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Le colonel (cr) Alain Corvez : les 28 pages changeront notre vision du 11 septembre

La rédaction
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Le colonel (cr) Alain Corvez, ancien conseiller du général commandant la Force des Nations unies déployée au Sud-Liban (FINUL), ancien conseiller en relations internationales au ministère des Affaires étrangères est actuellement conseiller en stratégie internationale.

Voici un entretien qu’il a accordé à Paris, le 9 janvier 2015, à l’hebdomadaire américain Executive Intelligence Review (EIR).

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Question : Mon Colonel, une conférence de presse vient de se tenir le 7 janvier à Washington sur la nécessité de déclassifier les 28 dernières pages du rapport sur les attentats du 11 septembre. Ces 28 pages du rapport de la commission parlementaire bipartisane sur les failles du renseignement américain dans les attentats du 11 septembre, coprésidée par l’ancien sénateur démocrate de Floride Bob Graham, n’ont pu être consultées jusqu’ici que par des élus du Congrès, sous la surveillance d’agents du FBI, avec interdiction de prendre des notes ou d’en révéler le contenu.

Bob Graham, entouré de trois membres de la Chambre, de représentants des familles des victimes et soutenu par une vingtaine de congressistes, exige aujourd’hui, une fois de plus, que ces 28 pages soient rendues publiques afin que le public américain puisse en juger. Il met en cause l’Arabie saoudite, des responsables saoudiens et en particulier le prince Bandar, alors ambassadeur d’Arabie saoudite aux Etats-Unis. Cette conférence de presse a été couverte par Huffington Post, CNN, Fox News. Qu’en pensez-vous ?

Colonel Alain Corvez : Eh bien, je pense effectivement que ce serait une très bonne chose que ces 28 pages soient diffusées et que tout un chacun puisse en avoir connaissance. Vraisemblablement d’ailleurs, comme vous semblez l’indiquer, dans ces 28 pages, il doit y avoir des révélations très intéressantes puisque si on ne les a pas diffusées avec le reste du rapport, c’est qu’on voulait dissimuler des informations.

Les services de renseignement américains – et les services de renseignement du monde entier – travaillent de la même façon. Mais si des puissances – et vous parlez de l’Arabie saoudite – ont eu un rôle dans les attentats du 11 septembre, il faut que ce soit connu. Il faut que ce soit connu en particulier des citoyens américains d’abord, et puis du reste du monde, puisque comme nous savons tous hélas, les attentats du 11 septembre ont eu des répercussions sur l’ensemble du monde.

Je crois que non seulement la conférence de presse, mais aussi les travaux qui l’ont précédée, sont un pas en avant. Je souhaite qu’ils parviennent effectivement à leurs fins et qu’elles soient publiées, parce qu’une fois que les informations contenues dans ces 28 pages seront connues de tout le monde, cela donnera sans doute une vision différente de qui a commandité quoi en 2001 aux États-Unis.

Bob Graham a mentionné à trois reprises au cours de sa conférence de presse un rapport entre les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis et l’opération terroriste menée à Paris, avec l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo. Comment voyez-vous éventuellement ce rapport ?

J’ai vu des articles dans la presse française, et dans la presse américaine – peut-être que les articles français reprenaient les articles dans la presse américaine – qui tirent un parallèle entre les deux et qui citent deux faits très étonnants. Dans le premier cas, on a trouvé en 2001 le passeport d’un des terroristes absolument intact dans le World Trade Center, alors que tout avait été détruit. Pourtant, comme par miracle, il y avait un passeport qui n’avait pas été détruit. Puis le fait que les tueurs de Charlie Hebdo ont laissé traîner une carte d’identité, qui a permis de les identifier aussitôt.

C’est déjà un premier parallèle. Ce n’était pas des amateurs apparemment, on a vu la façon dont cela s’était passé. Comment des professionnels peuvent-il laisser dans leur voiture une carte d’identité qui permet de les identifier ?

Je n’ai aucune preuve matérielle pour le moment pour dire que cela indique qu’il y a eu des puissances étrangères qui sont derrière l’attentat de Charlie Hebdo, de même qu’il y avait des puissances étrangères derrière les attentats du 11 septembre. Mais il y a deux faits qui sont incohérents – ce passeport en 2001 et cette carte d’identité en 2015, qui paraissent être des éléments incohérents. Je n’en sais pas plus, mais cela paraît étonnant.

Vous voulez dire que des professionnels qui ont tué comme ils ont tué, ne se comportent pas comme des amateurs en livrant les moyens de les identifier ?

