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1954-1962-1995 : Pourquoi François Mitterrand ne peut être une figure inspiratrice

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Par Eduardo Garcia

En ces temps de grave crise politique et morale en France, de perte de repères et de démoralisation face aux défis que nous pose l’histoire, il est tout à fait normal d’aller puiser dans notre passé et dans l’histoire universelle, les moyens, les principes et les idées qui ont changé le cours des événements vers le meilleur, et les hommes et les femmes de caractère qui les ont portés. Car, ne pas connaître et comprendre le présent fait perdre le futur, mais ignorer le passé fait perdre le présent et le futur ensemble.

On serait naturellement attirés, en tant que patriotes républicains, par l’œuvre d’un Lazare Carnot, d’un Jean Jaurès ou d’un De Gaulle, pour ne citer que les plus illustres. Mais c’est vers d’autres figures que se tourne malheureusement la classe politique parisienne, notamment le Parti socialiste. Sans projet, sans leader et baignant complètement dans des calculs de positionnements électoralistes et carriéristes, c’est à François Mitterrand, symbole de la victoire et de l’arrivée des socialistes au pouvoir, que se réfèrent la plupart des socialistes aujourd’hui pour renouer avec les succès électoraux. Mais qu’en est-il vraiment du parcours, de la personnalité et de l’œuvre de François Mitterrand ? Peut-il vraiment être une figure d’inspiration pour faire face aux périls qui menacent aujourd’hui notre pays ?

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Depuis ses premiers contacts avec la politique, avant guerre dans les rangs des Croix-de-Feu puis à Vichy et dans la Résistance, il poursuit une ambition : être le premier.

Dans les lignes qui suivent, nous allons nous intéresser en particulier à son rôle dans les différents gouvernements de la IVe république, qui ont eu à gérer l’épineuse crise de la guerre d’Algérie.

Dans un récent ouvrage paru aux éditions Calmann-Lévy, sous le titre François Mitterrand et la guerre d’Algérie , François Malye et Benjamin Stora retracent le contexte de l’époque et l’attitude du jeune ministre.

 Le syndrome d’Hamlet, ou l’impuissance du gouvernement !

Avant d’entrer dans le vif du sujet, faisons un petit topo sur la situation économique et politique dans cette Algérie des années cinquante. Lors du conseil des ministres du 15 février 1956, un an et demi après le déclenchement de la guerre d’Algérie, le chef du gouvernement, Guy Mollet, dresse le bilan suivant :  « Plus de 50% de la population musulmane a moins de 20 ans, il y a un million de chômeurs, une insuffisance de revenus, pas d’allocations familiales. Il faut créer des ressources nouvelles, la France, par des emprunts et des crédits, doit s’associer à cet effort. » Il brosse le tableau de cette Algérie misérable :  « Au niveau scolaire, seuls 300 000 enfants sur deux millions sont scolarisés. Actuellement, cinq millions de musulmans sont sans ressources et sans avenir. Il faut des aides immédiates et des distributions gratuites, enfin assurer la sécurité et écarter un avenir de misère. »

Pour ce qui est de la situation politique, elle est liée aux tendances économiques du pays :  « 15 000 personnes ont un revenu moyen de 1 600 000 francs par personne. » Guy Mollet dénonce les grands colons, des possédants européens qui ont mis la main sur l’économie du pays. A côté de cette minorité de grandes fortunes, le reste de la communauté européenne souffre aussi :  « Dans le million d’Européens, il y a des revenus modestes, parfois inférieurs aux revenus de métropole, poursuit Guy Mollet. Cette grande masse modeste est attachée à la France, mais a besoin de sécurité morale et physique. Il faut en décrocher la masse des éléments fascistes, de ses troupes de choc. Ils veulent avoir la certitude qu’il ne peut être question, même à terme, d’un abandon de la part de la France. Mais la masse saine des Européens ne refusera pas l’évolution. » Pour finir, Guy Mollet reconnaît : « Notre action ne peut pas être seulement militaire, car il n’existe pas de solution strictement militaire. Il faut assurer la sécurité, mais donner aux musulmans des raisons d’espérer. » Sans oublier, bien sûr, la crise dans beaucoup de régions en métropole, dans cette France qui peine à se reconstruire dix ans après la Deuxième Guerre mondiale.

