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Coup d’Etat financier : après la Grèce, le Portugal

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Les Portugais ont voté contre l’austérité. Un crime !
Crédit : AP

En matière de gouvernance, l’UE reste un laboratoire riche en expérimentations. En témoigne Alexandre Tsipras qui vient de confirmer que sans « les conseils » de François Hollande, il n’aurait jamais reculé comme il l’a fait pour sauver la zone euro en organisant en Grèce ce que son ex-ministre des Finances Varoufakis dénonce comme un « Coup d’Etat contre soi-même ».

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Nouvelle Solidarité N°13/2015 - S’abonner

Aujourd’hui, c’est le Portugal qui se livre au même exercice. Lors des élections législatives du 4 octobre, les conservateurs (CDS-PP) du Premier ministre Pedro Passos Coelho, obtiennent 38,6 % des suffrages. « Après la Grèce, l’opinion publique portugaise a refusé les scénarios de rupture. La population portugaise a voté pour l’Europe et l’euro, » s’exclame Jean-Marc Sylvestre sur Atlantico.

Pourtant, en face, le total des voix de gauche est, lui, supérieur à 51 %, le PS représentant 32,3 %, le BE (Bloc de gauche qualifié de « Syriza portugais ») 10,19 % et la Coalition démocratique unitaire (Parti communiste et Verts), 8,25 % des voix.

Dans pareille circonstance, il aurait été normal, en démocratie, que le Président portugais Anibal Cavaco Silva accède à la demande d’Antonio Silva (PS) de le nommer comme Premier ministre.

Or, il n’en est rien. Et jeudi 22 octobre, c’est le Premier ministre sortant Pedro Passos Coelho qui est reconduit dans ses fonctions comme le souhaitait Angela Merkel. Pourquoi ?

Parce que l’opposition qui a gagné l’élection s’oppose à l’austérité ! Une menace potentielle suffisamment inquiétante pour organiser un véritable déni de démocratie. Reconnaissant implicitement les pressions qu’il subit, le Président portugais a d’ailleurs affirmé :

En 40 ans de démocratie, aucun gouvernement du Portugal ne fut dirigé grâce au soutien de forces anti-européennes, soit des forces qui ont fait campagne pour abroger le traité de Lisbonne, le pacte fiscal, le pacte de croissance et de stabilité ainsi que pour démanteler l’Union monétaire et sortir le Portugal de l’euro, en plus de vouloir dissoudre l’OTAN...

(...) Après tous les importants sacrifices consentis dans le cadre d’un important accord financier, il est de mon devoir, et dans mes prérogatives constitutionnelles, de faire tout mon possible pour empêcher de faux signaux d’être émis envers les institutions financières et les investisseurs internationaux.

Pour le Président portugais, les perceptions des tenants du système sont largement plus réelles que la réalité du scrutin.

En plus, le PS portugais n’est « pas Syriza » comme l’admet son candidat Costa qui ajoute que « les engagements internationaux du Portugal » seront respectés aussi bien vis-à-vis de l’OTAN que vis-à-vis de l’UE et de sa discipline budgétaire (respect d’un déficit inférieur à 3 % du PIB).

Les tenants de ce qui convient de nommer l’Empire européen ont donc visiblement mis les points sur les i :

  1. l’UE ne peut pas se payer « le luxe » d’une deuxième crise grecque sans s’effondrer ;
  2. toute force politique qui s’oppose à l’austérité est une menace potentielle pour l’euro et doit donc être écartée du pouvoir.

Il n’est pas inutile ici de rappeler la fameuse note de JP Morgan où cette banque new-yorkaise regrettait qu’au sein de l’UE on conservait « des constitutions post-fascistes », considérées comme des obstacles à toute nouvelle phase de la mondialisation financière.

Jacques Sapir dénonce un « coup d’État silencieux »

L’économiste français Jacques Sapir qualifie de « particulièrement grave » ce « coup d’Etat silencieux organisé par des dirigeants pro-européens de ce pays. (…) Ce coup survient alors que la situation économique du Portugal, souvent présentée – à tort – dans la presse comme une ’réussite’ des politiques d’austérité, reste très précaire. Le déficit budgétaire a atteint plus de 7 % en 2014 et devrait être largement au-dessus de 3 % cette année. La dette publique est à plus de 127 % du PIB. Et, si l’économie connaît à nouveau une certaine croissance, elle est, en 2015, toujours au niveau de 2004. Le pays a été ramené plus de dix ans en arrière par les politiques d’austérité, avec un coût social (chômage) extrêmement fort. De fait, les « réformes » qui ont été imposées en contrepartie du plan d’aide au financement de la dette et des banques n’ont pas résolu le problème principal du pays. Ce problème, c’est la productivité du travail. Cette dernière est trop faible au Portugal, et ceci pour de nombreuses raisons : une main d’œuvre mal ou peu formée et un investissement productif largement insuffisant. Le Portugal, dans les années 1980 et 1990, a pu s’accommoder de cette faible productivité car il pouvait laisser sa monnaie se déprécier. Depuis 1999 et l’entrée dans l’Euro, ceci est impossible. Il n’est donc pas surprenant que la production ait stagné.

« La responsabilité de l’euro dans la situation économique du Portugal est indéniable. Mais la responsabilité des autorités européennes dans le chaos économique et politique qui risque de survenir est tout aussi certaine. On parle souvent d’une accoutumance au désastre, d’une lassitude de la souffrance conduisant des peuples à s’abandonner au pire. En fait, il n’y a rien de tel ici. Les Portugais ont tenté d’appliquer les méthodes inspirées par l’Eurogroupe et la Commission européenne et, aujourd’hui, ils sont obligés de constater que ces méthodes ne donnent pas les résultats escomptés. Le vote des élections législatives est le résultat de ce bilan. Mais, des dirigeants inféodés à l’étranger, c’est-à-dire aux institutions européennes, ont décidé de ne pas en tenir compte. Ce qui se passe aujourd’hui à Lisbonne est aussi grave, même si c’est moins spectaculaire, que ce que l’on a connu en Grèce.

« La nature profondément anti-démocratique de l’Eurogroupe et de l’UE s’affirme une deuxième fois et se confirme. Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir. Cependant, cette fois pourrait bien être la fois de trop. Mais, pour qu’il en soit ainsi, il est impératif que toutes les forces décidées à lutter contre l’euro trouvent des formes de coordination de leurs actions. Il faut ici se souvenir de ce que La Boétie écrivait dans le Discours de la servitude volontaire publié en 1574 : ’Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.’

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