Exactement. C’est complètement incohérent. Les images qu’on a vues et la façon dont cela s’est passé montrent que ce sont des gens qui ont agi avec calme et sang-froid, qui tiraient coup par coup quand il le fallait, et qui ne lâchaient des rafales que quand c’était indispensable. Les rafales étaient très bien contrôlées, comme on le voit dans les impacts. Donc, c’était de vrais professionnels qui savaient bien tirer.

Mais on voit très bien aussi dans les vidéos la façon dont ils se replient, la façon dont ils montent dans leur voiture, ils sont très calmes. On sent qu’ils avaient bien préparé leur coup. Que des professionnels aussi bien entraînés laissent une carte d’identité dans la voiture qu’ils abandonnent par la suite, cela ne s’explique pas. Cela paraît incohérent.

On ne voit pas le terroriste en question enlever sa carte d’identité pour la mettre sur le siège de la voiture ou par terre dans la voiture, de façon à ce qu’on la trouve facilement. Cela me paraît une incohérence totale.

Que pensez-vous de terroristes dits islamiques qui abattent un policier par terre en lui tirant une balle dans la tête, alors qu’il s’agit d’un musulman ?

Est-ce qu’ils savaient que c’était un musulman ? On ne sait pas. L’impression que j’ai sans avoir d’informations secrètes (je n’ai que les informations de la presse), c’est que nous avons affaire à des professionnels qui avaient bien préparé leur coup. Pour agir de cette façon, ils ont dû avoir un plan et sans doute des ordres à exécuter.

Par la suite, il y a eu d’autres actes de terrorisme dans Paris, et même en dehors de Paris. Est-ce que tout cela est coordonné ? Je n’irais pas jusque là. Je pense qu’il est possible que cet acte barbare de tuer les journalistes de Charlie Hebdo ait été commandité. Il y a en tout cas des indices qui orientent la réflexion dans cette direction.

Il faut voir aussi à qui profite le crime et quel est le résultat de tout cela. On voit bien qu’une inquiétude s’est répandue un peu partout en France, on craint même des affrontements entre différentes couches de la population. Cela pourrait être le but recherché, de diviser la France ou l’amener au bord du chaos, en faisant s’affronter entre elles les différentes couches de la société.

Dans ce contexte, que pensez-vous des révélations récentes sur les liens entre les frères Kouachi, présumés responsables du crime contre les journalistes de Charlie Hebdo et nos policiers, et Abou Hamza, prédicateur wahhabite de la mosquée du Parc de Finsbury à Londres, dont l’avocat a par ailleurs affirmé qu’il coopérait avec les services de renseignement britanniques, et notamment avec le MI5 ? Faut-il tirer des conclusions de cet endoctrinement, qui semble patent ?

Oui, je pense qu’on peut tirer des conclusions. Premièrement, comme on le sait, beaucoup de ces terroristes islamiques se rencontrent en prison et s’endoctrinent en prison, et peuvent s’endoctriner en dehors de prison également. Ces liens avec Abou Hamza ne sont pas surprenants, en ce sens que cette mouvance de gens qui entrent délibérément dans un milieu souterrain, qui d’eux-mêmes se mettent à l’écart de la société tout en pouvant donner l’apparence de rester membre à part entière de la société d’où ils sont issus, dans laquelle ils vivent normalement, mais qui par ailleurs intègrent un milieu, qui s’organisent un peu comme une sorte de réseau. Dans les réseaux, on rencontre quelqu’un qui dit « est-ce que tu as entendu parler de l’imam un tel ? », ou « est-ce que tu connais Abou Hamza ? », ou « est-ce que tu connais l’imam de la mosquée de Drancy » ou de je ne sais où, « il faut que tu le rencontres », et donc voilà. Tout ça se passe comme ça. Mais le fait qu’Abou Hamza collabore avec le MI5 est effectivement un peu troublant parce que cela pourrait vouloir indiquer que ces gens là ont été manipulés, avec des relais multiples, par les services britanniques.

C’est tout de même pendant longtemps à Londres que ces gens là se manifestaient apparemment librement, sans qu’ils soient inquiétés, alors que nos propres services, que l’État français avait réclamé des extraditions qui ont été très longues à venir.

