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Les leçons des émeutes de Baltimore

La rédaction
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Crédit : Reuters

Debra Hanania-Freeman, est médecin et militante de longue date du Comité d’action politique de Lyndon LaRouche (LPAC).

Le 1er mai, Marylin Mosby, procureur général de l’Etat du Maryland, annonça l’ouverture de poursuites judiciaires à l’encontre des six policiers accusés d’avoir causé le 19 avril la mort de Freddie Gray, un jeune Noir de 25 ans. Plaqué au sol lors de son arrestation et bringuebalé sans ménagement lors d’un voyage éclair vers le commissariat, Gray meurt une semaine après son interpellation, la colonne vertébrale gravement sectionnée au niveau des cervicales.

Avant d’annoncer les chefs d’inculpation, la Procureure déclare :

A la population de Baltimore et à ceux qui manifestent à travers tout le pays : j’ai entendu votre voix disant ‘pas de justice, pas de paix’. La paix est vraiment nécessaire à l’heure où je travaille à rendre justice à ce jeune homme. A vous tous qui êtes furieux, blessés ou qui avaient vécu la même injustice de la part d’agents de la force publique, je vous demande de canaliser votre énergie pacifiquement. Aux policiers de la ville, qu’ils comprennent que l’inculpation de ces six policiers n’implique pas une mise en accusation de toute la police.

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Marilyn Mosby, procureure de l’Etat du Maryland.

Et elle parle en connaissance de cause. Nommée en janvier, Mosby est une « afro-américaine » qui a été éduquée par une mère célibataire dont la mère, le grand-père et les oncles ont tous été agents de police à Baltimore. Sa déclaration, bien reçue par les élus et les responsables sociaux et religieux, a ramené le calme dans les quartiers après six jours de pillage et d’émeutes. La famille Gray y a vu un premier pas pour obtenir justice pour Freddy, dont le seul crime semble avoir été d’avoir "regardé" les policiers.

Pour comprendre pourquoi le cas Gray et l’affaire de Ferguson provoquent de tels remous, il faut se demander comment les grandes villes américaines en sont arrivées là. Car ce qui est en cause, en fin de compte, n’est pas une simple question de comportement policier, mais la conception que toute une société se fait de l’être humain. Et c’est un débat qui fait rage depuis la fondation des États-Unis.

Bien que l’aspect racial soit indéniable, le fait même que cet incident se soit produit à Baltimore indique clairement que l’enjeu fondamental est ailleurs. Car Baltimore n’est pas le Ferguson du Missouri. Le maire de la ville, le procureur, la majorité du Conseil municipal et le chef de la police, ainsi que la moitié des policiers, sont des Afro-américains.

Depuis quarante ans, Baltimore, comme toutes les grandes villes industrielles américaines, subit la politique de désindustrialisation imposée par Wall Street. Cette politique a fait naître des quartiers où règnent la drogue, le crime et les épidémies résultant des allers-retours constants d’une population carcérale qui véhicule l’hépatite, le HIV et des formes de tuberculose résistant aux traitements disponibles. Les habitants de la ville appellent ces quartiers les « Death Zones » (zones de mort).

Les origines

Il n’en fut pas toujours ainsi. Au début du XVIIe siècle, le port de Baltimore, a douze miles de la baie de Chesapeake, occupait une place centrale pour les premiers colons. Au fur et à mesure que la nation grandissait, l’importance de Baltimore en termes d’industrie, de commerce et de navigation croissait. C’est là que le premier chemin de fer d’Amérique a vu le jour, avec des connections ferroviaires vers l’ouest, le nord et le sud.

C’est là aussi que s’est jouée la bataille féroce entre l’élite révolutionnaire de New York, qui élabora sous la présidence de Washington la Constitution fixant la mission de la nation, et les esclavagistes du sud.

Lors de la fameuse bataille de 1814, ce sont les habitants de Baltimore qui, mobilisés derrière les canons de Fort McHenry, infligèrent une défaite humiliante à l’armada britannique. Et c’est lors de cette bataille que Francis Scott Key composa ce qui deviendra l’hymne national.

Moins de cinquante ans plus tard, alors que les pro-esclavagistes se sont emparés de la ville, on doit pointer les canons de Fort McHenry sur la ville afin d’assurer le passage du train amenant le président Lincoln à sa cérémonie d’inauguration.

Poumon industriel

Après la guerre de Sécession, le système américain d’économie politique redevient dominant. En 1887, les aciéristes de Pennsylvanie ont développé un vaste complexe sidérurgique à Sparrows Point, une presqu’île au sud-est de Baltimore. Approvisionnée en minerais par bateau, l’usine produit jusqu’à 3500 variétés d’acier. Racheté par Bethlehem Steel, le site de Sparrows Point produit, lors de la Deuxième Guerre mondiale, plus de 17 millions de tonnes d’acier. Lorsque Roosevelt lance sa politique d’« arsenal pour la démocratie », Baltimore emploie 260 000 personnes dans l’industrie, dont 77 000 dans la construction navale, 50 000 dans l’usine de General Motors ré-outillée pour l’aéronautique et 29 000 dans le complexe sidérurgique de Sparrows Point.

