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Syrie : courage et beauté contre la sauvagerie de la guerre

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De passage à Paris, après un long séjour de huit mois en Syrie, Ayssar Midani, chercheuse franco-syrienne très engagée dans le combat contre l’agression par les Occidentaux de son pays d’origine, était l’invitée de Solidarité & Progrès lors d’une conférence le 7 mai dernier, diffusée en direct sur notre site.

Ayssar Midani a, d’entrée de jeu, affirmé qu’elle prenait la parole en tant que Syrienne et Française, refusant que « son deuxième pays, la France, joue le rôle d’un pays oppresseur qui alimente le terrorisme en Syrie ». Elle a remercié les organisateurs, rappelant que les Occidentaux ont interdit la Syrie d’antenne, en notant combien ces réunions sont essentielles pour faire connaître la véritable situation de la Syrie.

Ahmed Manaï, ancien opposant tunisien qui a fait partie de la mission d’observation envoyée par la Ligue arabe pour enquêter sur la situation en Syrie (décembre 2011/janvier 2012), était aussi parmi nous ce soir là. Il a témoigné de la désinformation menée par les Occidentaux et leurs alliés suite à cette mission.

La Ligue arabe a envoyé une mission de 162 observateurs, tous d’un très grand niveau : hauts fonctionnaires, diplomates, généraux, tous pour la plupart appartenant à des pays vraiment hostiles à la Syrie. Pourtant, ces observateurs ont produit un rapport qui répondait aux quatre questions posées par la Ligue arabe et qui était en faveur de la Syrie. Et c’est pour cela qu’ils l’ont occulté, complètement enterré, et ils sont partis au Conseil de sécurité [de l’ONU] inciter les grandes puissances à attaquer la Syrie, comme ils l’avaient fait contre la Libye.

Ne boudons pas notre plaisir : Ahmed Manaï a aussi remercié la rédaction de Nouvelle Solidarité pour avoir été l’un des premiers journaux à donner la parole aux opposants tunisiens à Ben Ali !

Sauvagerie des djihadistes

Au cours d’une émouvante intervention, Ayssar Midani a évoqué l’horreur de cette guerre menée par les puissances occidentales contre la Syrie, par l’intermédiaire des hordes de djihadistes fanatisés qui, souvent sous l’influence de drogue – la Captagone, une amphétamine surpuissante – se livrent à des violences inouïes contre les populations. Mais elle a aussi mis en avant le courage héroïque du peuple syrien.

Les djihadistes se sont livrés à une destruction systématique du pays. D’abord des êtres humains, torturés, tués, découpés même devant leurs proches, pour appartenir à telle ou telle confession religieuse. Dans 17 villages au nord de Lattaquié, des familles entières ont été égorgées et découpées en morceaux. Les personnes étaient récupérées sur des camions, en morceaux. Des vagues de massacres ont eu lieu dans toute la Syrie, notamment à Deraa, et à Adrah, une technopole où travaillent des ouvriers, des techniciens et des ingénieurs.

En décembre 2013, un matin, 6000 terroristes armés ont débarqué dans cette ville, s’attaquant tout de suite à l’hôpital. Ils ont coupé la tête au médecin urgentiste de l’hôpital et l’ont accrochée devant la porte ; ils ont ensuite coupé celle de l’infirmier et ont joué au foot avec.

Le Syrie, un bon vouloir vivre ensemble millénaire

Ces violences visent le mode de vie unique au monde des Syriens, dit Ayssar Midani, très émue. La Syrie est un pays qui a 10 000 ans et qui a vu naître l’alphabet, la musique, les premiers traités de paix. 600 civilisations s’y sont succédé et ont donné naissance aux civilisations du monde entier. Aujourd’hui encore, il y a des villages qui parlent araméen, d’autres syrien. Toutes les communautés ont gardé leur culture mais vivent ensemble.

Les djihadistes s’en sont pris aussi à tous les signes de cette civilisation : les mosquées et les églises anciennes, les temples ; cette mémoire des Babyloniens, Chaldéens, Nabatéens, Phéniciens. Car c’est cela la Syrie.