C’est tout-à-fait exact. Cela surprenait d’ailleurs les gens qui s’intéressaient à ces questions. Cela surprenait de voir comment les Britanniques laissaient la libre parole à ces imams les plus extrémistes dans leur pays, en particulier à Londres. On se demandait où ils voulaient en venir. Effectivement, si le gouvernement britannique s’était inquiété de cela et que les services auraient peut-être répondu « on contrôle l’affaire parce que en fait on les manipule, ce sont nos agents », alors oui, s’ils les manipulent et que ce sont leurs agents, ça va jusqu’où ? Est-ce que cela va jusqu’à endoctriner et créer des réseaux internationaux, notamment en France ? Si les frères Kouachi étaient en contact avec Abou Hamza, alors il y a une possibilité que ce soit une manipulation des services du MI5.

Curieusement, les frères Kouachi ont été abattus. Le terroriste de Montrouge [Coulibaly], qui réclamait, disons, qu’on les laisse s’évader des opérations policières déployées contre eux, tous ces gens là ont été abattus, comme Mérah a été abattu. Faut-il là aussi en tirer des conclusions ?

Cela est très dommage. Je tiens à rappeler quand même que, en regardant la télévision hier soir (et je rappelle que je n’ai pas d’autres informations que celles de la presse ouverte), j’ai vu deux chefs sur différentes chaînes, deux chefs du renseignement intérieur en particulier, dont un ancien, qui était Squarcini [Bernard], et un autre dont j’ai oublié le nom, je ne sais plus quelle était sa fonction, mais sur deux chaînes différentes, tous les deux ont dit, lorsque David Pujadas dans un cas et je ne sais plus quel journaliste dans l’autre les interrogeaient sur ce qu’il allait se passer, sur la manière dont les forces de police s’y prendraient pour cerner puis attraper les terroristes (on ne savait pas encore où ils se trouvaient), les deux ont répondu que ce qu’il faut surtout espérer, c’est qu’on arrive à les prendre vivants, pour qu’ils parlent, et je me souviens de Squarcini en particulier, il a dit qu’il y tenait vraiment, essentiellement parce que c’est un moyen essentiel d’avoir de l’information sur les autres attentats qu’il pourrait y avoir en France. Et bien, j’apprends ce soir qu’ils ont été tués, je ne sais pas dans quelles circonstances cela s’est passé, mais en tout cas, ce dont on peut être sûr, c’est que c’est quand même dommage, puisqu’ils étaient complètement cernés dans une enceinte, on aurait pu attendre, peut-être, qu’ils se rendent d’eux-mêmes. Je ne sais comment ils sont morts, mais il est très dommage que ces gens-là ne pourront plus jamais parler pour dire comment ils avaient monté leur affaire.

Bernard Maris, une des victimes assassinées, avait pris des positions économiques très opposées à l’oligarchie financière. Est-ce que c’est représentatif ?

Oui. On sait bien que le monde est dirigé par le capitalisme, c’est-à-dire par les gens qui ont l’argent. L’argent c’est le nerf de la guerre. C’est le nerf de tout. Sans argent on ne peut rien faire. Les gens qui possèdent l’argent sont maintenant des grands financiers internationaux, mais ces grands financiers internationaux prennent leurs ordres essentiellement à Wall Street et à la City. D’ailleurs, il faut se rappeler à cet égard l’affaire Alstom, qui n’est pas finie, Alstom rachetée par General Electric ; il y a un rapport publié par le Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), qui fait beaucoup de bruit, au point que plusieurs députés ont demandé la constitution d’une commission d’enquête sur cette affaire de rachat d’Alstom par GE. Ce rapport est remarquable puisqu’il dessine les contours de la puissance de ces fonds de pension (cela prend différents noms), de la finance internationale, parce que derrière General Electric, il y a aussi la finance internationale.

Donc, il est certain que Bernard Maris ne devait pas être apprécié par cette finance internationale, puisque j’avais déjà remarqué, sans le connaître personnellement, qu’il critiquait assez violemment cette finance internationale. Est-ce que les gens qui ont agi voulaient faire d’une pierre deux coups, je n’en sais rien, mais je crois que cette affaire pose beaucoup de questions et qu’il faut continuer à réfléchir. Personnellement j’avais dit, dans certains cercles de réflexion auxquels j’appartiens, « attendons les résultats de l’enquête ». Alors que des gens voulaient prendre tout de suite des positions intempestives, j’avais essayé de calmer tout le monde en disant « attendons les résultats de l’enquête pour voir qui a commandité cela, comment cela a été organisé et ainsi de suite », mais hélas, on n’en saura pas plus puisque ceux qui pouvaient nous en dire beaucoup ont été tués.

Le meilleur hommage que l’on puisse rendre aux victimes n’est-il pas que nous réagissions en revenant à une politique de réelle indépendance nationale ?

