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Guerre au bail-in : des patriotes chypriotes poursuivent la Troïka devant la Cour européenne de justice

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Le 6 septembre 2013, la présidente de l’Institut Schiller Helga Zepp-LaRouche s’est entretenue avec le Dr. Alexander-Theodotou et son associé Neil Skinner, un jeune avocat britannique qui travaille avec elle sur les questions liées à la troïka. Nous en présentons ici quelques extraits (version complète en anglais disponible ici.)

L’organisation Anglo-Hellenic and Cypriot Law Association, domiciliée en Grande-Bretagne et dirigée par le docteur en droit Katherine Alexander-Theodotou, organise un recours collectif auprès de la Cour européenne de justice contre la Troïka (l’Union européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne) et sa politique de renflouement interne (bail-in), qui a permis la spoliation de l’épargne des déposants chypriotes au profit du système bancaire international.

Helga Zepp-LaRouche : Dr. Alexander-Theodotou, vous représentez des clients de la République de Chypre dans une procédure judiciaire à venir à la Cour européenne de justice. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez décidé d’agir ainsi ?

Katherine Alexander-Theodotou : Je suis Chypriote et j’ai une résidence à Chypre. J’ai été impliquée dans tous les aspects de la vie du pays depuis longtemps.

Les problèmes économiques actuels étaient prévisibles depuis longtemps, et la situation est devenue critique depuis deux ans. Les problèmes ont commencé dès que Chypre est entrée dans l’euro. L’introduction de l’euro a conduit à une hausse des prix, l’inflation, et aux licenciements. Chaque année, la situation a empiré. Le taux de chômage atteint aujourd’hui plus de 40 %, et il continue de monter. Un grand nombre de chômeurs sont des diplômés universitaires et des professionnels. Nous avons un grand nombre de travailleurs étrangers, qui ont été invités à venir travailler à Chypre entre 2000 et 2010. A l’époque, il s’agissait de travail à bas salaire, et aujourd’hui nous avons des esclaves abandonnés, sans protection, sans le revenu qui leur permettrait de rentrer chez eux, sans toit et sans nourriture. La situation est assez tragique. Les terres agricoles sont détruites, les diverses restrictions européennes sur les produits agricoles ont conduit les agriculteurs à abandonner leur ferme.

Il était évident pour moi et bien d’autres gens que nous avions abandonné la livre chypriote, qui était assez élevée, pour s’engager dans une aventure nous conduisant au désastre. Les familles des classes moyenne et inférieure souffrent. Lorsque la situation a empiré, et il n’y avait pas de système bancaire à proprement parler, les banques ont commencé à perdre de l’argent et les valeurs financières se sont dégradées.

La Banque Marfin Laiki et la Banque de Chypre avaient des problèmes financiers. Une autre banque, Emporiki, a fermé ses portes et a été rachetée par la Banque Alpha. La situation des banques a empiré lorsqu’elles ont été encouragées par l’Union européenne à acheter des obligations grecques, des obligations sans grande valeur. Les deux banques, Laiki et Banque de Chypre, ont perdu des sommes considérables, les amenant à la faillite.

La Banque Laiki a presque été fermée, et la Commission européenne a encouragé la Banque de Chypre à l’assister avec des fonds considérables. Ceci était une mauvaise décision, car la Banque Laiki n’avait pas d’avenir. Elle a été officiellement fermée en mars 2013 puis divisée en deux sections, la bonne Laiki et la mauvaise Laiki – toutes deux reprises par la Banque de Chypre. Ceci était un plan mal conçu, car la Banque de Chypre était déjà plombée par les obligations grecques, et en aucune manière elle n’aurait été capable d’absorber les pertes de Laiki. Cette dernière n’avait pas informé ses clients de sa mise en faillite ni de la date prévue, et un grand nombre d’entre eux ont été laissés sans protection.

