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Nouvelle guerre en Irak, dernier cadeau de Tony Blair

La rédaction
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Crédit : Wikimedia Commons

L’offensive lancée par l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), un groupe djihadiste salafiste relativement petit (environ 10 000 hommes en Irak, 7000 en Syrie), contre la deuxième ville irakienne (Mossoul) puis contre Tikrit, est une opération barbare.

L’EIIL n’est aucunement en mesure de prendre à lui seul une ville et un territoire aussi vaste, et encore moins de les contrôler, sans le soutien de puissances régionales, en plus de la collaboration de tribus locales et de milices opposées au gouvernement central de Bagdad.

D’après certains, cette offensive se prépare depuis la réélection en mai de l’alliance politique à majorité chiite autour du Premier ministre actuel, Nouri Al-Maliki, très mal vue par l’Arabie saoudite et ses alliés au Koweït, aux Émirats et même au Qatar.

Dès lors que l’EIIL était entré dans Mossoul, d’autres forces ont saisi l’occasion pour réaliser le partage sectaire de l’Irak. Les commandants des forces armées et de la police, dont beaucoup sont d’anciens membres de l’Armée irakienne du temps de Saddam Hussein, ont donné l’ordre d’abandonner la ville sans se battre, alors qu’eux-mêmes cherchaient refuge dans la région kurde militairement puissante.

Dans le cadre de la politique de renforcement (surge) mise en oeuvre par les Etats-Unis en Irak, nombre des commandants ont été payés pour rejoindre les forces de sécurité locales, mais sur une base tribale et sans loyauté vis-à-vis de l’armée nationale. Au contraire, ils étaient des adversaires du gouvernement central qui, suite au départ des forces armées américaines en 2011, a dû combattre tout seul leur influence ainsi que l’infiltration dans leurs rangs par al Qaïda et l’EIIL.

Après Mossoul, l’EIIL a avancé sur Tikrit, un bastion des tribus loyales à Saddam qui ont été humiliées et privées de tout privilège économique, social et politique suite à l’invasion anglo-américaine de 2003. En l’absence d’une armée formelle, les Kurdes étendent leur zone de sécurité à des endroits contestés avec les Arabes, et différents dirigeants religieux chiites forment leurs propres milices pour stopper l’EIIL et ses partisans « sunnites ». Ainsi, selon la logique du « choc des civilisations », le conflit devient chiite contre sunnite. Dans les zones mixtes au nord de Bagdad, on s’attend au massacre, et même dans la capitale.

La responsabilité criminelle de Tony Blair

Contrairement à ce que prétendent de nombreux commentateurs au lendemain de l’offensive de l’EIIL, la politique anglo-américaine en Irak n’a pas été un échec mais a été conçue précisément pour produire une barbarie de ce type.

L’intention était dès le départ de détruire l’Etat-nation comme lieu d’accueil souverain et moderne de citoyens de différentes entités ethniques et religieuses, pour mettre en place la vision d’un empire post-westphalien chère à l’ex-premier ministre britannique Tony Blair.

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Pour les élites de la géopolitique britannique, le menteur compulsif qu’est Tony Blair reste une valeur sûre. Pour sa part, le peuple anglais n’est pas dupe. Lors de cette manifestation en 2010, se référant au dossier truqué sur les armes de destruction de masse concocté par Blair pour lancer la guerre contre l’Irak, la banderole annonçait : « Il a menti et des milliers sont morts. »
Crédit : PA

Ces événements s’inscrivent dans la parfaite continuité des guerres contre la Libye et la Syrie, tout comme la longue campagne contre l’Iran. Depuis des années, les Etats-Unis et l’Europe ont soit directement armé et entraîné, soit laissé l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie le faire à leur place, les forces composant l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) utilisées pour faire tomber le gouvernement syrien.

Tony Blair lui-même, l’architecte principal de la guerre d’Irak de 2003, a nié sur son site que cette guerre a mené à la désintégration du pays. Toujours aussi hypocrite, il ne se gêne pas pour prétendre que la violence est due au fait que l’Ouest n’est pas intervenu en Syrie au moment opportun ! Il place également le blâme sur le gouvernement d’al Maliki, sans préciser que la politique du gouvernement irakien est étroitement dictée par les Anglo-Américains depuis leur invasion du pays en 2003.

L’administration Obama promet une autre action militaire contre les djihadistes et la Turquie, pays membre de l’Otan qui a soutenu les groupes terroristes salafistes contre Assad, y compris le Front al Nousra et l’EIIL, s’est engagée à intervenir elle aussi.

Mais ces manœuvres ne feront qu’aggraver la situation, puisqu’il est impossible de déloger les combattants des grandes villes tant que les milices locales sont de leur côté.

Le seul moyen de renverser cette descente aux enfers est de mettre fin à la politique anglo-américaine de changement de régime, tout en initiant le dialogue entre les groupes locaux, leurs alliés régionaux et les grandes puissances, à commencer par les Etats-Unis et la Russie.

Il faut accepter les gouvernements nationaux en Irak et en Syrie comme partenaires à part entière du dialogue et soutenir la neutralisation des éléments terroristes dans les deux pays. Cela veut dire stopper le soutien financier et la fourniture d’armes aux extrémistes par le complexe saudi-britannico-américain.

Il faut garantir aux Sunnites dans l’ouest de l’Irak une solution juste à leurs griefs vis-à-vis de Bagdad, ainsi que la justice économique et politique, pour qu’ils participent à nouveau, sur un pied d’égalité, au processus national.

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