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LaRouche : pourquoi la poésie devra supplanter les mathématiques en physique

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A la fin des années 1960, deux sujets intellectuels majeurs agitent les grands campus universitaires dans le monde : la psychanalyse et le marxisme. En 1973, dans Beyond Psychoanalysis, l’économiste américain militant Lyndon LaRouche, tout en reconnaissant ses apports, s’en prend à Freud pour avoir ignoré les processus créateurs de l’esprit humain. Deux ans plus tard, dans Dialectical Economics, après trente ans de recherches, il identifie la même faille dans le système économique de Karl Marx, une erreur qui condamnait d’avance le marxisme à l’échec.

A l’origine, LaRouche n’excluait pas l’idée de devenir poète. Dans l’article qui suit, initialement paru dans la revue scientifique américaine Fusion d’octobre 1978 (Vol. 2, N 1, p. 11-17), et écrit comme une sorte d’addendum aux deux articles que nous venons de mentionner, l’auteur souligne l’importance du préconscient dans la genèse des idées créatrices, une approche qui s’inscrit dans la lignée de celle d’Albert Einstein.

Voir également :

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Lyndon LaRouche, lors de la conférence de l’Institut Schiller à Berlin en 2016.

New York, 1978.

Le progrès qualitatif sur le point de se produire dans notre vision de la physique, pourra être désigné de manière adéquate comme la science platonicienne de la poésie dans ce qu’on appelle les sciences physiques. Nous allons pouvoir accomplir ce qui constitue le cauchemar platonicien des adeptes du culte d’Apollon et de Francis Bacon : la poésie va gouverner la science.

Intéressons-nous d’abord à deux aspects des travaux publiés l’année dernière par le Dr. Steven Bardwell. Le premier aspect concerne la formulation de Bardwell sur la manière dont certains phénomènes ayant lieu dans les plasmas, comme les solitons, divisent la physique du non-vivant en deux sous-domaines multiplement connexes [1].

Ces domaines ont des liens réciproques de causalité, mis en évidence dans la pratique expérimentale sur les plasmas, mais existant de manière plus générale dans l’ensemble de la physique. Toutefois, leurs organisations internes respectives sont telles que le déterminisme mathématique du domaine inférieur ne permet pas de découvrir par déduction l’existence du domaine supérieur. Le deuxième aspect qui m’intéresse ici est la manière dont il a abordé récemment le problème à N corps [2].

Que Bardwell ait pensé ou non aux implications de ce qu’il écrivait, l’approche de l’utilisation du concept d’espace de phase qu’il emploie est véritablement un emprunt fait aux principes, peu compris en général, de la science platonicienne de la poésie.

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Illustration du poème « Le Corbeau » d’Edgar Allan Poe.

J’invite le lecteur à consulter mes propres travaux, réalisés au cours des douze derniers mois, dans lesquels j’ai abordé les véritables distinctions qui séparent les différents domaines de la connaissance correspondant à la « physique du non-vivant », à la « physique du vivant » et à la « raison » – et que j’ai désignés par les notations transfinies « n », « n+1 », et « n+2 » [3].

Je vous renvoie également vers deux de mes écrits récents dans lesquels j’ai abordé la conception de la poésie d’Edgar Allan Poe et la méthode platonicienne [4].

Je me propose maintenant de mettre en évidence le lien direct qui existe entre la poésie platonicienne (de Dante et Pétrarque, par exemple), la méthode doublement fuguée de développement contrapuntique de Beethoven, et l’application appropriée de la poésie aux sciences physiques. J’établirai ce lien en me concentrant sur les aspects pertinents des processus préconscients de l’esprit [5].

Le lecteur doit avoir à l’esprit ce que j’ai exposé précédemment à propos des caractéristiques empiriques les plus accessibles des processus préconscients. J’ai tout d’abord souligné l’instant précis dans le processus de mémorisation où la mémoire n’est pas encore parvenue à nommer la chose dont elle essaye de se souvenir, mais où elle l’a néanmoins « sur le bout de la langue ». Il s’agit là de la forme la plus évidente de pensée préconsciente, laquelle constitue la première étape dans l’étude des processus préconscients – l’aspect le plus simple de la psychologie préconsciente.

