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Martin Luther King, Lyndon LaRouche : la vraie Amérique

Ou l’audace inspiratrice en temps de crise
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par Eric Sauzé

Ce sens de l’immortalité, vous devez le trouver en vous-même ; alors vous avez la force de le communiquer aux autres. Le fond de l’affaire est d’inspirer les gens, de trouver en eux-mêmes ce qui est source d’inspiration. Cela vous donne une puissance gigantesque.

— Lyndon LaRouche, discussion avec de jeunes militants américains, 2 novembre 2002

On ne peut pas avoir une république fondée sur le populisme - sur l’opinion populaire - parce que, dans l’histoire, l’opinion populaire a toujours eu tort. Les bons dirigeants, comme les bons professeurs, enseignent à la population à surmonter ses propres erreurs.

— Lyndon LaRouche, ibid.

Nous vivons actuellement l’effondrement d’un monde. Ce n’est pas la fin du monde, mais la fin d’un monde. C’est la fin d’un système, où l’homme est considéré comme un loup pour l’homme. La période des 35 dernières années qui arrive maintenant à son terme a été celle du jeu décadent et des rapports de force. Ceux-ci ont dicté leurs lois dans tous les domaines : l’économie, les relations internationales et la culture qui a été submergée par la violence, l’arbitraire et le virtuel. Dans ce contexte, la vie humaine en est arrivée à ne plus valoir grand-chose.

L’époque de crise que nous vivons peut être considérée comme révolutionnaire car l’effondrement en cours de l’ordre ancien, si l’on veut éviter un chaos encore plus grave, appelle la mise en place d’une autre dynamique, un vrai « nouveau monde ». Mais celle-ci ne se fera pas toute seule ; elle suppose que des hommes et des femmes de bonne volonté se battent pour ce monde plus juste.

Alors se pose dans toute sa clarté la nécessité de l’engagement de chacun dans son époque et dans l’histoire. Cet engagement est double : il est celui d’un individu souverain, il relève d’une décision personnelle. Il est aussi un acte social parce que les hommes providentiels surgis de nulle part n’existent pas, et qu’il s’agit de créer un mouvement de citoyens actifs, un mouvement d’idées « incarnées » et « agissantes » pour le bien de tous les hommes.

A cet égard, Martin Luther King et « la vraie Amérique », la sienne et la nôtre, nous éclairent pour trois raisons que nous allons développer : ils sont un exemple de cette audace inspiratrice, qui nous permettra de bâtir un mouvement de citoyens efficace. D’ailleurs, cette Amérique véritable est celle que notre ami américain Lyndon LaRouche défend dans son pays et dans le monde. De plus, contrairement à l’empire anglophone actuel, ce pays-continent, fils du meilleur de l’Europe, est un allié et peut être source d’inspiration pour tous ceux qui veulent changer la politique américaine. Enfin, la geste de Martin Luther King, homme d’action et leader politique, est un défi à nous lancé à travers le temps.

I. Pourquoi nous devons créer un vrai leadership

Lorsqu’une société va dans la mauvaise direction, il est nécessaire d’en changer la trajectoire. Des personnes doivent provoquer ce changement et en entraîner d’autres à agir.

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Dr Martin Luther King Jr.
« Pour King, l’amour est d’abord l’amour de l’humanité, couronnement de la création. »

Martin Luther King qui, lui aussi, vécut une période de grands bouleversements, donne une définition très frappante d’un moment révolutionnaire. Il dit : « Un mouvement social qui se contente de faire bouger les gens n’est qu’une simple révolte. Un mouvement qui change les individus comme les institutions est une révolution » (Autobiographie, textes réunis par Clayborne Carson, éditions Bayard). Ce changement, dont parle King, est toujours une « crise » au sens positif du terme : un point d’inflexion, une chance, intérieure comme extérieure, offerte à l’individu ou à la société, de changer pour le mieux.

Pour Lyndon LaRouche, les êtres comme les groupes humains doivent repenser les axiomes qui déterminent la trajectoire de leur existence, s’ils deviennent dangereux, voire mortels, pour ceux qui les ont adoptés. Quand des axiomes s’avèrent faillis, comme c’est le cas actuellement, il faut être capable de les remettre en cause.

C’est tout à fait possible car, contrairement aux organismes vivants et a fortiori au non-vivant, l’être humain a cette qualité cruciale : une capacité consciente de découverte. Il peut aller au-delà d’un corpus de connaissances données, pour en façonner un autre plus efficace, plus près de la réalité de l’Univers, qui lui donnera un niveau de production et de culture plus élevé par tête et par unité de surface. C’est cette qualité qui caractérise les découvertes scientifiques fondamentales de principes physiques valides, ou les grandes oeuvres d’art classique, par exemple. En outre, tout un chacun, s’il en a la volonté et si on lui en donne les moyens, peut au minimum comprendre, assimiler et reproduire consciemment les moments de découvertes fondamentales du passé, voire en engendrer de nouvelles, de manière originale.

