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Simulations de guerre, corruption, vidéos violentes, Pokémon :
Nos enfants sont en danger de mort

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Larges extraits d’un discours prononcé le 20 février 2002 lors d’une conférence de l’Institut Schiller en Virgine.


Suivi de : Comment les médias forment de jeunes meurtriers, un entretien avec le Pr David Grossman.


Si l’on considère la situation mondiale dans sa globalité, il est clair que nous sommes déjà au cœur d’une crise de civilisation potentiellement plus grave que tout autre effondrement social jamais subi par l’humanité.

Si je dis cela, ce n’est pas seulement à cause du chaos que pourrait provoquer l’effondrement du système financier ou à cause de la menace d’une nouvelle guerre mondiale, avec recours éventuel aux armes nucléaires, mais avant tout parce que nous sombrons dans une crise culturelle sans précédent qui nous ramène à l’état barbare. Et je n’exagère pas en parlant de barbarie, car le monde se déshumanise très rapidement et les hommes font des choses que même des bêtes ne feraient pas.

Le processus de désintégration de nations entières suit son cours et les conditions d’une confrontation stratégique entre puissances nucléaires se mettent en place. Derrière cette évolution s’active une oligarchie devenue folle, qui cherche à préserver un système condamné.

Le problème, c’est que la majorité des gens ne perçoit pas le monde dans son ensemble. Quand je suis aux Etats-Unis, notamment, la parabole de l’aveugle et de l’éléphant me vient toujours à l’esprit. Un aveugle essaie de se faire une idée ce qu’est un éléphant. Il lui tâte d’abord le tronc, ensuite la queue, puis, se mettant de côté, il lui prend une patte. Mais il n’arrive pas à réunir tous ces éléments pour appréhender l’idée d’éléphant. C’est de cette façon que beaucoup perçoivent la crise actuelle qui les frappe.

Ainsi, contrairement à ce qu’affirme le président Clinton, un sans-abri de New York ou de Washington ne croit certainement pas que le pays soit en train de vivre la plus grande prospérité de tous les temps. Un malade qui doit être hospitalisé et ne trouve pas de lit aux urgences sait très bien que le système de santé privé des Etats-Unis (HMO) est un système qui tue. Le parent d’un enfant qui vient de tirer sur ses camarades comprend que quelque chose ne va vraiment pas dans le système scolaire et la vie culturelle des jeunes. Une mère dont le bébé vient de mourir dans l’un des 33 pays pauvres d’Afrique, ne croira jamais que la globalisation soit bonne pour ce pays.

Cependant, très peu perçoivent l’ensemble du tableau, la plupart d’entre eux restent dans l’obscurité. Et c’est voulu. Un ancien philosophe chinois l’a dit très simplement : Que le peuple reste stupide, il est plus facile de gouverner. Comme je vais le montrer, l’oligarchie fait tout pour abrutir la population, la désensibiliser, en recourant à des méthodes de modification du comportement et même de lavage de cerveau.

La majorité des citoyens ne s’en rend pas compte parce que ce processus de déshumanisation progresse par petites étapes et que la déchéance culturelle dure depuis un certain temps déjà. Je voudrais vous montrer que la méthode utilisée est toujours la même, que ce soit dans les simulations de « jeux de guerre », dans la spéculation financière, ou encore à travers le

Cette méthode se base, pour l’essentiel, sur les “Lumières” anglaises et les propositions mécanistes de John von Neumann et de Norbert Wiener, elles-mêmes inspirées de John Locke et surtout de son Essai sur l’entendement humain, selon lequel l’esprit humain serait une tabula rasa et les idées le résultat d’expériences sensuelles. Dans son livre La Cybernétique, Wiener infère que l’esprit humain fonctionne comme le chien de Pavlov, ce qui s’applique aussi, dans le fond, aux ordinateurs.

Une fois que nous avons identifié cette méthode, nous sommes alors en mesure de réagir. (...)

Mme Helga Zepp-LaRouche analyse ensuite la situation stratégique actuelle, notamment les dangers causés par la globalisation néolibérale, les réformes économiques imposées à la Russie et à d’autres pays de l’Est et la position confrontationniste vis-à-vis de la Chine, notamment en soutenant l’indépendance de Taïwan.

Le scénario de guerre de Weinberger

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Sir Caspar Weinberger [ancien ministre de la Défense du président Reagan] est co-auteur d’un livre paru en 1996 et intitulé The Next War (La prochaine guerre), dont l’introduction est de Lady Margaret Thatcher. Pour prévoir la performance des forces américaines et le résultat d’éventuelles confrontations pour les Etats-Unis et leurs alliés, les auteurs s’appuient sur les dernières évaluations les plus fiables des ressources technologiques de l’Amérique, de la disponibilité de ses troupes et de ses capacités de développement. Leurs scénarios sont modelés sur les simulations de guerre informatisées du Pentagone. (...)

Le département de la Défense met régulièrement en scène de tels jeux informatisés, dans lesquels les Etats-Unis se trouvent face à divers ennemis en différentes circonstances. Il est intéressant de constater que le livre de Weinberger prévoit des scénarios de guerre contre la Corée du Nord et la Chine, l’Iran, le Mexique, la Russie et, plus surprenant, le Japon

Prenons le cas d’une guerre entre les Etats-Unis d’une part et la Chine et la Corée du Nord de l’autre. (...) A la fin du scénario, le département de la Défense conclut que bon nombre des vies perdues auraient pu être sauvées si les Etats-Unis avaient mis au point et déployé des systèmes de défense anti-missiles. Aussi pour endiguer la Chine, les Etats-Unis devraient fournir à Taïwan des avions, des systèmes de défense aérienne et des navires modernes.

On peut prétendre, bien sûr, que tout cela n’est pas sérieux, que c’est seulement de la fiction. Mais Weinberger a tout de même été ministre de la Défense et c’est un pilier de l’establishment militaire du Parti républicain. (...) Et malheureusement, malgré le désir sincère du président Clinton d’établir un partenariat stratégique avec la Chine, la politique développée dans ce livre est activement suivie par certains responsables du Pentagone, comme l’actuel ministre de la Défense William Cohen, et toute la discussion sur la défense anti-missiles de théâtre va dans le même sens.

Les prémisses de ce scénario sont parfaitement ridicules. Les auteurs ne comprennent rien à la réalité de la Chine, à sa longue histoire, à ses belles traditions culturelles. Ils ne comprennent pas non plus que la Chine n’a aucun intérêt à se lancer dans une guerre avec quiconque, sans parler des Etats-Unis. C’est cependant ce type de logique qui peut mener à une troisième guerre mondiale.

Ce livre, comme d’autres récemment publiés sur le même thème, montrent comment préparer des confrontations militaires avec de prétendus « pays voyous ».

Pessimisme culturel

Prenons maintenant un peu de recul pour voir les conséquences de l’unilatéralisme anglo-américain au niveau mondial. Dans un passé récent, un autre pays a cru pouvoir dominer le monde et ces douze années de nazisme ont débouché sur une catastrophe totale.

Plus tard, choqués, les gens se sont demandé comment les Allemands, les héritiers de Schiller et de Beethoven, avaient pu tomber si bas. On a de nombreuses explications sur la façon dont l’image de l’homme transmise par les classiques allemands a peu à peu été transformée en pessimisme culturel.

Aujourd’hui, il est grand temps de se demander, avant l’éclatement de la Troisième guerre mondiale, comment les Etats-Unis, la première vraie république souveraine, le « Temple de la liberté », ont pu devenir un pays redouté dans le monde entier, considéré comme le nouvel ennemi. (...)