A ce niveau, on étudie comment les conceptions préconscientes agissent en tant que transfinis, c’est-à-dire qu’elles sont associées implicitement à des prédicats alternatifs exprimables, chaque prédicat favorisant la conjonction d’une pensée préconsciente soit avec une autre pensée préconsciente, soit avec la circonstance d’une pratique définie. Cette opération connue sous le nom de déduction, dépend entièrement de la façon dont les transfinis préconscients sont reliés à leurs ensembles associés de prédicats exprimables. Le second ordre, immédiatement supérieur, d’investigation du préconscient se concentre sur les conditions du processus de résolution des problèmes dans lequel la personne dispose d’une solution correcte, originale par rapport à son expérience antérieure, « sur le bout de la langue ». Ceci correspond à un acte préconscient d’intuition créatrice, formellement distinct d’un acte préconscient d’identification par la mémoire.

Cet aspect de la connaissance remonte essentiellement à des temps très anciens et prend racine dans les études médiévales sur l’« Art de la mémoire ». On ne peut réellement comprendre les travaux de Giordano Bruno sur l’« Art de la mémoire », à moins de les étudier en prenant pour point de référence ce contenu et cette intention de la matière.

En première approximation, la pensée préconsciente est indicible, contrairement aux prédicats de la pensée consciente. Dans la communication, on ne peut exprimer une pensée préconsciente sans nom, que de façon indirecte, en listant suffisamment de prédicats divers sans liens logiques entre eux, afin de suggérer à l’esprit du lecteur ou de l’auditeur que seule la conception préconsciente correspondant à cet ensemble logiquement ambigu de prédicats conscients, est ce qu’on a l’intention de lui transmettre.

Ce principe est l’essence de la poésie. La poésie n’est pas, à proprement parler, du symbolisme ou un certain langage ambigu qui utiliserait des formes littérales d’expression pour indiquer simplement d’autres formes littérales d’expression. L’ambiguïté inhérente à la vraie poésie nous montre que la fonction de la poésie est d’exprimer distinctement des conceptions préconscientes correspondant à un ensemble logiquement inexplicable de prédicats connus. Edgar Allan Poe est explicite, et à juste titre, lorsqu’il montre que la méthode de composition de son poème Le Corbeau est en accord avec de tels principes poétiques. En fait, « Lénore » [chez Poe] n’existe pas ; de même, l’existence de « Béatrice » ou de « Laure » n’a aucune importance au regard du contenu de la poésie de Dante et de Pétrarque. Ce sont des prédicats, combinés à d’autres prédicats, et configurés poétiquement de manière à pousser l’esprit du public à atteindre, au-delà de la conscience ordinaire, une conception préconsciente définie.

Le même principe platonicien de poésie s’exprime de manière dense dans les principes musicaux mis en œuvre depuis Al-Farabi, par John Bull, Bach, et jusqu’à Beethoven. Tout d’abord, les notes en soi n’ont aucune signification littérale. Ce sont plutôt les configurations linéaires des notes qui correspondent à des idées musicales préconscientes. Le développement contrapuntique de ces configurations produit des idées musicales (préconscientes) altérées qui entretiennent avec les idées musicales précédentes un processus de relation préconsciente. L’auditeur sait qu’il se trouve en présence d’une idée musicale correspondant à l’intention de Beethoven, si le passage stretto (ou équivalent) de la composition se présente conformément, en tant qu’ensemble de prédicats, à l’idée musicale préconsciente vers laquelle l’auditoire est conduit à travers le développement de l’ensemble de la composition.

Alors, ayant cet accord de conception musicale comme référence, l’esprit de l’auditeur parcourt l’ensemble de l’œuvre une fois de plus, mais cette fois-ci du point de vue de sa « compréhension » préconsciente du stretto. Cependant, la composition musicale n’est pas le stretto ; elle ne se limite pas à une manière d’arriver au stretto comme résolution d’une idée musicale. L’idée du stretto, c’est de servir de clef de voûte pour assimiler le processus de développement représenté par l’ensemble de la composition – comme idée musicale préconsciente.

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Wilhelm Furtwängler dirigeait en lisant « entre les notes ».

C’est la raison pour laquelle Wilhelm Furtwängler était un chef d’orchestre relativement grand, et qu’Herbert von Karajan était dépourvu de véritable pensée musicale dans sa façon de diriger. Furtwängler dirigeait en lisant « entre les notes », en interprétant l’œuvre en accord avec les idées musicales « préconscientes » au cours du processus de développement. Karajan visait une lecture littérale – « prussienne » – de la partition. L’interprétation de Beethoven par Furtwängler est « vivante » ; celle de Karajan nous met en présence d’un arrangement canonique de la sépulture du compositeur. Sur sa fin, Arturo Toscanini, bien qu’il fût moins apoétique que Karajan, s’égarait néanmoins dans la même direction que Karajan, comme on s’en rend compte si on le compare à Furtwängler. Dans la façon de diriger de Karajan, il n’y a pas de poésie, et donc pas de musique.

