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Comme l’Ukraine, rejoignons la dynamique eurasiatique

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1961

L’Accord d’association (AA) entre l’Ukraine et l’UE, suspendu le 21 novembre 2013, aurait signifié la mort de la Politique agricole commune (PAC).

Le refus de l’Ukraine de poursuivre son intégration dans l’UE lui a non seulement évité le destin de simple « appendice agricole » de l’UE, comme l’a qualifié Vladimir Poutine, il a aussi empêché, pour le moment, la dérégulation violente de l’agriculture très productive de l’Europe de l’Ouest et de l’agriculture française en particulier.

Le citoyen averti d’Europe de l’Ouest ne doit pas être dupe des images des médias occidentaux, montrant les bons Ukrainiens pro-européens se battant contre les méchants russes qui veulent remettre la main sur ce pays. Car la crise que vient de vivre l’Ukraine n’est que la dernière tentative de certains cercles atlantistes de poursuivre la Guerre froide, en réduisant la Russie à son expression la plus minime, en obtenant sa capitulation au système d’empire supranational qu’ils ont adopté à la chute du mur de Berlin.

Sachant ce que l’Ukraine représente historiquement pour la Russie, ces réseaux avaient beaucoup misé sur le Partenariat oriental lancé par l’UE pour décrocher l’Ukraine de son allié de 340 ans et l’arrimer à l’Occident. Les négociations sur l’AA avec l’Ukraine remontent en fait à 2007. Pas moins de 6 ans de négociations ont donc été jetés aux orties par la décision ukrainienne !

Ce que les Anglo-américains n’avaient pas obtenu par les armes, ils comptaient l’obtenir via ce traité.

L’accord d’association UE/Ukraine

« Vous voulez savoir pourquoi l’Ukraine n’a pas signé l’accord d’association ? Lisez-le ! » a dit Poutine, au beau milieu de la crise. Que demande cet accord ? Une réforme en profondeur de l’Ukraine dans tous les domaines – politique, économique, social – sur le modèle de l’UE et de la Banque centrale européenne, et ce alors que l’UE n’a jamais tenu ses promesses de croissance et sombre aujourd’hui, en raison de sa crise bancaire, dans des politiques d’austérité meurtrières contre ses populations !

L’Ukraine aurait dû adopter toutes les réformes libérales de l’UE, en commençant par assurer « l’indépendance de la Banque nationale d’Ukraine », privant ainsi l’État du seul instrument lui permettant de mener une politique économique nationale. En stipulant que les États doivent réduire la pratique de « fixer des prix » à la consommation, c’est aux subventions du prix du gaz à la population pauvre et aux entreprises que s’attaque le traité. Enfin, une mesure qui aurait une importance particulière en cas de décision par l’État de permettre la vente de terres, qui reste interdite en Ukraine, les parties s’engagent à «  développer des règles ouvertes, compétitives et transparentes pour les privatisations ».

Le libre-échange tue en Ukraine et en Europe

C’est le traité de libre échange qui accompagne cet accord, le DCFTA, qualifié par l’UE du « plus ambitieux accord bilatéral » jamais signé par elle, dont l’effet aurait été rapidement dévastateur pour les deux signataires. Le chapitre 1 annonce, en effet, que « la vaste majorité de tarifs douaniers seront éliminés aussitôt l’accord entré en application ». « Globalement, l’Ukraine et l’Union européenne élimineront respectivement 99.1% et 98.1 des tarifs ».

Quel aurait été l’impact de ces mesures sur ces deux zones économiques de niveaux socio-économiques totalement inégaux ? Le traité stipule que, « pour les biens industriels, le calendrier de libéralisation prévoit la levée immédiate des tarifs existant sur la plupart des biens » et que « les deux côtés libéraliseront pleinement leurs échanges de produits industriels, l’Ukraine réduisant ses tarifs sur les machines et les équipements ». Ces mesures condamneront l’Ukraine à n’être qu’un exportateur de matières premières, car bien qu’elle ait un riche potentiel en chercheurs, centres de recherche appliquée et production de machines-outils, ces produits ne pourront pas faire face aux produits européens, moins chers en raison d’une technologie plus avancée. Les entreprises ukrainiennes auraient sombré, pour être reprises par des entreprises européennes.

Quant aux produits agricoles, « des concessions ambitieuses ont été faites, tenant compte de différentes sensibilités. Ainsi, des quotas libres de tarifs ont été accordés à l’Ukraine pour les céréales, le porc, le bœuf, la volaille (...). L’agriculture ukrainienne bénéficiera le plus des coupes dans les tarifs ». Les conséquences de l’ouverture totale des frontières aux produits agricoles ukrainiens dans des conditions où les coûts de production sont moitié moindres en Ukraine, auraient été catastrophiques pour la France, premier producteur agricole européen, mais aussi pour toute la Politique agricole commune (PAC).