Bien sûr, du point de vue historique, nous avons beaucoup d’éléments de réponse objectifs : le rôle de la monarchie britannique, l’assassinat [du président] McKinley, la Première Guerre mondiale, la mort prématurée de Franklin Roosevelt, etc. Mais nous devons aussi considérer de manière subjective ce qui s’est passé. Comment s’est développée cette dérive, au point que la jeunesse américaine soit devenue si violente aujourd’hui ? (...)

J’ai repensé à certains aspects historiques dont Lyn [Lyndon LaRouche] a souvent parlé. Après l’expérience de la Deuxième Guerre mondiale, par exemple, il était en quelque sorte évident pour les Américains que les Etats-Unis devaient aider le reste du monde à vaincre le sous-développement grâce à la technologie occidentale. Or Lyn a souvent évoqué la façon dont ses contemporains se sont laissés corrompre après guerre. J’ai réfléchi à cela car je pense que, pour comprendre le problème actuel, il faut identifier les erreurs commises à la fin des années 40 et au début des années 50.

J’ai donc lu quelques ouvrages, dont White Collar (Col blanc), qui décrit les mutations caractéristiques de la société américaine à cette époque. (...)

Il s’agit, en gros, des changements induits pendant la présidence Truman [1945-53) et la période maccarthyste, liés au développement du suburbia [les Américains qui en avaient les moyens quittaient alors les villes, jugées trop dangereuses et misérables, pour s’installer en banlieue] et aux valeurs afférentes, notamment la recherche du gain en tant que tel. Les gens du suburbia ne se préoccupaient que de choses tout à fait banales, qui ont changé leur façon de penser, et c’est sur les enfants de ces familles, les « baby boomers », que les parents ont projeté leurs frustrations, les accablant d’un trop plein d’indulgence, se faisant concurrence pour accaparer leur affection, ou leur imposant une sévère discipline pour qu’ils « vaillent quelque chose ». (...)

En fin de compte, l’acquisition de biens matériels devint l’aspect le plus important de toute leur vie sociale. Dans les entreprises, un nouveau type d’entrepreneurs s’imposa. Auparavant, la richesse n’était pas une valeur en soi, mais plutôt le moyen de s’assurer une vie relativement sans souci. L’ancienne classe moyenne, que décrit l’auteur W.E.H Lecky, se distinguait des autres couches sociales par son indépendance politique, sa prudence, son intelligence pratique, son industrie solide, sa grande moralité, elle était consciente de sa propre dignité. Aujourd’hui, la classe moyenne n’a plus la volonté de s’affirmer mais seulement une volonté tenace de lutter contre des menaces extérieures multiples. (...)

L’ancienne classe moyenne avait un esprit civique et les gens se mobilisaient volontiers pour des projets d’intérêt public. Par la suite, lorsque les grandes entreprises commencèrent à s’installer dans les petites villes et les banlieues, l’important était d’être invité à leurs événements sociaux (...). L’épouse du patron de grande entreprise devint un modèle pour la femme de l’ancienne classe moyenne. Le plus grand drame de la vie était de ne pas être invité à un événement quelconque. (...)

Puis, les anciens capitaines d’industrie ont été remplacés par des « managers ». Cette nouvelle élite était composée de ceux qui possédaient le maximum de tout ce qu’il fallait avoir. Même d’anciennes professions, comme la médecine et le droit, furent envahies par l’idéologie du « manager ». A la place du médecin de famille, s’est instaurée une bureaucratisation de la médecine et c’est ce qui a semé les graines de la corruption. Quand les décisions irresponsables prévalent et que les richesses ne sont pas proportionnellement distribuées, ceux qui prennent les décisions ont recours à la tromperie.

Les « intellectuels » employés dans ces bureaucraties se sont imposé une auto-censure pour que leurs opinions écrites et orales soient conformes à ce qu’ils pensaient être l’opinion de leur employeur. Ils sont ainsi devenus des porte-parole plutôt que des chercheurs en quête de vérité. Sans doute les intellectuels ont-ils toujours été attirés dans l’orbite de la classe dirigeante, mais au milieu du XXème siècle, la tendance à suivre cette ligne semble plus organisée et plus enracinée. (...)

L’homme politique était face à un dilemme car s’il exprimait vraiment ses convictions, il n’avait aucune chance d’arriver au pouvoir. S’il se comportait de manière réaliste, c’est-à-dire dans la ligne des grands partis, il perdait très vite son enthousiasme pour la chose politique. De même, les artistes et les intellectuels indépendants, qui sont habituellement les plus aptes à résister aux stéréotypes et donc à la mort de la créativité, ont été de plus en plus nombreux à se soumettre au pouvoir.

Les moyens de communications ont été progressivement monopolisés par les machines des partis politiques, qui contrôlaient de ce fait toutes possibilités de changements réels. Ainsi, on a minimisé les occasions d’agir politiquement. Les intellectuels ont été amenés à adopter des positions contraires à celles qu’ils auraient voulu défendre. Tout ceci a fait naître chez les gens un sentiment de défaite et d’impuissance, et ils ont inventé en réponse le culte de l’aliénation et le fétichisme de l’« objectivité ».

Chez le vendeur aussi, lui qui, auparavant, essayait d’offrir à son client une meilleure qualité et tirait une certaine fierté de son travail, on a constaté un changement d’identité. Quant aux cols blancs, en raison de la bureaucratisation, tout ce qui compte désormais pour eux, c’est la hiérarchie - qui donne les ordres ? On veut se sentir proche du patron parce que comme cela, on se sent puissant. (...)

On donne énormément d’importance au statut - c’est la lutte pour l’apparence, non pour la vérité. Les loisirs de nombreuses personnes de la classe moyenne sont entièrement consacrés à la gratification de leurs revendications statutaires. (...)

Tout comme le travail est vidé de sa substance par l’apitoiement sur son propre sort, les loisirs eux-mêmes perdent leur sens à cause du snobisme et de l’obligation de consommer d’une certaine façon. On veut impressionner les autres par sa capacité à acheter. L’apparence de succès est encore plus importante que la substance. Les émotions deviennent donc un cérémonial par lequel on revendique un statut, totalement coupées des sentiments intimes. (...).

Les vacances deviennent alors le summum du statut, car on peut s’acheter le sentiment d’un rang plus élevé, ne serait-ce que pour une semaine. Et pour éprouver un tel plaisir une fois dans l’année, on passe d’interminables journées de travail ennuyeuses. (...)

Avant d’en arriver au thème central de ma présentation, je voudrais encore ajouter une réflexion. Dans le contexte de la mondialisation et de l’effort pour établir un gouvernement mondial, on assiste à une grande offensive contre l’Etat-nation. En Europe, cela prend la forme de scandales de corruption qui, après avoir détruit l’Italie, affectent aujourd’hui l’Allemagne et la France. (...) En Allemagne, Helmut Kohl, le chancelier de la réunification, pourrait bien être emprisonné et la CDU est dans une crise profonde à cause des caisses noires et de la corruption. (...)

Je voudrais maintenant aborder le processus de corruption. S’il est vrai que des pots de vin ont été acceptés et des millions de marks distribués, il est néanmoins incroyable de voir à quel point chacun joue son rôle dans ce scénario de bas niveau, dont le but est la destruction du système politique allemand. (...)