Cette approche de la connaissance, commune à Socrate, Martin Luther King et LaRouche, va à l’encontre du simple apprentissage de recettes toutes faites, et elle présuppose un amour profond pour la création et le Créateur. Ainsi, pour Martin Luther King, amour de l’humanité, amour de la vérité, amour de la justice sont trois expressions de cet amour noble qu’il a mis au centre de son engagement.

Dans un sermon de 1954 intitulé « Redécouvrir les valeurs perdues », il rappelle qu’« il y a des lois morales dans l’Univers aussi éternelles et implacables que les lois physiques et qui agissent de manière absolue ». Il attaque des travers très « modernes » : le relativisme moral (l’arbitraire), la loi de la majorité (est bon ce que tout le monde pense être bon, indépendamment de critères de jugements), ou l’utilitarisme (est bon ce qui « marche » ; si quelqu’un vole et qu’il n’est pas attrapé, c’est un bien !).

Dans un autre sermon de 1956, la « Lettre de saint Paul aux Chrétiens d’Amérique », King reprend la fameuse épître de saint Paul aux Corinthiens (I Corinthiens) :

« (...) vous pourriez donner vos biens pour nourrir les pauvres, faire des dons substantiels aux œuvres de charité, être de grands philanthropes ; sans l’amour, cela ne signifie rien. Et même livrer votre corps aux flammes, mourir en martyr, répandre votre sang pour qu’il devienne symbole d’honneur pour des générations à venir, être glorifié par des milliers comme un héros de l’histoire, sans l’amour, votre sang aurait été versé en vain. (...). La générosité peut nourrir son ego et la piété gonfler son orgueil. L’Homme a la capacité terrible de transformer une haute vertu en vice tragique. Sans amour, la bienfaisance devient culte de soi et le martyre, orgueil spirituel ».

Pour King, l’amour est d’abord l’amour de l’humanité, couronnement de la création. Socrate, dans Le Banquet de Platon, décrit l’amour en trois temps : il est d’abord une aspiration de tous les êtres vivants à l’immortalité, un moyen pour tout un chacun de transcender sa propre finitude, entre autres par la reproduction. Plus profondément, l’amour est l’enfantement dans le beau de la sagesse et de la vertu, « dont la partie la plus belle est celle qui a trait au gouvernement des Etats et des familles et qu’on nomme prudence et justice » (Platon, Le Banquet, éd. Garnier Flammarion, trad. et notice d’Emile Chambry, p.70). Enfin, il est une élévation de l’âme humaine vers la beauté absolue, la beauté en soi, ce que King appelle « l’élévation vers Dieu ».

Celui qui nourrit cette conception de l’amour voudra naturellement que tous aient accès à ce bonheur et donc, il travaillera à rendre la société et les hommes meilleurs, nous dit Socrate. On retrouve la même idée chez King, pour qui l’amour a un pouvoir rédempteur ; il est capable de transformer les gens en bien.

Pour sa part, King définit l’amour dans un sermon très exigeant intitulé « Aimer vos ennemis ». Il y déclare : « (...) l’amour n’est pas cet élément sentimental dont nous parlons, cette simple émotion. L’amour est une bonne volonté créatrice, compréhensive à l’égard de tous. Il est le refus de dominer quiconque. Parvenu au niveau de l’amour, de sa beauté et de son pouvoir, vous ne cherchez plus qu’à combattre les mauvais systèmes. Quant aux individus, qui peut-être sont pris dans un tel système, vous les aimez, tout en cherchant à vaincre ce système.

« Le grec, comme je l’ai dit, est une langue très forte à ce sujet. Il nous aide magnifiquement en précisant le sens et la profondeur de toute la philosophie de l’amour. Et, à mes yeux, il est approprié et très intéressant, voyez-vous, que le grec possède trois mots pour désigner l’amour. Le premier terme est erôs, qui désigne une sorte d’amour esthétique auquel Platon consacre de longs développements dans ses dialogues, désir de l’âme pour le bien.(...) Chacun l’a expérimenté dans toute sa beauté dans l’attraction qu’il ressent à l’égard d’un individu pour lequel il déborde d’amour (...).

« Le grec emploie également le terme philia, qui désigne un autre type d’amour, très beau lui aussi. C’est une sorte d’affection intime entre des amis proches.(...).

« Le grec emploie encore un autre mot, agapè. Agapè est plus qu’erôs et plus que philia ; dans l’agapè il y a une bonne volonté pour tous les hommes, compréhensive, créatrice, rédemptrice. C’est un amour qui n’attend rien en retour. Un amour débordant, que les théologiens appelleraient l’amour de Dieu travaillant au cœur des hommes. Atteindre ce niveau permet d’aimer les hommes, non en raison de leur caractère aimable, mais parce que Dieu les aime. Voir tout homme et l’aimer parce que Dieu l’aime. Même si c’est la pire personne que vous ayez connue. »

Cet amour-là est aussi amour de la vérité. Pour King, comme Socrate, ou LaRouche, la réalité de l’Univers est dans la cause de l’engendrement des choses, et non dans les choses elles-mêmes. Ces causes, et même la cause absolue des causes, Dieu, sont connaissables, non dans leur extension matérielle, mais dans leur principe d’engendrement. Du coup, la vérité n’est pas une formule ou une « potion magique », une chose en soi. Elle est un principe de combat et de découverte, qui commence par une révolte contre la fausseté, le mensonge et la tyrannie.