Un big-bang dérégulationniste

On ne peut comprendre l’impact de ces mesures si on ne tient pas compte de deux autres évolutions. D’abord le fait que pendant qu’on négociait les termes de ce vaste accord de libre échange, les cartels financiers et de l’agro-alimentaire internationaux travaillaient d’arrache-pied à faire de l’Ukraine un géant de l’exportation mondiale de céréales et autres produits alimentaires, capable de concurrencer les meilleurs producteurs de l’UE, chez eux et dans leurs marchés à l’exportation au Moyen Orient et en Afrique du Nord. Ensuite, le Traité de Libre Echange en négociation avec les Etats-Unis.

Prises en tenailles entre l’ouverture à l’Est, avec l’Ukraine, et à l’Ouest, avec le Traité de libre-échange transatlantique, c’est un véritable big-bang dérégulationniste que les populations de l’Union européenne auraient subi, après avoir déjà été victimes de la dérégulation financière totale provoquée par le big-bang de Londres, sous Margaret Thatcher en 1986, à l’origine de la crise financière actuelle.

L’Ukraine a su dire non à ces conditions scandaleuses. Et nous ?

L’Ukraine
Appendice agricole de l’UE ou puissance industrielle ?

Alors que l’Union européenne négociait avec l’Ukraine une ouverture quasi-totale de ses frontières, une poignée d’institutions financières internationales (FAO, BERD et Banque mondiale), des investisseurs internationaux privés, les cartels de l’agro-alimentaire et les traders se ruaient en Ukraine pour en faire un très gros exportateur mondial de céréales et d’autres produits alimentaires.

Bien sûr, il faut augmenter la production mondiale de nourriture : nous serons 9 milliards d’individus sur la planète en 2050. Bien sûr, les terres de l’Ukraine sont particulièrement riches ! Avec 32 millions d’hectares de terres arables, dont 70 % des terres les plus riches de la planète, les célèbres terres noires tchernoziom, l’Ukraine grenier à blé de l’Union soviétique a pleinement le droit de reprendre sa place aujourd’hui parmi les plus gros producteurs mondiaux. Sa production s’était effondrée de 50 % après la chute du Mur, mais depuis les années 2000, elle s’est rétablie.

Tout cela paraît très bien à première vue ! Le problème est qu’il ne s’agit pas là, pour la cohorte mentionnée plus haut, de créer les conditions d’une meilleure alimentation mondiale et d’un développement harmonieux de l’Europe et de l’Ukraine, mais plutôt d’engranger d’énormes gains financiers à moyen terme.

Sur quoi misent-ils ? D’abord sur la privatisation à venir des terres ukrainiennes. La loi de réforme de 1999 a mis fin à la plupart des fermes collectives héritées de la période soviétique (kolkhozes et sovkhozes), en donnant à quelque 7 millions de paysans un lopin de terre de moins d’un hectare à 5 ou 6 hectares. Réduits à 4 ou 5 millions depuis, ce sont eux qui produisent entre 60 et 80 % du lait, 90 % des pommes de terre et des légumes consommés par le monde rural et la plupart de la population. A ceux-là il faut ajouter 42 000 exploitations familiales d’une taille allant de 50 à plusieurs milliers d’hectares. Mais ce qui intéresse surtout nos financiers, ce sont les 15 000 très grandes propriétés, allant de plusieurs milliers à des centaines de milliers d’hectares, qui se sont constituées sur les décombres des kolkhozes. 70 d’entre elles sont de très grosses exploitations céréalières, les agro-holdings. Ce sont elles qui assurent les grandes cultures d’exportation : céréales et oléagineux.

Grâce aux investissements occidentaux, l’Ukraine est devenue, depuis la récolte 2008-2009 qui a atteint un record de 53 millions de tonnes de céréales, 1er exportateur mondial d’orge (pour les brasseries notamment) et de tournesol, 2e de colza (entièrement exporté vers l’UE pour les agro-carburants), 4e de maïs, 6e de blé et l’un des 10 principaux producteurs mondiaux de volaille.

Gros problème pour ces investisseurs, cependant, la terre ukrainienne n’est pas à vendre, elle ne peut être que louée. Tous espèrent cependant qu’en 2016, l’État décidera de lever l’interdiction de vente. Nul doute cependant qu’en cas de privatisation, dans le contexte d’une ouverture des marchés entre l’UE et l’Ukraine et d’une transformation de l’Ukraine en « économie de marché pleinement fonctionnelle », celle-ci deviendrait réellement un Eldorado pour ces capitaux qui pourraient alors avaler grosses et petites exploitations, toutes affamées de capitaux et ayant besoin d’investir massivement pour se moderniser !

