Solidarité & progrès est un parti politique qui milite pour la paix par le développement économique mondial, contre le féodalisme financier et les idéologies du sol, du sang et de la race. Les informations que nous diffusons visent à vous faire joindre notre combat en le faisant devenir aussi le vôtre.

La campagne
présidentielle
Cheminade 2017
Flash : 2 décembre - La République se rappelle qu’elle a besoin de savants ! Lire Flash : 2 décembre - Sur le renoncement de François Hollande Lire Flash : 2 décembre - François Fillon veut six fois moins de communes et zéro départements Lire
Accueil Actualité

Obama contre BNP-Paribas : quand les loups s’attaquent aux requins

visites
1852
JPEG - 198.1 ko

Après Laurent Fabius et Michel Sapin, c’est le Président français François Hollande qui est monté personnellement à la barre. La menace d’une amende potentielle de 10 milliards de dollars (7,3 milliards d’euros) infligée par les Etats-Unis à la banque BNP Paribas dont les actifs dépassent le PIB français, fait trembler la France et au-delà, la zone euro.

Il ne devrait étonner personne que le processus actuel d’auto-cannibalisation du système financier mondial transatlantique commence non seulement à généraliser la confiscation des dépôts et l’épargne des citoyens ordinaires (par la procédure du bail-il ou renflouement interne testé à Chypre), mais finit par jeter un monstre contre l’autre dans une lutte acharnée pour la survie immédiate du chacun pour soi et de domination globale.

Ainsi, l’équipe d’Obama, à part servir les desseins belliqueux du complexe financiaro-militaire basé à Londres et Wall Street (L’Empire britannique), avec une popularité en berne et à six mois d’élections, ne résiste pas à la tentation de racketter autant que possible, y compris les banques qui l’ont porté au pouvoir.

Les enjeux

Condamner les activités insensées de spéculation folle (dérivés, titrisations, négoce et spéculation sur matières premières, etc.) et sans aucun lien avec l’économie réelle (seulement 22 % du bilan de nos grandes banques concerne le financement des entreprises, des ménages et des collectivités), nous avons souvent été les premiers à le faire.

Envoyer une banque au tapis pour la simple raison qu’elle a contourné un embargo américain au profit de l’Iran, du Soudan et de Cuba, et provoquer par inadvertance et aveuglement un effondrement incontrôlé est une autre question.

La facture de la non-réforme bancaire

A cela s’ajoute le fait que suite à la non-réforme bancaire opérée par Hollande et Moscovici,, le « caractère systémique » de BNP Paribas (une « banque universelle ») a été préservé. En clair, si c’est la branche banque d’affaires (Paribas Genève) qui se fait attraper pour des activités répréhensibles, c’est l’ensemble de la banque et ses clients qui en pâtissent, y compris les déposants. Peu importe donc la suite dans cette affaire, ce qui arrive ne peut que plaider en faveur de la mise en place immédiate d’une séparation stricte (à la Glass-Steagall) des banques.

Les faits, en bref

BNP Paribas est accusée d’avoir pré-financé entre 2002 et 2009 des contrats de vente de pétrole et d’autres matières premières pour l’Iran, le Soudan et Cuba, trois pays sous embargo, non pas de l’ONU, mais des seuls États-Unis.

La plupart de ces transactions ont eu lieu à Genève, où BNP Paribas est un des leaders du très juteux négoce de matières premières. Ce négoce n’est pas physique, seul l’argent est réel. D’après Les Échos, l’enquête actuelle aurait démontré que ces transactions avec l’Iran furent camouflées par la banque afin de dissimuler l’identité des destinataires finaux. Officiellement, les opérations ont eu lieu sans que la direction le sache ce qui, vu les profits générés, semble peu crédible. En 2007, une enquête interne chez Paribas Genève s’était conclue par des sanctions contre une soixantaine de personnes dont plusieurs furent licenciées. Dès cette époque, les États-Unis furent informés de l’affaire mais c’est seulement aujourd’hui que l’enquête de la justice américaine (DoJ) conduit le ministre de la Justice Eric Holder à estimer qu’il y a matière à des poursuites pénales. Le DoJ demande à BNP Paribas de plaider coupable.

Aux Etats-Unis, quatre justiciers mènent l’offensive : Preet Bharara, le procureur de Manhattan ; Cyrus Vance, Attorney du district de New York ; David O’Neil, chef de la division criminelle du DoJ qui, travaillant dans le cadre de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), est en charge de faire respecter les embargos ; et pour couronner le tout, Benjamin Lawsky, à la tête du Département des services financiers de New York.

