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Contrôle des changes et des capitaux, le nouveau paradigme économique mondial

La rédaction
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Pour se défendre des attaques spéculatives contre le rouble, Poutine devrait s’inspirer de la politique de contrôle des changes et des capitaux qui avait permis au premier ministre Mahathir (photo) de défendre la Malaisie.
Crédit : Reuters

L’un des principaux éléments qui constitueront, à moyen terme, le nouveau paradigme économique mondial, sera celui d’une coopération entre Etats-nations souverains pour le déploiement efficace de contrôles des change et des capitaux.

L’objectif de ce dispositif sera de contrer la spéculation financière (qui est souvent, comme le décrit ci-dessous l’ancien premier Ministre malais le Dr Mahathir bin Mohamad, utilisée comme instrument de guerre contre les États souverains) et de créer les conditions pour l’investissement à long terme dans l’économie réelle.

Les récentes tentatives des intérêts financiers anglo-américano-saoudiens pour faire plier la Russie ont provoqué dans ce pays, mais également un peu partout dans le monde, une dynamique mondiale en faveur des contrôles des changes et des flux de capitaux. [1] En voici les principales manifestations :

  • La Biélorussie, membre avec la Russie de l’Union douanière eurasienne, a décidé d’imposer le 16 décembre un contrôle des changes. La banque centrale russe a annoncé l’obligation de déposer auprès de ses services 50 % de toutes les transactions sur les devises étrangères, ainsi qu’un taux d’intérêt de 50 % sur toutes les ventes de liquidités. Etant donné son étroite relation avec la Russie, il possible qu’il s’agisse ici d’un essai avant l’adoption de mesures similaires par le président russe Vladimir Poutine. Dans une déclaration faite la semaine dernière, l’économiste américain Lyndon LaRouche avait appelé le président russe à mettre en place le contrôle des changes et des capitaux, inspirés de ceux qui avaient été adoptés par le premier Ministre malais Mahathir en 1998, lorsque le pays faisait l’objet d’attaques des fonds spéculatifs anglo-américains, en particulier celui du requin financier George Soros.
  • Le Nigeria, un producteur de pétrole majeur sur la scène mondiale, a décidé d’imposer le 18 décembre des contrôles sur les changes pour endiguer la baisse du cours de sa monnaie, le naira, en raison de la chute des prix du pétrole. Selon le Wall Street Journal, la banque centrale a suspendu les dépôts au jour le jour pour les fonds associés aux transactions sur les changes, empêchant les transactions en dehors des heures d’ouverture des marchés et la prise de position contre une seule devise à la fermeture d’une session.
  • La Banque centrale du Kirghizistan a annoncé le 18 décembre qu’elle considérait la possibilité de fermer les comptoirs privés de transactions sur les changes, afin de contrer ce qu’elle a décrit comme « des attaques spéculatives contre la devise nationale ». La devise kirghize a perdu 11 % de sa valeur contre le dollar américain depuis le mois d’août.
  • Le quotidien Hindu Business Line, de Chennai en Inde, a publié le 19 décembre un éditorial appelant à la mise en place de contrôles des capitaux en Inde. La roupie a augmenté lentement au cours des 12-18 derniers mois et montre des signes de fragilité, après des entrées de capitaux de l’ordre de 40 milliards de dollars dans le pays, au cours de la même période, et l’auteur prévient du risque de renversement des flux. Il fait remarquer que si la campagne « make in India » lancée récemment par le premier Ministre Modi devait réussir, il faudrait que le taux de change soit stable, car « la volatilité de la monnaie ne peut pas favoriser l’activité manufacturière. Les ’’tigres de l’Est de l’Asie’’ ont construit les fondements de leur activité manufacturière en s’appuyant sur un régime de devise stable. L’utilité des influx de capitaux est exagérée » et conduit à des effets pervers, comme « l’éviction de capitaux domestiques au profit de capitaux étrangers ». « Il est temps que nous cessions d’être à la merci des flux financiers mondiaux », conclut l’auteur de l’éditorial.
  • Suite à la tentative du gouvernement Obama d’éliminer, dans le cadre de son projet de Partenariat trans-Pacifique (TPP), la possibilité pour l’État d’établir des contrôles des capitaux, trois sénateurs américains, Elizabeth Warren, Tammy Baldwin, et Edward Markey, ont écrit une lettre ouverte au Représentant américain pour le commerce, Michael Froman. Ils écrivent : « Nous nous opposons également à l’inclusion de dispositions dans le TPP qui limiteraient la capacité du gouvernement à utiliser des contrôles sur les flux de capitaux. Le FMI et des économistes de premier plan ont endossé les contrôles sur les flux de capitaux comme instrument légitime pour la prévention et la mitigation des crises financières. »

Mahathir : « si les politiques sont dictées par les investisseurs étrangers, où est l’indépendance ? »

Extraits de l’entretien accordé à la revue Executive Intelligence Review par le premier Ministre malais Dr Mahathir bin Mohamad, le 22 janvier 1999, quelques mois après la « crise asiatique » qui a secoué de nombreux pays de l’Asie de l’Est.