Devant cette situation dramatique, le gouvernement socialiste a fait preuve d’impuissance et d’incompétence. Au lieu d’affronter les problèmes et attaquer leurs causes à la racine, en menant une politique de rétablissement de la justice sociale par le développement pour tous, conformément aux principes de la République, les membres des gouvernements qui se succèdent alors s’adonnent à un jeu de positions et de calculs sordides, parfois au mépris même des droits les plus élémentaires de la vie humaine. C’est dans ce genre d’intrigues que va briller François Mitterrand. Et c’est en ces termes que les auteurs le décrivent :  « Depuis ses premiers contacts avec la politique, avant guerre dans les rangs des Croix-de-Feu puis à Vichy et dans la Résistance, il poursuit une ambition : être le premier. Aujourd’hui, le chemin vers la présidence du Conseil ne peut lui être disputé que par quelques-uns des hommes qui l’entourent. Guy Mollet bien sûr, cacique de la SFIO qu’il a arrachée à Daniel Mayer en 1946. Pierre Mendès-France ensuite, conscience de la gauche, qui lui a abandonné la place de président du Conseil à la fin d’un dîner. François Mitterrand soupire. Quel manque d’ambition politique ! Lui n’aurait pas hésité. Il y a encore Maurice Bourgès-Maunoury, ministre de la Défense nationale, poste stratégique à un moment où les armées pèsent lourd, où il faut maîtriser ces hommes qui ne se remettent pas de leurs défaites. » Un poste auquel il n’accèdera jamais. C’est à la lumière de ce constat amer de la situation en France et en Algérie que les auteurs nous conduisent à la découverte du silence, et de la compromission du jeune ministre, qui n’hésite pas à prendre les pires décisions pour servir son dessein.

 Macbeth, ou quand l’amour du pouvoir rend fou !

Au début de la guerre d’Algérie, le 1er novembre 1954, les militaires, pour la plupart anciens d’Indochine, n’hésitent pas à recourir aux pires méthodes policières pour venir à bout de l’insurrection. Torture et exécutions sommaires étaient le lot quotidien des populations musulmanes. François Mitterrand était alors ministre de l’Intérieur. Il n’ignore donc rien du caractère si particulier de ces populations, européennes et musulmanes, des problèmes économiques qu’elles rencontrent, du régime clientéliste qui prévaut plus que partout ailleurs, de la violence qui est au centre de tout, depuis toujours. Tout cela en fait un homme mieux informé que quiconque, ce qui donne un poids significatif aux décisions politiques qu’il va prendre. Bien qu’étant au fait de ce qui se passe en Algérie, cela ne lui a pas servi pour prévoir l’explosion, bien qu’il ait été averti même par certains nationalistes algériens, dont Ferhat Abbas. Au retour d’un voyage officiel en Algérie, voilà le message qu’il adresse le 23 octobre 1954 à Pierre Mendès-France, président du Conseil :  « Encore sur la terre algérienne, je tiens à vous dire, Monsieur le président, le grand espoir que votre gouvernement suscite parmi ces populations loyales et fidèles et combien j’ai été sensible à la confiance qu’elles font à votre personne. » Et à l’aéroport de Sallines, au moment de quitter Alger, il déclare :  « J’ai trouvé les trois départements français d’Algérie en état de calme et de prospérité. Je pars empli d’optimisme. » Une semaine plus tard, l’insurrection éclate.

Après sa célèbre déclaration :  « L’Algérie, c’est la France » , il se range aux côtés de l’aile dure du gouvernement qui veut à tout prix garder l’Algérie française, en courtisant le Président René Coty pour la présidence du Conseil, et en montrant la plus grande fermeté quant à la nécessité de venir à bout de la rébellion.