Ainsi, King a-t-il pu écrire en 1967, à l’instar de Socrate qui se décrivait comme un amoureux de la vérité :

« Alors que j’étais en train d’en finir avec mes silences et mes propres trahisons, afin d’exprimer les tourments de mon cœur et demander un abandon radical de la politique de destruction au Vietnam, certaines personnes m’ont interrogé sur la sagesse de ma démarche. Au cœur de leurs préoccupations, une question s’est largement et bruyamment présentée : "Pourquoi parler de la guerre, Pasteur King ? Pourquoi joindre votre voix à celle des contestataires ?" Et ils ajoutaient : "La question de la paix et celle des droits civiques sont des choses distinctes." Et quand je les entendais s’exprimer ainsi, même si je comprenais souvent les raisons de leurs soucis, je me sentais attristé car ces questions signifiaient que mes interlocuteurs ne connaissaient vraiment ni ma personnalité, ni mes engagements, ni ma vocation. Ils me semblaient oublier qu’avant d’être un dirigeant du mouvement pour les droits civiques, j’avais répondu à un appel (...). Et pendant les premiers jours de mon ministère, j’avais lu les paroles de l’apôtre Paul : "Ne vous conformez pas au siècle présent mais soyez transformés par le renouvellement de votre esprit." J’avais alors résolu de dire la vérité telle que Dieu me l’aurait révélée. Peu importerait combien de gens me le reprocheraient. J’avais résolu de dire la vérité. » (Autobiographie, p.405, éditions Bayard)

Martin Luther King, c’est aussi l’amour de la justice. Dans sa fameuse lettre de Birmingham, écrite en prison en 1963, King expose sa conception de la justice. Celle-ci va complètement à l’encontre du droit positif (qui est le respect des textes écrits indépendamment de leur contenu moral) :

« On pourrait fort bien nous demander : "Comment pouvez-vous recommander de violer certaines lois et d’en respecter certaines autres ?" La réponse repose sur le fait qu’il existe deux catégories de lois : celles qui sont justes et celles qui sont injustes. Je suis le premier à prêcher l’obéissance aux lois justes. L’obéissance aux lois justes n’est pas seulement un devoir juridique, c’est aussi un devoir moral. Inversement, chacun est moralement tenu de désobéir aux lois injustes. J’abonderais dans le sens de saint Augustin pour qui "une loi injuste n’est pas une loi".

« (...) Comment déterminer si une loi est juste ou injuste ? Une loi juste est une prescription établie par l’homme en conformité avec la loi morale ou la loi de Dieu. Une loi injuste est une loi qui ne se trouve pas en harmonie avec la loi morale. (...) Toute loi qui élève la personne humaine est juste. Toute loi qui la dégrade est injuste . »

Il s’agit ici d’une approche exigeante, exaltante, et qui suppose un moteur intérieur. A un moment d’ailleurs, King développe cette idée de motion intérieure dans sa conception de l’amour : qui respecte en soi sa meilleure part, celle de la créativité, aura le respect de cette meilleure part chez l’autre. En écho au précepte biblique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », on pourrait dire avec le philosophe juif Emmanuel Lévinas : « Tu aimeras ton prochain, c’est toi-même ».

Nous sommes ici aux antipodes de l’amour banal, ou de la simple « appréciation », selon le mot de King.

Et c’est cette conception socratique qui s’est incarnée de la manière la plus accomplie dans la « vraie Amérique ».

II. La vraie Amérique : réalisation politique du principe d’agape

C’est un fait peu connu, l’histoire des Etats-Unis d’Amérique a été jusqu’à nos jours celle d’un combat entre deux courants complètement antagonistes.

Le courant impérialiste trouve sa source dès le début de la République américaine dans les milieux états-uniens proches de l’empire britannique. Ceux-ci partageaient avec leurs partenaires d’Albion une conception coloniale, financière et marchande du pouvoir. Les sudistes de la confédération à l’époque de la guerre de sécession, créateurs du Ku Klux Klan et ennemis de Lincoln, en sont une expression. Théodore Roosevelt et sa politique de la canonnière en est un autre exemple. Au XXème siècle, ce parti utopiste qui voyait dans les Etats-Unis un pôle d’un empire anglo-américain s’opposa violemment à Franklin Roosevelt. C’étaient eux que le président Eisenhower dénonça plus tard lorsqu’il parla du « complexe militaro-industriel ». C’est ce complexe militaro-financier qui a dominé la politique des Etats-Unis en gros depuis l’assassinat de Kennedy. Le parti de la guerre qui entoure George W. Bush (les fameux « faucons mouillés » comme Cheney, Rumsfeld, Wolffowitz et autres) en est une autre émanation. Ce groupe comprend des ultra conservateurs protestants fondamentalistes, des milieux financiers ou médiatiques de Wall Street, des utopistes adeptes de la guerre perpétuelle et du choc des civilisations, des politiques ou des intellectuels, comme Samuel Huntington, Henry Kissinger ou Zbigniew Brezinski, par exemple. Par delà les divergences, ce qui unit ce petit monde, c’est une vision impériale et hégémonique des USA, sur le modèle plus ou moins explicite de l’Empire romain.

