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Production laitière : « Tout peut lâcher en quelques jours »

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En organisant leur « grève du lait », l’année dernière, des dizaines de milliers d’agriculteurs ont exprimé leur rejet de la politique imposée par l’Union européenne et les cartels agro-alimentaires, car elle fera disparaître un nombre croissant d’exploitations en Europe, et ailleurs.

En France, la Bretagne est la première région productrice de lait. En 1999, les producteurs bretons ont livré aux laiteries 4 702 241 litres de lait. Soit près de 21 % de la production nationale.

Pascal Cousté, éleveur dans les Côtes d’Armor, est membre du bureau de l’APLI (Association indépendante des producteurs de lait), associée à l’European Milk Board, qui regroupe les producteurs indépendants en Europe. L’EMB milite pour le retour à une régulation publique des marchés agricoles, notamment par l’instauration d’un prix européen du lait et la création d’un « office du lait » qui ferait des producteurs de vrais partenaires. Tout en garantissant des revenus stables aux producteurs et un prix raisonnable aux consommateurs, il s’agit de combattre la spéculation sur les denrées alimentaires et de mettre hors-jeu des intermédiaires qui abusent trop souvent de leur position dominante.

Propos recueillis le 16 janvier 2010
par Marcia Baker, de l’Executive Intelligence Review (EIR)


EIR : Les capacités agricoles mondiales s’effondrent et mettent à mal la production laitière et les exploitations familiales très performantes du secteur. Comment réagir ?

Pascal Cousté : Aujourd’hui, en Europe, une entente entre grands syndicats agricoles et grands transformateurs de produits laitiers tente d’ouvrir totalement les marchés et de supprimer les quotas, ainsi que tout autre mécanisme de régulation capable de stabiliser les prix pour les producteurs. En 2009, le prix payé au producteur, pour le lait, a chuté de plus de 30 %. Notre mouvement, l’European Milk Board (EMB), décida – après presque un an de réunions visant à informer les producteurs – d’organiser une « grève du lait ». Au lieu d’apporter le lait aux laiteries, les producteurs l’ont épandu dans leurs champs. Vous pouvez facilement trouver des images de cela sur internet. A ce stade, nous essayons de trouver la meilleure façon de nous organiser afin d’avoir une emprise sur les marchés et l’industrie laitière. Ce n’est pas si facile, mais je crois que c’est possible. Plus de 40 % des agriculteurs risquent de déposer leur bilan dans les mois à venir.

EIR : Pourtant, pour les partisans de la mondialisation, votre faillite est vue comme « une belle réussite » !

PC : Si cette mondialisation persiste dans la dérégulation de la production laitière, nous aurons de gros problèmes avec la perte de tout contrôle, et ce qui nous attend, c’est une situation semblable à celle que l’on a connue il y a deux ans avec les banques de Wall Street.

EIR : Vous voulez dire un effondrement global ?

PC : Oui, car tout peut lâcher en quelques jours parce qu’on perdra le contrôle de tous les produits en même temps ; ce sera la faillite totale, pas seulement sur le plan économique mais plus spécifiquement dans le domaine alimentaire. Aujourd’hui, en Europe, la question du lait, du porc ou des céréales, nous oppose aux industriels et décideurs politiques, car ils sont responsables. Nous devons nous dire : « C’est une guerre ! »

EIR : Aux Etats-Unis, les fermiers essayent de se défendre par des manifestations et des procès, mais pas par le type de grèves que vous organisez. En décembre, le gouvernement fédéral a distribué quelques aumônes aux producteurs de lait étranglés par des prix très bas et des coûts de revient en hausse. Aucune solution durable n’a été proposée. Que diriez-vous aux fermiers et aux citoyens américains ?

PC : Ici, nous essayons d’accroître notre pouvoir sur les marchés. J’invite nos collègues américains à garder contact avec nous, parce que nous avons l’information et que nous réfléchissons à beaucoup d’aspects de la crise. Une « solution française » n’est pas une solution ; une solution européenne en est une. Cependant la solution sera mondiale. A ce jour, 2 % des visiteurs de notre site sont des Américains, c’est-à-dire des producteurs. Je pense qu’il est urgent de se parler.