Nous avons dit qu’en première approximation les conceptions préconscientes ne revêtent pas la forme de conceptions conscientes exprimables ou communicables. Cela ne signifie pas qu’il ne soit pas possible de les rendre conscientes en seconde approximation. En donnant un nom à une conception abstraite (préconsciente, transfinie), le nom de la conception devient exprimable. Il faut tout simplement que ceux qui se mettent d’accord sur ce nom, le fassent de manière à ce que la conception préconsciente correspondante soit reconnue comme présente comme objet empirique de référence dans l’esprit de chacun. A partir de là, la conception préconsciente peut être appelée par son nom. Elle est alors pensée abstraite consciente, du type utilisable pour des opérations mentales de déduction.

Considérons, par exemple [le concept universel] de « frère ». « Frère » n’est pas une qualité intrinsèque d’une personne en tant que personne individuelle. Du point de vue de la simple déduction, il n’y a aucune réalité existante correspondant à la conception transfinie (abstraction) de « frère ». Au contraire, « frère » est un transfini qui définit tous ses prédicats spécifiques (« c’est mon frère », « c’est son frère », etc.) d’une façon bien ordonnée. Du fait de ses propres règles, la déduction (la conscience déductive) ne permet pas de prouver l’existence réelle du « frère » ; elle ne peut que connaître les procédures sous la gouvernance desquelles une personne est ou n’est pas un prédicat du concept abstrait de « frère ». Il existe également une abstraction supérieure au terme de « frère ». La qualité de relation que l’on associe de façon préconsciente au « frère » dans son usage familier peut être élargie pour désigner d’autres personnes, qui ne sont pas à proprement parler des « frères », tel que la « sœur de Jean », à travers la notion de « fraternité ».

Dans cet exemple, le sens du concept du « frère » naît à travers un processus d’étapes métaphoriques, chacune étant transfinie par rapport aux étapes inférieures. Ainsi, la notion de « fraternité » est d’un ordre supérieur au concept de « frère », et ainsi de suite. Ainsi, contrairement à la tradition des Philistins, le genre de calembour dont raffolait Shakespeare appartient à la plus haute forme d’humour et non pas la plus basse. Un calembour est bon ou mauvais, selon qu’il ait ou non recours à un lien métaphorique. Dans ce dernier cas, cela reflète une qualité intellectuelle supérieure d’humour ; sinon, cela reflète une banalité sophistique.

La métaphore est la pratique prédominante par laquelle nous choisissons des noms appropriés pour désigner des notions préconscientes introduites dans le domaine de la conscience abstraite. L’utilisation des notions d’espace de phase par Bardwell dans ses travaux sur le problème à N corps est une forme d’emploi de ce genre de métaphore, de même que l’utilisation de la notion d’espace de phase est un moyen d’aborder les nombres « imaginaires » et complexes [6].

L’activité scientifique comprend la production constante de nouvelles conceptions préconscientes ainsi que l’acte d’attribuer des noms à ces abstractions nouvellement créées de façon à ce que les formes d’analyse et d’ordonnancement de la pratique expérimentale concrète ainsi que les pratiques adjacentes puissent incorporer ces nouvelles notions afin d’établir une cohérence logique au sein du corps de la pratique scientifique ainsi transformée. Dans cet aspect crucial et déterminant du travail scientifique, on est confronté à deux types de problèmes. La première catégorie de problèmes est celui d’éduquer le scientifique (et celui qui aspire à le devenir) afin qu’il soit capable de mobiliser ses potentialités de créativité mentale afin d’effectuer un taux élevé de découvertes scientifiques fructueuses. La deuxième catégorie de problèmes est définie par l’incapacité des systèmes déductifs de pensée à incorporer pleinement les aspects essentiels d’une conception préconsciente (c’est-à-dire scientifique) valide.

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Représentation de Dante Alighieri lisant son poème la Divine Comédie.

Par rapport à la première catégorie de problèmes, les principes de la poésie platonicienne sont exemplaires du type de moyens développés permettant à une personne de commander son propre processus créatif préconscient. Un entraînement dans l’« Art de la mémoire » (Ars memoriae) tel que le concevait Giordano Bruno est l’arrière-plan de ceci. La poésie du type associé à Dante et Pétrarque, et au Corbeau d’Edgar Allen Poe, constitue la pratique des puissances combinées de la mémoire et de l’intuition créatrice. Une éducation scientifique basée sur ces principes est la clé pour favoriser un niveau plus élevé de créativité chez les aspirants scientifiques.