La corruption, une méthode oligarchique

Néanmoins, je veux considérer ce problème pour une autre raison, parce qu’il est important de montrer qu’il ne s’agit pas seulement d’une dégénérescence politique mais que la corruption constitue la méthode même par laquelle l’oligarchie règne et qu’on peut l’étudier en tant que telle.

J’ai trouvé un livre tout à fait révélateur dans ce sens, publié seulement en allemand mais qui vaut la peine d’être lu : Die hohe Kunst der Korruption (Le grand art de la corruption), de Horst-Eberhard Richter, un psychologue pervers qui démontre de manière systématique comment la corruption est l’instrument de contrôle indispensable pour la classe dominante. Il appelle ouvertement à la réhabilitation de la corruption en tant que méthode légitime et rapporte qu’il a dirigé des séminaires de formation à l’ars corrumpendi pour cadres et hommes politiques.

Il affirme : « Qui veut gouverner doit corrompre. L’interaction entre l’ars corrumpendi et la docilité des corrompus crée et maintient l’ordre. » Comme l’élite qui dirige véritablement la société ne représente qu’un nombre très restreint d’individus, il n’est pas si difficile d’organiser pour elle une formation discrète sous forme d’instruction individuelle ou de petits séminaires.

Il recommande l’utilisation des « parangons de corruption » comme modèles, citant Machiavel selon lequel le corrupteur doit être convaincu que ceux qu’il corrompt le sont tous de manière latente. Si jamais il les croit capables de sincérité, de justice et d’amour pour l’humanité, alors il a perdu la partie. Dans l’histoire humaine, écrit-il, se manifeste inlassablement le désir d’une société utopique de douceur et d’amour. Même un politique ou un homme d’affaires de haut niveau peut parfois être contaminé par ce virus et c’est alors une catastrophe totale. Dans les séminaires qu’il dirige, Richter s’efforce de faire changer ces personnes afin qu’elles terminent la session en égocentriques avides de pouvoir, en arrivistes sans scrupules.

Pour que l’entraînement psychologique réussisse, il faut, selon lui, fournir une légitimation « scientifique » et pour cela, il est essentiel de se débarrasser de l’idée gênante de conscience qu’il considère comme une construction de l’esprit complètement artificielle. Il en veut pour preuve que le petit enfant n’a pas de conscience ; il arrache les pattes des mouches et se comporte souvent en destructeur

Horst-Eberhard Richter ajoute : « Les objectifs de notre société - l’expansion, la force, l’accroissement du pouvoir - nécessitent des vainqueurs types qui incarnent ces objectifs. Mais seul peut gagner celui qui veut vaincre autrui, l’opprimer, affirmer son pouvoir et l’accroître, être craint des autres. Le mythe de la conscience signifierait, si les meilleurs d’entre nous y succombaient, la mort du progrès. »

Il se dit très déçu lorsque certains de ses étudiants très doués continuent à croire qu’il existe une conscience universelle valable. Certes, il existe bien cette chose bizarre qu’est l’amour, qui découle de l’instinct fondamental pour la préservation de l’espèce, et il est plus développé chez les femmes parce qu’elles doivent prendre soin des enfants. Mais il ose espérer que l’accès des femmes à des postes de responsabilité n’est qu’un virus temporaire !

Autrefois, rappelle Richter, les élites au pouvoir savaient exactement comment se débarrasser des dangereux rebelles qui voulaient changer le monde sur la base de la conscience. Socrate a dû boire du poison pour avoir mis en danger les dogmes publics et enseigné aux jeunes une éthique de vérité. Jésus a été cloué sur la croix pour avoir enseigné l’agapê et l’amour de l’humanité

Puis il ajoute : « En politique, il n’y a pas de place pour la conscience ! Parce que cela signifie l’incapacité d’agir. A une éthique de la conscience, préférons une éthique de la responsabilité, parce que cette notion est assez élastique ». Puis, il cite Max Weber : « Aucune éthique au monde ne peut contourner le fait que, dans bien des cas, pour atteindre des objectifs nobles (...), on doit utiliser des moyens douteux ou dangereux ».

On peut dire que s’il y a bien eu corruption morale, les corrupteurs l’ont fait très consciemment. Un changement de valeurs a donc été imposé ; les gens attentifs à leur conscience intérieure, préoccupés par la vérité, voulant œuvrer pour le bien-être général, cherchant à mener une vie utile pour les autres, ont été transformés en monstres avides, uniquement préoccupés par leurs gratifications et leurs plaisirs. Ce changement de paradigme est intervenu durant ces cinquante dernières années, depuis la Deuxième Guerre mondiale. Pendant tout ce temps, à l’Institut Tavistock, au MIT et ailleurs, une petite élite réfléchissait à la façon de corrompre plus efficacement encore la population.

Dans un certain sens, [l’ancien chancelier] Helmut Kohl en est un exemple typique. Même s’il a accompli certaines bonnes choses, comme la Réunification, à l’accusation d’avoir accepté des millions de dollars de dessous de tables, il a déclaré avoir agi seulement « pour le bien du parti ». On s’aperçoit maintenant que ce n’était bon ni pour le parti, puisque la CDU est en voie de dissolution, ni pour le pays qui en subit les conséquences.

Le chapitre suivant s’appelle « Maîtres et idiots ». Richter écrit : « Je vois un grand avantage, en Allemagne, dans la tendance à s’en tenir aux principes et à être conséquent. Aucun autre pays n’a aussi bien réussi à maintenir avec soin les intellectuels à l’esprit critique, les esthètes sensibles et les humanistes, aussi éloignés des centres de pouvoir politique et économique. »

L’élimination chirurgicale de la prétendue conscience des domaines politique et économique n’est pas une invention allemande, écrit-il, mais provient des Lumières anglaises. Il reprend à sa façon l’argument de Mandeville. Selon lui, les universités se sont particulièrement bien adaptées à cette tendance, en séparant des disciplines autrefois liées en différentes catégories et en dissociant, au niveau des sciences, le monde intérieur du monde extérieur. Dans les disciplines du « monde intérieur », on peut réfléchir tout son soûl à l’ennoblissement de l’âme, l’harmonie sociale, etc.

Dans ses séminaires de formation, Richter cherche à amener les « âmes sensibles » - celles qui sont orientées vers le monde intérieur - à « composer » avec les hommes de pouvoir : « Si tu me laisses tranquille dans mon monde intérieur, tu peux faire ce que tu veux dans le domaine de l’économie et de la politique ». Pour sa part, l’homme puissant dit : « Dans la mesure où tu abandonnes tes tentatives de transposer tes idéaux dans la réalité, je te donne une liberté apparente. Tu peux me mépriser autant que tu le veux, tu as le droit de développer en toi tous les sentiments se rapprochant de qualités divines et même d’en parler ». Il importe avant tout d’empêcher le virus de l’idéalisme utopique de sortir de la réserve du monde intérieur.

« Mais dans le cas où un penseur original se présente quand même, qui ne puisse être acheté avec des prix, des honneurs, des distinctions ou autre, alors il faut crier haro. Au nom des normes acceptées et des standards politiques, il faut l’éliminer du domaine du pouvoir, le ramener dans le ghetto de l’intellect, le stigmatiser comme un griffon ou un rat (...) »

Ceci vous donne une bonne idée de pourquoi ces gens considèrent un homme comme LaRouche, qui parle d’âme et de conscience, et nous tous, comme si dangereux pour l’oligarchie.