EIR : La situation est dramatique à Haïti. L’aide alimentaire, en particulier le lait en poudre, fait cruellement défaut. Or, les stocks mondiaux sont inexistants. En réalité, la mondialisation a banni la création de stocks sous prétexte que cela « fausse la concurrence » !

PC : En septembre 2009, on a fait croire en France qu’il existait un stock de beurre d’un kilomètre cube et d’énormes stocks de lait en poudre. Lors de la grève du lait de septembre 2009, on a découvert qu’en réalité, ces stocks n’existaient tout simplement pas ! L’industrie racontait qu’il existait de gros stocks, mais ils étaient fictifs et cela servait à faire baisser les prix ! Alors, actuellement, si nous avons besoin de lait en poudre, pour répondre aux besoins en Afrique ou pour Haïti, la seule chose qui existe ce sont des stocks privés. Voilà ce qui est incroyable. Cependant, en octobre, les industriels ont fini par avouer qu’ils devaient aller en Pologne pour trouver du beurre pour le marché français, parce chez nous, les stocks sont inexistants et aujourd’hui, faute de lait, la France achète du beurre polonais à des prix 25 % supérieurs au marché français !

EIR : Voilà les mensonges typiques des cartels. Ce sont des pratiques scandaleuses, vu l’urgence en Haïti ou en Afrique.

PC : Cela doit cesser et quand je vous affirme que nous sommes « en guerre », on constate que c’est vrai car on joue avec la vie d’autrui. Ce n’est pas normal.

EIR : Le prix qu’obtient le producteur américain pour son lait ne couvre pas les dépenses nécessaires au maintien du cheptel et de l’activité.

PC : Oui. 83 % des producteurs français vendent leur lait à des prix inférieurs au prix de revient. En France, il se vend à 29 centimes d’euro le litre (290 euros la tonne), mais l’industrie laitière la revend 2030 euros aux supermarchés !

EIR : Les coûts de production sont-ils en hausse ?

PC : Toutes les dépenses sont à la hausse, le coût de l’énergie est plus élevé et c’est idem pour les engrais. En France, nous sommes coincés, parce qu’il faut limiter l’azote à 140 kg par hectare, c’est-à-dire presque rien. On ne peut pas en épandre davantage par hectare, y compris l’azote d’origine animale ou chimique. Ça devient donc difficile de produire de bons légumes, ou du maïs par exemple. Le maïs que nous produisons actuellement est assez pauvre. Alors on doit produire de plus en plus de soja et de colza à la place du maïs. Mais leur prix de revient est également élevé.

(…) La décision de la Commission européenne de mettre un terme aux quotas laitiers représente le principal problème auquel nous faisons face. L’an dernier, Bruxelles décida qu’en 2015, c’en serait terminé avec les quotas. A l’heure actuelle, chaque producteur de lait doit payer une taxe pour chaque litre de lait livré qui dépasse son quota. (…) En France, il reste 83 000 producteurs laitiers. Si nous persistons avec la politique actuelle, leur nombre tombera à 20 000 d’ici 2020.

EIR : Ce que vous décrivez, c’est que la production est transformée pour se conformer aux exigences des grands cartels agro-alimentaires, les Nestlé, Fonterra et autres Kraft. Ces groupes deviennent gigantesques et font voyager le lait dans tous les sens.

PC : Aujourd’hui, pour la France comme pour l’Europe, la plus grande société est Lactalis. Par exemple, elle a construit une usine en Pologne pour transformer le lait ukrainien. Ce n’est pas du lait de l’UE, mais on le fait entrer. Ensuite, Lactalis importe en France du fromage en provenance de Pologne !