Par rapport à la deuxième catégorie de problèmes, la difficulté est de nature axiomatique. Aucun système déductif ne peut de façon adéquate représenter le type de notions qui, par exemple, sont derrière le problème de la causalité et du déterminisme indiqué par Bardwell en physique des plasmas, ou dans son approche du problème à N corps. Lorsque l’on considère ces deux cas illustratifs du point de vue ainsi établi, la relation « génétique » avec les deux conceptions préconscientes derrière chacun devrait être claire. Pour aller directement au point à expliquer, je dirai que l’ordonnancement préconscient des conceptions scientifiques correspond à l’ordonnancement légitime sous-jacent des événements ayant lieu dans l’univers, alors que ce n’est pas le cas des images déductives de ces conceptions, comme celles obtenues par des méthodes axiomatiques mathématiques. Les limites de la physique mathématique, comme nous les définissons ici, ne sont pas une question de limites dues au niveau d’avancement atteint par l’homme dans sa connaissance expérimentale des processus physiques. Ce qui limite la connaissance déductive ordonnée, c’est « l’endroit » où se trouve la réalité du processus physique – endroit dans lequel l’ordonnancement (déductif) mathématique des conceptions de processus perd toute correspondance possible avec les processus réels sur lesquels portent les recherches.

Considérons l’exemple de la doctrine de l’École de Copenhague sur l’indétermination. Le problème de l’indétermination n’existe pas par rapport à la physique expérimentale. Ce que Niels Bohr et ses associés ont réellement fait, ce n’était pas d’annoncer une découverte, mais de hurler comme des ménades dionysiaques (mot grec désignant les bacchantes – ndt) contre les percées faites par Erwin Schrödinger, de Broglie, et d’autres. En acceptant la nature paradoxale des phénomènes observés concernant l’électron (« particule » – « ondicule »), Schrödinger et De Broglie avaient organisé les connaissances existantes de bonne manière pour rendre possibles de nouvelles hypothèses et de nouvelles expériences qui permettraient de réaliser de futurs progrès dans la manière de surmonter l’incapacité de tout système axiomatique déductif à traiter les phénomènes cruciaux aux « limites » des domaines multiplement connexes. Les recherches du Dr. Winston Bostick et de ses collègues sur un modèle non-paradoxal de l’électron constituant jusqu’ici la seule hypothèse de travail utile [7], illustrent l’importance de la direction ouverte par Schrödinger et De Broglie pour les progrès scientifiques ultérieurs. L’approche d’ensemble de Bardwell de la même matière pointe également en direction de telles solutions.

Ceci est précisément le problème méthodologique que j’ai constamment affronté en économie politique (et d’autres domaines), et le même point a été reconnu, au moins d’une façon négative, dans les moqueries de Rosa Luxemburg – dans son Anti-Kritik et l’Accumulation du capital – à l’égard de la notion de « reproduction élargie » développée dans le chapitre final du IIe volume du Capital de Karl Marx [8]. En 1952, j’entrevoyais déjà l’embryon de la solution pour l’ensemble du problème, mais il me manquait l’aide de Cantor pour pouvoir apprécier les implications du travail de Riemann, avant d’être en mesure de faire de la notion préconsciente, une solution efficacement consciente.

Comme je l’ai indiqué dans d’autres lieux, l’économie politique est la forme scientifique la plus élevée – à condition qu’on la définisse comme je l’ai fait [9]. Je vais résumer ici cette démonstration, car elle concerne directement l’autorité de notre progrès pour les sciences dites physiques.

 L’économie politique et le préconscient

La nature même de la qualité d’expériences isolées, comme le prescrit « l’hypothèse nulle », nous empêche d’accorder la moindre valeur de certitude à tout type de résultat statistique provenant d’expériences isolées ordinaires. Seules des expériences qui, par leur nature, mettent à l’épreuve les lois de l’univers d’une façon cruciale (unique), fournissent une connaissance positive. Les méthodes statistiques ne réussissent dans des conceptions d’expériences isolées, que lorsque la conception de l’expérience a été gouvernée par des principes généraux découverts grâce à des expériences cruciales. Est-ce que le cas isolé se comporte d’une façon cohérente avec les principes de relations causales déterminés par des expériences cruciales ? Est-ce que la cohérence de la connaissance scientifique comme un tout est conservée dans tous les aspects de la pratique ?