C’est ce groupe que Lyndon LaRouche et ses amis ont toujours combattu depuis près de quarante ans.

La vraie Amérique que M. LaRouche a toujours défendue est née dans un autre moment révolutionnaire : la Révolution américaine de 1776-1789. Celle-ci fut un projet européen, transatlantique, ce qui devrait donner à notre conception de l’Amérique une autre dimension. Le projet américain, toujours d’actualité mais hélas bafoué, est fondé sur un triple idéal : 1) la constitution d’un Etat-Nation souverain débarrassé du féodalisme et du colonialisme, et dont le but est la promotion du bien commun de tous les hommes passés, présents et à venir, et qui prend la forme d’une république démocratique ; 2) une mission, une « destinée manifeste » selon laquelle le sort et la liberté des Etats-Unis sont étroitement liés au sort et à la liberté du monde, ce qui donne à la république américaine le devoir de promouvoir l’émancipation des peuples et des Etats ; 3) une politique économique, le « système américain d’économie politique », qui n’est ni le capitalisme financier, ni le collectivisme soviétique.

Les textes fondateurs de la République américaine posent les fondements axiomatiques des Etats-Unis et de leur rôle dans l’histoire mondiale. A l’opposé des lumières françaises ou anglaises, leur inspiration est socratique et leibnizienne.

Ainsi, la Déclaration d’indépendance de 1776 énonce :

« Nous considérons que ces vérités sont évidentes : que tous les hommes sont créés égaux, qu’ils sont dotés par leur Créateur de certains Droits inaliénables, parmi lesquels il y a la vie, la liberté et la recherche du bonheur ; que pour s’assurer ces droits, les hommes constituent des gouvernements, qui dérivent leurs justes pouvoirs du consentement des gouvernés ; que chaque fois qu’une forme de gouvernement en vient à détruire ces fins, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’instituer un nouveau gouvernement, établissant ses fondations sur de tels principes et organisant ses pouvoirs de telle façon qu’ils paraissent en mesure d’amener leur sûreté et leur bonheur. Bien sûr, la prudence ordonnera que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères (...). Mais quand la longue succession des abus et des usurpations, poursuivant inlassablement le même objet, dénote le dessein de réduire les hommes à subir un despotisme absolu, ils ont le droit et le devoir de renverser un tel gouvernement et d’établir de nouvelles garanties pour leur sécurité à venir. »

Ce texte est d’autant plus universel et révolutionnaire que la vie, la liberté et la recherche du bonheur sont considérées ici comme préalables au développement de la créativité de tous, et correspondent à une conception idéaliste, leibnizienne, et non matérialiste de l’homme. C’est la raison pour laquelle, à l’initiative de sa fondatrice, Mme LaRouche, notre mouvement international, l’Institut Schiller a repris ce combat en l’élargissant sous la forme d’une « Déclaration des droits inaliénables de l’homme ».

De même, le très court préambule de la Constitution américaine de 1789 réaffirme la mission de la République : entre autres, « développer le bien-être général et assurer à nous-mêmes et notre postérité les bienfaits de la liberté ». Ces deux principes, le souci du bien commun et des générations à venir, doivent donc être au cœur de l’engagement de chaque citoyen, ce qui exige de tous un niveau élevé de moralité.

Lyndon LaRouche s’inspire explicitement de cette approche philosophique et politique comme, avant lui, Benjamin Franklin, Abraham Lincoln, ou Franklin Roosevelt.

Martin Luther King est dans la même tradition. En 1965, il a même consacré un sermon à ce sujet, intitulé « Le rêve américain ». Après avoir cité la Déclaration d’indépendance américaine, il dit : « Il [ce rêve] affirme que chacun possède certains droits fondamentaux qui ne viennent ni ne sont conférés par l’Etat. Pour découvrir leur origine, il faut écarter l’épais brouillard de l’éternité. Ils sont donnés par Dieu, de sa main. Dans l’histoire mondiale, aucun document socio-politique n’avait auparavant exprimé aussi clairement, avec tant d’éloquence et de profondeur, la dignité et la valeur de la personne humaine. »

Mais King n’en reste pas là ; aussitôt, il rappelle l’exigence de ce manifeste : « Aussi est-il magnifique et grandiose de rêver ainsi, d’appartenir à une nation qui porte un tel rêve, qui nous met toujours au défi, nous procure sans cesse un sentiment d’urgence, nous confronte constamment à la terrible réalité des injustices et nous rappelle ainsi notre devoir de manifester la justice,l’amour et la fraternité parce que nous en avons la capacité. »

Et, dans la tourmente de son époque et du combat pour les droits civiques, il trace l’objectif du combat : « L’histoire prouve assez que les groupes privilégiés abandonnent rarement leurs privilèges sans résister vigoureusement, et ils ne le font jamais bien volontiers.Aussi,pour faire du rêveaméricain une réalité, nous devons travailler et prendre conscience de l’urgence du moment. Il nous faut le proclamer, il est temps de réaliser les promesses de la démocratie. Maintenant, il est temps de se débarrasser de la ségrégation et de la discrimination. (...) Maintenant, il est temps de rendre les Etats-Unis meilleurs. Nous devons le vivre et le croire. »

