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Sommet France-Afrique : vieux démons et nouveaux fantasmes

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Il y avait quelque chose de particulièrement étrange dans ce sommet France-Afrique organisé à Paris les 6 et 7 décembre. Comme si on cherchait dans les vieilles recettes éculées la façon de redorer le blason d’un Président au plus bas dans les sondages et celui, pas mal terni, de la France en Afrique. On songe au sommet de La Baule organisé par François Mitterrand en 1990.

Ce sommet aussi s’est voulu imposant : plus de 35 chefs d’État et de gouvernement et, preuve que la France joue désormais au sein de l’establishment transatlantique, le gratin des institutions internationales y était aussi : M. Ban Ki Moon de l’ONU, MM. Barroso et Van Rompuy de la Commission et de l’UE.

Quelque chose d’étrange, car les temps ont changé et les mauvaises recettes de jadis peuvent tourner à la catastrophe aujourd’hui. N’est-il pas surréaliste de vouloir régenter militairement une Afrique revenue, quoi qu’on en dise, « au cœur des ténèbres », en la poussant à mettre sur pied en quelques mois une force armée de réaction rapide africaine ? N’y a-t-il pas quelque chose de délirant à vouloir jouer les gendarmes de l’Afrique, mettant de l’avant notre expertise militaire comme une sorte de service à vendre, avant de partir dans une expédition qui tourne au véritable fiasco ?

« Dans leur ensemble, les armées françaises n’y étaient pas très favorables », a dit Jean-Christophe Notin, un expert des opérations militaires extérieures françaises, au journaliste militaire Jean-Dominique Merchet : « L’opération a pourtant été décidée parce que les dirigeants politiques français espéraient renouveler le coup du Mali, qui a très bien marché, et qu’une partie de la hiérarchie militaire a pu considérer qu’elle connaissait bien la Centrafrique. » Or, insiste l’expert,

Ce pays n’est plus le même qu’il y a quinze ans ! A l’époque, (…) il suffisait de contrôler l’aéroport et l’ambassade de France, de s’assurer des bâtiments de la télévision et de sécuriser les grands axes. (…) Aujourd’hui, ce n’est plus du tout pareil ! Il y a la misère endémique, la dislocation de la société en rivalités ethniques et confessionnelles, la présence de groupes armés venus de l’étranger, l’effondrement de l’Etat.

J.-D. Merchet montre du doigt les spin doctors autour de Jean-Yves Le Drian et de François Hollande. « Ces spécialistes de marketing politique ont pris le pas sur les diplomates, les généraux et les hommes du renseignement » et « on sait où cela a mené Tony Blair à l’époque de la guerre d’Irak, ou l’hôte précédent de l’Elysée, avec l’intervention en Libye. L’Elysée le ressert aujourd’hui avec la Centrafrique. »

Premier fiasco, la France n’a pas vu venir la tentative des forces du président déchu, François Boziza, et des milices chrétiennes de prendre le pouvoir avant même que l’opération française n’ait commencé, le 8 décembre. Résultat : 450 morts à Bangui.

Fiasco ensuite des forces tchadiennes de la MISCA, la force d’interposition de l’ONU en Centrafrique, qui n’ont pas pu s’empêcher d’apporter leur soutien aux musulmans, alors que leur mission était justement de s’interposer entre eux et les chrétiens.

Troisième fiasco, Hollande avait prétendu que l’Europe paierait sa part de la facture. Or, le sommet de la défense des 19 et 20 décembre n’a rien décidé de tel, des délégations ayant même ironisé : « Un fonds pour les excursions de M. Hollande ? »

Aujourd’hui la France est dans la nasse. Pour J.-C. Notin, cette opération aux « buts mal définis », car il n’y a pas d’ennemi clair à combattre, mais des opposants à séparer, se terminera « au mieux en bourbier, au pire en retrait sans gloire ». Pour certains hauts gradés, il faudrait 5000 hommes, contre 1600 actuellement, pour s’imposer aux uns et aux autres. Mais a supposer qu’il s’agisse là de la bonne solution, d’où viendront les fonds ?