Partant de là, on peut dire qu’aucun corps existant de connaissance scientifique, dans le sens habituel du savoir livresque, n’est doté d’une autorité à toute épreuve. En effet, en dernière analyse, une telle connaissance est, au mieux, intrinsèquement fictive (inadéquate). Tout corps existant de savoir livresque accrédité n’est que le reflet d’un savoir existant de principes généraux défini en termes de formes de pratiques sociales générales, existantes ou antérieures, et de technologies préexistantes de pratiques sociales en général. Comme le montre aujourd’hui, l’obsolescence des connaissances scientifiques qui faisaient autorité hier, toutes les formes déductives de connaissance à un moment donné de l’histoire – y compris à notre époque – sont au mieux vraies de façon conditionnelle, dans le sens d’être conditionnellement efficaces. Elles seront largement dépassées dans leur autorité comme connaissance par des progrès qui ne manqueront pas de se produire.

Les livres sur des expériences réussies ne sont pas une autorité solide permettant de déterminer la vérité. Soit on conclura de cela que la vérité est inconnaissable, comme l’ont fait Emmanuel Kant et les empiristes britanniques – bien que de manière différente et même antagoniste –, soit on devra trouver une prémisse plus élevée et plus durable pour la vérité hors du corpus des manuels scientifiques. Ce que démontre l’histoire – c’est-à-dire la combinaison de l’histoire paléontologique, archéologique et littéraire – c’est que notre espèce a réussi, sur des siècles, à augmenter son pouvoir sur l’ordonnancement légitime de l’univers, grâce aux progrès qu’elle a effectués dans ses pratiques sociales du fait de ses avancées scientifiques et des avancées technologiques qui en ont découlé.

Aucun corpus ou savoir scientifique tiré de manuels ne prouve de façon adéquate la vérité, ni la véracité des processus créateurs de l’esprit humain. Cependant, le progrès de la civilisation passant d’ordres inférieurs à des ordres supérieurs de technologie prouve implicitement la vérité qu’on recherche. La vérité ne se trouve dans aucune forme particulière de connaissance (communicable, déductive) que l’homme acquiert à un moment donné de l’histoire. La vérité se trouve uniquement dans les processus mentaux de créativité par lesquels des avancées successives de la connaissance scientifique sont ordonnancées. Nous mesurons ce qui est un progrès, et ce qui ne l’est pas, par l’expérience cruciale de l’existence humaine, par les augmentations manifestes de l’accroissement de néguentropie thermodynamique de la capacité productive utile par individu et par l’ensemble de la société humaine. [Si LaRouche reprend ici le terme « néguentropie » proposé en 1956 par Léon Brillouin pour remplacer celui « d’entropie négative », LaRouche adoptera par la suite le terme d’ « anti-entropie » qu’il jugera plus adéquat – ndt]

L’économie politique définie dans de tels termes thermodynamiques et selon de tels critères néguentropiques, définit l’expérience cruciale de l’existence humaine de la seule façon requise permettant de déterminer ce qui est la vérité et ce qui ne l’est pas dans les politiques et les méthodes de développement du savoir humain.

Comme cela est généralement reconnu, au niveau de connaissance de la physique du non vivant (le niveau du domaine « n », tel que nous avons défini les dénominations transfinies « n », « n+1 » et « n+2 »), la preuve du progrès scientifique est une augmentation permanente du pouvoir réducteur par individu d’une population en expansion. Cette qualité est spécifique au domaine « n+1 » de la connaissance existante, c’est-à-dire au domaine du vivant. Or, étant donné que l’espèce humaine est la seule capable d’accroître volontairement la néguentropie caractéristique de son comportement reproductif en tant qu’espèce, l’ordonnancement de cet auto-développement néguentropique de l’espèce humaine définit ce processus comme localisé dans le domaine « n+2 », c’est-à-dire le domaine de la raison.

Cependant, le fait que cette mesure du progrès scientifique ait des paramètres dans les domaines de la physique du non-vivant et dans celle du vivant témoigne de l’efficience de la raison par rapport à ces deux domaines inférieurs. Dans le domaine le plus bas, celui de la physique du non-vivant, nous constatons le progrès scientifique sous la forme des paramètres qui augmentent la « capacité réductrice » par individu d’une population en expansion, comme une forme de néguentropie conçue de la façon la plus rudimentaire. Dans le domaine du vivant, nous identifions le progrès scientifique comme le commandement humain des processus évolutionnaires par ailleurs caractéristiques de l’auto-développement de la biosphère comme un tout. [Enfin,] Il est nécessaire de considérer la raison pour elle-même.