La Banque de Chypre n’a pas de liquidités et son espérance de vie est incertaine. Pourtant, le gouvernement chypriote prétend qu’il va donner des actions de la banque aux gens pour compenser les pertes encourues à cause de la réorganisation des dettes. Ceci est encore une très mauvaise décision, et lorsque la banque fermera, un grand nombre d’épargnants auront perdu leur argent. (…)

Plusieurs personnes qui me connaissent m’ont téléphoné pour me demander si je pouvais leur fournir une meilleure alternative [plutôt qu’un recours auprès des tribunaux chypriotes, ndt]. La Cour de justice européenne était considérée comme une bien meilleure voie, alors j’ai décidé de contacter des experts et une réunion a été fixée dans mon bureau de Londres entre le Professeur Takis Tridimas, Alexander Milner, assistant du Professeur Sir Francis Jacobs, et moi-même. Le professeur Tridimas et Sir Francis Jacobs ont tous deux travaillé à la Cour européenne sur des cas touchant la Grèce, dans des poursuites contre la troïka. Ils connaissent bien la situation, surtout en ce qui concerne les lois de l’Union européenne. Leur conseil était d’intenter des poursuites auprès de la Cour européenne de justice. (...)

La vie à Chypre aujourd’hui

Il serait très utile pour les gens de l’extérieur, dans toute l’Europe, de connaître l’effet des mesures imposées par la troïka à Chypre. Quelles y sont les conditions de vie aujourd’hui ?

Les conditions de vie y sont très mauvaises. Les plus riches, qui ont perdu des sommes considérables d’argent à cause de la troïka, peuvent survivre pour quelques temps, mais la majorité des gens, au moins 75 %, vit au jour le jour. Le chômage s’est très fortement accru, et ceux qui ont plus de 45 ans n’ont aucune chance. Une grande partie des jeunes a quitté le pays pour aller dans les pays arabes et ailleurs. La situation actuelle avec la troïka a conduit à la destruction des familles, à la désorganisation des foyers, et le pays ne restera qu’avec les plus âgés. Pour ce qui concerne ces derniers et les personnes malades, elles seront abandonnées à leur sort, seules et sans aucun espoir.

Les retraites ont été éliminées, ce qui est désastreux pour les plus âgés. Presque 30 % de notre population a plus de 60 ans. Le système de santé national souffre de continuelles coupes budgétaires. Beaucoup de gens gravement malades vont mourir. (…)

La propagande en Allemagne et ailleurs dit que ce ne sont que les spéculateurs russes qui ont été spoliés de leur épargne. Donc, vous dites que ce n’est pas le cas, que c’est plutôt la population.

Non, ce n’est pas vrai. Ce sont les Chypriotes pauvres qui paient le prix. La troïka, et en fait les Allemands, ont essayé de dire que ce sont les épargnants russes, de même que les investisseurs, qui ont été touchés, non pas les gens ordinaires. La plupart des milliardaires étrangers ont placé leur argent dans des compagnies offshore, à l’abri. Les milliardaires russes et épargnants étrangers ont généralement leurs propres comptables et avocats, qui ont pu les conseiller sur l’existence des risques, et ils n’auraient pas abandonné leur argent à Laiki ou à la Banque de Chypre, ou à toute autre banque ou coopérative.

Il est très stupide et mensonger de dire que ce sont les magnats et les opportunistes qui ont perdu de l’argent. Ce sont les Chypriotes ordinaires qui perdent leur argent, qui sont en train d’être détruits, avec leur famille.

Neil Skinner : Il est important de souligner que pour les gens ordinaires, même si les sommes sont garanties jusqu’à 100 000 euros, les contrôles sur le crédit limitent les retraits à un maximum de 300 euros par jour, dans un pays où les entreprises n’acceptent plus que de l’argent comptant, plutôt que des règlements par chèque ou carte de crédit. Et bien que cette mesure soit censée être temporaire, les mêmes mesures avaient été introduites en Islande après le krach et sont toujours en vigueur cinq ans plus tard. (...)

Une dictature européenne

Vous dites donc que l’affirmation selon laquelle l’euro unifierait l’Europe et garantirait la paix pour toujours n’est pas vraie ? Car je n’ai jamais vu autant de tensions entre les divers peuples européens depuis 1945.