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Mitterrand manœuvrait dans une tout autre direction que Pierre Mendès-France, dont il fut le ministre de l’Intérieur en 1954.

Il faut savoir que la torture en Algérie n’a pas commencé avec les parachutistes du général Massu lors de la bataille d’Alger en 1957, elle est endémique et pratiquée par la plupart des forces de police. Bien que François Mitterrand fût officiellement contre l’usage de la torture, dans la réalité il n’a rien fait de notable pour l’éliminer des mœurs des forces de sécurité en Algérie. Cependant, c’est lorsqu’il devient ministre de la Justice dans le gouvernement de Guy Mollet, c’est-à-dire celui qui est chargé de faire respecter les lois de la République, sans avoir les contraintes du ministre de l’Intérieur, qu’il devient plus agressif et complaisant à l’égard des militaires, en particulier lors de la bataille d’Alger. En effet, depuis le début du mois de janvier 1957, les parachutistes du général Massu livrent la bataille, torturant et multipliant les exécutions sommaires. Plus de 3000 Algériens sont déjà portés disparus. Voila ce qu’en dit Paul Teitgen, ancien résistant, secrétaire général de la préfecture d’Alger, le 29 mars dans sa lettre de démission :  « Sur certains assignés, j’ai reconnu les traces profondes des sévices ou des tortures qu’il y a quatorze ans, je subissais personnellement dans les caves de la Gestapo à Nancy. » Le 13 mars 1957, Hubert Beuve-Méry écrit dans Le Monde : « Dès maintenant, les Français doivent savoir qu’ils n’ont plus tout à fait le droit de condamner dans les mêmes termes qu’il y a dix ans les destructions d’Oradour et les tortionnaires de la Gestapo. » Mais François Mitterrand nie publiquement les faits. Devant les députés de la commission de la Justice de l’Assemblée nationale, le 2 avril 1957, il reconnaît que les rapports qu’il reçoit font état de « sévices ou faits regrettables » , mais les minimise en ajoutant, dans son style inimitable :  « Il y en a eu beaucoup moins souvent qu’on ne dit, mais plus souvent qu’il ne faudrait. » Gisèle Halimi, avocate de nombreux militants et militantes du FLN pendant la guerre d’Algérie, raconte dans un témoignage :  « Quand je suis revenue d’Algérie, les yeux encore pleins des images atroces de mes clients torturés, je voulais informer le plus grand nombre de politiciens possibles. J’ai rencontré Mendès, Daniel Mayer et Mitterrand à l’Assemblée nationale. J’apportais des preuves. Alors Mitterrand me dit : Vous ne croyez pas que vous exagérez un peu ?  Mayer, lui, s’est mis à sangloter, la tête entre les mains, en disant : Ce n’est pas possible que nous, Français, fassions cela.  Mendès était complètement bloqué par mon écrit. Et il disait : Mais il faut le faire savoir, il faut le faire savoir… Mitterrand ne parlait jamais de la torture. Je ne l’ai pas vu réagir à ce sujet. Il pensait qu’on en faisait trop, il était persuadé, un peu comme Robert Lacoste, que nous étions les haut-parleurs de certaines victimes. Que c’est nous qui répandions à Paris que la torture était devenue un système. Il n’a jamais cru qu’elle était systématiquement utilisée. » Il est bien entendu que nous ne pouvons pas rapporter tous les témoignages sur cette question, nous laissons le soin aux lecteurs d’aller les lire directement.