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Site sidérurgique de Sparrows Point, ancien cœur industriel de Baltimore.

Toute cette activité fait de la ville un véritable aimant. Comme les populations allemande, polonaise, irlandaise et italienne abandonnant les mines de charbon de Pennsylvanie, des milliers d’Afro-américains, quittant le sud rural, gagnent Baltimore pour y trouver des emplois bien rémunérés dans l’industrie. Un seul salaire suffit en effet pour entretenir une famille et acquérir une maison.

Mieux encore, une véritable culture de production industrielle permet aux jeunes de se former à la métallurgie ainsi qu’à d’autres sciences et technologies. C’est cette culture qui prévaut dans l’après-guerre, incarnant l’identité de la ville.

La spirale de la chute

Et puis tout bascule. La désindustrialisation de Baltimore démarre dans les années 1970 avec la baisse de la production d’acier, de voitures et de bateaux. Cette ville qui fut le cœur de l’innovation industrielle depuis la Révolution américaine, se transforme progressivement en coquille vide. Elle tombe en décrépitude et perd plus d’un tiers de sa population. Parmi les emplois préservés, 90 % concernent les services, le tourisme et le centre hospitalier John Hopkins, aujourd’hui premier employeur de la ville.

La plupart des gens survivent de petits boulots dans les loisirs, la restauration ou comme concierge. Selon les dernières statistiques, 30 % des familles sont dirigées par des mères célibataires, vivant dans les zones ouvrières désaffectées où la majorité des adultes sont des Noirs au chômage ou n’ayant jamais travaillé. C’est incontestablement la population noire qui est la première touchée. Selon le Baltimore Sun, la violence policière y est brutale et habituelle. Rien que pour les quelques cas portés devant les tribunaux l’année dernière, 5,7 millions de dollars ont dû être payés en réparations. Et ceci dans la ville où la banque Wells Fargo a été condamnée à plusieurs millions de dollars d’amende, afin d’échapper aux poursuites pour avoir accordé des prêts immobiliers à des gens n’ayant aucun moyen de les honorer.

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Baltimore : taux de chômage par quartier.
Crédit : http://www.bniajfi.org

Dans le quartier de Sandtown-Winchester, où Freddie Gray a grandi, l’espérance de vie est de 69,7 ans, autant qu’en Irak ou au Kazakhstan. Selon un recensement de 2010, plus de la moitié des familles devait s’en tirer avec un revenu inférieur à 25 000 dollars par an. Le taux de chômage y est le double du taux moyen relevé à Baltimore, pourtant déjà l’un des plus élevés des États-Unis.

Une récente étude démontre que le quartier de Sandtown-Winchester possède le plus grand nombre d’habitants incarcérés. Moins de la moitié des étudiants admis en enseignement supérieur en sortent avec un diplôme. Bien avant son voyage mortel dans la voiture de police, Freddie Gray avait engagé avec sa sœur un procès contre la ville. Logés dans des immeubles violant les normes, ils avaient été victimes de saturnisme à cause des peintures au plomb.

Il y a 35 ans, les Etats-Unis, en termes d’espérance de vie et de mortalité infantile, étaient en treizième position sur la liste des 34 pays industrialisés de l’OCDE. Aujourd’hui, elle est en 29e position. Alors qu’en 1980 la mortalité infantile y était au même niveau qu’en Allemagne, aujourd’hui, elle atteint le double !

Un rapport du Conseil national de la recherche et de l’Institut de la médecine affirme que « pour l’ensemble des indices sur la mortalité, la survie et l’espérance de vie, les Etats-Unis sont au plus bas ou presque, de l’ensemble des pays riches. »

La seule chose positive à tirer de la tragédie de Freddie Gray est peut-être le fait que certains leaders américains ont été obligés de faire face à la réalité. Beaucoup préfèrent réduire le problème au racisme, ou, comme l’a fait Hilary Clinton, à la réforme judiciaire. Certes, ce sont des sujets qui nécessitent un débat. Cependant, ce qui est plus intéressant, c’est que cette tragédie pose des questions de fond.

