est qu’à ses débuts.

Parmi les intervenants, M. Shaukat Aziz , ancien premier ministre du Pakistan et membre du Comité d’administration du BOAO pour l’Asie, Enzo Quattrociocche, secrétaire général de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, Shi Wenchao, président de la China Union Pay Co et David Wright, vice-président de la Barclays et Jean-Charles Simon, gérant associé de Simon Associés, très actif en Chine.

Le rôle particulier des infrastructures dans le développement des nations a été souligné par plusieurs orateurs. M. Zeng a été le premier à noter qu’il s’agit là de projets peu rentables à court terme, mais très productifs à long terme et mesurables seulement dans le contexte d’une région entière. M. Aziz a aussi souligné le rôle d’intermédiaire joué par les infrastructures évoquant le cas d’une ville hypothétique A qui n’a aucune relation avec une autre ville hypothétique B, et pour lesquelles la construction d’une autoroute les liant est la condition préalable à tout échange commercial ou développement productif.

D’autres avaient évoqué avant ce dicton chinois selon lequel « si tu veux devenir riche, construis une route » ! Par contre, ce caractère propre aux infrastructures pose problème pour attirer des investisseurs privés, car il ne s’agit pas là des investissements dit « high grade », qui rapportent gros à court terme. Or, selon M. Zeng, ce projet est adressé aux entreprises surtout, l’État n’ayant qu’une seule responsabilité : créer les conditions où les entreprises pourront réussir.

Deux écueils

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Nouvelle Solidarité N° 3/2017 - pour s’abonner cliquez ici.

Si la démarche est excellente et l’Institut Schiller et Nouvelle Solidarité, qui promeuvent ce projet depuis 1996, y apportent leur plein soutien, deux vices de forme apparaissent dans l’approche présentée à Paris, qui pourraient l’empêcher de prendre son envol. L’un, la volonté de M. Macron de faire de l’Union européenne, le passage obligé de la coopération avec la Chine, plutôt que les États membres.

Pourquoi ? La même Commission qui a imposé le garrot de l’austérité à la Grèce, au Portugal et à l’Espagne, et qui ne jure que par l’équilibre budgétaire, voudra-t-elle apporter des fonds pour la croissance à ces mêmes pays et aux autres membres ?

C’est à chaque nation de définir les entreprises « stratégiques » qu’elle veut protéger, comme le fait la Chine d’ailleurs, et celles où elles peuvent pleinement coopérer : les accords de co-financement notamment et surtout, les accords conjoints gagnant/gagnant dans des pays tiers. La Commission devra s’y rallier.

Deuxième écueil, la volonté affichée par certains, de faire des infrastructures, des investissements rapportant un profit immédiat (high grade investments) via des PPP ou de moyens similaires. Il faudrait privilégier, au contraire, l’appel à des fonds souverains pouvant émettre du crédit à long terme et à bas taux d’intérêt.

La CDC, « notre » fonds souverain, dispose déjà d’instruments intéressants comme les fonds de contrepartie, pour faire cela. In fine, seul notre retour au crédit productif public de nos trente glorieuses, capacité dont dispose encore la Chine, nous permettra de développer rapidement nos capacités infrastructurelles, sans compromettre leur développement en leur imposant un poids financier trop important destiné à « attirer les investisseurs privés », sommes qui sont ensuite récupérées chez les populations sous forme de péages et des tarifs d’utilisation trop prohibitifs. L’exemple des autoroutes en France devrait nous empêcher de prendre cette direction.

L’essentiel en 10 minutes :

Comprendre les enjeux :

Pour aller plus loin :

 

Le dossier :

« La Nouvelle route de la soie devient le Pont terrestre eurasiatique » disponible en chinois, anglais et arabe :

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Le rapport La Nouvelle route de la soie devient le Pont terrestre eurasiatique est disponible en chinois, anglais et arabe, ici.

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