EIR : A part ces politiques de dumping, on constate aussi cette pratique : décomposer le lait cru pour en extraire les composants tels la poudre de lait, la matière grasse, la caséine, etc. – non pour constituer des stocks et assurer une sécurité alimentaire, mais pour servir les stratégies commerciales des cartels…

PC : La façon normale de réguler le marché, c’est de produire de la poudre et du beurre. Le problème aujourd’hui est qu’une fois qu’un pourcentage de lait est transformé en poudre, normalement, si nous tenons compte de tous les acteurs et de l’environnement, nous devons éviter la surproduction et taxer la production de poudre, car si nous en produisons trop, nous dérégulons le marché. Nous savons très bien que si nous produisons 0,5 % de lait en trop, son prix chute mondialement d’au moins 30 %. Maintenant, avec la France, on a le pays du lait par excellence, parce que nous produisons plus de 500 fromages différents et nous sommes connus pour cela. Nous produisons également beaucoup de poudre de lait. On pourrait employer cette poudre de différentes façons, mais il n’y a pas de marché car nous importons de la poudre et du beurre de Nouvelle Zélande ! (…)

EIR : En ce moment, tout le système monétariste s’effondre. Que pensez-vous de l’orientation des cartels qui abandonnent les produits laitiers au profit de produits dits « laitiers » mais sans lait, comme l’huile de palme ?

PC : D’abord, presque tout le lait offert au consommateur n’est pas du lait naturel, parce qu’il a été transformé. Ils enlèvent du gras ici, des protéines là... On constate que des huiles végétales sont introduites dans le beurre et le fromage. Ils ajoutent également des huiles provenant de légumes. C’est dangereux parce que de plus en plus de gens développent des allergies au lait. C’est un gros problème car avec ces pratiques, nous détruisons nos propres marchés ; on ne prend pas au sérieux la santé du consommateur. C’est totalement anormal, car avec ces graisses végétales, nous détruisons les forêts des pays pauvres et nous détruisons l’économie comme un tout, c’est vraiment fou !

EIR : LaRouche et ses collaborateurs, sur tous les continents, promeuvent l’idée d’un nouveau système de crédit au service de la reconstruction des nations. (…) Quel rôle voyez-vous pour l’agriculture française, sur le plan de l’élevage, des nouvelles technologies, etc. dans le cadre d’un tel revirement ?

PC : Pour moi, les choses sont claires. La façon dont l’agriculture productive est considérée aujourd’hui nous donne un exemple fantastique pour analyser les systèmes économiques dans le monde. Le cas du lait et de ses sous-produits illustre le scandale d’une spéculation qui se concentre sur l’alimentaire et les terres. Si nous laissons les spéculateurs s’en emparer, il n’y a aucun doute qu’ils finiront par détruire la planète.

EIR : Il est inouï de spéculer sur des denrées périssables. Par ailleurs, produire du lait relève de la haute technologie agricole, puisque cela nécessite organisation, investissement et travail dans la durée pour développer un cheptel de qualité.

PC : En réalité, on devrait prendre au sérieux la production laitière, car nous savons que cela ne se prête pas à une production à grande échelle. La limite pour un producteur de lait, c’est 50 vaches au maximum. Au-delà, vous rencontrez des problèmes techniques. C’est vraiment difficile d’exploiter des fermes de plus en plus grandes. Vous connaissez parfaitement le problème aux Etats-Unis. En Europe, il est impossible d’embaucher une main d’œuvre à faible coût, tandis qu’aux Etats-Unis on exploite massivement celle qui vient du Mexique. Évidemment, une énorme crise s’annonce, surtout dans l’alimentaire car les agriculteurs ne continueront pas à travailler sans revenu, ni avenir.

EIR : Aux Etats-Unis, des cartels financiers basés en Angleterre et aux Pays-Bas ont créé d’énormes cheptels, pas seulement en Californie et au Texas, mais dans les Etats de l’Idaho, du Colorado et de l’Indiana, alors qu’en même temps, les producteurs laitiers traditionnels du Wisconsin, de Pennsylvanie, de Nouvelle Angleterre, de l’Etat de New York et du Minnesota déposent le bilan.

PC : Comme contre-exemple, prenons le système canadien, il existe une association entre producteurs, industriels et consommateurs. Chaque année, ils mènent une étude de marché et produisent 94 % de leurs besoins à un prix fixé d’avance. Ils se mettent également d’accord sur un quota saisonnier afin de ne pas surproduire de poudre. Aujourd’hui, les producteurs canadiens obtiennent un prix plus avantageux et le consommateur profite de prix plus bas. Cela fonctionne sans problème. (…)


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