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En défense de la centrale nucléaire de Fessenheim

La rédaction
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Ancien directeur de la centrale du Bugey, Jean Fluchère, un des signataires de l’appel des 28 anciens directeurs de sites électronucléaires contre la fermeture de la Centrale de Fessenheim, tient à mettre les points sur les i concernant un certain nombre d’allégations très souvent étalées dans les médias comme des arguments en faveur de la fermeture.

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La centrale a été construite sur une faille sismique

Cette faille ne passe pas à Fessenheim mais à Bâle à 50 km au sud-sud est.
Mais la règle fondamentale de sûreté sur les séismes imposée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) consiste à dire : prenons le séisme majeur connu, dans le cas de Fessenheim, c’est celui de Bâle en 1537, et transposons-le à la verticale de la centrale. Puis prenons le degré supérieur dans l’échelle de Richter, soit une multiplication par 10 des accélérations, auxquelles toute la partie réacteur et la partie importante pour la sûreté doivent résister, l’exploitant devant pouvoir la mettre en état de repli sûr vis à vis des salariés et de l’environnement. (La partie conventionnelle peut subir des dégâts matériels, mais ils n’auront aucune incidence sur le risque radioactif).

Ces calculs ont été faits en 1970 à Fessenheim lors de l’élaboration du projet. Il est clair qu’à cette époque, les moyens de calculs et les modèles n’avaient pas les performances connues aujourd’hui.

Donc, chaque fois que dans le monde, un séisme important s’est produit, les équipes EDF se sont déplacées pour voir les dégâts, les accélérations, les relevés sismiques. Cela a été le cas en Californie au début des années 1990, puis d’autres dont Kobé, au Japon en 2005, et récemment Sendai, de magnitude 9.
Comme les modèles se sont perfectionnés et que les moyens de calculs ont fait des pas de géants, l’ASN demande, chaque fois à EDF, de refaire tourner les modèles pour déceler d’éventuels points faibles par rapport au retour d’expérience (REX). Parallèlement, l’ASN demande la même chose à son appui technique, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN).

Ensuite, il y a confrontation des résultats obtenus par les deux parties devant le groupe permanent de sûreté des réacteurs nucléaires.

Aux termes de cette discussion, l’ASN demande le renforcement sismique des points de l’installation qui auraient pu connaître des désordres.

J’ai vécu la première confrontation en 1991 en tant que directeur du Bugey, avec Jacques Daumas, alors directeur de Fessenheim, après la première visite décennale. Nous avons dû programmer un train de modifications pour les années suivantes. Il s’agissait souvent de renforcer les supports des installations de sauvegarde si ma mémoire est bonne.

Parallèlement, la règle fondamentale de sûreté émise par l’ASN a évolué vers plus de précision et de sévérité.

Je fais observer qu’à Fukushima, les réacteurs se sont arrêtés en toute sûreté sur le signal sismique. Les dégâts sont apparus lors du tsunami qui a ravagé tout le site. Pour le séisme de 2004 et celui de Sendai en 2011, je vous recommande d’aller voir les vidéos qui vous montrent bien qu’un tsunami n’est pas une vague, c’est la mer qui se soulève.

Mais dans les examens complémentaires post-Fukushima, l’ASN a demandé à toutes les centrales françaises de revoir quelques points qui pourraient encore poser des problèmes.

La centrale risque de subir l’inondation de la plaine d’Alsace par rupture de la digue du canal usinier qui amène l’eau du Rhin à la centrale hydroélectrique de Fessenheim.

Cet argument est une véritable tarte à la crème. Cette inondation dont les premières études remontent à la création de l’usine hydroélectrique n’avait pas échappé aux concepteurs de la centrale nucléaire. Et c’est sur les bases de la hauteur de cette inondation qu’ils ont réalisé le calage du site.

Il faut bien réaliser que c’est un canal usinier dont la prise d’eau est à Kembs. En supposant que la digue casse, on renvoie l’eau du Rhin dans son lit naturel qui est bien plus bas. Il n’y a ainsi qu’une quantité d’eau limitée qui se déverserait dans la plaine.

En outre, une digue de canal usinier est une levée de terre bétonnée en partie interne et à l’extérieur on trouve des drains qui renseignent sur l’eau perdue. On a donc un système d’alerte.

De plus, une levée de terre est fragile si l’eau vient à la submerger car il y a alors affouillement de la partie extérieure. Or dans le cas de Fessenheim ceci est impossible car le niveau maximum de l’eau dans le canal ne peut pas dépasser le niveau supérieur des portes des écluses qui sont situées plus bas.

En Camargue, il y a eu rupture de digue par submersion en raison des inondations du Rhône mais surtout parce que le syndicat qui a la charge de ces digues ne fait aucun travaux ce qui fait qu’elles sont truffées de trous par les animaux comme les blaireaux qui y creusent leurs terrier.

Enfin, une digue surveillée n’est pas un obstacle à l’écoulement comme peut l’être un barrage en terre, transversal, pour créer une retenue. Ce sont des guides d’eau et la pression qu’elles maintiennent n’incorpore aucun effet dynamique de 1/2 MV2.

La centrale est vieille !

La connotation de « vieux » est biologique, or une installation industrielle ne vieillit pas, elle s’use. Tant qu’elle n’est pas obsolète économiquement, les pièces usées sont systématiquement remplacées par des pièces neuves souvent de meilleure qualité que les pièces d’origine car elles ont intégrées tout le REX non seulement du parc homogène français mais également le REX du parc mondial, notamment des tranches à eau sous pression.