Une fois que nous avons identifié le fait que le progrès scientifique manifeste s’accomplit par des principes rigoureux de synthèses d’hypothèses nouvelles, ces principes d’hypothèses qui ordonnent des avancées successives dans la connaissance scientifique (et dans les niveaux de technologie) s’avèrent en particulier ainsi être approximativement en correspondance avec la maîtrise par l’homme, délibérée et toujours accrue, de l’ordonnancement légitime de l’univers.

Ainsi, il devrait apparaître clairement qu’aucune forme de science logico-déductive ne peut être en rapport direct avec l’ordonnancement légitime de l’univers. L’affirmation contraire est fictive et inadéquate. Le seul aspect du comportement humain que l’on puisse prouver correspondre à l’ordonnancement légitime de l’univers, c’est le processus qui rend compte de la maîtrise volontaire grandissante de l’univers par l’homme, permettant d’effectuer des révolutions successives à cet effet dans les formes logico-déductives de connaissance scientifique. Donc, seuls ces processus développés (éduqués) de synthèses préconscientes d’hypothèses fructueuses, en particulier les hypothèses cruciales, constituent l’aspect de la vie mentale (et de la connaissance) qui soit en accord avec l’ordonnancement légitime de l’univers. Ce processus d’accord – un accord préconscient – est appelé en termes classiques, la perfection, ou encore, le processus permettant d’atteindre la rédemption avec la raison.

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« Platon désigne le principe de la vie mentale gouvernant les découvertes scientifiques fondamentales par le terme d’hypothèse de l’hypothèse supérieure » (LaRouche).

La raison n’a rien à voir avec le savoir logique, dans le sens où nous définissons habituellement la logique. La raison est constituée par les processus rigoureux de la pensée scientifique préconsciente qui ordonnent des ensembles fructueux et successifs de connaissances scientifiques logiques. Ceux-là sont la raison, ceux-ci ne sont que de la simple compréhension.

La percée de principe à accomplir dans la connaissance scientifique est de libérer l’homme de l’esclavage de la simple compréhension et de faire des processus préconscients l’objet délibéré de son savoir conscient en attribuant un nom à l’abstraction qui est la pré-conscience d’une pensée scientifique préconsciente efficiente. La conscience de la faisabilité et la nécessité d’une telle percée datent de l’Antiquité. C’est la notion de « l’hypothèse de l’hypothèse » connue de Platon et venant de ses prédécesseurs ioniens et autres. Voilà le « savoir caché » des Platoniciens.

Par conséquent, la théorie politico-économique adéquate qui regarde les progrès de l’économie politique sous cet angle, est l’expression formelle de la forme la plus élevée de la connaissance scientifique, à l’aide de laquelle la physique, par exemple, pourra être conçue et développée. Bien entendu, ceci a été depuis toujours la « source secrète » de la puissance du National Caucus of Labor Committees, et de la puissance de l’US Labor Party. Ce que nous entreprenons maintenant, dans cette nouvelle phase de notre travail, c’est de rendre cette connexion pleinement consciente auprès des membres de notre organisation politique, et grâce à la compréhension de ceci, auprès d’une plus grande population.

 Le rôle de la névrose

Pour des raisons que nous nous contenterons d’identifier ici, l’obstacle qui empêche de maîtriser le préconscient dans la culture moderne ne se situe pas véritablement dans une quelconque difficulté inhérente au sujet de la recherche particulière en question. Le contrôle volontaire des processus préconscients déterminant des formes de base de pensée et d’action conscientes, est impossible à moins que le sens d’identité personnelle de l’individu soit ce que G.W.F. Hegel et d’autres définissent comme une identité mondio-historique. Ce n’est que lorsqu’on se regarde soi-même comme contribuant au développement de la néguentropie de l’existence de l’espèce humaine comme un tout, que l’esprit peut s’organiser pour définir les problèmes et leurs solutions dans ces termes de référence. Dans la mesure où l’individu s’accroche à un sens d’intérêt personnel basé sur l’hédonisme, le particularisme ou l’individualisme vis-à-vis de ses semblables, la vision mondio-historique lui reste inaccessible autrement que par une approximation logique. De la même manière, on ne peut pas être à moitié une personne mondio-historique, et à moitié un hédoniste aliéné. Dans ce dernier cas, comme nous l’avons noté, une certaine parodie logico-déductive de la vision mondio-historique analytique peut être construite, mais pas une véritable manière de penser mondio-historique préconsciente.

