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Christophe de Margerie en rêvait ; avec l’aide de la Chine, Total le fera

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Comme le montre cette carte, le projet de Yamal entre la société française Total et la russe Novatek permettra d’approvisionner aussi bien l’UE que l’Inde et la Chine, deux pays membres des BRICS
Crédit : Yamal

Mort le 21 octobre 2014 dans un étrange accident d’avion, le PDG de Total Christophe de Margerie, co-président du Conseil économique de la Chambre de commerce franco-russe, avait de l’ambition.

Avant de mourir dans le Falcon 50, de Margerie s’était entretenu avec le Premier ministre russe Dmitri Medvedev, qui l’avait accueilli dans sa résidence personnelle afin de finaliser le projet géant de partenariat gazier entre Total et la Russie sur la péninsule de Yamal, dans le Grand Nord.

Yamal LNG doit rassembler trois investisseurs, le russe Novatek (60 %), Total (20 %) et le chinois China National Petroleum Corp. CNPC (20 %). Total y apporte déjà 27 milliards de dollars.

La disparition de « big moustache » n’a pas pour autant torpillé le projet.

Certes, le dilemme à surmonter pour Total reste conséquent : comment financer ce projet, alors que la Russie est frappée de sanctions financières occidentales et notamment américaines, qui limitent le financement en dollars des entreprises russes ? Et pour boucler le projet Yamal LNG, c’est 10 à 15 milliards de dollars qui restent à trouver.

Dans un entretien accordé le 23 mars au Wall Street Journal, le nouveau Pdg de Total Patrick Pouyanné estime que la solution se trouve plus à l’est, en Chine.

Total espère obtenir de la part des banques chinoises les 15 milliards de dollars indispensables pour compléter le financement de Yamal LNG.

« Il y a une importante volonté de financer le projet de la part des institutions financières chinoises », affirme Pouyanné, qui espère boucler l’accord avant le milieu de l’année 2015. Si l’accord se précise, la participation de banques chinoises en partenariat avec Total représentera le plus gros investissement privé chinois dans le monde.

Le financement se fera en euros ou en yuan, excluant le dollar. Les sanctions anti-russes imposées par les États-Unis interdisaient a priori le dollar, mais un mix euro-yuan concrétisera une volonté de dédollarisation recherchée par les membres du BRICS.

En parallèle, la France souhaite un approfondissement continu du processus d’internationalisation du yuan. Le taux de règlement en yuans des échanges commerciaux sino-français a atteint 44 %, un record en Europe.

Fin avril, a révélé l’ambassadeur français à Pékin Maurice Gourdault-Montagne, la France émettra des obligations offshore de 3 milliards de yuans, l’équivalent de 400 millions d’euros, en vue de faire de Paris, en cherchant à réaliser l’internationalisation continue du yuan, un centre de règlement offshore en yuans.

Selon les calculs de Total, la Russie devrait devenir d’ici 2020 la première région en termes d’extraction de gaz et de pétrole, avec une production de 500 000 barils par jour. La volatilité des cours devrait se poursuivre jusqu’à la fin 2015, estime M. Pouyanné.

« Total mise sur la Russie malgré les sanctions américaines visant à couper les compagnies russes du système financier américain », note le Wall Street Journal, qui estime que comme son prédécesseur Christophe de Margerie :

M. Pouyanné mène des investissements dans des zones risquées politiquement.

« Selon ma philosophie, si vous commencez à fuir un pays à chaque fois que vous avez une difficulté, les gens se souviendront de vous comme de quelqu’un d’ingrat », s’est justifié M. Pouyanné.

Et, comme le rappelle l’agence RIA Novosti :

Dans la nuit du 20 au 21 octobre 2014, le jet privé de Christophe de Margerie s’est écrasé et a pris feu après avoir heurté un chasse-neige au moment du décollage à l’aéroport moscovite de Vnoukovo. Toutes les personnes se trouvant à bord de l’avion, dont les deux pilotes et l’hôtesse de l’air, ont péri. M. de Margerie était connu pour avoir toujours critiqué publiquement la politique de sanctions économiques contre la Russie.

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