Même du fond de sa prison à Birmingham, il écrit : « Je n’ai aucune crainte quant à l’issue de notre combat à Birmingham, même si nos objectifs sont aujourd’hui incompris. Nous atteindrons notre but - la liberté - à Birmingham et dans toute la nation, car le but de l’Amérique est la liberté. Pour maltraités et raillés que nous puissions être, notre destinée est liée à la destinée de l’Amérique. (...) Si les cruautés inexprimables de l’esclavage n’ont pu nous arrêter, l’opposition à laquelle nous faisons face aujourd’hui sera sûrement vaine. Nous obtiendrons notre liberté parce que nos revendications éveillent bien des échos et expriment l’héritage sacré de notre nation tout comme la volonté éternelle de Dieu. »

Cet optimisme contagieux de King, sa foi dans le rêve américain n’est pas la foi du charbonnier, elle est bâtie sur le roc du vrai combat politique.

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Amelia Boynton Robinson
Agée de plus de 90 ans, Amelia Boynton Robinson est aujourd’hui vice-présidente de l’Institut Schiller, et continue le combat pour le respect de la dignité humaine

Ce n’est pas un hasard si beaucoup voient dans le mouvement de LaRouche une force qui continue et porte plus loin et plus haut le combat du docteur King. Ainsi, l’une des figures historiques du mouvement des droits civiques, Amelia Boynton Robinson, est l’une des dirigeantes de l’Institut Schiller aux Etats-Unis. Celui-ci a d’ailleurs publié son autobiographie, A bridge across Jordan (un pont sur le Jourdain). C’est Mme Robinson qui, en 1965, a invité King à venir diriger la campagne des droits civiques à Selma, en Alabama. Elle mit à la disposition du leader noir son appartement et son bureau dont il fit son Q.G. Mme Robinson l’a toujours déclaré publiquement : pour elle, M. LaRouche est l’homme qui prolonge le combat de King au niveau international.

Le mouvement d’émancipation des noirs est aussi fortement ancré dans l’histoire américaine. Pour la plupart d’entre nous, la mobilisation pour les droits civiques évoque les années 50 et 60 et Martin Luther King. En réalité, le mouvement pour la libération des Noirs remonte au moins à la Révolution américaine. Au milieu du XIXème siècle et surtout après Lincoln, un courant de penseurs s’est développé autour du combat pour les droits des Afro-Américains, ralliant, jusqu’à l’époque de King, de nombreux juifs américains.

Une des figures emblématiques de ce mouvement est Frederick Douglas (1817-1895), un orateur et journaliste noir. Né esclave, il devint l’un des plus ardents avocats de l’émancipation et du droit de vote des Noirs auprès de président Lincoln. Après les lois d’émancipation de Lincoln, de nombreux Noirs obtinrent des mandats électifs ou devinrent des responsables politiques. Amelia Robinson, qui a 91 ans, compte elle-même parmi ses aïeux l’un des premiers élus noirs au Congrès.

On oublie souvent que bien avant la grande marche des droits civiques d’août 1963 à Washington, où Martin Luther King prononça son fameux discours « J’ai un rêve » devant 250 000 auditeurs, 75 000 personnes s’étaient rassemblées au même endroit (devant le mémorial Lincoln), le dimanche de Pâques d’ avril 1939, pour écouter la grande chanteuse classique noire Marian Anderson.

Ce rassemblement n’est pas anecdotique : il est l’expression, en pleine période rooseveltienne, de la lutte des Noirs américains et d’autres contre l’oppression et pour l’égalité des droits : Marian Anderson, qui voulait chanter au Constitution Hall de Washington, s’était vu refuser l’accès à cette salle de concert parce qu’elle était noire. En signe de protestation, Eleanor Roosevelt démissionna de la société propriétaire de la salle, et la chanteuse organisa ce concert hautement symbolique, qui fut radiodiffusé.

Comme on peut le constater, le combat pour l’émancipation, des Noirs et des autres opprimés n’est pas une lutte uniquement physique (la libération des corps). Il a été et demeure un combat pour l’émancipation des esprits et des cœurs. C’est pourquoi le mouvement noir américain s’est battu pour que chacun ait accès à la grande culture classique, dont les spirituals sont une des expressions.

Ainsi, les revendications sociales, politiques et économiques du mouvement d’émancipation étaient fondées sur un combat philosophique, qui a une histoire longue. Martin Luther King n’apparaît pas ex nihilo.

III. King, vrai américain, vrai révolutionnaire

King est l’incarnation exemplaire de l’audace inspiratrice et de la vraie Amérique. Il est aux antipodes du Hamlet de la tragédie de Shakespeare. Très intelligent mais paralysé par sa peur, ce prince est pris au piège des axiomes de la culture de la société de son époque. Il s’avère incapable d’agir pour changer le cours des choses dans la crise que traverse le Danemark. Hamlet n’est pas une figure abstraite : notre monde est peuplé de nombreux Hamlets, comme ceux qui pensent encore maintenant pouvoir profiter du système, nient la crise ou, la voyant, estiment que l’on ne peut rien faire, et refusent d’agir.