Cependant, comprendre l’ambition qui l’a poussé à faire partie du gouvernement le plus répressif de la IVe République, avec la détermination que l’on sait, nous aidera à construire l’idée qu’il se fait, lui et son entourage, de la politique, et du dévoiement des valeurs républicaines qui en a résulté lors des deux mandats de sa présidence. Voilà ce qu’en dit Roland Dumas, l’un de ses meilleurs amis, ministre et proche conseiller, dont on connaît le rôle dans la tentative d’élimination politique de Jacques Cheminade, quand il présidait le Conseil constitutionnel lors des élections présidentielles de 1995 : « Mitterrand était dans le gouvernement Mollet pour des raisons d’opportunité. Il voulait y rester pour être son successeur. J’avais de l’admiration pour l’homme politique, mais je sentais bien qu’il avait mauvaise conscience. Je connaissais son calcul, mais c’était de la politique, je ne pouvais pas lui en vouloir. » Autre version, Georgette Elgey, historienne de la IVe République et archiviste de François Mitterrand quand il est devenu président, déclare :  « Devenir président du Conseil ? Il le voulait passionnément. » Franz-Olivier Giesbert, son premier biographe, explique à son tour :  « Il jouait à ce moment-là une grosse carte. Quand il est ministre de l’Intérieur en 1954 et que l’insurrection éclate, il campe sur une ligne dure mais cela n’est pas choquant. En revanche, quand il est Garde des sceaux en 1956-1957, c’est bien plus ennuyeux. Il y a là un manque de courage de sa part et, au fur et à mesure, un calcul politique évident. Il est prêt à couvrir beaucoup de choses car il est persuadé que Guy Mollet va dans le mur et qu’il pourra le remplacer en tant que président du Conseil. »

A la lecture de tous ces témoignages, l’on se demande : N’est-ce vraiment que l’ambition de devenir président du Conseil qui a guidé l’action de celui qui deviendra, quelques années plus tard, président de la République ? Ou agissait-il par conviction ? Ou encore, ne servait-il pas les intérêts d’une oligarchie que par ailleurs il prétendait combattre ?

Pendant longtemps, le rôle de François Mitterrand durant la guerre d’Algérie fut occulté, jusqu’en 2001, quand le général Paul Aussaresses, l’un des bouchers de la bataille d’Alger, publie son livre : Services spéciaux , le mettant en cause et dévoilant son rôle dans l’octroi des pouvoirs spéciaux, la couverture de la torture et l’application de la peine capitale, par la guillotine, aux nationalistes algériens.

 Mitterrand et les pouvoirs spéciaux en Algérie

Alors que la guerre s’intensifie en Algérie, la grogne des militaires et des ultras de ce pays enfle de plus en plus, ils demandent plus de fermeté de la part du gouvernement et plus de moyens juridiques pour faire face à la rébellion. Lors du conseil des ministres du 15 février 1956, Guy Mollet demande alors des pouvoirs spéciaux. Il s’agit de gouverner par des décrets-lois, comme la France a l’habitude de le faire dans les situations d’exception, en s’affranchissant de certaines règles juridiques.

Cependant, ce sont ces pouvoirs spéciaux qui vont mener la situation à une véritable catastrophe humanitaire, morale et politique, à cause de l’usage que les militaires et leurs tribunaux vont en faire.

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Dans son livre Services spéciaux, le général Aussaresses a dévoilé le rôle de Mitterrand dans la torture.

En mars 1956, François Mitterrand signe les décrets en question, textes dont il ne peut ignorer, en tant qu’avocat, qu’ils violent bon nombre de principes constitutionnels. Mais bien sûr, si cela peut arranger les choses, pourquoi pas ! Roland Dumas, qui les a votés, dira plus tard :  « Bien sûr, j’ai pensé que c’était un moyen de débloquer la situation. Je croyais qu’on allait mener une politique originale, mais je ne me doutais pas qu’elle entraînerait un conflit aussi dur : on a fini par jeter des types depuis des hélicoptères ! » En quelques jours, le ministre résident Robert Lacoste et les militaires reçoivent des pouvoirs exorbitants : ils peuvent interdire la circulation des biens et des personnes, dissoudre tout mouvement, suspendre les assemblées locales élues, transférer à l’armée les pouvoirs de police, instituer des camps de regroupement. Plus une autre batterie de mesures le concernant directement en tant que ministre de la Justice, mesures qu’il avaient refusées en 1955 : les tribunaux militaires se substituent aux juridictions civiles et la loi permet désormais la « traduction directe devant le tribunal militaire permanent des forces armées, sans instruction préalable, des personnes prises en flagrant délit de participation à une action contre les personnes ou les biens […] même si ces infractions peuvent entraîner la peine capitale ».