Le particularisme, la vision hédoniste que nous avons indiquée, est l’expression générale d’une psychopathologie appelée névrose. Toutes les incapacités à accomplir un travail créatif chez des personnes cultivées dans la société moderne, ont une origine névrotique. Les processus préconscients « parasites » qui rendent ainsi irrationnels les processus préconscients dans leur ensemble, empêchent le genre de concentration cohérente soutenue indispensable à la synthèse créative de nouvelles conceptions préconscientes fructueuses.

Pour la même raison, l’endoctrinement des jeunes dans une vision soi-disant pluraliste garantit la destruction de leurs potentialités pour une pensée cohérente et un travail créatif. Vouloir identifier la notion de « pluralisme » issue des délires de William James, à la « liberté » est tout simplement absurde. La Liberté met en œuvre une certaine sorte de diversité dans la manière de penser. La liberté est essentiellement, en première instance, la synthèse de nouvelles conceptions venant renverser des jugements antérieurs ou largement répandus, mais ceci à la condition que ces nouvelles conceptions « déviantes » soient correctes ou permettent le développement ultérieur de connaissance utile.

La liberté, dans un deuxième temps consiste à donner la possibilité à des individus et des groupes de réaliser leurs découvertes « déviantes » par des controverses publiques, par la diffusion de ces conceptions, et aussi par les canaux appropriés de relations sociales. La liberté n’est pas l’irrationalisme ; c’est essentiellement le processus de faire des découvertes qui corrigent les erreurs et les inadéquations des connaissances et pratiques antérieures dominantes. Ce sont donc, politiquement, les processus sociaux nécessaires pour nourrir le type d’expérimentation dans les idées et la pratique, par lequel de nouvelles intuitions créatrices sont nourries et testées en vue d’être assimilées dans la connaissance générale et la pratique sociale.

 La science de la poésie

Comme je l’ai indiqué ci-dessus (et par ailleurs), la fonction propre à la poésie et à la poésie musicale bien comprises, est de permettre aux processus préconscients d’un esprit, de communiquer avec les processus préconscients d’un autre par la médiation d’ensembles ambigus de prédicats et d’idées préconscientes. La fonction générale de la poésie et de la composition musicale comme celle de Beethoven, est de permettre à une société donnée d’aider ses membres en développement à devenir conscients de leurs processus préconscients. Pas simplement à rendre l’individu conscient de leur existence, mais à permettre aux personnes d’amener leurs pensées préconscientes dans la conscience sous forme d’abstractions, par une méthode rigoureuse permettant de nommer ces pensées. Ainsi, en amenant des notions préconscientes dans la conscience sous forme d’abstractions nommées, la préconscience devient conscience (déterminée) et les processus préconscients deviennent les objets de la conscience volontaire.

Le défi consiste à faire du processus lui-même de synthèse de nouvelles conceptions préconscientes fructueuses, l’objet conscient nommé de la pensée volontaire. Cette conception n’est pas nouvelle. Platon la comprenait ainsi que ses principaux disciples. Nous sommes ici au cœur même de la connaissance secrète du platonisme. L’important est de rendre disponible ce secret pour une plus large population.

La pertinence de cette entreprise pour ce qu’on appelle aujourd’hui la science physique, est indiquée par ces instants dans la recherche expérimentale où les faits observés présentés à la préconscience ne peuvent pas être « traduits » en formes « logiques » de physique mathématique axiomatique. Dans ces moments de la recherche expérimentale, la société est essentiellement dans une impasse – une impasse qui persiste jusqu’à ce qu’on remplace les formes axiomatiques-déductives de communication de notions scientifiques, en nommant les processus mentaux qui sont, de fait, en correspondance avec les types de problèmes présentés, par exemple, dans les écrits de Bardwell référencés ci-dessus.

La synthèse créative préconsciente de nouvelles conceptions fructueuses par un esprit éclairé, est un processus auto-développant exactement de la forme « logique » représentée par un véritable univers riemannien. C’est-à-dire un univers dans lequel « n », « n+1 », et « n+2 » désignent des ordonnancements transfinis en ordre croissant de caractéristiques de domaines multiplement connexes issus de l’action d’une forme auto-développée transinvariante de principe causal. Si cet aspect de nos processus mentaux est nommé et devient une abstraction pour la conscience, ces abstractions remplacent les formes axiomatiques mathématiques comme conceptions appropriées pour nous permettre de communiquer et d’être conscients du type de processus que nous devons maintenant maîtriser délibérément.

Rien dans cette proposition ne peut être qualifié de purement spéculatif.