Bien sûr. Mais c’est vrai dans tous les domaines. Le boulet que nous traînons est le fait qu’il n’y a plus d’indépendance nationale. Cela s’est déjà amorcé vers la fin du mandat Chirac, et s’est poursuivi avec Sarkozy et maintenant avec Hollande. Le rapprochement des États-Unis d’Amérique, c’est-à-dire la communauté de vue entre la diplomatie française et la diplomatie américaine n’a fait que s’accentuer et on est dans une situation où des affaires comme celles-ci, une affaire de terrorisme, ne sont-elles pas un signal que voudraient nous donner des puissances étrangères en nous disant

Faites attention, ne vous éloignez pas de notre camp parce que sinon on pourrait vous nuire...

Tout est possible, on peut faire toutes les suppositions qu’on veut. Ce qui est certain, c’est que le terrorisme international a été piloté dès les origines, on le sait, par les États-Unis et je crois que vous insistez sur les Britanniques – [ce n’est pas faux] sans doute – mais il est avéré que Daech, par exemple, qui en est la dernière expression, Daech est entièrement contrôlé par les services américains, avec l’aide des services qataris, saoudiens et turcs. Il n’en reste pas moins que… il ne faut pas se faire d’idée, il ne faut pas se laisser leurrer sur cet affaire, Daech c’est une affaire qui est contrôlée par les services américains. Donc, s’ils sont capables de contrôler Daech, ils sont sans doute capables de contrôler des gens qui sont peut-être d’ailleurs des amis de Daech, et qui sont en France.

Une Europe de l’Atlantique à l’Oural et une nouvelle Route de la Soie à l’échelle du monde pour dépasser tout danger de manipulation et de contrôle par des flux financiers dirigés, vous paraissent-elles un horizon possible ?

Oui, cela me parait être un horizon non seulement possible mais souhaitable et en fait, les soubresauts que nous connaissons aujourd’hui sont peut-être justement la conséquence de cette mise en place d’un nouveau monde avec de nouveaux pôles, avec des nouveaux rapports de force ; et que la puissance finissante, mais qui est encore la première puissance mondiale, les États-Unis d’Amérique, voit émerger ces pôles avec beaucoup d’inquiétude. Peut-être pas le gouvernement américain, car là aussi c’est un problème important : ce n’est pas le gouvernement américain qui dirige l’Amérique mais ce sont des groupes de pression, et notamment les groupes financiers, qui agissent à Washington et qui empêchent le président Obama et son gouvernement d’appliquer une stratégie, parce qu’une stratégie d’ouverture sur le monde et la prise en compte de l’émergence de nouveaux pôles de puissance, ne conviennent pas du tout à cette finance internationale qui elle veut maintenir la pérennité du dollar et continuer la suprématie totale des États-Unis d’Amérique dans tous les domaines, même contre les réalités auxquelles ils sont confrontés.

Alors, si l’on n’y arrive pas, donc, si l’on voit que la Chine, l’Inde et les BRICS d’une manière générale, commencent à s’organiser pour se servir d’une autre monnaie que le dollar pour ne plus rester le doigt sur la couture du pantalon quand Washington donne un ordre, il est évident que tous ces magnats de la finance ne soient pas contents. Et ils sont capables de préférer le chaos, comme en Ukraine par exemple, ou avec le terrorisme, par exemple Daech, ils sont capables de préférer le chaos, à la perte d’influence de l’Amérique sur la marche des événements du monde.

Ces États-Unis que vous mentionnez-là, ne sont pas à l’avantage du peuple américain… Pensez-vous qu’il n’y pas une possibilité qu’un gouvernement aux États-Unis puisse apparaître, s’opposant au monde de Wall Street et au monde Anglo-américain, dans l’intérêt du peuple américain et respectueux de l’esprit de Franklin Roosevelt, des pères fondateurs, et surtout, de la Constitution ?

C’est ce que je souhaite et c’est, je pense, ce que tous les hommes de bonne volonté peuvent souhaiter. J’étais à Téhéran le 9 et 10 décembre dernier. Il y avait une conférence dont le thème était justement un nouveau monde à créer avec des relations modérées. Que les États aient des intérêts à défendre, c’est bien normal, mais qu’ils les défendent de façon modérée et qu’il y ait un dialogue plutôt que de dire « l’option militaire est sur la table ».

