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Syrie : quand la Poutinophobie aveugle notre politique étrangère

La rédaction
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Jean-Yves Le Drian avec le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson pour qui la Russie et la Chine représentent une menace bien plus importante que le terrorisme.

SYRIE : L’AVANCÉE DE SOTCHI…

Avant même que la rencontre de Sotchi n’ait eu lieu, l’affaire était pliée : « Syrie : les déconvenues de la Pax Poutina » (Le Monde du 30 janvier) ou « L’échec annoncé des pourparlers de Sotchi sur la Syrie » (Le Figaro du 30 janvier).

Si ça ce n’est pas des Fakes News ou plutôt des Fake Analyses… On n’est même plus dans la post-vérité, mais plutôt dans la pré-vérité ! Très fort !

Pour essayer de comprendre, nous reprenons ici quelques extraits de l’éclairage de Richard Labévière, ancien rédacteur-en-chef de RFI, publié le 5 février sur le site Proche et Moyen-Orient.ch.

Et pour que le message soit bien clair, Isabelle Lasserre – la poutinophobe la plus stupide du monde – affirme : « après avoir sauvé le régime de Bachar al-Assad, Moscou veut aujourd’hui transformer son succès militaire en succès diplomatique ».

Quel scoop ! Encore : « lancé en janvier 2017 par le Kremlin à Astana, au Kazakhstan, le processus diplomatique de Sotchi ressemble à une initiative destinée à concurrencer l’influence américaine dans la région et à remettre en cause les propositions occidentales de paix syrienne ».

Là, c’est encore plus fort parce que notre petit lapin qui vient de découvrir la neige commet deux Fake News majeures :

  1. lancé après la libération d’Alep en décembre 2016, le processus d’Astana porte exclusivement sur les questions militaires (zones de désescalade, échange de prisonniers, amnistie pour les groupes qui rendent les armes, etc.) et ne se confond pas avec celui de Sotchi, destiné à traiter les questions politiques (réformes constitutionnelles, gouvernement de transition, élections, etc.) ;
  2. il n’y a pas de « propositions occidentales de paix », mais bien un plan américain destiné à faire en Syrie ce qui a été fait en Irak et en Libye, à savoir un démantèlement du pays baptisé pudiquement « partition ou solution fédérale ».

Même tonalité le lendemain du sommet de Sotchi : « A Sotchi, la conférence sur la Syrie vire à la confusion ».

La presse parisienne s’en tient à résumer la réunion à quelques incidents protocolaires à propos de la présence des couleurs nationales syriennes dans le hall de l’aéroport et à quelques vociférations de provocateurs durant l’allocution du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov dont

Le Figaro nous dit quand même qu’il a « accusé la France, les Etats-Unis, la Grande Bretagne, l’Arabie saoudite et la Jordanie, de conduire une activité dissimulatrice en menant des négociations parallèles à cinq susceptibles de porter préjudice au processus de paix ».

Cette dernière affirmation est, par contre, parfaitement justifiée et confirmée de plusieurs manières : les 11 janvier à Washington et 23 janvier derniers à Paris, les cinq pays cités ont bien tenu rencontres et réunions destinées à « faire échec à Sotchi ».

Ce sont, en tous cas, les « éléments de langage » qui ont curieusement fuité de ces cénacles qui devaient, en principe, rester secrets !

Par ailleurs, plusieurs sources autorisées nous confirment que des diplomates britanniques et français ont fait le tour des popotes de l’opposition syrienne pour dissuader leurs responsables d’assister à Sotchi.

Plus précisément, on apprend que le diplomate français Franck Gellet – en charge du dossier syrien pour le Quai d’Orsay – a bien multiplié les rencontres avec des membres de l’opposition syrienne à Istanbul et au Caire pour les convaincre de repousser l’invitation de la diplomatie russe. Ce diplomate au passé cambodgien sulfureux aurait même distribué quelques compensations. Dans le genre faiseurs de paix, on fait mieux !

Alors, en dépit de ces différentes tribulations, que s’est-il vraiment passé à Sotchi ? Avec le soutien de l’Iran et de la Turquie, la diplomatie russe a voulu y réunir l’assemblée la plus inclusive qui soit en rassemblant quelque 1600 participants, ce mardi 30 janvier 2018. Sur fond de boycott, de querelles de drapeaux et sifflets, le Congrès du dialogue national syrien a bel et bien eu lieu, en présence de nombreux représentants des sociétés civiles et politiques syriennes ; celles-ci ayant ainsi l’opportunité d’exprimer toutes leurs divisions.

Parallèlement au processus de négociation des Nations unies qui se poursuit à Genève sous l’égide du diplomate Staffan de Mistura – qui a lui aussi participé au sommet de Sotchi – cette large réunion aura tout au moins permis la création d’un comité chargé de « rédiger un projet de réforme constitutionnelle », de reconfigurer l’armée nationale et les services de sécurité. « Le peuple syrien décidera seul du futur de son pays par des voies démocratiques (…), sans pression ou interférence extérieure », précise le communique final.

« L’important est de s’en tenir scrupuleusement aux principes contenus dans la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU. Seuls les Syriens devront décider de l’avenir de leur pays. Notre but était de réunir les conditions nécessaires à la tenue de ce congrès. C’est un premier pas, très important, et il a été couronné de succès », a indiqué Sergueï Lavrov à la presse, ajoutant que le Congrès de Sotchi a donné « une nouvelle impulsion au processus de Genève » sur le règlement de la crise syrienne.