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L’ancien gouverneur de l’Etat de Maryland Martin O’Malley en discussion avec les habitants de Baltimore le 28 avril.
Crédit : Associated Press

Avant d’envisager une candidature présidentielle, Martin O’Malley fut maire de Baltimore et gouverneur du Maryland. En apprenant la mort de Freddie Gray et les émeutes qui s’ensuivirent, il ajourna aussitôt sa tournée en Irlande pour rentrer d’urgence à Baltimore. Avant d’aller rencontrer la population, il a déclaré :

L’immense colère qui a éclaté au cœur de notre ville – dont les images ont fait le tour du monde – a rappelé à tous une vérité très dure. Cette vérité, nous devons l’affronter en tant que nation. Car c’est une vérité qui menace l’avenir de nos enfants. C’est la réalité qui ronge le cœur de l’Amérique et le rêve américain que nous partageons. Cette dure vérité est la suivante : un nombre croissant de nos concitoyens des villes américaines ont le sentiment qu’on ne les écoute pas, qu’on ne les voit pas, qu’on ne les reconnaît pas – que leur vie ne sert à rien. Ce n’est pas un simple problème policier en Amérique. Il s’agit de tout ce qu’être américain est supposé vouloir dire.

Comme le disait un jour Martin Luther King : ‘l’émeute est le langage des sans voix’. Et cette semaine, les gens de notre ville et de tout le pays ont été forcés d’écouter. Écoutez la colère des jeunes Américains qui entrent dans l’âge adulte sans la moindre perspective de moyens de subsistance ni de succès. Écoutez les craintes des jeunes sans le moindre espoir de trouver un job d’été, sans même parler d’un emploi permettant de nourrir une famille. Écoutez le cri sourd des cœurs vides de ces garçons américains qui sentent que l’Amérique les a oubliés, que l’Amérique se fiche de ce qu’ils vont devenir, qu’elle préfère regarder ailleurs et qu’il disparaissent derrière les barreaux.

Détrompez-vous, la colère qu’on a vue à Ferguson, à Cleveland, à Staten Island, dans le Charleston du nord et dans les flammes de Baltimore, ne se limite pas à la brutalité policière. Il s’agit d’un héritage racial qui voudrait que la vie d’un Noir ait moins de valeur – que sa mort découle du geste d’un policier ou d’un autre jeune Noir.

Le vrai problème, c’est la baisse des salaires et le manque de perspectives qu’offre notre pays. Le vrai problème, c’est la brutalité d’un système économique qui dévalue le travail humain, qui dévalue le potentiel humain et la vie humaine. Le vrai problème, c’est lorsque nous mentons à propos du rêve américain en faisant passer les intérêts des plus aisés et des plus puissants avant le bien-être du plus grand nombre. La pauvreté extrême est extrêmement dangereuse. Le problème n’est pas simplement la présence policière ou la question raciale.

Lors de son passage sur la chaîne NBC lors de l’émission Meet the Press, O’Malley, qui a fait du rétablissement de la loi Glass-Steagall (séparation des banques) la mesure phare de sa campagne, a déclaré : « Regardez la structure de notre économie. Regardez comment nous délocalisons les emplois et les profits et la façon dont nous échouons à investir dans nos infrastructures et nos villes. Nous créons ces conditions, et en tant que nation, nous sommes certainement capables de faire mieux. »

Il faut une nouvelle présidence

O’Malley, qui comprend de toute évidence le problème, doit maintenant mettre sur la table une solution détaillée. Comme le suggère l’économiste américain Lyndon LaRouche, il faut former une « équipe présidentielle » capable d’alimenter le débat. L’appel de O’Malley à rétablir le Glass-Steagall en est déjà une expression ; les attaques contre Wall Street de la part de la sénatrice démocrate Elizabeth Warren en sont une autre. Pointer du doigt la désindustrialisation et la pauvreté est essentiel, mais il faut aller plus loin. Si l’on ne propose pas rapidement un programme cohérent pour résoudre la sécheresse extrême qui ravage la Californie, cela finira rapidement comme à Baltimore. Alors que la mise en œuvre d’un grand projet infrastructurel dans cet État pourrait justement amener de l’eau sur place et revigorer les capacités industrielles de Baltimore. Cela ne s’improvise pas, car cela implique une connaissance des principes scientifiques et des nouvelles technologies à développer. C’est précisément sur quoi se concentre la cellule scientifique du mouvement de LaRouche.

A l’époque, avoir Washington comme Président n’aurait pas suffi, car sans la politique de crédit productif public du secrétaire au Trésor Alexander Hamilton, les États-Unis n’auraient jamais connu la forte croissance qu’ils ont vécue à partir de 1790.

Pour mettre un terme à la destruction provoquée par les guerres sans fin de Bush et d’Obama, on doit obliger ce dernier à se retirer. La nouvelle équipe présidentielle pourra alors conduire les États-Unis vers un nouvel ordre économique mondial, façonné par les pays des BRICS et de nouvelles institutions telles que la Banque asiatique pour le développement des infrastructures (BAII).

Si nous faisons cela, alors oui, on pourra dire qu’on a obtenu un peu de justice pour tous les Freddie Gray des Etats-Unis.

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