Une agriculture low cost

Autre facteur sur lequel misent ces investisseurs, l’énorme différentiel des coûts de production entre l’agriculture ukrainienne et celle de l’UE. En Ukraine, ces coûts sont de 80 euros la tonne ; en France, premier producteur de l’UE, ils atteignent 160 euros. La différence est due à la qualité des intrants et des semences, à la recherche et développement, à l’équipement et aux infrastructures modernes, à la main-d’œuvre qualifiée et à la protection sociale inexistante en Ukraine : un prix de soutien bon an mal an, retraites, sécurité sociale. C’est la plus haute densité énergétique de cette agriculture, par rapport à l’ukrainienne qui manque de tracteurs et de moissonneuses-batteuses et dont la moitié des silos sont inutilisables, qui garantit à la France des rendements de 65 à 70 quintaux l’hectare, contre seulement 20 à 30 pour l’Ukraine.
La fertilité des sols et la régularité des résultats permettent aux experts de dire aujourd’hui que l’Ukraine pourra, d’ici 2020, produire 100 millions de tonnes (mt) de céréales et autres productions végétales, dont 60 mt pour l’exportation. Pour apprécier les conséquences de cette situation, notez que la France produit actuellement 70 millions de tonnes de céréales.

Attirés par ces chiffres comme les mouches par le miel, les capitaux étrangers se ruent sur les agro-holdings, tout comme les « oligarques » russes ou locaux. Parmi ces derniers, Harv East (220 000 ha) et Uklandfarming (500 000 ha) ainsi qu’Avantgard, l’un des premiers producteurs d’œufs mondiaux. 82 % d’agro-holdings seraient encore entre les mains des Ukrainiens. Les groupes étrangers les plus importants sont l’américain NHC (400 000 ha) et le russe Ukrainian Agrarian investments (260 000 ha). Agro-génération, du français Charles Beigbeder, désormais en joint-venture avec l’américain Harmelia, possède 120 000 ha. Les fonds de retraites danois et suédois y sont présents aussi, tout comme quatre groupes danois gros producteurs de volaille, déjà en concurrence avec l’Union européenne. Les Chinois viennent de négocier en septembre, la location de 100 000 ha qui pourraient ensuite devenir 3 millions !

Et les traders

Enfin, dans cette cohorte, n’oublions surtout pas les traders, les grandes compagnies de négoce internationales : Glencore, Dreyfus, Cargill, Bunge, parmi d’autres qui, à leur habitude, ont repris du service au port d’Odessa, pour prendre leur pourcentage dans ce juteux commerce de la mer Noire, en construisant des silos pour stocker les céréales et en assurant les exportations. Dreyfus annonça en octobre dernier la création d’un terminal multi-usages, et l’an dernier, Glencore a pris une participation de 50 % dans un terminal russe, avec l’ukrainien Kernel.

Inutile de dire que le traité de libre-échange Ukraine/UE aurait grandement facilité l’arrivée en masse de ces produits dans l’UE, provoquant un effondrement des prix et des faillites. Dans tous les domaines, mais notamment chez les producteurs de volaille déjà en concurrence avec l’Ukraine sur les marchés d’exportation du Moyen-Orient, comme on l’a vu dans la récente crise bretonne. Selon des experts, les domaines dans lesquels l’UE avait accordé des conditions particulièrement avantageuses à l’Ukraine étaient précisément la volaille et les oléagineux.

Un pool de céréaliers de la mer Noire

La France est-elle menacée par l’émergence du géant ukrainien ? Oui, répondent les experts. Même si l’accord UE/Ukraine n’a pas été signé, la compétitivité de l’Ukraine est telle qu’elle finira par s’imposer. Alors, que doit faire la France ? Rejoindre la cohorte en Ukraine, comme le conseillent ceux qui s’accommodent de la loi de la jungle ?

La Russie et l’Ukraine viennent de signer un accord pour lancer un pool de producteurs céréaliers de la mer Noire (22 % de la production mondiale) : Russie, Kazakhstan, Ukraine. Cette initiative, qui verrait le jour dans quatre mois, va de pair avec les efforts russes pour constituer une Union eurasiatique. Une Europe des nations, une France avec un de Gaulle à sa tête, auraient préféré négocier avec ce groupement, au nom des intérêts des populations et des nations souveraines, plutôt que de chasser en meute avec les cartels.

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