Retour aux « affaires »

Même sentiment de surréalisme par rapport au Partenariat économique que ce Sommet veut relancer, sur la base des 15 propositions phares d’ un rapport rédigé à la demande du Ministre des finances, Pierre Moscovici, par 5 personnalités, dont Hubert Védrine, ancien secrétaire général de François Mitterrand à l’Élisée.

Constat amer du rapport : le déclin massif des parts de marché de la France au sud du Sahara entre 2000-2011 (10,1 à 4,7 %), par rapport à celles de la Chine qui crèvent le plafond (2 % à 16 %). Est-ce la meilleure des motivations ? Rappelons cette déclaration de Pierre Moscovici d’octobre 2012 « en Afrique, la Chine ne nous fait pas peur ! » ; celle aussi de Jacques Attali, éminence grise de François Mitterrand, fin décembre à Europe 1 : « le XXIe siècle ne sera pas celui de la Chine, mais de l’Afrique" et « nos interventions en Afrique font partie d’un grand projet francophone ».

Bien sur, la France a de nombreux atouts et elle pourrait contribuer utilement au développement de l’Afrique ainsi qu’à son propre rayonnement. Parmi ces atouts, 100 millions de francophones en Afrique, une zone CFA de 14 pays ou la France et la Chine font jeu égale, de grandes entreprises fortement engagées en Afrique comme Total, Alstom, Schneider Electric, Sanofi.

Sommes nous en mesure de le faire aujourd’hui ? Nous disons "surréalisme", car le sauvetage du secteur financier en faillite suite à la crise de 2007, a laissé les caisses de l’État désespérément vides. C’est ce qui explique qu’au Sommet, François Hollande n’ait pas proposé des fonds publics pour catalyser ce Partenariat, mais la création d’une fondation publique-privée, concept qui explique l’odeur « à fric » qui émane de ce rapport.

Bien sûr, on sollicitera la Caisse des dépôts (CDC) et l’Agence française pour le développement (AfD) ainsi que l’Infrastructure Trust Fund européen pour financer des infrastructures, si urgentes en Afrique. Mais ces auteurs proposent aussi l’organisation d’un « grand forum d’affaires franco-africain » et ne rechignent pas à faire appel aux très libéraux Institut Montaigne et Institut de l’Entreprise ou même à l’Aspen, pour organiser cette nouvelle ruée française sur le continent.

Car il y a de l’argent à faire en Afrique, disent-ils. Elle n’est plus majoritairement dans le camp des miséreux ! Sa croissance annuelle de 5 % est le résultat d’une décennie 2000-2011 où les prix des matières premières – pétrole et produits agricoles – ont flambé, permettant aux États qui en possèdent, d’engranger de considérables recettes de l’exportation ; au point où l’épargne africaine se situerait à 900 milliards de dollars, où les transactions boursières ont été multipliées par 9 et la prise de contrôle d’entreprises (« private equity ») est en nette hausse ; au point où la classe moyenne, qui aurait doublé de 150 à 300 millions depuis 1990, est prête à consommer. Elle a même créé des fonds de pension ! C’est pour capter ces « flux » que le rapport veut encourager le « private equity » et la réorientation de l’assurance-vie et de l’assurance retraite vers l’Afrique.

Il y a aussi, bien entendu, un aspect réel à cette croissance, induite par des investissements physiques de la Chine, de l’Iran, de la Malaisie, de l’Inde et d’autres pays, ainsi que par une volonté nouvelle de l’Afrique de se développer. Mais en l’absence de réels États capables d’organiser leur souveraineté économique et d’assurer un développement des infrastructures, des capacités de production et des droits sociaux qui doivent aller de pair (éducation, santé et sécurité publique) le rapport avoue qu’il s’agit là d’« une croissance qui creuse les inégalités », que « la malnutrition et la mortalité maternelle et infantile n’ont que peu régressé » et que « 47 % des 15-24 ans étaient au chômage en Afrique subsaharienne en 2011 » !

Autrement dit, il y a des poches de croissance anarchiques, souvent financières, qui enrichissent certains, mais qui ne sont pas source d’un développement harmonieux pour l’ensemble des populations de ces pays.

Il faut donc, MM. Hollande et Le Drian, pour notre sécurité et celle de l’Afrique, vite éliminer l’hégémonie de la finance spéculative dans nos pays et là-bas, et remettre la reconstruction des nations à l’agenda.

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