Ensuite Richter parle du lavage de cerveau opéré par la télévision : « Que la télévision, utilisée de manière appropriée, soit l’instrument le plus merveilleux de corruption mentale, est un fait qu’on n’a pas besoin d’enseigner à l’élite politique. » Cela correspond, selon lui, au désir inconscient de ne pas avoir à penser par soi-même. Il recommande le rite de la « déclaration de deux minutes », parce que, quelle que soit la question, ce type de déclaration empêche toute réflexion approfondie. La culture télévisuelle préfère « l’actualité » à l’histoire. Le public ne voit que « la surface du processus, pas son évolution historique et surtout pas de projection dans l’avenir. Il pense que ces déclarations de deux minutes créent un genre de « maladie d’Alzheimer synthétique ».

Comment sont manipulés les enfants américains

Si ce que décrit Richter pour l’Allemagne est vrai, c’est encore pire aux Etats-Unis. J’arrive ainsi au dernier thème de ma présentation en posant cette question : comment se fait-il que les Américains soient devenus si passifs que seuls 30 % des électeurs inscrits votent ? Et encore, leur vote ne pèse-t-il pas bien lourd puisque les deux grands partis et les médias manipulent d’avance les choix.

Il est plus pertinent de se demander comment les Américains sont devenus si indifférents à la misère du monde. Comment sont-ils devenus à ce point crédules qu’ils pensent vivre dans la prospérité alors qu’ils sont en réalité prisonniers de l’illusion ? Pour le comprendre, il faut considérer la longue histoire de la « guerre mentale » menée, étape par étape, par les oligarques, pour amener les gens à accepter toujours plus de corruption, les médias et l’industrie des loisirs y jouant un rôle décisif. Depuis des années, nous assistons à un processus visant à rendre la violence et la perversion de plus en plus acceptables, à telle enseigne que les gens ne les remarquent même plus.

Maintenant, je vais vous administrer une overdose du genre de choses que les enfants voient tous les jours à la télévision, afin que vous puissiez reconnaître l’ennemi.

Helga Zepp-LaRouche a alors montré des extraits extrêmement violents de films et de vidéos de grande diffusion, d’abord un extrait de Vendredi 13, puis un clip publicitaire pour L’art de l’horreur de Clyde Parker, suivi d’un extrait du film Basketball Diaries, qui a joué un rôle important dans le massacre commis au lycée de Littleton.

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Le film Tueurs nés.
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Le film Basketball Diaries.

Vendredi 13 est ce qu’on appelle un film d’horreur traditionnel, mais c’est, à ma connaissance, l’un des premiers films où le plaisir de tuer en masse constitue le but ultime du scénario. Il n’y a aucune résolution positive au conflit, aucune leçon à tirer, à l’opposé du drame classique, c’est uniquement une tuerie insensée dont les gens ressortent avec le seul sentiment d’horreur.

Déjà en 1972, un rapport du Surgeon General [inspecteur de la santé publique] dénonçait le lien entre la violence dans les médias et le comportement violent des enfants. Il y a quelques années, l’American Medical Association constatait que la violence dans les médias constituait le plus grave problème de santé publique. Pourquoi ce fait est-il constamment nié ? L’une des raisons en est que ceux qui en parlent en sont les propres responsables : les médias nationaux et l’industrie de la télévision.

Aujourd’hui, un enfant qui regarde des scènes de violence ou voit son père battre sa mère, est susceptible de reproduire ces actions à l’avenir. En effet, tout ce qu’un enfant vit au cours des cinq premières années de sa vie lui laisse une empreinte très, très forte.

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La couverture de Newsweek du 6 mars promouvait des jeux vidéos violents pour enfants...
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...celle du 13 mars rapportait le meurtre d’une fillette de six ans par l’un de ses camarades de classe qui utilisait ces jeux.

Bien avant le massacre au lycée Columbine de Littleton, qui provoqua une vague d’effroi, des dizaines et des dizaines de cas de violence et même de meurtres avaient eu lieu dans des écoles et des quartiers résidentiels, qui n’ont jamais été rapportés au-delà des informations locales. Le 1er décembre 1997, à Paducah (Kentucky), Michael Carneal, alors âgé de 14 ans et armé de six pistolets, avait attendu la fin de la session quotidienne de prière à l’école pour tuer trois fillettes : Jessica James, Kayce Steger, Nicole Marie Hadley, et d’en blesser cinq autres. Lorsque la police a saisi son ordinateur, on a découvert qu’il en était un usager assidu, recherchant souvent sur Internet les films obscènes et violents. Parmi ses favoris, Basketball Diaries et Tueurs nés, film qui a influencé aussi les tueurs de Littleton. Drogue et musique rock jouent également un rôle important dans ce genre de film.

Mme LaRouche a alors fait projeter des extraits de Tueurs nés, dans lequel la mère est brûlée vive dans son lit après que le père ait été poignardé et noyé. Pour avoir tué leur mère et leur père, ces enfants sont célébrés partout dans le monde. Dans Basketball Diaries, sur fond de heavy metal rock, un garçon pénètre dans une salle de classe et tue plusieurs élèves et un professeur.

En examinant l’ordinateur de Michael Carneal, la police a également découvert qu’il était un passionné de Doom, le fameux jeu qui consiste pour l’essentiel à passer rapidement d’une cible à l’autre et à tirer sur ses « ennemis » en visant surtout la tête. Le jeune Carneal, qui n’avait jamais utilisé d’arme auparavant, a réussi à toucher huit personnes, cinq à la tête, trois à la poitrine, avec seulement huit balles - un exploit considérable même pour un tireur bien entraîné.

Jeux informatiques

Les parents des trois fillettes assassinées ont porté plainte contre les producteurs de ces jeux vidéos et films sataniques, réclamant 130 millions de dollars de dommages et intérêts. Leurs avocats font valoir que le film Basketball Diaries représente une glorification nihiliste de relations sexuelles irresponsables, de violence insensée et gratuite, haine de la religion, mépris pour l’autorité, consommation de drogue et autres comportements autodestructeurs, et qu’il a par conséquent une influence pernicieuse sur des mineurs impressionnables.

Le colonel David Grossman, psychologue militaire, qui donne des cours sur la psychologie du meurtre à des Bérets verts et des agents fédéraux, est un témoin-expert dans ce procès. Il fait remarquer que les jeux vidéos consistant à viser et à tirer ont le même effet que les techniques d’entraînement militaire utilisées pour amener le soldat à surmonter son aversion à tuer. Selon lui, ces jeux sont encore plus efficaces que les exercices d’entraînement militaire, si bien que les Marines se sont procurés une version de « Doom » pour entraîner leurs soldats. [Voir l’interview avec David Grossman.]

Certains jeux incorporent des éléments de jeu de rôle, créant une intrigue avec divers personnages. A la différence des autres formes de violence médiatique, on ne se contente pas ici de regarder un film, on en est soi-même acteur. On n’est pas seulement fasciné par un Schwarzenegger criblant de balles un méchant, on appuie soi-même sur la détente. Se faire tuer est embêtant parce qu’à ce moment-là, le jeu s’arrête. Donc, pour rester maître de ce nouvel univers intoxiquant, le seul moyen c’est de tuer.

Un père disait, « Oh, ce n’est pas si mauvais, ça permet à l’enfant d’avoir un sens de contrôle. Alors qu’il ne peut pas contrôler ce qu’il voit aux informations, dans ce petit morceau de réalité apparente, il a quelque chose à dire, il peut s’imposer. ».