Les sanctions, prétexte d’une guerre économique

Un article du New York Times du 3 juin intitulé « Aiming Financial Weapons from Treasury War Room », cite David S. Cohen, le sous-secrétaire au Trésor en charge du terrorisme et du renseignement économique, parfois décrit comme le commandant préféré d’Obama, disant que « Les Etats-Unis doivent rester impliqués dans le monde, mais ne doivent pas forcément rester impliqués par leur puissance militaire ». Car, selon lui, « D’autres moyens pour projeter le pouvoir américain existent qui sont conséquents ».

Et le quotidien poursuit :

M. Cohen dirige l’obscur Office of Foreign Assets Control, une structure qui crée et applique le nombre croissant des sanctions financières. Il s’agit de l’instrument d’une politique, jadis considérée sans effets mais actuellement déployée contre toute une gamme d’acteurs allant de la garde révolutionnaire iranienne aux proches du président russe Vladimir Poutine, en passant par les trafiquants de drogue mexicains.

Comme nous l’avons déjà souligné, il ne s’agit pas ici de blanchir BNP Paribas pour ses comportements, mais d’évaluer les conséquences stratégiques de l’affrontement en cours.

Too big to fail, too big to jail

Ce qui frappe d’emblée, c’est la virulence des sanctions. En plus du montant de l’amende dont la disproportion fait débat (la banque britannique HSBC a payé bien peu pour avoir blanchi des milliards du trafic de la drogue), le procureur Lawsky, qui a renoncé à suspendre la licence bancaire de BNP Paribas aux Etats-Unis, semble malgré tout décidé à suspendre pendant 90 jours la capacité de la banque d’opérer aux Etats-Unis comme chambre de compensation (clearing) en dollars pour ses clients étrangers. Seulement, étant donné que BNP Paribas est un des cinq grands dans ce domaine, priver BNP Paribas à un accès en dollars provoquerait un choc majeur pour le système financier.

En clair, jusqu’à maintenant, BNP Paribas est « too big to fail » (trop grosse pour faire faillite) et donc en sorte, « too big to jail » (trop grosse pour aller en prison ou prendre une telle amende). D’après le NYT, Lawsky envisage une suspension temporaire dont il veut simplement discuter la mise en œuvre. Il n’est pas certain qu’il mesure pleinement les conséquences globales de sa démarche.

Mardi dernier, lors d’une visite éclair qui aurait dû rester discrète, Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et proche de Michel Pébereau, accompagné d’Edouard Fernandez-Bollo, secrétaire général de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), se sont rendu une nouvelle fois aux États-Unis pour tenter de « raisonner » les procureurs. La démarche n’a pas plu aux juges américains qui en ont informé la presse. Imaginons un instant voir débarquer la présidente de la Réserve fédérale en France pour tenter de dissuader des juges français engagés à poursuivre une banque américaine.

Juridiction extraterritoriale

Ensuite, il faut bien préciser que les transactions incriminées ont eu lieu sur le territoire suisse où elles étaient légales. C’est uniquement parce qu’elles ont eu lieu en dollar, et ont donc profité à un moment donné d’une « compensation » via la filiale BNP Paribas États-Unis, que les États-Unis s’en mêlent.

C’est énorme. Depuis les accords de Bretton Woods, le dollar est la monnaie de réserve internationale. Si toute opération effectuée en dollar tombait sous la juridiction américaine, nous serions devant une sorte « d’autorité judiciaire extraterritoriale », c’est-à-dire un Empire hors sol mais bien réel. Cette affaire donne un avant-goût de ce que serait l’application du TAFTA/TTIP en cours de négociation entre l’UE et les États-Unis.

Rejoindre la Chine et la Russie

Allant dans notre sens, Martine Orange note dans Médiapart  :

À plus long terme, si la justice américaine met en œuvre une vision extensive de ses compétences, et considère que toute utilisation du dollar relève des lois américaines, cela pourrait avoir des conséquences bien plus lourdes que ne l’anticipent les États-Unis. Le statut du dollar comme seule monnaie de réserve internationale est contesté. Déjà plusieurs pays pétroliers parlent de libeller leurs échanges en euros. L’Iran a déjà commencé à le faire. La Chine et la Russie ont signé un accord, il y a quinze jours, pour négocier leurs échanges dans leur monnaie, en se passant de la monnaie américaine. Elles appellent tous les pays émergents – Brésil, Afrique du Sud, Asie – à venir les rejoindre, afin d’échapper à la tyrannie du dollar et de protéger leur économie des mouvements excessifs des capitaux. Si le dollar, déjà perçu comme une monnaie dépréciée, devient aussi une monnaie dangereuse, ouvrant la porte à toutes les poursuites, en dehors du droit international, le mouvement de fuite pourrait s’accélérer. Les banques européennes pourraient s’y rallier. Pour les États-Unis, les poursuites contre BNP Paribas deviendraient alors plus contre-productives qu’ils ne le pensent. Cela pourrait même s’appeler se tirer une balle dans le pied.

Contactez-nous !