Exactement. Il y a beaucoup de tensions entre les pays européens. Dans une demi-heure, je dois rencontrer quelqu’un qui représente en Croatie ceux qui poursuivent sept banques devant les tribunaux, et ils ont gagné. Ils ont suivi l’exemple d’un cas dont je m’occupe à Londres, impliquant plus de 400 clients, car le système bancaire tel qu’il existe à l’heure actuelle détruit les épargnants et utilise leur argent pour faire des investissements.

La Pologne et d’autres pays entrant dans l’Union européenne depuis six ans hésitent à se joindre à la zone euro car ils étudient les désastres subis par ceux qu’il l’ont fait. Chypre est une petite île, qui était assez prospère et comptait sur sa propre monnaie [la livre]. Nous n’avions pas les problèmes de chômage et d’inflation que nous connaissons depuis que nous sommes entrés dans l’Union européenne. Chypre a également un problème politique, à cause de l’invasion turque [en 1974], et les mesures de la troïka sont une menace à notre indépendance politique et nationale. De plus, le gouvernement est dans l’obligation de suivre les mesures de la troïka et n’a pas résisté. La population n’a pas eu le loisir de décider, ce qui signifie que nous n’avons ni liberté ni démocratie. Le renflouement interne [bail-in] de 10 milliards d’euros est une manière de nous acheter en tant que nation. Sous la troïka, les gens sont privés de leurs libertés et de leur capacité d’initiative. Leur fierté et leur culture sont abandonnées.

On reconnaît même en Europe l’existence d’un « déficit de démocratie », mais je dirais que, du moins en Allemagne, l’on ne sait pas du tout qu’une loi de renflouement interne est en train d’être préparée. Les gens ne sont tout simplement pas au courant, il n’y a aucune discussion dans les médias. Quel conseil donneriez-vous aux autres pays ?

En effet, il n’y a aucune discussion dans les médias. Nous critiquons également ceux qui nous dirigent à Chypre, car ils auraient dû résister aux mesures de la troïka autant que possible. Ils disent qu’ils sont obligés d’agir comme ils le font. Cela soulève de nombreuses questions, comme la légalité des mesures de la troïka. Il n’y a aucune discussion dans les médias et il n’y a aucun débat public. Tout est décidé dans le silence et dans la terreur. (…)

On pourrait penser que les gens auraient appris quelque chose : que si vous avez une dépression et une crise financière mondiale, que si vous imposez ce type d’austérité brutale, c’est du fascisme !

Vous avez raison. Parce que ce que nous avons ici est une facette différente de l’hitlérisme. Nous avons des gens qui meurent à cause de la dépression engendrée par la troïka. Le système de santé national est très durement frappé, et les gens vraiment souffrants ne peuvent plus être traités à temps. Les entreprises ferment, les gens émigrent, les plus âgés sont laissés sans abris et sans retraite. (…)

La seule autre fois où j’ai vu ce type de situation remonte à l’invasion turque, lorsque tout a été détruit. Le peuple chypriote doit résister à ce type de mesures. Il doit se rassembler et combattre la troïka. Chypre a une longue histoire. Nous pourrions réussir à survivre en nous rassemblant pour résister à ce mal.

Skinner : Je dois souligner que lorsque nous entreprenons une démarche auprès de la Cour européenne de justice une analyse devra être faite des actions des institutions et du lien de causalité avec le préjudice subi. C’est ici que le « déficit de démocratie », comme vous le décrivez, devient intéressant. S’il y a eu ici une Commission d’enquête sur la crise chypriote, où le président Nicos Anastasiades a été appelé à témoigner, il faudra une analyse plus approfondie sur la manière dont la décision a été prise. Il n’y a eu aucun référendum, et le président a dit qu’il avait un pistolet collé sur la tempe. Les parlementaires n’ont rien eu à dire au cours des négociations [avec la troïka].