Le prédécesseur de Mitterrand au ministère de l’Intérieur, Robert Schuman, avait refusé cette mesure qualifiée de « négation de droit de la défense » , mais lui l’a entérinée. C’est ainsi que les portes de l’enfer se sont ouvertes en Algérie, agrandissant le fossé qui séparait les deux communautés et consacrant définitivement leur divorce. Jean-Claude Perier, à l’époque magistrat à la chancellerie, brosse le tableau suivant :  « Les pouvoirs spéciaux changent tout. On ne peut plus parler de notion de liberté. On peut faire des perquisitions de jour comme de nuit, on n’est pas tenu à certaines règles comme la présentation à un avocat, toutes choses qui transforment cette justice en justice de fait. On a énormément travaillé pour donner la justice aux militaires, mais ça n’a fait qu’augmenter le nombre des condamnations à mort. Alors qu’au départ on était à sept ou huit condamnations à l’année, après on est arrivé à cinquante, soixante. Il y avait simplement une volonté très ferme : écraser la rébellion. »

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Quand le ministre de la Justice, François Mitterrand, quitte son ministère en mai 1957, en pleine guerre d’Algérie, 45 nationalistes ont été guillotinés, souvent après avoir été jugés dans des conditions plus que contestables. La guillotine d’Alger utilisée dans le film italo-algérien La bataille d’Alger, réalisé par Gillo Pontecorvo.

François Mitterrand croit fermement à l’exemplarité de la peine de mort : pas moins de quarante-cinq nationalistes algériens sont guillotinés, souvent après avoir été jugés dans des conditions plus que contestables. Il n’accorde sa grâce qu’à huit détenus. Et ce n’est pas faute de ne pas savoir. Le très sérieux et courageux procureur Jean Reliquet, qu’il a lui-même nommé à Alger, l’avait alerté sur ce qu’il se passait dans les centres de torture, sur la justice expéditive que pratiquaient les tribunaux militaires et la négation aux détenus de leurs droits les plus élémentaires. Face aux pressions et intimidations qu’exerçaient sur lui les militaires et le ministre Robert Lacoste pour qu’il cesse de dénoncer la torture, il avait même demandé à Mitterrand son aide, sans rien obtenir du futur président de la République.

Ce dernier n’hésite même pas à laisser exécuter un jeune militant communiste d’origine française, Fernand Iveton, qui a certes posé une bombe dans les vestiaires de son usine, mais une bombe qui n’était pas destinée à exploser, car il voulait par cet acte attirer l’attention des politiques de Paris et de l’opinion publique sur l’état calamiteux de la situation en Algérie. François Mitterrand refuse de le gracier et ce, dans le seul but de paraître comme un ministre qui ne fait pas de favoritisme envers ses concitoyens. Charles Lainné, l’avocat de Fernand Iveton, présent à l’exécution, après avoir embrassé son jeune client, lui dit : « Aie du courage ! C’est à cause de l’opinion publique. Tu es Français, tu as mis une bombe, pour eux c’est impardonnable. Tu meurs à cause de l’opinion publique ! » Sylvie Thénault décrira Mitterrand en ces termes :  « Je crois que pour lui, l’Etat de droit, c’est celui qui respecte le droit que l’Etat s’est donné, même si ce droit est un droit d’exception, même si à un moment donné, il ne va plus respecter les principes généraux qu’on doit avoir en tête si on se revendique comme étant le pays des droits de l’homme. » Selon ce principe, l’Etat de droit se trouvait, entre 1941 et 1943, non pas à Londres avec la France libre, mais à Vichy, avec le maréchal Pétain…

On se demande comment celui qui a soutenu une telle politique répressive a pu abolir la peine de mort, une fois devenu président de la République. Est-ce une repentance ou juste une ruse ? Le fait de s’asseoir sur la chaise, occupée jadis par Jean Jaurès au congrès d’Epinay, en 1971, a-t-il pesé sur les nouvelles valeurs de François Mitterrand ? Ou n’est-ce pas plutôt cet homme de haute tenue qu’était Robert Badinter qui l’a convaincu ?

