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Charles Dupin, reviens !

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Education professionnelle.

A une époque ou la question de la formation professionnelle suscite bien des débats, il n’est pas inutile de se rappeler ce que la France a connu de meilleur au niveau éducatif, par exemple lors des débuts de l’Ecole centrale des travaux publics, rebaptisée Ecole polytechnique le 1 septembre 1795. Jacques-Élie Lamblardie, Gaspard Monge, Lazare Carnot et Prieur de la Côte-d’Or en furent les fondateurs.

Dans Aperçu historique de la place des mathématiques dans l’enseignement maritime, article très complet publié dans La Revue Maritime N° 508 (Mars 2017), le Professeur Pierre-Yves Larrieu, rappelle cet époque. Extrait.

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Charles Dupin

La vision de Gaspard Monge sera poursuivie par son disciple, le Baron Charles Dupin. [1]

A la suite d’une expérimentation heureuse réalisée en 1825 à l’école d’hydrographie de La Rochelle, il amène le ministère de la marine à établir un cours de géométrie et de mécanique appliquées aux arts (c’est-à-dire aux procédés de fabrication industriels), dans chaque port, sur le plan du cours qu’il professe au conservatoire royal de Paris. [2]

Les professeurs d’hydrographie, répartis dans les 44 écoles instituées par l’ordonnance de 1825, ouvrent alors des cours publics et gratuits le soir, en sus de leur enseignement délivré aux futurs marins. Le succès est immédiat et phénoménal. Chaque cours accueille en moyenne une centaine d’élèves, ouvriers, artisans, chef d’ateliers et de manufactures et même artistes.

L’initiative vise initialement le développement des industries maritimes, mais très rapidement de nombreuses municipalités, situées à l’intérieur des terres, incitées par les Chambres de commerce et de l’industrie (CCI), les sociétés d’encouragement pour l’industrie, les sociétés savantes, et les préfets, financent des chaires de géométrie et de mécaniques, de manière à pouvoir donner les mêmes enseignements.

Un tel succès s’explique avant tout par le programme de l’enseignement qui est conçu à la fois pour répondre aux besoins de l’industrie et pour être facilement accessible :

Afin de composer un cours normal qui convienne aux besoins de l’industrie, j’ai choisi, dans les principes et les méthodes de la géométrie et de la mécanique, tout ce qui m’a paru susceptible d’applications fréquentes et d’un grand intérêt pour nos arts habituels et pour les simples usages de la vie (…) Voilà l’attrait naturel et facilement saisissable auquel est dû le succès de la nouvelle manière d’enseigner la géométrie et la mécanique, en rendant leur étude inséparable des applications aux arts.

Il fait également rendre hommage au corps professoral qui a su transmettre ces connaissances à des élèves n’ayant jamais fait d’études, pour certains ne sachant pas écrire et pour d’autres ne parlant pratiquement pas le français ! [3]

Pour Charles Dupin, l’enseignement populaire des mathématiques appliquées remplissait bien un objectif politique, d’ailleurs publiquement revendiqué, de manière que l’on pourra trouver un peu étonnante en pleine restauration :

Il restait à conquérir une gloire (…) ; c’était d’offrir aux plus humbles citoyens (…) l’étude des sciences utiles ; mise à la portée des moindres artisans, et publiquement enseignées par des professeurs gratuits. Nulle part en Europe, des maîtres défrayés par l’Etat n’offrent aux ouvriers une source d’instruction mathématique, qui, sur le territoire de la France, est donnée, aux frais du trésor public, par quarante-six professeurs, aux frais des communes par vingt-quatre professeurs.

Certains de ces enseignements semblent avoir perduré jusque vers le milieu du XIXe siècle. Cette période a probablement constitué un âge d’or de l’enseignement maritime : une période où il a pu diffuser ses compétences scientifiques de haut-niveau, au-delà du milieu maritime.

Le cours de Charles Dupin de 1828, disponible sur le site Gallica


[1Charles Dupin (1784-1873), élève de Gaspard Monge à l’Ecole polytechnique, fût successivement ingénieur naval, mathématicien, et homme politique. En 1813, il publie Développements de Géométrie, Avec des Applications à la stabilité des Vaisseaux, aux Déblais et Remblais, au Défilement, à l’Optique, etc. pour faire suite à la géométrie descriptive et à la géométrie analytique de M. Monge, Courcier, Paris ; En 1819, il reçoit pour mission de donner « un enseignement public et gratuit pour l’application des sciences aux arts industriels ». Fait baron en 1824, membre de l’Institut, il enseigne au Conservatoire National des Arts et Métiers jusqu’en 1854.

[2Dupin, Charles, « Rapport général à S. Exc. Le Ministre de la marine et des colonies, sur l’institution d’un Enseignement de la Mécanique et de la Géométrie appliquées aux arts, dans les villes maritimes de France. » in Annales Maritimes et Coloniales, IIe partie, tome 2, 1826, p. 345 – 374.

[3A Dunkerque, en Bretagne et au Pays Basque en particulier.

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