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Rapport britannique : Juppé et Sarkozy rattrapés par la guerre de Libye

La rédaction
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Dans un rapport publié mardi 13 septembre, les membres d’une commission d’enquête parlementaire britannique dénoncent l’intervention militaire du Royaume-Uni et de la France en Libye en 2011. Alain Juppé mais surtout Nicolas Sarkozy y sont directement mis en cause.

Le document d’une cinquantaine de pages dénonce le fiasco d’une intervention censée, au départ, être humanitaire (la ville de Benghazi, dans le nord de la Libye, est alors assiégée par les forces loyalistes, ndlr). Intervention qui s’est pourtant rapidement avérée être une opération purement militaire contre le régime de Mouammar Kadhafi.

Pour les parlementaires, David Cameron est le « responsable final » de l’échec de l’opération aérienne menée en application d’une résolution de l’ONU. Pour les parlementaires, c’est cette décision qui a conduit au chaos actuel : guerre civile, implantation massive des djihadistes dans la région et envoi en masse de migrants vers l’UE.

Mais si la finalité du revers est attribuée au Royaume-Uni, la France est désignée comme étant à l’origine de l’initiative militaire…

Le rapport rappelle d’abord les déclarations au Conseil de Sécurité de l’ONU d’Alain Juppé, à l’époque ministre des Affaires étrangères de Sarkozy : « la situation sur le terrain est plus alarmante que jamais, marqué par la reconquête violente des villes (…) il ne reste que peu de temps, c’est une question de quelques heures ».

Avec la résolution 1973, dont Juppé reste extrêmement fier, il s’agissait d’arracher à la Russie et la Chine « le droit » d’intervenir pour « protéger » les populations de Benghazi. Piège pervers et absolu, car la résolution 1973 autorisait en réalité « toutes [les] mesures nécessaires » pour protéger les populations, c’est-à-dire de façon implicite l’imposition d’un un « changement de régime ».

Et Nicolas Sarkozy est directement visé. A partir d’une conversation entre Sydney Blumenthal, un conseiller diplomatique d’Hillary Clinton – alors secrétaire d’Etat – et l’un de ses homologues français, le texte liste ainsi en détail ce que les députés estiment être les raisons de la volonté française :

  1. S’emparer d’une plus grande part de la production libyenne de pétrole ;
  2. Accroître l’influence française en Afrique du Nord ;
  3. Améliorer la situation politique personnelle de Nicolas Sarkozy en France ;
  4. Permettre à l’armée française de réaffirmer sa position dans le monde ;
  5. Répondre à la volonté de Kadhafi de supplanter la France comme puissance dominante en Afrique francophone.

Cinglant, le texte relève que « quatre des cinq facteurs identifiés concernent les intérêts nationaux de la France tandis que le cinquième n’est relatif qu’aux intérêts personnels du président Sarkozy ».

Polis, les parlementaires britanniques s’abstiennent de toute spéculation sur liens hypothétiques qui auraient pu exister entre l’aventure libyenne et les comptes de campagne d’un Sarkozy en campagne pour sa réélection...

A lire sur le blog de Vincent Jauvert, grand reporter à l’OBS :
L’histoire secrète de la résolution 1973

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