Certes, le HCN (Haut comité des négociations, rassemblant l’opposition sous tutelle saoudienne) avait boycotté la réunion, mais plusieurs de ses membres étaient, malgré tout présents sur les bords de la mer Noire (Haytham Manna, Qadri Jamil, Ahmad Jarba, Mays al-Kridi, etc.).

Les blocages de la dernière réunion tenue sous l’égide de l’ONU à Vienne, n’ont certes pas favorisé la tenue de cette rencontre inédite. La participation kurde a elle-aussi été sciemment sabotée, même si les députés kurdes du parlement syrien étaient présents.

En effet, en annonçant – quelques jours avant Sotchi – la formation d’un contingent de 30 000 supplétifs kurdes, Washington appuyait résolument sur le bouton rouge d’une nouvelle intervention militaire turque !

Il est parfaitement clair que les Américains ont attendu la veille du sommet de Sotchi pour annoncer leur initiative de création d’une force kurde de 30 000 combattants, provoquant ainsi inévitablement une nouvelle intervention armée turque. Mais l’initiative était surtout destinée à empêcher les Kurdes de participer aux discussions de la mer Noire, alors que nombre d’entre eux étaient sur le point d’accepter… ce qui aurait été un succès diplomatique russe inacceptable pour Washington, explique un diplomate européen participant à la rencontre ; les Américains n’ont pas digéré leur défaite militaire en Syrie. Celle-ci est flagrante au point de voir aujourd’hui les forces spéciales américaines recycler d’anciens criminels de Dae’ch dans de nouvelles unités armées dites de ‘pacification’. Le film est connu et l’on se croirait revenu aux années 1990 lorsque la CIA, les services pakistanais et saoudiens fabriquaient Oussama Ben Laden et la nébuleuse de la Qaïda…

D’autres experts militaires confirment que Washington est en train de consolider les infrastructures de cinq plateformes interarmées le long de la frontière syro-turque, afin de pouvoir projeter hommes et matériels dans l’Est du pays. Cette nouvelle configuration militaire poursuit trois objectifs principaux :

  1. prendre durablement le contrôle des zones pétrolières de la région de Deir ez-Zor et ainsi pouvoir s’imposer dans la future reconstruction économique du pays (Business first) ;
  2. casser le mythique « couloir chi’ite » entre l’Irak, la Syrie et l’Iran qui affole tellement la Jordanie, l’Arabie Saoudite et Israël ;
  3. enfin, et malgré son cinglant revers militaire syrien, Washington n’abandonne pas son plan obsessionnel de morcellement, sinon de destruction de l’Etat national syrien.

Heureusement et, là-encore, malgré les pressions réitérées des puissances occidentales, le représentant des Nations unies pour la Syrie – Staffan de Mistura – a pleinement participé aux travaux de Sotchi. Il a estimé, mardi dernier, que le principal résultat de ces discussions était la déclaration annonçant la création d’un comité chargé de rédiger une nouvelle constitution pour le pays dans le cadre du processus de Genève dirigé par les Nations Unies.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a souligné trois points à propos de la Déclaration finale de Sotchi.

« Tout d’abord, elle partage une vision de la Syrie pour tous les Syriens ».

Deuxièmement, la Déclaration affirme qu’un Comité constitutionnel devrait être formé sous l’égide de l’ONU, conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité. Troisièmement, elle indique clairement « qu’un accord final sur le mandat, les pouvoirs, les règles de procédure et les critères de sélection pour la composition de ce Comité devait être atteint lors des pourparlers de l’ONU à Genève ».

En conclusion, le Secrétaire général d’ajouter : « il ne faut jamais oublier que les progrès vers un règlement politique doivent aussi s’accompagner de progrès sur le terrain ».

A cet égard, le patron de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a été très clair, soulignant à plusieurs reprises que les avancées passées des conférences d’Astana sur les questions militaires, comme celles de Sotchi sur les plans politiques, constitutionnels et administratifs, étaient destinés à « consolider » le processus de Genève.

Parfaitement à côté de la plaque et souvent en décalage par rapport à l’Elysée, notre ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s’est encore illustré en déclarant : « lancer une sorte de comité constitutionnel, de comité de suivi, cela ressemble fort à un processus parallèle. Pour être acceptable, Sotchi doit rester un événement unique ».

En quoi une telle déclaration est-elle susceptible de replacer la France dans le grand jeu proche et moyen-oriental ? La question mérite d’être posée et débattue malgré les certitudes idéologiques des petits marquis du Quai !

Ajoutons, pour ne pas conclure, que les travaux de Sotchi – occultés par une presse occidentale majoritairement aux ordres de Washington – ont abordé d’autres aspects tels que l’intégrité territoriale de la Syrie, notamment celui de l’occupation israélienne du plateau du Golan, sans omettre qu’aujourd’hui Tel-Aviv arme et soigne les terroristes de Jabhat al-Nosra (c’est-à-dire al-Qaïda) engagés dans cette région.

Lire la suite sur le site Proche et Moyen-Orient.ch

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  • BONIN Stéphane • 12/02/2018 - 19:32

    Et Israël qui passe son temps à violer l’ espace aérien de ces voisins...........et qui ne supporte pas qu’ ils en fassent de même . Ben voyons sieur Nétanyahou !

    Répondre à ce message

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