Une fois intronisé comme président de la République, il entreprit de réhabiliter beaucoup de ces militaires qui avaient participé à la guerre d’Algérie et avaient développé la doctrine de la guerre révolutionnaire, DGR, une méthode d’action psychologique pour contrôler les masses par la peur et en créant une figure de l’ennemi intérieur, afin de souder l’unité du peuple autour de son chef.

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Tixier-Vignancour, ici avec Céline. Dès le deuxième tour de l’élection présidentielle de 1962, le candidat François Mitterrand bénéficie de l’appui de l’extrême-droite et de l’OAS.

La plupart de ces militaires ont fait partie de l’OAS et se sont opposés au général de Gaulle, qui décida de mettre un terme à cette doctrine dès l’accession de la France à la dissuasion nucléaire et de diriger vers la voie de garage tous les officiers qui l’avaient pratiquée durant la guerre d’Algérie, parce qu’il jugeait qu’elle constituait une grave menace aux libertés individuelles et collectives. A l’instar du colonel Lacheroy, ces militaires seront réintroduits par Mitterrand dans le circuit, par exemple en tant que conférenciers à l’IHEDN, d’où ils remettent en selle la DGR, en changeant la doctrine de défense de la France et remplaçant la figure du communiste comme ennemi intérieur par celle de l’immigré, au début, puis du musulman aujourd’hui, dans un contexte de mondialisation financière et d’austérité sociale atroce. Ce qui donne des ailes à l’extrême droite.

Cependant, ce n’était pas simplement là une ruse du Président, au cours des années 1980, pour diviser ses rivaux de droite. Dès le deuxième tour de l’élection présidentielle de 1962, le candidat François Mitterrand bénéficie de l’appui de l’extrême-droite et de l’OAS, rassemblée autour de Jean-Louis Tixier-Vignancourt, pour combattre le général de Gaulle. Ajoutons que le directeur de campagne de Tixier-Vignancourt s’appelait Jean-Marie Le Pen…

 Jean Jaurès pour les socialistes d’aujourd’hui

Il est clair que pour faire face aux périls qui menacent la France aujourd’hui, un François Mitterrand qui s’est fait une carrière politique dans le cynisme et la compromission ne peut et ne doit pas servir d’exemple aux élites politiques socialistes en mal de projet et de leader. Il serait au contraire plus inspirateur pour elles de se pencher sur l’œuvre d’un Jean Jaurès, infatigable défenseur de la dignité et du progrès humain.

Lors de la ratification par l’Assemblée nationale, le 1er juillet 1912, du traité de Protectorat signé le 30 mars de la même année entre la France et le Sultan du Maroc, lui permettant d’assurer l’ordre dans ce pays dépecé et anéanti, Jaurès, fidèle à ses principes, martèle à la tribune que les violences dans ce pays, transformé en terrain de chasse pour « l’internationalisme des obus et des profits » , pourraient aussi entraîner une guerre européenne et que les révoltes indigènes y sont prémonitoires.