Comme il l’exprime dans son fameux monologue de l’acte III, le prince danois est parfaitement conscient de son problème. Contrairement à ce que pourrait laisser entendre l’interprétation romantique et fallacieuse d’un Lawrence Olivier, Hamlet n’est pas un être diaphane et efféminé. Ce jeune prince du début de Moyen Age danois, courageux physiquement et assez macho, ne craint pas la mort en tant que telle, qu’il regarde assez froidement : il va sans hésiter à la rencontre du spectre de son père, il déjoue habilement un complot qui vise à l’assassiner et il sait fort bien manier le glaive. Il a plutôt une peur panique de sa propre immortalité, de ce qu’il adviendrait de lui après sa disparition s’il prenait le risque d’agir vraiment pour le bien. Dans ce cas, en effet, Hamlet devrait envisager son existence sous un autre angle et accepter de se changer pour changer la règle du jeu. S’il se hissait à ce niveau de moralité, s’il décidait d’oeuvrer pour le bien de ses frères humains présents et à venir, alors sa vie en serait bouleversée : elle prendrait tout son sens dans le temps par définition non visible du futur, le temps non scalaire de l’histoire. C’est précisément ce pari que refuse Hamlet. Il voit d’ailleurs très bien l’alternative qui se présente à lui : « Etre ou n’être pas, voilà la question. Savoir s’il est plus noble de souffrir en son âme les flèches et les coups de la Fortune hostile, ou bien de s’insurger contre un océan d’ennuis et d’y mettre fin par la révolte ? », dit-il en ouverture de son monologue. Et dans sa conclusion, Hamlet exprime son choix de manière tout à fait explicite. Par peur, il a choisi de ne pas choisir et donc de ne pas agir : « Qui voudrait porter des fardeaux, geindre et suer sous le poids d’une vie épuisante, si la terreur d’on ne sait quoi après la mort, ce pays inconnu dont la frontière ne voit repasser aucun voyageur, n’inquiétait pas notre volonté, nous faisant supporter les maux que nous avons plutôt que de s’enfuir vers d’autres qu’on ignore ! C’est ainsi que la réflexion fait de nous des pleutres, c’est ainsi que le naturel éclat de la volonté prend les pâles couleurs de la pensée, et que des desseins de grande portée, de large envergure, changent de cours à cette idée et perdent le nom de l’action ». (Hamlet, William Shakespeare, éditions Aubier-Montaigne, pp.176,177, souligné par nous).

King, au contraire, affronte la mort et l’immortalité de manière personnelle, sans morbidité ni romantisme, mais en tant que leader engagé dans l’histoire. Dans un sermon prononcé en 1967, un an avant sa mort, il déclare : « Je vous le dis ce matin, si vous n’avez jamais rencontré rien qui vous soit si cher, si précieux que vous soyez prêt à mourir pour ça, alors vous n’êtes pas apte à vivre. Vous pouvez avoir trente-huit ans, comme il se trouve que je les ai et, un certain jour, une grande occasion se présente à vous et vous appelle à vous dresser pour une grande cause, ou une grande affaire ou un grand principe. Et vous refusez parce que vous avez peur. Vous refusez parce que vous avez envie de vivre plus longtemps. Vous avez peur de perdre votre popularité, ou d’être poignardé ou abattu ou qu’une bombe soit lancée sur votre foyer. Aussi refusez-vous de vous dresser pour venir à la barre. Eh bien, vous pouvez continuer à vivre jusqu’à quatre-vingt-dix ans mais vous êtes aussi mort à trente-huit ans que vous le serez à quatre-vingt-dix. Et quand vous aurez cessé de respirer pour de bon, ce ne sera que l’annonce tardive d’une mort de votre esprit, survenue depuis bien longtemps. Vous êtes mort quand vous avez refusé de vous dresser pour la bonne cause. Vous êtes mort quand vous avez refusé de vous dresser pour la vérité. Vous êtes mort quand vous avez refusé de vous dresser pour la justice.

« Ne croyez jamais que vous n’avez personne sur qui compter. Allez en prison si c’est nécessaire, mais vous n’y allez jamais seul. Prenez position pour ce qui est juste, même si le monde peut se méprendre sur vous et vous critiquer. Mais vous n’êtes jamais seul car j’ai lu quelque part qu’un homme, s’il est avec Dieu, forme une majorité. »

Deux mois avant son assassinat, King revient sur la question du leadership dans son fameux sermon sur « L’instinct du tambour-major ». Cet instinct pousse tous les hommes à se mettre en avant, d’une manière ou d’une autre. King redéfinit cette impulsion en lui donnant un sens nouveau et positif. Evoquant sa propre mort, qu’il sait prochaine, il déclare :

« De temps à autre, je sens que nous pensons tous, avec réalisme, à ce jour où nous serons les victimes de ce qui est le commun dénominateur final de la vie - ce quelque chose que nous appelons la mort. Nous y pensons tous. Et de temps à autre, je pense à ma propre mort, et je pense à mes propres funérailles. Et je n’y pense pas de façon morbide. De temps à autre je m’interroge : "Quelles paroles voudrais-je que l’on prononce à cette occasion ?" Et je vous livre la réponse ce matin.