La dernière version en date du jeu informatique « Daikatana » est censée vous donner une nouvelle dimension de réalisme, à l’aide de processeurs plus rapides et d’impressionnants graphiques en trois dimensions. Même si vous êtes assis devant votre ordinateur, manipulant une souris et un clavier, l’écran remplace votre champ de vision et vous avez vraiment l’impression de vous glisser le long des murs jusqu’au coin de la rue, craignant que l’ennemi ne soit tapi là, à vous attendre. Vous sentez votre pouls s’accélérer et lorsque le monstre s’élance sur vous, votre taux d’adrénaline augmente effectivement. Tout est si réel que vous pouvez presque sentir le sang des victimes.

A ce point, il faut préciser que l’oligarchie cherche à détruire tout ce qu’il y a d’humain dans l’être humain. Pour cela, elle utilise certaines techniques pour induire des modifications de comportement et un lavage de cerveau, car on ne peut pas appeler ça autrement. Si les gens regardent sans cesse ces spectacles, leur esprit meurt.

C’est donc une politique tout à fait consciente de la part de l’oligarchie, des maîtres de Hollywood, etc., pour déshumaniser et désensibiliser la population. L’on est censé réagir par pur réflexe et tirer avant d’avoir eu le temps de développer des scrupules. C’est ce qui explique le fameux cas des quatre policiers new-yorkais qui ont tiré 41 balles sur un homme non armé, car ils avaient été entraînés pour réagir de la sorte. Si vous tirez des milliers de fois sur un objet, ce comportement devient pour vous une seconde nature.

Il est intéressant de mettre cela en parallèle avec ce que le philosophe allemand Moses Mendelssohn a dit à propos de la fonction du drame classique : dans la tragédie classique, les spectateurs, confrontés à des questions morales fondamentales, peuvent former et ennoblir leurs émotions, de telle sorte que, quand ils devront faire un choix moral dans la vie réelle, ce comportement noble sera devenu une seconde nature.

Un des jeunes tueurs de Littleton, Eric Harris, avait passé une centaine d’heures à reprogrammer le jeu vidéo Doom pour que tout corresponde plus ou moins à son école. Des enquêteurs du Centre Simon Wiesenthal, à Los Angeles, ont remarqué qu’il avait incorporé le plan du rez-de-chaussée du lycée Columbine dans son jeu. En outre, il l’avait reprogrammé pour fonctionner « en mode Dieu », où le joueur est invincible.

Les Pokémon arrivent

Si tout cela est déjà effrayant, il y a quelque chose de plus dangereux encore, bien que 99,9 % des parents n’en soient même pas conscients. C’est un phénomène dont j’ai pris connaissance il y a quatre semaines seulement - les Pokémon. On peut dire que c’est un véritable virus qui contamine l’esprit de millions d’enfants en Amérique.

Il y a donc quelques semaines, un jeune garçon de six ans, avec qui je discutais par hasard, m’a parlé pour la première fois des Pokémon. Ce gentil petit garçon, très éveillé par ailleurs, ne parlait que de ça : Pokémon par ci, Pokémon par là. Au bout d’une demi-heure de conversation, j’étais horrifiée par le type de valeurs que ce petit garçon avait adopté dans le contexte de ce jeu. Pour lui, par exemple, se battre, c’est bien parce qu’on devient plus fort et qu’on peut détruire son ennemi. Il faut écraser le pauvre, parce que celui-ci va devenir un voleur et te tuer, il faut donc le tuer avant, et ainsi de suite. Ce petit garçon me disait tout cela sans émotion, sans le moindre signe de compassion, mais avec les préjugés les plus incroyables. J’étais véritablement choquée. Ce fut le point de départ du projet que je vous présente aujourd’hui.

J’ai donc décidé de m’informer sur les Pokémon. Comme moi, beaucoup d’autres adultes à qui j’en ai parlé ne savaient rien à ce sujet. C’est alors que j’ai vu une annonce dans le Washington Post concernant un « tournoi de Pokémon » organisé dans un centre commercial près de Washington. Sacrifiant un dimanche après-midi, je m’y suis rendue. C’était une énorme exposition s’étendant d’un bout à l’autre du centre commercial.

Il y avait d’abord une grande table où des enfants jouaient avec des cartes Pokémon - il y en a 150 en tout. Il faut savoir que le tournoi faisait partie d’une stratégie de marketing très agressive, incluant toute une industrie de T-shirts, draps de lits, tasses, etc. L’équipe commerciale se rend dans une vingtaine de villes américaines, invitant des milliers d’enfants à participer à des concours, à l’issue desquels les noms des vainqueurs seront publiés. C’est tout un univers !

« Pokémon » est l’abrégé de« pocket monster » (monstre de poche). Ces monstres sont dotés de différents « pouvoirs ». Dans le « jeu du stade », il y a un grand écran et une vingtaine d’écrans plus petits où des parents et des enfants jouent comme s’ils étaient hypnotisés. Chaque joueur peut choisir six Pokémon et quatre techniques de combat.

Je demandais à certains enfants qui attendaient leur tour pour jouer : - « Pourquoi aimez-vous ce jeu ? » « Parce qu’ils combattent, parce qu’ils combattent », m’ont-ils répondu. « Qu’y a-t-il donc de si bien à combattre ? N’est-ce pas mieux si les gens sont gentils entre eux et s’entendent bien ? », demandais-je. « Non, non, non », s’écriaient-ils tous.

C’était de petites explosions d’agressivité. Voulant en savoir plus, j’ai pris mon tour dans la file d’attente et au bout d’une demi-heure, j’ai pu jouer contre un enfant de six ans. Le mystère s’est vite dissipé parce qu’une fois qu’on a compris le jeu, c’est très facile. Comme je l’ai dit, on choisit six Pokémon sur 150 et on dispose de quatre types d’armes. On peut attaquer son adversaire avec du feu, de l’électricité, des éclairs, des chocs sismiques, etc. et, peut-être, le détruire.

C’est totalement mécaniste, il n’y a pas d’autre moyen d’influencer le jeu qu’en poussant mécaniquement des boutons. Aucune créativité, aucune cognition, c’est pire que le chien de Pavlov, à qui on donne au moins quelque chose à manger au début...

J’ai demandé à des parents s’ils ne craignaient pas que leur enfant devienne plus agressif. « Non, non, répondirent-ils, mon enfant n’est pas agressif. Les autres enfants, peut-être, mais pas le mien. ».

Poursuivant mon enquête, je me suis rendue dans un magasin de vidéos pour voir si je pouvais me procurer une cassette Pokémon, ne voulant pas dépenser inutilement de l’argent pour acheter un Gameboy. Dans ce magasin, j’ai observé un père et son petit garçon. Tandis que le premier cherchait des vidéos pornographiques et violentes pour ses divertissements de week-end, le petit garçon trépignait : « Je veux des Pokémon, je veux des Pokémon ! ». Evidemment, le père ne s’intéressait pas aux désirs de son fils, car il avait lui-même la tête pleine de fantasmes.

Dans ces dessins animés de Pokémon, des enfants de huit à dix ans dirigent et combattent les monstres. L’une de ces histoires raconte l’aventure de Sabrina, une fillette attaquée par le « mangeur de rêves », un Pokémon de gaz qui lui aspire l’âme, tandis qu’apparaît soudainement un esprit de haut niveau qui dérobe l’âme des gens avant de disparaître. S’ensuit alors un dialogue entre les enfants sur ce qu’il faut faire : « Nous avons juré de prendre notre revanche, nous combattrons jusqu’au bout. »

Ils parlent aussi de Sabrina qui, à ce moment-là, est pratiquement morte parce que son âme a été absorbée : « Qui aurait cru qu’une fille si gentille soit aussi rongée par le désir de se venger ? », avant d’ajouter : « L’esprit a peut-être mangé son âme, mais elle est encore en mesure de nous dire où elle est, par télépathie. »

Tout ceci est complètement ridicule et n’a rien à voir avec la réalité, mais cela empoisonne l’esprit de la pire manière.