Le thème général de la conférence, c’était un monde contre la violence et contre l’extrémisme. Et donc, beaucoup de personnes du monde entier sont intervenues. Il y avait des Russes, des Chinois, de nombreux pays européens, et il y avait notamment un ancien sénateur américain qui a fait une intervention très intéressante. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a des voix de plus en plus nombreuses qui s’élèvent dans le monde, y compris aux États-Unis, pour dire : « Mais on ne veut plus de ce monde où c’est la force qui prime. »

Vous voyez, je vais caricaturer un petit peu mais quand même, je trouve que c’est parlant. Les États-Unis se conduisent comme des cowboys de la Belle époque. Si un Indien ne veut pas leur donner sa terre ou les dérange, ils sortent leur colt et ils le tuent. Actuellement, la politique américaine, en exagérant peut-être un peu, c’est en gros une politique de cowboy qui sort son pistolet dès qu’on n’est pas d’accord avec lui.

Eh bien, je sens quand-même qu’aux États-Unis, de plus en plus de voix se lèvent contre cela. Le sénateur Graham et la commission qui s’est constituée aux États-Unis sur le sujet que nous avons abordé initialement, est aussi une preuve qu’il y a des gens qui veulent qu’on sorte de ce monde où les États-Unis dictent leur loi à l’ensemble des pays de la planète. Parce que – vous avez raison – cela ne fait pas le jeu de l’Amérique. Ça peut durer un certain temps, mais cela ne durera certainement pas longtemps. Et donc ce n’est pas dans l’intérêt des États-Unis d’Amérique et cela n’est pas dans l’intérêt des Américains. Car aujourd’hui – des voix très importantes l’ont dit, les Américains sont haïs dans le monde entier. Donc quand ils voyagent, ils sont mal vus, parce qu’ils sont Américains. « Ahhhh, c’est vous ! ». Cela ne sert donc pas l’intérêt des Américains.

Or, le peuple américain, je suis sûr, moi j’ai des amis américains, le peuple américain ne partage pas cet idée-là. Et donc je suis sûr que le peuple américain serait très heureux de voir que son gouvernement prend en compte le fait que nous sommes dans un monde où il n’y a plus de menace. On a parlé de l’équilibre de la terreur. Qu’il y a des puissances qui ont des cultures différentes, des ambitions différentes, mais qui dialoguent entre elles, et qui entendent discuter de façon modérée quand elles ont des différences de point de vue, et non pas taper sur la table ou sortir le colt pour dire « si on n’est pas d’accord, je vous tue ! »

C’est ce que Xi Jinping appelle un système « gagnant-gagnant ».

Exactement, c’est un système gagnant-gagnant, c’est exactement ça.

Dernière question : pensez-vous qu’il serait nécessaire de créer chez nous une commission d’enquête parlementaire sur les sources du terrorisme ?

Ce serait utile, c’est certain. Je pense que nos services secrets ont certainement beaucoup d’idées là-dessus. Cependant, vous savez très bien que le pouvoir politique n’autorise les services secrets à écrire et à diffuser surtout leurs analyses, que tant qu’elles ne vont pas contre un axe diplomatique qu’on a choisi. Sans tenir compte de ces analyses justement.

Et le terrorisme, si on le définit comme soutenu par les services américains, saoudiens, turcs et ceux du Qatar ainsi que ceux des pays avec lesquels nous avons des relations très étroites, et qui sont des pays que nous invitons à investir dans notre immobilier ou dans d’autres secteurs de notre économie, le pouvoir politique risque de s’y opposer. Mais pour cela serait suffisamment intéressant, si l’on trouve suffisamment de députés et de sénateurs qui seraient d’accord pour constituer une telle commission, après tout, ce sera aller dans le sens que réclame M. Graham aux États-Unis et ce serait très bien. Mettre sur la table, sans bien sûr divulguer des secrets d’État, qu’est-ce que le terrorisme – tout le monde parle du terrorisme – mais demandez au Français que vous croisez dans la rue ce qu’il sait du terrorisme ? « Ce sont des gens qui veulent tuer sans qu’on sache pourquoi. » Il y en a peu qui savent que derrière ces acteurs, qui sont souvent des barbares, qui ignorent pour qui ils travaillent réellement, il y a des services qui les contrôlent, qui les orientent. Il serait très intéressant qu’une commission puisse mettre ceci à plat, et qu’on dise : « Attention il ne faut quand même pas tromper tout le monde. Le terrorisme, cela n’est pas une génération spontanée, voilà d’où ça vient, voilà qui le finance et comment il fonctionne. »

Merci mon colonel de nous avoir donné des raisons de réfléchir et d’espérer.

Nous avons réfléchi ensemble.

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