« Je voudrais que quelqu’un mentionne, ce jour-là, que Martin Luther King a tenté de consacré sa vie à servir les autres.

« Je veux que vous disiez que j’ai tenté d’aimer et de servir l’humanité.

« Oui, si vous voulez dire que j’étais un tambour-major, dites que j’étais le tambour-major de la justice. Dites que j’étais le tambour-major de la paix. J’ai été le tambour-major du bon droit. Et tout le reste, tout ce qui est superficiel, ne comptera pas. Je ne laisserai pas d’argent derrière moi. Je ne laisserai derrière moi aucun de ces objets qui font le luxe ou la beauté de la vie. Mais je ne veux laisser derrière moi qu’une vie de dévouement. (...)

« (...) Si je peux faire mon devoir de chrétien, si je peux travailler au salut de ce monde, si je peux répandre le message comme me l’a enseigné mon maître, alors je n’aurai pas vécu en vain. »

On le voit, King exprime ici le sens du sublime schillérien : une « humilité fière et audacieuse » au service des autres, qui n’est absolument pas de la soumission. Il affronte sa propre mort, car il se sait menacé, mais surtout, contrairement à Hamlet, il se projette dans le temps qui suivra sa disparition, avec la confiance mais aussi la perpétuelle exigence morale de celui qui a choisi de rendre le monde meilleur.

C’est dans le même sens que M. LaRouche s’est récemment adressé aux militants américains de notre mouvement de jeunes. Reparlant de la nécessité de réveiller en chacun l’esprit de découverte dans la science et les arts, M. LaRouche a vivement encouragé ses auditeurs à repenser le sens de la vie et de leur vie face à la finitude d’une existence humaine :

« Le leadership politique doit apparaître à un niveau quelque peu plus élevé que le simple sens personnel d’identité immortelle. Vous avez une existence mortelle, mais cette existence mortelle doit avoir une identité immortelle. (...) Ce que vous aurez fait devra apporter quelque chose de significatif à la société après que vous serez morts, que ce soit à quelques personnes ou à l’ensemble de la société.

« Chez un Président ou chez tout autre leader, vous voulez trouver un plus haut niveau d’engagement, celui d’un individu qui est capable de se dévouer consciemment à l’avenir de la nation, du monde et de l’humanité. »

Toute sa vie le montre, King, véritable idéaliste, était aussi homme de combat. Fait notable, il se lança très jeune dans la bataille : comme le rappelait récemment Mme Boynton-Robinson, il avait 26 ans lorsqu’elle le rencontra pour la première fois à Montgomery, en Alabama, où il était venu prendre la direction du mouvement des droits civiques.

Arrière petit-fils de pasteur, King est né à Atlanta, en Géorgie, le 15 janvier 1929, l’année même où Mme Robinson lance avec son mari le combat visant à émanciper les Noirs des plantations. En 1955, King obtient son doctorat de théologie à Boston. La même année, à Montgomery (Alabama), Rosa Parks est arrêtée pour avoir refusé de céder sa place à un Blanc dans un bus. Sollicité, King y organise le boycott des bus de la ville. En 1959, King et sa femme se rendent en Inde où ils rencontrent Nehru. Ils y étudient les méthodes de non-violence de Gandhi. En 1960, King est arrêté pendant un sit-in à Atlanta ; il rencontre John Kennedy. 1963 est l’année où King lance la grande campagne de contestation de Birmingham (Alabama). Il y dirige toutes sortes d’actions (manifestations, sit-in, etc.). A nouveau emprisonné, il écrit sa fameuse « lettre de la prison de Birmingham ». En août a lieu la fameuse marche sur Washington où King prononce son célèbre discours, « J’ai un rêve « et revoit Kennedy à la Maison Blanche. Le 27 novembre 1963, Kennedy est assassiné. Un an plus tard, la loi sur les droits civiques est votée et King reçoit le prix Nobel de la Paix, mais un autre drame a lieu : l’assassinat de Malcolm X que King avait rencontré auparavant. L’année d’après, la marche de protestation de Selma à Montgomery est violemment réprimée. Mme Robinson y est brutalement battue et gazée. Le Congrès vote la loi sur les droits de vote. A partir de 1966, King prend publiquement position contre la guerre du Vietnam. En novembre de l’année suivante, il annonce une grande marche des pauvres, blancs et noirs, sur Washington. 1968 est l’année ultime : le 3 avril, à Memphis (Tennessee), il prononce son discours testament : « J’ai été sur la montagne », et y est assassiné le lendemain. Le 5 juin de cette année terrible, Robert Kennedy est également assassiné.

Peu de gens le savent : si King put mener ce combat totalement, c’est aussi parce qu’il mena et sut gagner une lutte intérieure permanente contre ses propres doutes, peurs et hésitations. Son courage, il le forgea intensément, ce qui n’est pas la moindre de ses qualités. Du coup, à chaque instant et jusqu’au bout, il trouva le ressort intérieur pour aller de l’avant et inspirer les autres.