L’effet d’une drogue

La stratégie de marketing est incroyablement agressive. Dans le centre commercial où je me trouvais, il y avait une vingtaine de vendeurs qui dirigeaient les opérations : « Moins de lumière ici, plus de son là », et qui donnaient aux enfants des conseils sur la façon de jouer. On avait l’impression d’assister au recrutement des enfants dans une armée. Ils voulaient les convaincre de devenir « entraîneur » ou de rejoindre un club de Pokémon, leur indiquant l’adresse du magasin de Pokémon le plus proche. Et les enfants étaient totalement fascinés, mesmérisés.

Il y avait là une très petite fille et j’ai demandé à son père quel âge elle avait. Trois ans, répondit-il, et il était très fier qu’elle sache déjà jouer. On peut imaginer l’influence que ce jeu - qui est entièrement basé sur le combat, l’agression, l’attaque, la revanche, la destruction de l’adversaire - exerce sur l’esprit et la sensibilité d’un enfant de trois ans.

J’ai demandé à l’un des vendeurs, qui devait avoir entre 18 et 20 ans, s’il jouait aussi aux Pokémon. « Oh, non, j’ai des jeux plus élaborés. » Evidemment, Pokémon est comme une drogue douce utilisée pour initier les victimes à des drogues plus dures.

Comme chacun sait, il est facile d’influencer les enfants parce qu’ils apprennent avant tout par l’imitation et le jeu. Mais que doit-on imiter dans le cas de Pokémon ? L’agression. Ce qui manque totalement, c’est l’amour, la compassion, la joie, la beauté. Le jeu est entièrement mécaniste. C’est exactement à cela que pensait Norbert Wiener dans son livre Cybernetics, quand il affirme qu’il faut trouver un mécanisme neurologique qui corresponde à la théorie de John Lockesur l’association d’idées à partir d’expériences sensuelles. Dans Pokémon, il n’y a aucune découverte, aucune hypothèse, aucune créativité, aucune âme, aucune cognition. Pokémon est le Mangeur de Rêves qui dévore l’âme de l’enfant et le transforme en une petite machine à tuer potentielle.

Les parents des trois fillettes tuées dans le massacre de Paducah ont porté plainte contre les sociétés de jeux et de films vidéos suivantes : ID Software, GT Interactive Software, Midway Home Entertainment, AtariCorporation,InterplayProduction,Nintendo of America, Atavision, Hepcon Entertainment, Sony International, Interactive Studios of America, Eidos Interactive et huit autres, et contre les producteurs de films suivants : Time Warner, Polygram Film Entertainment, Island Pictures, Palm Pictures, New Line Cinema et deux fournisseurs d’Internet.

Je pense que, pour commencer, c’est une bonne liste et que nous devrions ajouter celles qui n’y sont pas encore. Je suis d’accord avec Jack Thompson, l’un des avocats représentant les parents, quand il déclare qu’il faut mener l’équivalent d’une guerre nucléaire contre ces gens.

Thompson travaille aussi avec des enseignants, des parents et des étudiants d’une école de Flint (Michigan), dans laquelle les enfants reçoivent de l’argent pour remettre leurs jeux vidéos violents afin qu’ils soient détruits. Je propose que cet exemple soit repris à travers les Etats-Unis et partout dans le monde, car une oligarchie véritablement satanique a déclaré la guerre à nos enfants. Déclarons-lui la guerre !

Il dépend de vous que ce pays, et le reste du monde, aient une chance de survivre car, comme j’ai tenté de le démontrer, les jeux de guerre et ces jeux informatiques sont basés sur une même méthode.

Les armes à feu ne sont pas le problème en tant que tel - les enfants entraînés aux Pokémon vous tueront avec des flammes, des éclairs, de l’électricité ou n’importe quoi. Et plus il y aura de liens entre l’Internet et l’école, sans changement fondamental du système scolaire par ailleurs, plus nous aurons de petits monstres. Et ce ne seront plus uniquement des monstres Pokémon.


Comment les médias forment de jeunes meurtriers

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Interview avec le Pr David Grossman, psychologue militaire et ancien lieutenant-colonel de l’Armée américaine.

Co-auteur, avec Gloria DeGateano, du livre Stop Teaching our Kids to Kill (Arrêtez d’apprendre à nos enfants à tuer), paru en 1999, M. Grossman est actuellement l’un des experts cités par la partie civile dans un procès intenté contre d’importants producteurs de l’Académie militaire de West Point et de l’Université d’Arkansas, il dirige un centre de recherche sur le crime à Jonesboro, dans l’Arkansas, et conduit des séminaires de formation pour soldats, policiers et secouristes. Voici des extraits de l’interview qu’il a accordée le 4 mars dernier à nos correspondants Jeffrey Steinberg et Dennis Speed, de l’Executive Intelligence Review.

Tout d’abord, lorsqu’on parle de corrélation entre la violence dans les médias et la criminalité chez les jeunes, il faut souligner qu’en ce qui concerne les jeux informatiques et vidéo, il s’agit avant tout d’impressions optiques. L’écrit ne peut pas être traité par les enfants de moins de huit ans, et encore, il est filtré par l’esprit rationnel. Quant à l’oral, il doit être travaillé dans le cerveau antérieur avant d’avoir un effet sur le centre émotionnel. Pour les impressions optiques, c’est différent : à l’âge de 18 mois, l’enfant est capable de percevoir et d’imiter ce qu’il voit. A cet âge, les images d’actes violents, que ce soit à la télévision, dans des films ou des jeux informatiques, opèrent directement sur le centre émotionnel.

Dans ce domaine, les recherches sont abondantes et nous les documentons à la fin de notre livre. Par exemple, une étude de l’UNESCO réalisée en 1998 note qu’il existe une culture mondiale de la violence, alimentée par les médias, et c’est surtout la violence des médias américains qui est exportée partout dans le monde, comme un roi colombien de la cocaïne exporte la mort et l’horreur avec sa drogue. (...) Bien sûr, les médias nient farouchement toute responsabilité. Comme les représentants de l’industrie du tabac qui, récemment encore, niaient en bloc tout lien entre tabac et cancer, ils mentent. Ils me rappellent aussi ceux qui remettent en cause l’Holocauste.

Apprendre à tuer

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Jeunes assidus des jeux vidéos.

Quant à l’impact des jeux de tir, il faut savoir que tuer un être humain n’est pas naturel, cela doit s’apprendre. Nous avons une inhibition biologique à tuer un membre de notre espèce. Dans une étude sur la guerre de Sécession, Patty Griffith constate qu’avec les armes et la stratégie de l’époque, un régiment aurait pu tuer 500 à 1000 personnes par minute. Or, en réalité, seulement un à deux soldats tombaient chaque minute. Bien qu’étant prêts à mourir s’il le fallait, eux-mêmes n’arrivaient pas à tuer. C’est quelque chose qu’il faut acquérir.

