22 mai 2009 (Nouvelle Solidarité) — À moins d’une forte mobilisation pour défendre la production, la profession de producteur de lait risque de disparaître rapidement en France.
Si, il y a un an, le prix du lait en rayon augmentait dramatiquement pour le consommateur, pour les producteurs, le processus fut inversé. Le gouvernement français se faisait alors le défenseur de la sécurité alimentaire dans le monde et ne ratait pas une occasion pour souligner l’importance de l’agriculture. Cependant, sous pression de la Commission européenne, il imposait la dérégulation des marchés agricoles.
Le prix du lait n’a jamais autant fluctué. Pourtant, depuis 1936, suivant en cela l’exemple d’Henry Wallace, le ministre de l’agriculture de Franklin Roosevelt, une interprofessionnelle rassemblait industriels, coopératives et producteurs de lait, qui, ensemble, fixaient le prix.
C’est en avril 2008, sous pression de Bruxelles, que la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a décrété illégale cette interprofessionnelle accusée d’ententes illicites et de violation du sacro-saint principe de libre concurrence.
Cette dérégulation a permis, notamment aux entreprises fromagères, de fixer les tarifs à leur guise. Personne, cependant, ne s’attendait à une telle chute des prix : De 305 euros en avril 2008, la tonne de lait passe à moins de 210 euros en avril 2009, soit une baisse de 30% !
« A valeur constante, le prix payé en avril est le même que celui de 1969, c’est-à-dire 1,38 francs le litre », constate Arnold Puech d’Alissac, président de l’Union syndicale agricole de Seine maritime. Mais qui pourrait vivre aujourd’hui avec le SMIC de 1969 ? Les producteurs voient leur marge de profit s’évaporer et se retrouveront rapidement acculés à la faillite.
Rajoutons à cela que la grande distribution ne se prive pas d’importer des denrées produites hors UE. Résultat : le consommateur ingurgite des produits laitiers impropres à la consommation et pendant que nos producteurs essayent de se faire entendre en déversant leur lait devant les préfectures, près de la moitié du lait de consommation courante provient de pays de l’Empire britannique, en particulier de Nouvelle Zélande et d’Australie.
Il est donc urgent de rétablir des mécanismes de marché, aussi bien à l’échelle européenne qu’au niveau mondial. En Europe, ça commence par un retour à la « préférence communautaire », un des piliers de la Politique agricole commune. C’est bien cela que nous appelons un « Nouveau Bretton Woods ».