Il réaffirme avec beaucoup de vigueur et de fermeté, et sans aucun compromis, son opposition au colonialisme. Oui à la « pénétration économique et morale » , à condition qu’elle répande la paix et la civilisation et n’ait pas le profit pour unique ambition, mais non au pillage et à « l’ordre sanglant » . Et à tous ceux qui sont dans la soumission et la compromission, et qui pensent qu’un monde juste et prospère dans le respect de la liberté et de la dignité humaine relève de l’utopie, il dit ceci : « Ah ! Messieurs, il y avait une possibilité d’évolution, de transformation. Et lorsque je gémis, lorsque je m’indigne de la politique qui a été pratiquée, ce n’est pas en utopiste, ce n’est pas en homme qui fait appel aux forces du lendemain et du surlendemain. Ce n’est pas dans un élan d’espérance mystique que j’appelle un avenir où les rapports des hommes et des peuples seront pénétrés de raison, de justice et de douceur et où le monde sera fécondé non plus par la rosée de sang dont parle le poète de l’Iliade, mais par la rosée de lumière dont parle le prophète de la bible. Non, je ne fais pas appel à ces forces mystiques, je ne fais pas appel à ces forces d’avenir, je vous dis, et il faut que je le répète, parce qu’il faut que nous marquions les uns et les autres pour aujourd’hui et pour demain, pour le présent et pour l’avenir, pour la conduite du lendemain et les responsabilités du passé, il faut que nous marquions les principes qui nous dirigent ; je vous dis que, dès aujourd’hui, dans la société humaine si brutale, si discordante, si aveugle, il y a des forces de raison, de justice, de civilisation et de paix auxquelles il ne manque que d’être reconnues par les dirigeants eux- mêmes », donc par vous Messieurs, Mesdames les socialistes.

 Un vrai leadership : de Gaulle en 1940

En regardant la réalité de notre pays aujourd’hui, avec ses dangers et ses défis qui ne diffèrent en rien de ceux qui ont causé sa chute en juin 1940, nous pouvons faire, sans risquer de nous tromper, un parallèle entre l’incapacité et l’incompétence de l’élite politique parisienne actuelle, celle qui était aux affaires en ce moment sombre de l’histoire, et celle des différents gouvernements de gauche durant la guerre d’Algérie, dont la durée de vie ne dépassait pas quelques semaines. Des élites politiques prisonnières de leurs calculs personnels et carriéristes, dans le déni total du bien public et de l’intérêt général. Et là nous vient une question : pourquoi est-ce le général de Gaulle, un homme venu de la droite, et pas un socialiste, qui a mis fin à la politique coloniale de la France, alors que les héritiers présumés de Jean Jaurès, dont fait partie François Mitterrand, ont mené les pires politiques de répression pour sauver l’empire ? Pourquoi, en 1942, de Gaulle était-il à Londres, Mendès-France dans la France libre et Mitterrand à Vichy ?

La réponse se trouve dans le fait qu’il y a une différence fondamentale entre un homme de pouvoir et un homme d’Etat.

Pour illustrer cette différence, remémorons-nous l’Appel du 18 juin 1940. Ce jour-là, alors que la France sombrait dans un désastre absolu, un homme seul, inconnu du plus grand nombre, démuni de tout et contre tous ses pairs, montra ce que peut accomplir la force d’âme d’un esprit juste. Tel un astre déchirant, par son rayonnement, les ténèbres de la nuit de soumission et de résignation, pour montrer à son peuple le chemin de la liberté et de la dignité. Alors que la plupart pensaient qu’il était plus raisonnable, pour une raison ou une autre, d’écouter le prestigieux et populaire Maréchal, vainqueur de Verdun, qui déclarait :  « Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur », ou encore « c’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. »

C’est dans ces moments, et dans ces moments uniquement que l’on reconnaît l’homme de principes et de caractère, celui qui refuse d’abdiquer face à la loi du plus fort, et qui refuse la fatalité et l’abandon. Eh bien oui, c’est cela être homme, au nom de notre pleine liberté d’homme, rester debout quand tout incite à se coucher.

Alors, à tous les dirigeants de la gauche, nous disons aujourd’hui : si vous peinez à trouver un inspirateur qui porte les valeurs de Jaurès et de Gaulle, nous vous proposons en toute humble conscience, de prendre connaissance de qui est réellement Jacques Cheminade. A condition de ne pas lui appliquer les préjugés de la Cour mitterrandienne, l’expérience peut s’avérer pour vous édifiante.

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