Nous avons fait une expérience semblable pendant la Deuxième Guerre mondiale, la majorité de nos fantassins n’était pas capable de tuer. Ils avaient suivi un entraînement sur cibles, mais une fois sur le champ de bataille, où ils n’avaient pas de cible devant les yeux, ils n’avaient plus le réflexe de tirer. Nous avons alors développé des simulateurs plus sophistiqués. Au lieu de cibles-panneaux, nous avons d’abord utilisé des silhouettes humaines en carton, que l’on faisait apparaître à l’horizon. Aujourd’hui, nous disposons avant tout de simulateurs- il s’agit de tirer sur des images d’hommes se déplaçant sur l’écran. Dans la mesure du possible, nous essayons de reproduire la situation réelle du champ de bataille. Il y a un énorme fossé entre un citoyen sain d’esprit et celui capable de tuer un homme. Pour traverser ce fossé, il faut passer par une étape transitoire, intermédiaire, non seulement pour s’entraîner à effectuer les gestes, mais avant tout pour préparer et former l’attitude mentale qui doit les guider.

Nous disposons désormais d’appareils de ce type auxquels nous avons recours pour l’entraînement militaire. Ainsi, leMarine Corps a obtenu les droits sur le jeu informatique Doom qu’il utilise pour l’entraînement tactique. L’Armée, quant à elle, a choisi le Super-Nintendo. Vous connaissez certainement le vieux « tir au canard » qu’on trouvait dans les fêtes foraines. Nous y avons remplacé les fusils par un avion M-16 en plastique et au lieu de canards nageant sur l’eau, des silhouettes d’homme se déplacent sur l’écran. Il existe maintenant des milliers d’appareils de ce type qui sont utilisés dans le monde entier pour l’entraînement. Ils se sont avérés très efficaces.

Je maintiens que ce type d’entraînement est utile pour nos soldats et pour nos policiers, car si nous reconnaissons la nécessité de leur donner des armes, nous avons alors la responsabilité de leur fournir l’entraînement, mental et physique, pour les utiliser à bon escient. Evidemment, entre personnes de bonne volonté, les opinions sur ce sujet peuvent différer. Mais tout le monde sera d’accord pour dire que nos enfants ne doivent, en aucun cas, avoir accès à des appareils avec lesquels ils peuvent apprendre à tuer, c’est-à-dire à des simulateurs de meurtre. Si beaucoup répugnent à les mettre entre les mains de professionnels, ils seront d’autant plus horrifiés à l’idée que nos enfants puissent, sans surveillance, les utiliser.

Les jeux informatiques utilisés par les forces de l’ordre sont appelés « simulateurs d’entraînement aux armes à feu » (FATS en anglais). On y voit des hommes se déplacer sur un grand écran et si l’un d’entre eux commet un acte pour lequel, selon la loi, le policier est en droit de tirer, il peut le faire. Aux côtés de l’instructeur, l’officier de police se tient devant le simulateur, l’arme à la main. Lorsqu’il appuie sur la gâchette, la glissière s’actionne, il ressent le recul. S’il atteint la cible sur l’écran, elle tombe ; s’il la rate, c’est la cible qui lui tire dessus.

Rendez-vous maintenant dans une salle de jeux pour jouer à « la crise du temps ». Vous tenez un pistolet à la main, vous actionnez la gâchette et vous sentez le recul. Vous frappez la cible, qui tombe. Dans le cas contraire, c’est elle qui vous tue. Ce jeu est un simulateur de meurtre ; son seul et unique objectif est d’inculquer à l’enfant la capacité et la volonté de tuer. Il faut bien comprendre que les réflexes qu’on induit dans des situations de stress sont profondément assimilés et se manifesteront à l’occasion.

Jadis, lorsqu’on utilisait des revolvers, nos policiers allaient s’exercer sur le champ de tir avec six balles. Pour ne pas avoir à ramasser plus tard les douilles usagées, ils les mettaient dans la poche de leur chemise avant de recharger. C’est une chose impensable au cours d’une vraie fusillade - lorsqu’on a évidemment mieux à faire. Or qu’avons-nous constaté ? A la fin de fusillades réelles, certains policiers se retrouvaient la poche pleine de métal, sans pouvoir dire comment il y était parvenu ! Voilà les résultats de l’entraînement.

La sous-conscience

Lorsque les enfants pratiquent des jeux informatiques violents, ils s’exercent à tuer. Ils s’exercent inlassablement, pas deux fois par an comme certains professionnels, mais ils passent des soirées entières à tirer sur toute créature animée qui apparaît à l’écran, jusqu’à ce que cibles ou munitions soient épuisées.

Pour ce qui est des massacres de Pearl (Mississippi), de Paducah (Kentucky) ou de Jonesboro (Arkansas), il semble à peu près certain que les jeunes n’aient eu l’intention de tuer qu’une personne - par exemple une amie, ou, dans un cas, un enseignant, en tout cas quelqu’un qui les avait déçus. Mais une fois qu’ils ont commencé à tirer, ils ne pouvaient plus s’arrêter. Ils tiraient sur tout ce qui bougeait - tant qu’il leur restait des cibles ou des munitions...

Lors des interrogatoires, les policiers ont demandé aux jeunes : « D’accord, tu as tué la personne contre laquelle tu étais fâché. Mais pourquoi as-tu tiré sur tous les autres ? Certains étaient tes amis. » Et les enfants ne savaient pas pourquoi !

La culture de la violence

Quelques jours après la tuerie de Flint, dans le Michigan [commise par un garçon de six ans], il y a eu un incident à Washington. Ayant pris un fusil dans le haut d’une armoire et l’ayant chargé, un jeune est sorti dans la rue et a tiré deux balles sur un groupe d’enfants. Lorsque la police lui a demandé où il avait appris à charger et à utiliser cette arme - pensant que son père avait eu l’imprudence de le lui montrer - il a répondu en toute innocence : « Je l’ai appris à la télévision. »

Dans le cas du Michigan, le père de l’enfant, qui se trouvait en prison, a dit, en substance, au shérif : « Dès que j’ai entendu la nouvelle, mon sang s’est glacé parce que je savais que c’était mon garçon. Mon petit a toujours beaucoup aimé les films violents. »

Normalement les enfants de deux à six ans sont horrifiés par ce genre de violence et de froideur face à la cruauté. Mais si l’on y travaille vraiment, on peut faire les amener à l’aimer dès l’âge de six ans ! Et cela, c’est vraiment ignoble.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les Japonais utilisaient un type classique de conditionnement. Pour leur faire accepter de commettre des atrocités, les soldats étaient amenés à éprouver du plaisir à la vue de personnes en train de souffrir ou de mourir. Ils étaient soumis à des méthodes de conditionnement pavloviennes. De jeunes soldats, qui n’avaient jamais participé à un combat, devaient assister à des massacres horribles, au carnage de prisonniers innocents - chinois, britanniques, américains. On les poussait à rire de la souffrance des autres, à y applaudir des deux mains. Puis, dans la soirée, on leur servait le meilleur repas qu’ils aient eu depuis des semaines, avec du saké et des filles. (...)

Une jeune fille de la Chatham School de Littleton (Colorado) m’a confié dans une lettre que lorsqu’il a été annoncé par haut-parleur que plusieurs élèves de l’école voisine (Columbine) avaient été tués, ses camarades ont applaudi ! D’après elle, les applaudissements étaient si forts qu’on pouvait même les entendre depuis le bureau administratif, à l’autre bout du couloir. On amène nos enfants à éprouver du plaisir devant la souffrance et la mort !

