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UBS : quand même les actionnaires demandent la séparation de la banque

La rédaction
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UBS serait-elle le talon d’Achille helvétique ? Le géant bancaire collectionne en effet les scandales. Une nouvelle plainte vient d’être déposée par l’Etat de l’Illinois contre celui-ci ainsi que contre Crédit suisse et une dizaine d’autres banques, dont BNP Paribas. On reproche à ces banques d’avoir trafiqué pendant des années le marché des CDS (couvertures de défaillance), renchérissant ainsi les prix pour les investisseurs.

Après la condamnation d’UBS à une amende de 1,4 million de francs suisses pour son rôle dans la manipulation des taux du Libor, cette nouvelle plainte montre l’étendue de la culture du mensonge et de la manipulation qui domine depuis de nombreuses années UBS comme le reste de la planète bancaire et financière.

Et encore, ne s’agit-il que de la partie émergée de l’Iceberg. Dans l’un de ses derniers articles « Les banques ont pipé les dés » Myret Zaki, de la revue Bilan, va encore plus loin en dénonçant le mythe de l’efficience des marchés et montre que tous les instruments financiers sont truqués et manipulés depuis des années et des années.

Alors, oui, la culture du mensonge n’est pas propre à UBS, mais il se trouve qu’UBS, bien plus encore que d’autres méga-banques est en quelque sorte « consubstantielle » au destin de la Suisse avec tout ce que cela implique. Une banque dont les actifs représentent près de cinq fois le PIB de la Confédération et qui a dû être renflouée à hauteur de 6 milliards de francs suisses sur les fonds publics est une bombe à retardement qu’il faut désamorcer.

Pour autant, il n’est pas sûr que ces considérations soient celles qui aient poussé Eric Knight, du fonds d’investissement américain KnightVinke Asset Management, à demander la séparation en deux de la banque UBS entre, d’un côté, les activités de gestion de fortune et, de l’autre, les activités spéculatives liées à la banque d’investissement.

La lettre ouverte qu’il a rendue publique le 2 mai dernier, alors qu’allait se tenir l’Assemblée générale d’UBS, est celle d’un actionnaire institutionnel qui estime que « La banque d’investissement est un business très risqué et ces risques représentent une menace sérieuse pour la gestion de fortune d’UBS et pour son réseau bancaire en Suisse » or, pour tout actionnaire qui se respecte, l’objectif se résume d’abord et avant toute chose aux profits, surtout après de longues années de crise bancaire.

Aussi en arrive-t-on à ce paradoxe aussi intéressant qu’improbable : l’intérêt privé des actionnaires serait-il, pour une fois, compatible avec l’intérêt général ? La mauvaise gestion d’UBS rend la Suisse vulnérable et il serait politiquement impossible de demander aux contribuables de renflouer la première banque helvétique une nouvelle fois. C’est sans doute dans ce contexte – et en gardant à l’esprit les fortes pressions de l’Union européenne à l’égard de la Suisse – qu’il faut s’expliquer la directive « à la chypriote » passée récemment par la FINMA prévoyant, en cas de faillite d’une banque, de prélever directement sur les comptes des déposants détenant plus de 100.000 francs suisses l’argent nécessaire au renflouement de celle-ci.

Soyons clairs, si jamais une telle défaillance devait jamais se produire et que cette directive soit appliquée, s’en serait fini de la Suisse en tant qu’Etat-nation indépendant puisque – entre autres choses – elle rejoindrait immédiatement le peloton des pays membres de l’UE qui ont imaginé et mis en place ce type de dispositif à l’égard de Chypre avant de prévoir son extension à l’ensemble des pays de l’Union.

Axel Weber, ex-président de la banque centrale d’Allemagne et président d’UBS depuis 2012 a virulemment rejeté la proposition de M. Knight. Pourtant, la réorganisation en profondeur qu’avait annoncé Sergio Ermotti, le directeur général de la banque, se traduisant notamment par la cession de nombreuses activités risquées, pouvait faire croire que l’on entrait dans une nouvelle ère et que l’on renouerait avec une pratique plus proche de la « philosophie » bancaire helvétique, qui n’a jamais été la même que celle de la City de Londres.

Quand même des actionnaires demandent la séparation en deux des banques selon le modèle du Glass-Steagall et que cette séparation s’impose comme une nécessité pour l’intérêt général et institutionnel d’un pays, alors il ne faut pas attendre plus longtemps. L’intérêt fondamental de la Suisse est de mettre en place le Glass-Steagall dans les plus brefs délais et de préparer une reconversion de son industrie financière vers l’économie physique réelle.

Tout bon gestionnaire de fortune devrait avoir pour intérêt de donner pour assise à son activité un développement de l’économie réelle, du moins là où il opère.

Source : blog d’Odile Mojon

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