Dr. Mahathir : Même si nous n’avons demandé aucun prêt au FMI, celui-ci continuait à venir nous voir pour nous dire ce que nous devions faire, ce qui signifie qu’il fallait, pour empêcher que les spéculateurs sur les marchés des changes ne mettent la main sur notre monnaie, que nous accroissions les taux d’intérêt ; que nous limitions l’offre de crédit ; que nous forcions nos entreprises à faire faillite en raccourcissant la période définissant un prêt non performant, et parce que le FMI avait à l’époque beaucoup d’influence sur le ministre des Finances et la banque centrale, ils ont suivi les conditions du FMI ; résultat : l’économie tomba tout simplement en vrille. Nos entreprises et nos banques sombraient dans la faillite.

EIR : Comment et quand fut prise la décision d’imposer d’urgence, le 1er septembre [1998], le contrôle des changes et des capitaux ? Avec quel effet ? Déjà, à la mi-décembre, un rapport du FMI [World Forecast] concédait qu’ils avaient produit des effets positifs, que la Malaisie s’en était mieux sortie grâce à ces contrôles que les pays qui avaient appliqué les politiques du FMI ?

Dr. Mahathir : Nous avons constaté que nos appels aux institutions internationales pour restreindre la spéculation sur notre devise n’avaient reçu aucune réponse. Ils n’ont rien fait. Notre monnaie continuait à tomber de plus en plus bas, et ceci a eu un très mauvais effet sur notre économie. Comme je viens de le dire, nous nous dirigions vers la faillite, l’ensemble du pays aurait déclaré faillite, si nous avions attendu que le FMI agisse pour restreindre la spéculation sur notre monnaie.

Puisqu’ils n’allaient pas le faire, il fallait que nous le fassions nous-mêmes. La seule chose que nous pouvions faire était d’empêcher que notre monnaie tombe aux mains des traders sur les marchés des devises. Ceci impliquait que nous fassions en sorte que notre monnaie ait cours légal uniquement à l’intérieur de notre propre pays. A l’extérieur du pays, elle ne vaudrait rien, et elle ne pourrait être rapatriée. Une fois qu’elle aurait quitté le pays, elle ne pouvait être réintroduite. Et ceci a empêché les traders de dévaluer notre monnaie et nous avons, bien sûr, agi de manière simultanée pour mettre fin aux transactions sur nos actions [de nos entreprises] sur les marché étrangers. Elles étaient échangées à Singapour, et l’idée était de provoquer une baisse de nos actions, à un niveau tellement bas qu’une fois qu’on aurait demandé l’aide du FMI, et que celui-ci aurait insisté pour qu’on ouvre notre économie, ils auraient pu entrer et racheter au rabais toutes les entreprises. Nous devions prendre la décision de faire quelque chose par nous-mêmes, car nous ne pouvions attendre quoi que ce soit de la communauté internationale.

(...)

[Sur les perspectives de réforme du système financier international que faisaient miroiter au moment de l’entretien les pays du G-7 :] Voyez-vous, nous considérons que leur expérience [des pays développés] est différente de la nôtre. Nous étions victimes d’une attaque. Ce qui est arrivé aux pays riches, c’est que l’instrument qu’ils ont utilisé pour nous attaquer s’est retrouvé dans l’eau chaude, LTCM [le fonds spéculatif américain Long Term Capital Management], s’est retrouvé dans l’eau chaude, et ils ont perdu de l’argent. Eux cherchent à endiguer les pertes qu’ils ont encourues dans le cours de cette opération ; nous cherchons à nous protéger contre les effets de leur action.

(…)

Il me semble que plus de gens réalisent maintenant que ceci est, en réalité, une nouvelle forme d’impérialisme, où l’arme utilisée est le capital, qui peut être utilisé pour appauvrir les pays jusqu’au point où ils se voient obligés de quémander de l’aide. Et lorsqu’ils le font, alors on peut leur imposer des conditions, et l’une de ces conditions, bien sûr, est qu’il faut ouvrir l’économie et permettre aux entreprises étrangères d’entrer et opérer librement. Ces sociétés étrangères sont des grandes sociétés, des énormes banques. Elle viennent et entrent en concurrence avec des petites sociétés et des petites banques, et ces banques font éventuellement faillite et sont absorbées par les grosses banques étrangères, et nous finissions par ne plus avoir de banques qui nous appartiennent. Elles affirment, bien sûr, que nous aurons le meilleur service, du moins pour les gens qui ont le plus d’argent, mais nous ne serons que des salariés au sein de sociétés étrangères.

Nous n’aurons plus d’indépendance, comme dans le cas des républiques bananières, et lorsque l’économie dépend totalement de société contrôlées de l’extérieur, ils dictent l’avenir politique du pays. Il faut se soumettre. S’ils n’aiment pas qu’une personne devienne président, par exemple, ils peuvent monter une opération qui permettra de renverser cette personne, comme ils l’ont fait dans certains pays. Et ceci signifie que nous n’avons plus aucune indépendance. Vous savez, lorsque nos politiques sont déterminées par les investisseurs étrangers, où se trouve alors l’indépendance ?


[1Ceux-ci feront partie d’un dispositif global qui sera complété, à part la grande politique d’investissement dans l’infrastructure et dans la recherche scientifique déjà amorcée par les BRICS, par : des mesures protectionnistes (tarification douanière) négociées entre Etats souverains pour assurer un développement équilibré entre les pays et entre les diverses classes sociales au sein d’un même pays ; reprise en main par les Etats de l’émission monétaire, grâce à un système de crédit productif public.

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