De façon tout aussi systématique, ont été détruites toutes les infrastructures du pays : les silos à grain, les cultures agricoles, l’industrie. A Alep, grand centre industriel fournissant tout le Moyen orient, des usines ont été démontées et envoyées en Turquie par camion. De même pour toutes les structures liées à l’électricité, ainsi que les raffineries de pétrole. Les bandes armées d’Al-Qaïda ont mis la main sur le pétrole dans le nord-est de la Syrie et l’exploitent. La France l’achète à Al-Qaïda. Les récoltes ont été brûlées, ainsi que des forêts entières.

La beauté au secours de la résistance

Ayssar Midani a tenu à saluer l’héroïsme du peuple syrien face à cette terrible guerre. Héroïsme des pompiers qui se font tirer dessus alors qu’ils éteignent les incendies, des travailleurs de l’électricité et de l’eau aussi, qui réparent le matériel endommagé pour permettre aux populations d’en bénéficier à nouveau dans les plus brefs délais. Hommage à tous ces bras qui continuent à construire, alors qu’en même temps une destruction systématique se poursuit !

Malgré trois années de guerre féroce contre la Syrie, personne ne couche dehors. C’est dû à la grande solidarité et à l’unité du peuple syrien, qui existaient déjà mais qui se sont renforcées dans la douleur. Des milliers d’associations se sont créées spontanément pour s’aider les uns les autres. Elles ne fournissent pas que de l’aide matérielle, mais aussi de l’aide psychologique : des centaines de troupes de théâtre, des groupes de jeunes musiciens animent les centres d’hébergement créés par l’Etat. Là, tout le monde a ses paniers repas, ses visites médicales aussi. Les enfants ont été scolarisés là où ils sont. La rentrée scolaire a eu lieu, les livres sont arrivés, y compris dans les lieux dominés par ces hordes de sauvages.

Il y a aussi des centaines d’initiatives culturelles : des chants, des danses, des chorales mixtes se sont créés. Les gens chantent en se serrant les coudes : « nous reconstruirons la Syrie comme avant », « nous nous opposons à la laideur de cette guerre par la beauté, et à l’obscurantisme par la culture ».

Malgré tout, « la Syrie reste un pays où il fait bon vivre ». L’État soutient les denrées alimentaires principales : le pain, le sucre, le riz, le thé, le fioul et le gaz. Le pain est maintenu à 15 livres (7 centimes d’euro) ; il coûte 100 livres à l’État, qui le vend aux citoyens à 15 livres. De même pour les autres denrées.

Reconquête du territoire national

Ayssar Midani rapporte enfin une progression de l’armée. Celle-ci vient de reprendre Homs, lieu clé pour les djihadistes, et Alep serait aussi près de tomber. A Damas, il ne reste plus que Douma et Jobar, sous contrôle d’Al-Qaïda.

La chute de Homs révèle une fois de plus le laid visage de l’agression occidentale. Reprise par l’armée syrienne il y a quelques jours, un accord avec l’ONU a permis aux djihadistes de quitter Homs avec leurs armes, dans des autocars de l’ONU à vitres teintées et sous escorte de l’institution internationale. L’armée syrienne s’est engagée à ne pas les fouiller. 200 hommes armés sont sortis avec ce premier convoi.

Le débat avec la salle et par internet a été nourri. Toujours ces question révélatrices du matraquage médiatique : où est passé l’opposition légitime qu’il y avait au début ? Lorsque la paix sera revenue, redeviendrez-vous une opposante ? Comment être sûr que Bachar al-Assad n’a pas lui-même déployé des djihadistes pour apparaître comme le sauveur de la Syrie ?

Des questions compréhensibles, mais ô combien éloignées du tourbillon de sang et de fer qui menace d’avaler ce pays. Dans la salle aussi, un autre ancien dissident qui se retrouve aujourd’hui à militer pour la souveraineté de la Syrie, Majed Nehmé, directeur du magasine Afrique Asie.

Le témoignage d’Ayssar Midani en vidéo

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