C’est exactement ce qui s’est passé avec ce petit de six ans devenu un assassin. Je parie tout ce que j’ai qu’il jouait à des jeux informatiques violents. Parce qu’il n’a tiré qu’une seule balle, atteignant directement la base du crâne de sa victime. Ce n’est pas facile du tout de viser avec précision, mais les jeux informatiques développent justement ce type d’habileté et dans beaucoup de jeux, on reçoit des points supplémentaires si l’on atteint la cible à la tête. Sa précision laisse penser qu’il était habitué à ces jeux. En outre, son père le laissait regarder des films violents à la télévision. Maintenant, nous récoltons ce que nous avons semé.

Un exemple type de cet entraînement nous est donné à Paducah, dans l’Etat du Kentucky. Un jeune de 14 ans a volé un pistolet chez un voisin. Auparavant, il n’avait jamais tiré au pistolet de sa vie. Dans la nuit précédant le massacre, il fit quelques essais avec l’enfant du voisin. Le lendemain, il a amené le pistolet à l’école et a tiré huit fois.

D’après les études du FBI sur le sujet, au cours d’une fusillade, un officier bien entraîné atteint en moyenne une cible pour cinq balles tirées. Dans le cas d’Amadou Diallo [un homme innocent abattu par la police de New York en 1999], sur les 41 coups de feu tirés à bout portant par les policiers, seulement 19 l’ont touché. Autre exemple : le fou qui a ouvert le feu dans une crèche juive de Los Angeles a atteint cinq enfants alors qu’il avait tiré 70 fois.

Et ce garçon de Paducah, combien de buts a-t-il marqués ? Huit balles, huit coups au but sur huit enfants différents - cinq d’entre eux en pleine tête, les trois autres au thorax. C’est un résultat époustouflant ! D’où lui vient une capacité aussi développée ? Selon les déclarations de témoins, il s’est campé solidement sur ses deux pieds, tenant le pistolet à deux mains, les bras allongés. Il n’a jamais pivoté à droite ni à gauche, il a simplement mis, méthodiquement, une balle dans chaque cible qui apparaissait dans son champ visuel, comme si c’était sur son écran.

Dans sa tête, il jouait à ce grotesque jeu vidéo ! Il n’est pas naturel de tirer une balle sur chaque cible. Le réflexe naturel consiste en effet à tirer sur la cible jusqu’à ce qu’elle tombe, avant de passer à la suivante. Mais dans les jeux vidéos, on vous apprend à tirer un seul coup par cible - avec un bonus si on frappe à la tête.

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Affiche des Pokémon.

A propos de l’émission sur les Pokémon, au Japon, [pendant et après un dessin animé de Pokémon, plusieurs centaines d’enfants ont dû être hospitalisés d’urgence suite à des crises d’épilepsie], de nombreux experts se sont prononcés. Il en ressort que les producteurs utilisaient des fréquences de couleurs susceptibles de provoquer cet effet épileptique chez les enfants. L’industrie télévisuelle recherche intensivement de nouvelles fréquences, des couleurs exactes et l’intervalle optimal de succession des scènes ; elle consacre des milliards de dollars à cet effort. Pourquoi ? Pour mieux captiver les enfants. Les chaînes de télévision cherchent, par tous les moyens et avec tous les atouts de la science moderne, à augmenter le nombre de leurs téléspectateurs. Dans ce cas, la chaîne a vraiment exagéré et a dû faire marche arrière. Mais on assiste tous les jours à ce type d’agression.

Laissez-moi vous parler un peu de la télévision. Beaucoup de gens y sont vraiment accrochés. Les images qui défilent si rapidement font l’effet d’une drogue. L’effet est encore renforcé par la violence, surtout chez les enfants ; fascinés, ils n’arrivent plus à en détourner leur regard. Cela comporte aussi un aspect biologique lié à la survie. Il est en effet vital, du point de vue biologique, de savoir reconnaître la violence. (...)

Tout ce que j’ai dit jusqu’à présent est bien établi et traduit nos connaissances scientifiques actuelles. Maintenant, je voudrais aborder un aspect qui fait encore l’objet de recherches, même si les données disponibles indiquent un lien étroit entre la télévision et une certaine difficulté de concentration. Nous exposons nos enfants à cette succession d’images ultrarapide. Le constant changement d’écran agresse leur cerveau, comme un martèlement dans la tête. Par conséquent, l’enfant s’habitue à recevoir des données en images fugitives, sans jamais développer la capacité de se concentrer sur une période de temps plus longue. La télévision détruit cette faculté. Puis, lorsqu’il a six ans, on envoie l’enfant à l’école. Là, debout devant la classe, l’enseignante parle comme un disque qui tourne trop lentement : L-e v-e-r-b-e t-r-a-n-s-i-t-i-f e-s-t... Assis à sa place, l’enfant essaie désespérément de changer de chaîne ! Il devient fou d’impatience, il n’en peut plus. Quelle est la réponse « normale » des adultes à ce type de situation ? On prescrit des médicaments, sous prétexte que l’enfant souffre d’un trouble de l’attention, qu’il est trop agité pour se concentrer.

On peut comparer cette situation au sida. Le sida ne tue pas en tant que tel, mais rend la victime vulnérable à d’autres facteurs - pneumonie, grippe, etc. - qui peuvent lui être fatals parce que son système immunitaire est extrêmement affaibli. De la même manière, dans notre société, nous perdons notre immunité vis-à-vis de la violence.

Que peut-on faire ?

Beaucoup de gens sont contre le fait que les policiers et les soldats s’entraînent à tuer sur des simulateurs. Logiquement, ils devraient alors les interdire absolument aux enfants, car il est criminel de leur donner ces jeux.

Que peut-on faire ? L’éducation est très importante pour réfuter les mensonges d’une industrie irresponsable. Il y aussi la loi - dans le fond, il faudrait appliquer les règles en usage dans d’autres banches commerciales, où l’on utilise la mention « réservé aux adultes », par exemple dans le cas de l’alcool ou de la pornographie. Cela voudrait dire qu’un tel jeu peut être dangereux pour les enfants.

En dehors de l’éducation et de la législation, reste encore le recours à la justice. Actuellement, un procès a été intenté [par les familles des victimes] contre les producteurs de jeux vidéos à la suite du massacre de Paducah. C’est un moyen important, même s’il n’aboutit pas toujours. A New York, un guichet de métro a brûlé il y a quelque temps. Un groupe d’enfants avait versé de l’essence près de la porte, puis tracé à partir de là une ligne de gouttes menant un peu plus loin, avant d’y mettre le feu, brûlant grièvement l’agent qui s’y trouvait.

Ils imitaient ainsi le crime perpétré dans le film Money Train. La famille de la victime avait l’intention de porter plainte contre le producteur,puis soudainement on n’en a plus entendu parler. Que s’est-il passé ? Apparemment, ils ont trouvé un règlement à l’amiable. Les producteurs sont prêts à verser une importante somme d’argent à la famille de la victime (et à leur avocat) tant qu’ils garderont le silence. Partout aux Etats-Unis, ce type de litige est réglé en dehors de la justice.

Les responsables de ces jeux doivent être redevables de leurs effets sur nos enfants. C’est notre devoir de les obliger à répondre. Si l’on attrape un jeune de douze ans en possession de crack, qu’est-ce qui arrive ? On le lui confisque, bien sûr, mais on cherche surtout à savoir quel est son fournisseur et on remonte la filière. De même, il faut investiguer tous les liens existants entre la violence des médias et les crimes commis par des jeunes. Comme cela, on a de bonnes chances de surmonter ce problème.

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