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L’illusion du rapport Liikanen : nous protéger de la spéculation sans découper les banques universelles

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En février 2012, Michel Barnier, le commissaire européen chargé du marché intérieur et des services, avait sollicité Erkki Liikanen, le gouverneur de la banque centrale de Finlande, pour présider un groupe d’experts financiers de haut niveau afin de formuler des recommandations pour une réforme bancaire au sein de l’UE.

Plus de trois ans après le début de la crise bancaire, et devant le spectre d’une nouvelle crise capable de balayer tout le système, l’urgence était de toute évidence d’entamer le processus de régulation d’une finance devenue folle et manifestement inapte à s’autoréguler.

Le 2 octobre, après de longs mois de travaux, d’études et d’auditions, le groupe Liikanen vient de présenter son rapport à la Commission européenne.

Après de rudes combats internes, le rapport exclut tout retour à la loi Glass-Steagall – séparation juridique stricte entre banques commerciales ordinaires et banques d’investissements spéculatives – tout en prétendant s’y approcher... A la limite, sur une échelle de 0 à 10 (10 étant l’option Glass-Steagall), on pourrait positionner la règle Volcker sur le chiffre 2, la proposition Vickers sur 4, et la recommandation Liikanen sur 6. Cependant, disons-le haut et fort ; on est loin du compte car c’est un 10 qu’il faut et tout de suite !

Cependant, le seul intérêt du rapport Liikanen, c’est l’évolution et la dynamique qu’il reflète.

Le Financial Times, qui s’est rallié aux positions de l’économiste américain Lyndon LaRouche et de Jacques Cheminade en prônant le retour au Glass-Steagall intégral, regrette lui aussi que le rapport, « il est vrai, n’appelle pas à la séparation entre banques d’investissement et banques de détail suivant les critères formels du Glass-Steagall comme le défend notre journal. Cependant, ajoute l’auteur, le cantonnement des activités risquées vis-à-vis des dépôts est la meilleure seconde solution. »

Parmi ces nombreuses observations, le groupe Liikanen considère que la directive de la Commission européenne du 6 juin 2012, « établissant un cadre pour le redressement et la résolution des défaillances d’établissements de crédit et d’entreprises d’investissement » [sorte de « testament bancaire », nda], doit être l’un des piliers de la réforme bancaire.

Cette directive qui prétend avoir vocation de protéger le contribuable en cas de faillite bancaire reconnaît des réalités qui ont été niées jusqu’à ce jour. Elle admet notamment que « l’intervention des pouvoirs publics a coûté très cher au contribuable et a même compromis la viabilité des finances publiques dans certains Etats membres. »

Pour mémoire, au moins 4500 milliards d’euros d’aides d’État ont été accordés aux établissements financiers entre octobre 2008 et octobre 2011.

La directive du 6 juin, écrit Liikanen dans la préface du rapport, « est un pas significatif pour garantir qu’une banque, peu importe sa taille et son importance systémique, puisse être transformée et secourue, ou démantelée tout en limitant le rôle du contribuable pour éponger les pertes ».

A partir de là, le groupe s’est interrogé si d’autres réformes s’imposaient et a conclu qu’il « est nécessaire d’imposer une séparation légale de certaines activités financières particulièrement risquées [d’un coté] des banques de dépôt [de l’autre coté] au sein de groupes bancaires ».

Ainsi, en écrivant ces lignes, M. Liikanen, sans pour autant embrasser les solutions que nous préconisons, reconnaît bel et bien que notre système financier est en danger de mort à cause de certaines activités à très haut risque et qui sont de nature à potentiellement ruiner les dépôts de la plupart des citoyens de l’UE. Et ce danger n’est pas derrière nous, mais devant nous, si rien n’est entrepris pour le combattre.

Et il précise : « l’objectif de la séparation est de rendre les groupes bancaires, et en particulier leurs parties socialement les plus viables (gestion des dépots et fournir des services financiers à des secteurs non-financiers de l’économie), plus sûres et moins reliées à des activités de trading à haut risque et de limiter la caution implicite ou explicite du contribuable pour la partie ’marché’ des groupes bancaires. »

Cette séparation obligatoire cible avant tout les mégabanques, c’est-à-dire les établissements financiers dont la partie trading représente soit 15 à 25% des actifs, ou dépasse la valeur absolue de 100 milliards d’euros.

En Europe, c’est le cas pour Deutsche Bank, Royal Bank of Scotland, Barclays, BNP-Paribas, Nordea, Société Générale, Landesbank Baden, HSBC, Crédit Agricole, Danske Bank, Commerzbank et BPCE, pour qui le trading représente plus de 20% des actifs.

Surtout, note Le Monde, « le rapport Liikanen donne du risque une acceptation large. Ainsi, le risque ne se limite pas aux activités de marché réalisées par les banques pour leur propre compte. Il inclut les activités sur les dérivés pour des clients financiers et les activités dites de « tenue de marché » (de l’anglais market making), qui, affirment les banques, ne relèvent pas de la spéculation mais du service au client ».

Cette séparation bancaire cousue main et visant à transformer sans provoquer de tremblement de terre ne plaît guère aux grandes banques françaises. Bien que leur modèle de « banque universelle » ne soit pas remis en cause, il est quasiment placé sous tutelle.

Exane BNP Paribas estime que si les recommandations Liikanen étaient suivies, les grandes banques subiraient des baisses de 10% de leurs profits.

En tout cas, pour Liikanen, « la séparation de ces activités au sein d’un groupe est la façon la plus directe pour traiter la complexité des structures bancaires et leurs interconnexions. Puisque la séparation rendrait les banques plus simples et plus transparentes, cela faciliterait la discipline du marché et la supervision et, en dernière analyse, la reprise… »

Conclusion

Pour conclure, deux remarques. D’abord, comme certains experts le rappellent, dans la période qui a précédé le grand krach d’octobre 1929, le cantonnement des activités bancaires et le ringfencing « sous un même toit » existaient. Leur efficacité a été celle de toute illusion dangereuse : pire que nulle !

Ensuite, soulignons de nouveau ce que nous n’avons cessé de répéter ici : sans la mise en place d’une politique de crédit public productif pilotée par une concertation de banques nationales (politique interdite par la plupart des traités européens depuis celui de Maastricht), l’imposition de la séparation stricte du type Glass-Steagall, que nous souhaitons, provoquera une situation chaotique (notamment un manque aigu de liquidités, etc.).

Contrairement aux « experts de haut niveau », pour nous, le Glass-Steagall ne se réduit en aucun cas à une simple mesurette de « régulation » bancaire.

Car seul l’éradication du « monétarisme » (un empire de banques privées régnant sur les Etats) et le retour d’un véritable système de crédit sous contrôle démocratique permettra de jeter les fondations d’un redécollage de l’économie mondiale. « Notre » Glass-Steagall n’en est que le levier et le premier pas.


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