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Pour sauver l’Europe, la Grèce refuse de capituler devant la troïka

La rédaction
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Faisant preuve d’une rare audace, le ministre grec des Finances Yannis Varoufakis s’est rendu la semaine dernière dans de nombreuses capitales européennes pour présenter la politique de son gouvernement, qui peut être résumée comme suit :

  1. La Grèce conteste le diagnostic de la troïka : pour elle, il ne s’agit pas d’une crise de liquidités frappant la Grèce, mais d’une crise d’insolvabilité qui frappe toute la zone euro.
  2. La Grèce exige qu’on lui applique une procédure de faillite ordonnée, c’est-à-dire une forte réduction de sa dette ou du moins du poids de sa dette et un plan de relance.
  3. C’est pour cela que la Grèce refuse, dans les conditions actuelles, de s’endetter encore plus et de payer sa dette au détriment de son économie et de son peuple.
  4. La Grèce refuse de poursuivre la politique d’austérité de la troïka qui a aggravé la récession et qui a provoqué une grave crise humanitaire dans le pays.
  5. La Grèce exige l’organisation d’une « conférence sur la dette européenne » sur le modèle de la conférence de Londres de 1953 qui a réduit la dette allemande de plus de 60% et qui a fixé le remboursement de la dette en fonction des exportations allemandes.
  6. La Grèce propose, pour toute l’Europe, une grande politique de relance par l’investissement dans l’infrastructure.

La réponse dans toutes ces capitales a été « non », « nein », « no », assortie dans certains cas soit de sophismes polis, soit de menaces et de tentatives de chantage.

Le Premier ministre Alexis Tsipras n’a pas reculé, comme il l’a montré dans son premier discours devant le parlement grec, le 8 février : « Nous n’avons qu’un engagement : servir les intérêts du peuple et garantir le bien-être de la société », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que son gouvernement avait pris la « décision irrévocable » d’honorer toutes ses promesses de campagne.

Tsipras a précisé que le gouvernement ne souhaite pas prolonger le plan de sauvetage [des banques, ndlr] de l’UE, car « ce serait une extension des erreurs et du désastre ». Le gouvernement grec cherche à obtenir un « crédit relais », le temps de mettre en place un « accord mutuellement acceptable » avec les créanciers. Bien que « nous n’ayons pas l’intention de menacer la stabilité en Europe », a-t-il ajouté, nous « ne négocierons pas » la souveraineté nationale.

La bombe des produits dérivés sur le point d’exploser

Le rejet catégorique de toute réduction de la dette grecque par la BCE, quand bien même elle ne pourra en aucun cas être remboursée, montre jusqu’à quel point même une légère réduction fera imploser tout le système financier, en raison de toute la bulle de produits dérivés qui sont liés à la dette grecque.

Ainsi, l’oligarchie financière se trouve piégée, car toute réduction de la dette ferait éclater l’immense bulle des produits dérivés.

Comme le montre un document de travail publié en novembre 2014 par le Levy Economics Institute du Bard College, consacré à la crise de la dette grecque, les marchés financiers vivent dans la crainte d’un éclatement de la bulle des dérivés.

Le document explique les dangers d’une réduction « traditionnelle » de la dette grecque, comme celle qui avait été accordée à l’Allemagne en 1953, en raison de la bulle des produits dérivés.

Un important facteur qu’il faut garder en tête est le rôle clé des passifs souverains (des économies capitalistes avancées), non seulement comme fondement de l’effet de levier financier mais aussi en tant que matière première de nombreux produits financiers complexes (souligné par nous) – un élément critique de la liquidité dans le secteur bancaire parallèle et un des principaux actifs des investisseurs institutionnels (fonds de pension, etc.). Toute modification significative de la valeur actuelle des passifs souverains ne peut être une solution au surendettement actuel, car elle transfère le problème au secteur financier et aux investisseurs institutionnels et en fin de compte aux finances publiques.

Précisons cependant que la dernière partie de ce raisonnement n’est valable qu’en l’absence d’une séparation bancaire de type Glass-Steagall. Dans le cadre d’une séparation stricte entre les activités bancaires, il serait possible, après avoir transféré tous les contrats dérivés dans la partie « banque d’affaires », de laisser mourir cette branche sans que cela n’affecte ni la partie banque de dépôts ni les finances publiques.

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