On voit dans quel tumulte se forgea le mouvement des droits civiques moderne. Celui-ci non plus n’est pas né du hasard. King lui a impulsé une direction très précise, qu’il a appelée « l’action directe non-violente ». Pour King, chaque campagne était conçue comme une « crise » volontairement provoquée, une étape vers un objectif que King avait fixé. Dans l’esprit de King, chaque mobilisation devait ouvrir de nouveaux flancs, élargir l’horizon du combat, et c’est ce qu’il advint : du Sud, King lance une action dans le Nord du pays ; après l’émancipation des Noirs, il intègre la cause des Blancs à son combat contre la pauvreté et avant même d’avoir eu complètement gain de cause dans le domaine des droits civiques et électoraux, il étend la bataille aux droits économiques et prend position contre la guerre du Vietnam. De fait, cette stratégie était parfaitement cohérente avec le caractère universel que King avait donné à ses idées et à sa mission.

La méthode de King consiste à pousser continuellement le combat plus loin, en bousculant même ses amis. Dans l’un de ses derniers sermons de 1968, il polémique contre « ceux qui s’endorment au milieu d’une révolution ». Dans sa lettre de Birmingham, il décrit son approche en détail : « Le but de l’action directe non violente est de créer un tel état de crise, de susciter une telle tension que la société, après avoir obstinément refusé de négocier, se trouve contrainte d’envisager cette solution. L’action a pour objet de porter la question sur une scène où il sera impossible de prétendre l’ignorer. Je viens de mentionner la création d’une tension comme une partie de la mission d’un résistant non violent. Cela peut paraître choquant. Mais je dois avouer que je ne crains pas le mot "tension". Je suis sincèrement hostile aux tensions violentes mais il est une sorte de tension constructive et non violente, indispensable si l’on veut faire évoluer une situation. Selon Socrate, il convient de créer une tension dans l’esprit des individus afin qu’ils se libèrent des chaînes imposées par les mythes ou les demi-vérités, et s’élèvent jusqu’au libre domaine où règnent l’analyse créatrice et l’appréciation objective ; de même, il nous faut considérer le besoin d’un stimulant non violent qui crée dans la société la tension nécessaire pour que les hommes s’élèvent au-dessus des ténèbres profondes du préjugé et du racisme, vers les majestueuses altitudes de la compréhension et de la fraternité. »

Plus loin, King précise :

« En réalité, ce n’est pas nous qui créons la tension en nous lançant dans l’action directe non violente. Nous nous contentons de rendre visible une tension cachée qui existe déjà. Nous l’étalons au grand jour où elle peut être observée et traitée. »

Il s’agit d’un principe actif, offensif, et non passif, ni moutonnier.

Ainsi, sous la direction de King, le mouvement des droits civiques a été engagé dans des formes d’actions nombreuses et variées : marches, manifestations, boycott des bus, sit-in dans les lieux ségrégués, séjours volontaires en prison (King y est allé dix-huit fois !), inscriptions sur les listes électorales, candidatures dans les élections, comme Amelia Robinson, par exemple, etc.

Chaque fois, l’objectif est de forcer l’adversaire à commettre une erreur, de l’amener à exposer au grand jour les faiblesses intrinsèques à sa philosophie et à ses méthodes, de l’amener même à se changer. Dans son sermon sur le rêve américain, King déclare : « En gagnant le coeur de l’autre, notre victoire sera une double victoire ». En effet, celle-ci aura été remportée sur soi-même et sur l’autre qui, à l’instar du combattant non-violent, aura été amené à changer.

Ainsi, le leadership pose la question fondamentale de l’identité personnelle, point que les dirigeants et philosophes humanistes ont toujours soulevé : où mettons-nous notre identité ? Si, comme Socrate, King et LaRouche nous le proposent, nous décidons de placer notre identité dans cette transcendance, dans cet amour vrai et élevé, alors nous pourrons toucher le cœur et la raison des hommes. Nous pourrons le faire en éveillant en chacun sa meilleure part, ces qualités particulières d’émotion noble que Schiller appelle le beau et le sublime.

Et ces deux valeurs ont été au cœur du mouvement des droits civiques tels que Marian Anderson ou Martin Luther King l’ont incarné. Beaucoup l’ignorent aussi, une base fondamentale du courage des esclaves et des Noirs, souvent illettrés, qui ont pris tous les risques pour leur liberté, fut leur sentiment de profonde dignité. En effet, ces combattants de la liberté avaient une conscience aiguë de pouvoir accéder au beau, à un monde supérieur à travers le chant et la musique telle que l’expriment les spirituals classiques, véhicules des pensées les plus profondes. C’est la pratique concrète du beau dans des conditions matérielles pourtant terribles qui a construit cette dignité, sentiment religieux mais aussi profondément politique, et qui a nourri leur combat.

Celui-ci ne doit pas rester une chose du passé. Dans l’époque agitée où nous sommes, la vraie Amérique nous offre une « arme conceptuelle » redoutable contre l’impérialisme anglo-américain et pour bâtir l’avenir : à chacun d’entre nous de s’en saisir, avec une audace inspiratrice.

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