Cependant, deux composants sont dits irremplaçables : l’enceinte de confinement et la cuve.

Pour l’enceinte de confinement, il s’agit d’un ouvrage de béton précontraint qui est toujours en compression sauf lors des épreuves décennales où, en l’amenant à la pression de l’accident de référence, il se trouve à la relaxation de contraintes. Or les bétons supportent remarquablement bien les contraintes de compression. Ils ne supportent pas bien les contraintes de traction et celles de cisaillement, types de contraintes que l’on ne trouve pas sur les sites.

Il reste la cuve dont la durée de vie est fixée par la hausse de la température entre la zone ductile et la zone fragile des aciers ferritiques des viroles.
Cette évolution est liée à la dose intégrée de neutrons qu’elle reçoit, appelée fluence. Et elle est très liée aux impuretés du métal de base.

Lors des opérations de coulage et forgeage, des coupons témoins sont prélevés sur le métal de base. Des éprouvettes métallurgiques sont faites dans ce métal. Elles sont ensuite placées dans des paniers très proches du coeur pour intégrer une fluence bien supérieure à celle que reçoit la cuve. Nous avons donc, lors de l’examen métallurgique de ces éprouvettes la température de transition qu’aura atteint la cuve dix ans plus tard. Les autorisations pour dix ans ne sont pas tombées du chapeau de l’ASN. Par ailleurs les métallurgistes ont fait des modèles mathématiques qu’ils peuvent recaler lors des essais réels. Autant la cuve de Chooz A (je pense à Max Morel) a vu sa température de transition augmenter après 23 ans de fonctionnement autant celle des REP a fait l’objet d’un travail métallurgique poussé au Creusot pour éliminer toutes les impuretés.

La centrale de Fessenheim n’est donc pas « vieille » bien au contraire, cela provient du train de modifications, suite aux visites décennales, qui la place au meilleur niveau du parc.

Le coût des travaux est tel qu’il vaut mieux l’arrêter !

Si ma mémoire est bonne, Fessenheim a coûté 20 milliards de francs 1976, soit 3 milliards d€. Elle a bénéficié de l’amortissement sur une période de trente ans jusqu’au changement de règle pour passer à 40 ans en 2 000. Il restait donc 7 ans d’amortissement en 2 000 qui sont étalés désormais sur la période 2 000 à 2017.

Autant dire que le poids des amortissements de la centrale sur son compte d’exploitation est très faible. C’est la raison pour laquelle Dominique Minière déclare qu’elle rapporte 400 millions d’euros par an sur l’EBITDA d’EDF. Le coût des travaux de génie civil pour épaissir le béton sacrificiel et pour constituer une source froide ultime, ne sont pas significatifs.

A titre de conclusion, examinons l’état de notre système électrique.

Dans le récent rapport de RTE, on voit que la France perd 8 000 MW de puissance installée d’ici 2016 pour respecter les normes environnementales de l’UE sur les oxydes de soufre et d’azote.

Mais il en va de même en Italie, en Espagne, en Belgique, en Allemagne et en Grande Bretagne. Si bien que sans avoir le détail entre les projets en cours de réalisation et les déclassements, l’UE perd au moins 25 000 MWe de puissance.
Si vous avez lu le document de RTE sur le passage du pic de février 2012, vous verrez que la France a saturé toutes les interconnexions dans le sens importations, y compris la Grande-Bretagne.

Et ceci alors que 55 tranches nucléaires étaient à fond et n’ont pas connu la moindre défaillance, trois étaient en visite décennale, tout le thermique à flammes était sollicité sauf le Havre qui a connu un grave incendie, l’hydraulique a apporté sa souplesse mais a été limité parce que la sécheresse de 2011 n’avait pas permis de reconstituer tous les stocks et les groupes de pointes étaient tous appelés.

Il faut ajouter que si vous êtes abonnés chez RTE au signalement en temps réel des défaillances des groupes de production, les cycles combinés au gaz ont connu un nombre considérable de déclenchements et l’on peut considérer qu’ils ne sont guère fiables en l’état actuel des choses.

Quant aux renforcements des interconnexions, il n’y a que deux projets en cours de réalisation : celui, souterrain, France-Espagne et le France-Italie dans la galerie de service du tunnel du Fréjus. Je ne suis pas sûr que le premier soit opérationnel en 2016. Le second sûrement pas. Tous les autres projets font l’objet d’une opposition farouche des riverains ; nous les verrons peut-être aboutir dans 15 ans.

Pour moi, il est clair que l’on va vers des situations très difficiles en cas de froid intense.

  • 2525€
  • 5050€
  • 100100€
  • 250250€
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  • 10001000€
  • 20002000€
 
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Non à la COP21, le sommet de la dépopulation !

Si le monde est réduit aux seules énergies renouvelables, qui par leur faible densité et leur caractère intermittent permettent de produire beaucoup moins que les combustibles fossiles et le nucléaire, la capacité d’accueil de la Terre se réduira brutalement à un milliard d’êtres humains !

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Vos commentaires

  • Le 16 octobre 2012 à 23:05
    par petite souris

    Merci monsieur Fluchère
    Donc ..... les médias et les gouvernements nous ont menti et nous mentent encore !!!!
    Ils se fichent pas mal de la réalité, leur rôle n’est pas de faire vivre la France et les français .....
    Enfin c’est ma déduction de petite souris qui ne sourit plus du tout de ce que lezélites font ou défont

    Répondre à ce message

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