Je me suis attaqué à ce problème depuis des décennies. J’ai été guidé par des conceptions dont j’étais totalement conscient, et dont j’ai démontré la validité par les applications qui en découlent. Or, en général, je n’ai pas pu communiquer ces conceptions préconscientes à d’autres.

Néanmoins, ce problème n’est pas resté le même pour moi au cours de la dernière douzaine d’années au cours desquelles les organisations [politiques] que je dirige se sont développées. Le processus social de développement des personnes dans ces organisations a non seulement élargi le champ de ce que je peux communiquer explicitement, du fait que des pensées préconscientes sont ainsi devenues des abstractions nommées et employées volontairement, mais en élargissant le langage de la pensée de cette manière, le développement de l’organisation m’a permis d’avancer dans la maîtrise volontaire de mes propres processus préconscients.

Actuellement, il existe parmi mes associés un noyau de personnes qui, à divers degrés, maîtrisent les rudiments des secrets du platonisme, de sorte que nous communiquons des conceptions politiques et autres aux quelques élites platoniciennes à l’extérieur de notre organisation, à ce niveau et sur cette base. Je sais que ces personnes – à la fois dans l’organisation et à l’extérieur – pensent d’une certaine manière préconsciente en vertu du type d’abstraction qu’elles emploient et, plus important, par la manière dont elles les emploient.

Si ce noyau de forces sociales expérimenté et développé, est mobilisé pour appliquer les fruits de son développement et de son expérience partagée à la tâche que j’ai projetée, nous pouvons anticiper le fait que cet effort dirigé nous conduira rapidement vers le type de percées conceptuelles dans le travail scientifique que j’ai indiqué, au-delà des paradoxes champ-particule intrinsèques au niveau inférieur de pensée, c’est-à-dire la simple compréhension.

La poésie et les formes de musique, de peinture et de sculpture ordonnées selon les principes poétiques platoniciens, jouent un rôle essentiel pour entraîner l’esprit à maîtriser les processus préconscients. Il s’ensuit que seules les activités artistiques qui servent cette notion de principe poétique, doivent être considérées comme de l’art.

Norman Mailer, T.S. Eliot et Leonard Bernstein ne sont pas des artistes… parce qu’ils ne sont pas des scientifiques.


[1Voir la série de trois articles de Bardwell, « Frontiers of Science in Plasma Physics », FEF Newsletter, Vol.I, no.6 (Juin 1976) ; « The History of the Theory and Observation of Ordered Phenomena in Magnetized Plasma », FEF Newsletter, Vol.II, no.2 (Septembre 1976) ; et « The implications of Nonlinearity », FEF Newsletter, Vol.II, no.2 (mars 1977).

[2« Solving the Three-Body Problem », par Steven Bardwell, Fusion, Vol.I, no.8 (juin 1978).

[3Voir, plus spécifiquement, « The Secrets Known Only to the Inner Elites », The Campaigner, Vol.11, nos 3-4 (mai-juin 1978). Pour une étude antérieure de ces notations transfinies, en particulier de leurs implications dans la musique et la poésie, lire « The Science of Music », New Solidarity, janvier 1978.

[4« The Clinical Significance of Poe’s Critics », New Solidarity, mai 1978. Voir également « Poe’s Conception of Poetry », The Campaigner, Vol.11, no.6 (septembre 1978).

[5Je pourrais également prendre en compte la notion de la consubstantialité de la Trinité telle qu’elle a été mise en avant par Plotin et d’autres, mais cela risquerait de faire un peu trop pour le lecteur.

[6Pour des raisons apparentées, c’est une monstruosité pédagogique d’enseigner le calcul différentiel comme condition préalable à l’enseignement du calcul intégral. L’origine de cette bêtise largement répandue apparaît en étudiant l’histoire de la science ; de même, cette histoire nous montre pourquoi ce choix pédagogique est mauvais et relativement destructeur pour les capacités mentales créatrices de l’étudiant.

[7« Toward Understanding the Nature of Fusion Energy » Fusion, Vol.1, n°6-7 (May 1978).

[8La première traduction de l’Anti-Kritik de Rosa Luxemburg a été publiée dans The Campaigner, la première partie dans Vol.5, n°1 (January-February 1972) et la deuxième partie dans Vol.5, n°3 (May-June 1972). Par la suite, une élaboration de ces questions par Lyndon LaRouche est parue sous le titre « In defense of Rosa Luxemburg » dans The Capaigner, Vol.6, n°2 (Printemps 1973).

[9Discours non publié pour la seconde session de l’Académie des Études Humanistes, à Wiesbaden (Allemagne) en 1978.

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