L’ancien candidat socialiste à l’élection présidentielle portugaise, Manuel Alegre, a déclaré récemment que l’Europe est devenue un camp de concentration, et que les gens qui n’ont pas encore été touchés par la situation ne devraient pas être complaisants car ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne le soient. Qu’est-ce que vous conseilleriez aux Allemands [et autres Européens] ?

Le conseil que je leur donnerais est de respecter la liberté des peuples. L’histoire nous a enseigné que ce qui est le plus important dans notre vie est la liberté. La démocratie et la liberté vont main dans la main. La troïka et ses décisions devraient être examinées par les tribunaux européens, de manière à les forcer à justifier leur position. Je suis sûre que ce sera un grand problème pour eux. (…)

Je pense que ces mesures imposées par la troïka ont pour effet de diminuer l’espérance de vie. La seule question est de savoir si c’est fait de manière consciente ou seulement par incompétence.

Je pense que les membres de la troïka ne s’en soucient guère, ce sont des gens impitoyables. S’ils se souciaient vraiment de l’humanité, ils n’auraient pas introduit ces mesures. Ils se perçoivent comme les nouveaux dieux de l’Olympe. Ils ne sont pas affectés par la souffrance des gens ou leurs sentiments. Je pense qu’ils sont cruels et indifférents à la destruction des peuples.

Il y a des problèmes dans tous les pays européens, y compris en Allemagne. Les problèmes ne vont que s’intensifier avec l’arrivée de l’hiver car les plus pauvres, les retraités et les immigrants les plus démunis ne pourront pas survivre.

Abolir l’Empire européen

Je voudrais terminer sur une note optimiste, en citant Friedrich Schiller, le poète allemand de la liberté, qui dans ses écrits sur la guerre des Pays-bas contre les Habsbourg a dit que si un peuple s’unit pour une bonne cause et a un bon plan, il peut alors faire tomber le despote le plus brutal. Dans cet esprit, faisons donc le nécessaire pour que les lois en faveur des renflouements internes soient rejetées. Pourriez-vous faire un commentaire final pour nos lecteurs et auditeurs ?

Tous les empires viennent et vont. L’Empire européen est en train de s’effondrer. Nous voulons une Europe où les gens votent démocratiquement et peuvent participer pleinement aux décisions. Ce n’est pas le cas à l’heure actuelle, mais nous devons être optimistes lorsque nous voyons les gens résister. Nous sommes en train de résister aux mesures de la troïka, et nous disons « non » à l’esclavage qu’elle cherche à nous imposer. (…)

Il nous faut sortir de l’Europe, puisqu’elle n’est pas démocratique, abandonner l’euro, car il nous est responsable du malheur que nous subissons aujourd’hui. Nous devons réformer le système bancaire selon les modalités de la Loi Glass-Steagall. Nous devons préserver notre culture et notre démocratie, ainsi que le bien-être de nos sociétés. Nous devons mettre fin à la discrimination. Les mesures de la troïka sont discriminatoires [ce qui, rappelle-t-elle, est contraire à l’article 21(1) du traité sur l’Union européenne, ndt]. J’appelle le peuple chypriote à résister et à se joindre à cette action massive devant la Cour européenne. (...)

Voir les 3 commentaires

  • San G • 28/09/2013 - 22:51

    Un grand merci pour cette traduction ! Il faut que la vérité de Chypre soit révélée au grand public pour éviter que pareille abomination ne se reproduise !
    Voir notre page FB https://www.facebook.com/chypre16313

    Répondre à ce message

  • Eric • 28/09/2013 - 20:43

    "Nous voulons une Europe où les gens votent démocratiquement et peuvent participer pleinement aux décisions."
    Voter démocratiquement consiste à voter pour ou contre des projets de loi, des arrêtés municipaux, etc., mais certainement pas pour tel ou tel politicard. J’ajoute que si les pays européens étaient des Démocraties, les citoyens voteraient plusieurs fois par an car la Démocratie est permanente.

    Répondre à ce message

  • petite souris • 28/09/2013 - 13:53

    Pour ceux qui croient encore à une europe fédérale......
    Voyez ce qui nous attend !!!!!!!!!!!!!!!!!!

    Répondre à ce message

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